Éric Maravélias :: La Faux Soyeuse

Maravelias2.Slider_960Ce premier roman fort poignant, tenu d’une main de maître, je ne l’ai pas lu… je l’ai dévoré !  La Faux Soyeuse de Éric Maravélias. Une mention spéciale pour le titre, il fallait le trouver.

Roman émouvant et noir, réaliste en tout point, l’auteur vous fait entrer dans le passé et les dernières heures d’un junkie. On ressent l’expérience de l’auteur dans ces pages. Quelle écriture ! On sent une force invisible vous pénétrer, vous foutre la chair de poule, et dans le même temps une poésie vous prendre par la gorge.

Extrait :
La came, elle, n’est pas une hypocrite. C’est une pute dégueulasse, sans pitié, mais franche. Qui se suffit à elle-même. Elle assume sa réputation de tueuse sans état d’âme. Mais la coke, elle, c’est une petite salope bourgeoise qui joue les mères poules. Innocente, améliorant les rapports humains et le contact, avec son grand sourire, elle arrive à préserver sa réputation, elle vous baisera en profondeur. A peine le temps de dire ouf et vous retrouverez avec le moral dans les chaussettes et le cerveau à l’envers. Elle n’aime que l’oseille. Et pour elle, vous allez en lâcher un max.

Un grand roman et un auteur à découvrir absolument, un auteur à qui je prédis un grand avenir dans le roman noir, rappelez-vous de son nom : Maravélias… Il signe un authentique bijou à la pointe de sa plume.

Résumé :
Je suis couvert de sang mais je suis bien. Rien à foutre. Dans l’univers cotonneux et chaud de la défonce opiacée, le sang n’est rien. La mort n’est rien. Et moi-même je ne suis rien. Joies et chagrins se succèdent dans une espèce de brouillard confus, un ballet macabre, et rien ne subsiste de tout cela, sinon parfois, au détour du chemin, un sentiment de gâchis irréversible qui me prend à la gorge. Nos vies de parias sont comme de frêles esquifs privés de gouvernail. Sans plus personne à bord. Elles sont ballottées au creux de flots tourmentés, secouées par des vents inconnus et changeants qui les mènent à leur gré vers des côtes plus ou moins hospitalières, incapables que nous sommes de changer ne serait-ce que la moindre virgule au récit chaotique de nos existences.

La semaine prochaine, nous rencontrons deux voleuses habillées de sac poubelle… eh oui, ça existe !

Je vous souhaite de très bonnes lectures noires. À bientôt.

 

6a0120a864ed46970b01a3fcf253af970bBienvenue sur ce Divan ! Première question : parle-nous de ton enfance et dis-nous comment tu es venu à écrire ce superbe premier roman, 14 ans d’écriture ?
Je n’ai rien de particulier à dire sur mon enfance, sinon que c’était merveilleux jusque vers dix ans. Ensuite, ça a été le début de la glissade. 14 ans, en réalité, c’est le temps qui s’est passé entre la première ébauche, écrite sur une vraie machine à écrire (Old School ^^) et le « produit » fini. Mais dans ces 14 années, il y en a de nombreuses où je n’y touchais pas, pris par d’autres choses. J’ai  retravaillé ce roman sérieusement à deux reprises. En 2003 et il y a deux ans. Grâce à internet et aux retours des lecteurs, j’ai pu avoir des avis objectifs. Je conseille d’ailleurs à tous les auteurs ayant des doutes quant à leur écriture de mettre leurs écrit sur la toile. Sur des sites d’Auteurs-Lecteurs. Grâce aux commentaires et avec un peu d’humilité, ils devraient faire de gros progrès. C’est une occasion aussi pour parler d’écriture, ce qu’on ne peut pas forcément faire avec les proches.  Pour moi, le meilleur a été ATRAMENTA. Et pas la peine de flipper qu’on vous le vole. La Faux a été plus d’une année en lecture libre et téléchargement gratuit.

N’y a-t-il pas un peu de toi dans La Faux Soyeuse ?
C’est ma vie, oui. Romancée, certes, mais peu.

