Jeanne Desaubry :: Poubelle’s Girls

431520_371414426213820_297075690_nEn premier lieu, je voudrais chaleureusement remercier mon ami Pierre Faverolle  (le blog Black Novel, c’est lui ! ) pour m’avoir fait découvrir ce roman en me le prêtant.

Depuis le temps que je voulais l’interviewer cette auteur pour laquelle j’ai une grande admiration…

Chère Jeanne Desaubry, laisse-moi te rendre un hommage à ma façon

Oui, je vais vous parler d’un roman qui m’a touché, montrant une nouvelle fois le talent de cette écrivain.

Poubelle’s Girls sorti chez Lajoueanie Édition.

Comme le dit la couverture, plus qu’un roman policier, c’est aussi une belle histoire d’amitié entre deux femmes. Un roman dynamique qui sent la dynamite. Pour tout dire, je m’attendais absolument pas à cette fin. Un grand roman et une auteur à connaitre absolument.

En résumé, si je ne devais garder qu’un seul livre, ça serait celui-là car on y sent une humanité qui se fait rare à notre époque.

Pour le « vrai » résumé du roman, c’est par ici que ça se passe :

Il y a ceux qui ont des droits et par mimétisme des devoirs. Elisabeth fait le ménage et la boulangerie à mi-temps. Paloma ne paie pas de loyer dans le hall de gare et son trois étoiles, une caravane où papi Armand cache ses secrets.

Blanche chasse le chat des voisins, dans sa propriété, derrière la piscine, le golf. Il faut que tout soit nickel, pas de poussière, de trace de doigts.

Voila trois victimes désignées par la gent masculine en mal de frisson et de trop plein de testostérone.

Le cadeau empoisonné de la caravane de papi ne servira qu’à faire couler des larmes. Elisabeth et Paloma monteraient bien une affaire. Blanche elle, veut zigouiller son Pierre de mari, qui saute sur tout ce qui bouge, tu vas croquer la pomme mon salaud.

Un et pourquoi pas plusieurs braquages, c’est la seule solution.

Arrive le moment pour les trois cocottes de se rencontrer. Un sens interdit fera l’affaire, puis les événements prennent de la vitesse.

Qu’est-ce qui fait que deux femmes passent de la quasi clochardisation au fusil de chasse ?? Demain ça passera dans le journal. Encore un drame de cette société à deux vitesses. Tu pètes dans la soie ou tu finis dans des draps bleus entourés de murs verts.

Si vous voulez en savoir plus je vous conseille l’article de Pierre. Et puis, comme le Concierge est fleur bleue, j’y vais de ma déclaration à Jeanne ;-)

La semaine prochaine, nous partirons dans un orphelinat. Je vous souhaite de très bonne lecture noire à tous.

 

ob_87a083_web-poubelle-s-girl2Merci d’avoir accepté de t’asseoir sur le divan du Concierge. Ma première question : peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es venue à écrire du roman noir ?
Ouh là, ce n’est pas s’asseoir sur le divan, ça, mais s’allonger. Enfance : petite picarde dans une ferme quasi fortifiée au milieu des bois. Même pas peur des loups ! Grande lectrice dès l’âge de 4 ans, ou 5, mais pas plus tard. Les contes de fées, c’est déjà du noir. Jalousie, meurtre, rivalités : il y a tout. Et l’un de ceux qui m’ont marqué d’un désespoir indicible, c’est La petite marchande d’allumettes, d’Andersen. Tu vois lequel, cher concierge ? La fillette affamée qui meurt la nuit de Noël tandis que tout le monde festoie. Si c’est pas du social…

Comment t’est venue l’idée de ton roman Poubelle’s Girls ?
Je crois que depuis mon premier roman, je glissais vers elles, tout simplement. Les oubliées, les maltraitées, les victimes… qui finissent par se rebiffer. Un jour, j’ai eu connaissance du procès fait à une femme qui avait braqué la boulangerie du coin, et bien sûr, avait été reconnue. Le désespoir qui avait poussé cette femme a résonné…

Il y a deux personnages principaux qui m’ont touché : Elisabeth et Paloma. Peux-tu nous en parler ?
Elizabeth, c’est la souris grise qui reste dans les clous jusqu’à la goutte d’eau… Paloma, c’est l’oiseau des îles, qui planque sa détresse derrière ses couleurs, son rire, ses tenues. Leur amitié, c’est ce qui va les sauver du « rien » en train de les absorber jusqu’à l’anéantissement. Et qui les condamne aussi, car de toute façon, la société ne leur offre aucun avenir.

Et puis, il y a Blanche qui aimerait supprimer son mari et nous assistons à toutes les idées possibles pour le supprimer. Parle-nous de ce personnage.
Ah, ma bourgeoise cinglée… C’est surement un peu moi (rire)… Je te rassure, mon mari va bien. Ce personnage est un contrepoint aux deux autres. Elle, elle a tout : mais justement, cela ne lui suffit pas. Parce que tout ce qu’elle a : maison, argent, vie facile, ce n’est rien.

janecuir2Si je te dis que ton roman m’a fait penser au film Thelma et Louise de Ridley Scott, une relation forte entre deux femmes et la violence qui s’enchaine.
C’est une référence qui me fait plaisir car ce film me touche beaucoup. Mes « girls » sont moins belles : pas américaines, elles n’ont pas de grosses bagnoles !  Le Colorado ne passant pas en France, la fin de mon roman est moins grandiose, forcément. Mais il y a une parenté dans le nihilisme auxquelles finalement elles aboutissent.