J’aime aussi le coté Chronomètre dans tes pages du 12 Septembre 1999 au 14 Septembre 10h30 et les chapitres « Avant ». Comment c’est passée la construction de ton roman ?
Pour moi, il y avait ces trois jours tragiques, comme un testament, un compte à rebours, et donc, ces chapitres sont minutés. La conscience du personnage, Franck, est plus vive, à cet instant crucial. Ensuite, lorsqu’entre deux shoots, entre deux galères, entre mille souffrances, il nous raconte son histoire et comment il en est arrivé là, c’est comme si tout était flou, une grande fresque onirique où il a laissé tout ce qu’il était vraiment. Une bonne part de son humanité. Tous ces chapitres sont simplement notés : Avant. Ça veut dire aussi avant l’angoisse, avant la mort, avant d’en arriver là. À ces trois jours. Avant l’agonie.

Parle-moi de Eckel, personnage et victime principal de ton roman.
Je n’ai rien à dire d’Eckel. Ce livre est son histoire. Lisez-la. C’est un criquet, un toxico, quoi. Un junky. C’est un jeune comme les autres qui tombe dans cet enfer sournoisement. Insidieusement. L’époque y contribue. On va traverser deux décennies avec lui et sombrer, aussi, avec lui. C’est un contact étroit et intime. On voit les choses par ses yeux. À la première personne. Et il ne cache rien. C’est pas le pire des enculés, non. Mais pas un tendre, non plus. J’ai voulu que l’on s’attache à lui comme à tous les autres. Malgré tout. Malgré ce qu’ils semblent être mais qui n’est qu’un leurre. Ce que vous voyez, c’est la came, cette grosse pute. Pas eux. C’est elle qui s’exprime et les manipule comme de pathétiques pantins. J’y tenais et il semble que cela fonctionne car beaucoup ont dit qu’on ne pouvait pas vraiment le détester et que même, on pouvait finir par le comprendre et l’aimer un peu. Tant mieux. Ces hommes et ces femmes ont besoin d’amour. D’attention.

On apprend plein de choses dans ton roman, vers 1985 un lieu important apparait dans l’univers de la drogue c’est L’Ilot Chalon, peux-tu nous en parler ?
J’en parle dans le livre et une recherche Google donnera plus d’infos que moi sur ce lieu incroyable. Pour nous, c’était juste un super plan de came et de coke. Le super marché de la drogue où venaient le show biz, le milieu gay, les friqués, et la racaille, les crapules, les Junkies. Des black, Sénégalais, qui vendaient des kilos et des kilos d’héroïne et de coke sans jamais être inquiétés le moins du monde. La France entière est venue sur ce site entre 83 et 85. Et c’était à 50 mètres de la Gare de Lyon ! Mais ce lieu a une histoire qui ne date pas d’hier, ni même de 83. Bien avant, déjà, il se distinguait.

La-pire-drogue-du-monde-a-traverse-l-Atlantique_article_landscape_pm_v8Il y a des scènes de ton roman qui m’ont marqué : la femme dans la voiture et la pharmacie.
La femme dans la voiture s’en sort plutôt bien. Heureusement que Franck en a ras le bol. Cette proximité, son parfum, ses longs cheveux… tout ça lui broie le cœur mais il a besoin du fric. Un besoin vital. Ce n’est pas violent comme scène ou comme chapitre. Pour les pharmacies, c’était très facile de les taper, à cette époque. D’une manière ou d’une autre, on rentrait dedans. Là encore, on ne les braquait pas, nous. On les tapait. Simplement.

J’ai repris un extrait de ton roman juste avant cette interview, dans la présentation, car je le trouve très beau niveaux écriture sur la came.
La dope est franche. C’est une tueuse qui te met une bastos dans la tête de face. En te regardant dans les yeux. Elle t’avait prévenu. T’as voulu jouer ? Casque.

La coke, elle va t’emmener te promener au milieu des fleurs des champs et au moment où tu vas tourner le dos, elle va te fourrer en profondeur. T’auras rien compris. Garanti.