As-tu une anecdote à nous raconter sur Poubelle’s Girls ?
Lorsque je l’ai pensé terminé, je l’ai soumis à Max Obione. Il a été sévère (qui aime bien, châtie bien…) la structure, les dialogues, les personnages. Alors je l’ai gardé sous le coude un moment, puis je me suis remise au travail. Par la suite, le roman devait sortir aux Nouvelles Éditions Krakoen… mais j’avais des inquiétudes, j’ai laissé passer mon tour dans la programmation, et j’ai bien fait (les NEK ont déposé le bilan il y a quelques mois). Il a donc bien failli ne pas paraître du tout, car les éditeurs sont très frileux en ce moment.  Aujourd’hui, avec Jean-Charles Lajouanie, j’ai rencontré un éditeur qui s’engage vraiment pour ses auteurs, et c’est un plaisir de travailler avec lui.

Je voudrais revenir sur un roman qui m’avait également marqué, Dunes Froides. Amour, passion, jalousie, attirance, répugnance, trahison, suspicion, domination, fantasme. Parle-nous de ce livre.
Mon côté fleur bleue ? (rire…) Amours impossibles, destin fatal… On dirait une bande-annonce pour la collection Harlequin. Mais… Ce qui m’intéressait c’était de casser les modèles (le professeur cultivé, la jeune étudiante admirative) et d’aller grattouiller du côté de leurs failles, de ce qui risquait de tout faire péter… Chacun de nous porte cette faille, je le crois. Les circonstances les révèlent… ou pas.

Tu le sais, le concierge est curieux. Peux-tu nous parler de tes futurs projets littéraires ?
Nouvelles, romans, plein de chantiers en cours, mais le temps pour les mener à bien me manque cruellement… Je me fais engueuler par mon éditeur. Il me trouve paresseuse… Mais j’écris beaucoup dans ma tête.

Comment écris-tu ?
Donc, beaucoup sur mon oreiller… Ensuite, dans la journée, dans les trous que me laisse un emploi du temps bien rempli. Des petits bouts de papier que je perds, des idées qui s’enfuient au réveil… je suis carrément bordélique, je ne crains plus de l’avouer après ma séance chez le docteur concierge… Mais je lutte pour m’améliorer, c’est promis.

logo-librairie-copiePeux-tu nous parler de Ska Éditions ?
Ah, ça, il est certain que Ska me demande un temps énorme. Mais c’est la même passion de la chose écrite qui m’anime. Ska, c’est le prolongement virtuel de Krakoen, son esprit, l’amitié, le plaisir de découvrir des talents nouveaux… C’est aussi  la fierté d’éditer des talents reconnus quand je regarde notre catalogue : Sylvain, Villard, Thilliez, bientôt Pouy et Raynal, Leroy, j’en oublie… Ça va vite, ça va fort, c’est excitant intellectuellement, on défriche en avançant. Et une sacrée aventure que je mène avec mon irremplaçable complice : Max Obione.

Tu fais aussi des ateliers d’écriture, en quoi ça consiste exactement ?
Avec des enfants, avec des adultes… J’aime bien travailler sur la création commune. Être ensemble, sortir du côté personnel et individuel de l’écriture. On invente collectivement des intrigues, chacun en écrit un bout, je fais le lien… On joue, on se fait des lectures à voix haute, on manipule les mots. Plaisir, avant toute chose, plaisir comme moteur. Et fierté, à la fin, devant le produit fini.

Quels sont tes romans préférés ? Et que lis-tu actuellement ?
Je lis quelque chose de très drôle : Les Mécanos de Vénus de Lansdale (Denoël) que je te recommande si tu ne l’as pas encore lu. Drôle et cruel. Un mélange que j’apprécie tout particulièrement. La liste de mes  romans préférés… Il y a le panthéon, la cime :  Ellroy, JL Burke, ou Camilleri, Westlake… comment ne pas en oublier, la liste est longue… et puis autour ça change tout le temps. De nouveaux s’ajoutent, cela fait des amis qui me chuchotent des histoires…

813_108_bigQuelle est l’actualité qui t’énerve actuellement ?
TOUT ! j’ai coupé télé (je ne la regarde jamais de toute façon) et radio, je suis seule à la campagne et ça me fait du bien : un bien énorme. Pas de foot, pas de cyclisme, pas de ministre ou d’opposants, pas de scandales écœurants… Les piafs et, hélas, le bruit de la pluie. Idéal pour bosser.

Parle nous de 813 et quelles sont tes fonctions dans l’association ?
813, j’y suis venue comme passionnée, pour la revue, pour la liste animée par Boris Lamot, la revue que dirige Jeanne Guyon… J’y ai noué des amitiés.  Forcément, entre aficionados… Et puis, quand Max (Obione) a créé le blog, je lui ai spontanément proposé de défendre la littérature noire (car c’est de la littérature, on est d’accord…) en mettant en lumière les innombrables blogs d’amateurs du genre. Mon seul regret, c’est qu’il y en a tant que je ne peux tous les citer. Quand je fais mon marché toutes les semaines, j’essaie de trouver des articles sur des nouveautés, des livres anciens ou des rééditions, des français et des étrangers, des petites et des grandes maisons… Mon « Panier » est très suivi, et c’est un plaisir…

Quel sera ton mot de fin à cette interview ?
Merci Richard de ton attention, de ta curiosité et… de ta fidélité. Biz !