As-tu une anecdote sur ton roman ?
Pour l’anecdote, il y a une dizaine d’années, j’ai envoyé le manuscrit à 20 maisons d’édition. Il s’appelait Comme une ombre, à l’époque. Mais j’étais ignorant et j’ai pris la liste des éditeurs dans l’ordre du Net. Du coup, j’ai envoyé à des boites qui ne faisaient que du roman historique, par exemple, ou scientifique, ou que des étrangers… 20 refus ! Tu m’étonnes ;)

Si je te dis que dans ton roman noir il y a de la poésie aussi, que me réponds-tu ?
Que c’est mon style. Ma patte. Et je vais accentuer cette noirceur poétique dans le prochain. Il y aura de l’action, des sentiments forts, les passions des hommes et des femmes qui souvent les entraînent vers le gouffre. Je me fiche des intrigues super bien ficelées, ce que j’aime, c’est que le lecteur soit secoué, emmené, qu’il rit, pleure, s’attendrisse, souffre avec mes personnages. Comprendre et non juger. Par l’empathie. Grâce à l’écriture, au style. Il oubliera l’intrigue, pris par l’action et la personnalité des personnages. C’est ce que je souhaite. On verra. Un nouveau genre de roman noir à cause de cette poésie et de cet angle qui se fiche des intrigues.

Comment écris-tu ?
10291268_782783795080014_1274160327529820105_nJ’aime surtout écrire dans le brouhaha, là où la vie palpite. Dans un bar bondé, avec des enfants qui crient ou jouent autour de moi… Le silence, la réflexion, l’isolement pour se concentrer, ce n’est pas mon truc, même si ça m’arrive. Mais c’est presque malgré moi. C’est dû à ma vie de solitaire. L’angoisse de la feuille blanche, je ne connais pas. Soit j’ai quelque chose à dire et je le dis. Soit non et je ferme ma bouche. De la même manière, le silence d’un copain, ou de qui que ce soit près de moi, ne me dérange pas. Nul besoin de meubler. Pour écrire, c’est pareil. Le silence, comme en musique, n’est pas rien. Il a sa raison d’être et ce silence se respecte et s’écoute.

Quels sont tes écrivains préférés ? Que lis-tu actuellement ?
Je ne lis et n’ai lu que des américains, pour le dire vite. Et du roman noir. Je suis un inculte en littérature Française ou étrangère. Je citerai le cercle restreint des auteurs qui m’ont marqué et dont j’ai acheté ou volé tous les livres.

Eddy Bunker, James Lee Burke, James Ellroy, Eddie Little, Michael Blodget (Cap’tain Blood). Bien sûr, j’ai lu Chase, Goodis, Chandler, Carter Brown, Hammet et de nombreux autres. Mais à cette époque, j’étais dans l’histoire et ne me préoccupais pas du style. Ça me plaisait et je n’analysais pas leur manière d’écrire. Pour les 3 premiers, j’étais plus mûr et le style m’a marqué en même temps que le récit, les histoires. Cap’tain Blood, c’est le fait qu’il n’y ait pas d’intrigue et que pourtant, on ne lâche pas ce bouquin. J’ai compris que le style, la manière, la vision d’un auteur, transcende toutes les intrigues et qu’on peut écrire sur n’importe quel sujet, jusqu’au plus banal, et accrocher le lecteur, l’emmener. Ça me plaît. C’est ce que j’aime. Il faut comprendre et non juger. Arriver à aimer soi même un personnage antipathique, à priori mauvais,  et le faire aimer aux autres ensuite, c’est le must.

Le concierge est curieux. Es-tu en train d’écrire un nouveau roman ? Et, si c’est la cas, est-ce difficile d’écrire une nouvelle histoire après un tel roman ?
Oui, je suis sur un thriller noir et poétique. Donc, action, passions, poésie, et noirceur. Ça va bouger.

Bien sûr, pour plusieurs raisons, un gros challenge se présente. On m’attend de pied ferme au tournant. Certains se demandent publiquement si je serai capable de faire aussi bien, voire mieux que La Faux. C’est stupide. Je vais faire différent. Point. Mon style sera là. Encore plus là. Plus travaillé. Plus assumé. Mieux compris. C’est récent, pour moi, la prose, en dehors de La Faux. Ajouté à ça, il y a cette ruée des médias et ces articles dithyrambique qui pointent mon style. Je ne dirais pas que ça me met la pression mais au contraire, ça me motive. Après, on verra bien. Je ne vais pas me prendre la tête. Je fais au mieux, comme je le sens, et vogue la galère. Et puis il y a mon pote Aurélien Masson (Dir. de la noire chez Gallimard) qui veille et me dira franchement ce qu’il en pense. S’il le valide totalement, sans réserve, je lui fais totalement confiance. Et puis ensuite, il y aura tout le travail à faire ensemble, lui et moi, et vu le résultat avec La Faux, j’ai toutes les raisons d’être serein.

Quelles sont tes musiques préférées ?
Le Jazz et le R’n’B, la Funk, le groove. Un peu de rap. Peu. Des trucs qui me mettent la patate. Légers, pas de prise de tête. Je n’ai pas de blancs dans ma discothèque, en gros. Je suis black music à fond. Le Jazz, c’est plus intello, pour moi. Quand j’écoute, mon esprit est aux aguets et je cherche les cadences, gammes ou substitution d’accords. Je dirais que j’écris comme un mec qui improvise en Jazz. Il a un bagage énorme et il a enregistré une multitudes d’informations. C’est devenu si naturel, ensuite, qu’il est capable d’improviser dans n’importe quelle situation et ça semble si simple. Moi, mes infos, c’est en vivant mille épreuves, en éprouvant mille passions, que je les ai assimilées. Maintenant, tout cela ressort sous ma plume et je peux improviser sur beaucoup de modes sans beaucoup de difficultés. Il reste néanmoins toujours à travailler, affiner, peaufiner, s’améliorer encore et encore. Ce travail incessant me plaît. Ce désir de perfection et d’absolu me parle.

La musique est tout, pour moi. Je suis aussi musicien, c’est pour ça, et sans elle, j’aurais bien plus souffert. Quand j’écris, j’entends des sons, un rythme, une cadence, un tempo, des harmonie, des mélodies. La ponctuation me passionne et j’y fais très attention. La plus infime virgule est pensée. Faut que ça sonne. Dans les dialogues, c’est vital. Et pour la poésie noire, pareil. Si le style est sec et de la rue, ça tape, cogne, frappe. C’est bref, concis, percutant. Si je décris l’environnement de manière poétique, ça devient flottant, vaporeux, vacillant, un peu flou, doux, mais ça continue en musique.

Je voudrais terminer cette interview par un poème de ta création que tu voudrais partager avec nous.
Le clown triste

sadclownJ’ai dessiné une aube pâle,
Un ciel tout gris plein de nuages
Et une forêt d’arbres morts.

J’ai dessiné l’aube létale,
Un ciel pourri empli de rage
Et de regrets. Lourd de remords….

J’ai mis des oiseaux dans le ciel,
Des oiseaux noirs, lente nécrose.
J’ai fait des routes un grand dédale.

J’ai vu de l’eau puis ton rimmel
Est venu tacher tes joues roses.
J’ai dû émettre comme un râle.

J’ai dessiné une aube infecte,
L’aube d’un jour sans lendemain.
Une aube comme on en fait plus,

Fade. Mort-née. Sourde et abjecte.
Oui, plus rien n’est entre mes mains
Et toute ma vie il a plu,

Une pluie sale, acide et froide,
Au goût de fer, au goût de rouille.
Otez de mon cœur ce fardeau

Et cessez donc vos sérénades,
Ce sombre chaos qui me fouille.
Je veux mourir sur un radeau,

Un radeau perdu sur la mer
Dans un silence immaculé ;
Les yeux fixés sur l’horizon.

Je suis un clown triste et amer
Et qui ne sait plus que pleurer,
Seul à en perdre la raison.

J’ai dessiné une aube pâle.
Un ciel tout gris plein de nuages
Et une forêt d’arbres morts