Nils Barrellon :: Le Jeu de l’assassin

DSC_6483Voici une bien belle découverte de cette année 2014, un premier roman que je vous conseille d’emmener dans votre valise pour vos vacances dans des contrées lointaines.

Le Jeu de l’assassin de Nils Barrellon, chez City Éditions (dans lequel je retrouve le quartier de Paris où je travaille). Une plume à suivre dorénavant. Car l’auteur réussit à nous plonger dans l’univers d’un assassin très spécial qui vous rappellera un célèbre tueur britannique. Nous sommes confrontés à un vrai jeu d’échecs entre le tueur et le flic.

À noter le juste équilibre entre humour et thriller qui est parfaitement réussi. Un très bon moment de lecture garantie !

Résumé :
Le cadavre d’une femme poignardée est retrouvé entre les rails du chemin de fer, au niveau de la Gare du Nord. Ce n’est que la première victime d’une longue liste.
Chaque fois, les proies ont le même profil et l’assassin utilise le même mode opératoire. Le commissaire Kuhn de la brigade criminelle de Paris doit se rendre à l’évidence, il est confronté aux agissements d’un tueur en série.
Les meurtres particulièrement sauvages s’enchaînent et l’assassin court toujours. L’enquête stagne avant d’être relancée par le tueur lui-même sous la forme d’un jeu de piste infernal…
« Il tue sans pitié. Et Paris est devenu son terrain de jeu. »

La semaine prochaine, nous partons rencontrer le messie. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires et à bientôt.

 

jeu-assassinMaintenant que tu es bien installé sur le divan, peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es venu à écrire un premier roman ?
J’ai 39 ans. Je suis prof de Sciences Physiques depuis 18 ans et  j’écris… depuis 20 ans. Peut-être parce que mon père est prof de Sciences Physiques et ma mère, prof de Français ! Plus les années passent, plus ces deux occupations me paraissent compatibles, j’ai un peu l’impression (de façon très lointaine, soyons modeste) d’être dans la lignée des grands écrivains scientifiques des siècles des Lumières : D’Alembert, Pascal, Descartes… Avant d’arriver au polar, j’ai écrit beaucoup de théâtre (une dizaine de pièces dont certaines ont été jouées sur Paris notamment), des nouvelles, des textes de littérature blanche. Et puis, un jour, je me suis dit : « Tiens ! Et si je participais au Prix du Quai des Orfèvres ! ». C’est ainsi qu’est née ma « vocation » dans le polar.

Une question qui me démange : Nils Barrellon… Nils Kuhn est ton double ? Parle-nous de ce personnage principal.
J’aime mon prénom (merci Papa, merci Maman). Il m’a toujours servi. Les gens se souvenaient et se souviennent de moi. Une façon comme une autre de sortir du lot ! Il n’y a pas si longtemps est apparu un jeu vidéo qui s’appelait Second Life dans lequel il fallait se construire un avatar amené à vivre une deuxième vie dans un monde numérique. Curieux, je me suis inscrit et j’ai nommé mon avatar Nils Kuhn. Nils parce que c’était moi, quand même, Kuhn parce que le voisin de mes parents à Malataverne – petit village de la région lyonnaise d’où je viens, immortalisé par Bernard Clavel dans le roman éponyme – s’appelait Kunz. Je trouvais que l’association des deux fonctionnait bien. Cela faisait un peu nordique et ça me faisait rire (quand on me connaît, on voit vite que je suis aux antipodes du physique Viking ;-)). Je l’ai gardé en déformant légèrement le nom.

Maintenant, forcément, mes romans étant écrits à la première personne du singulier, ce personnage c’est un peu moi, c’est vrai. Un peu comme un avatar littéraire. Le commissaire Nils Kuhn est donc un gars normal quoique divorcé (mais, de nos jours, à Paris, c’est presque la norme !) qui aime bien rigoler, qui aime bien manger et boire mais qui n’est pas alcoolique, qui n’a pas une fêlure intestine qui le pousse mener chaque enquête comme si c’était la dernière parce que bon… On ne sait jamais… Normal, je te dis !

Je travaille comme gardien dans le 10ème, près de la Gare du Nord. Dans ton roman, Le jeu de L’Assassin, toute l’action se passe dans ce quartier. Pourquoi l’avoir choisi ?
Je ne déflorerai pas l’histoire mais la trame du roman se décalque sur celle des crimes commis par le célèbre Jack l’Eventreur. Je voulais un quartier de Paris qui ressemble au White Chapel du XIXème. Populaire, aux rues étroites et sombres. Un quartier où la nuit paraît dangereuse, ou effrayante pour le moins. La Goutte d’Or s’est imposé. Ce quartier du XVIIIème arrondissement (frontalier du Xème où tu travailles) est la face noire de Montmartre dans lequel déambulent les touristes à longueur de journée au pied du Sacré Coeur. C’est le quartier le plus pauvre de Paris, connu pour sa prostitution endémique, ses trafics en tout genre. Il collait parfaitement à l’intrigue que je voulais construire !

IMG_7765En lisant ton roman, j’ai eu l’impression d’être dans une partie du jeu d’échec. Tu nous emmène souvent sur de fausses pistes. Comment c’est passée la construction de ton roman ?
Je voulais partir sur un copycat de Jack l’Eventreur (ces meurtriers américains qui poussent le vice à imiter les crimes d’autres meurtriers !) car tout le monde connaît l’histoire de ce célèbre sérial killer anglais. Or, la connaissant, on pense pouvoir anticiper ce que va faire le meurtrier, un peu comme le fait Kuhn d’ailleurs… Mais, tout comme le commissaire, le lecteur risque vite de déchanter.

Il y a aussi dans ton roman tout cette recherche sur le fonctionnement de la police et aussi sur la justice qui le rend très réaliste.
Oui. Cela m’a demandé énormément de temps. Le roman a été relu par deux policiers en exercice – que je remercie encore une fois – pour qu’il colle au plus près du fonctionnement de la Police et de la justice française. C’est une des conditions sine qua none pour espérer voir son manuscrit être lu par le jury du prix du quai des Orfèvres, essentiellement constitué de policiers. On comprend qu’ils ne veulent pas que l’on raconte tout et n’importe quoi (genre la prison au milieu du commissariat comme dans Navarro ;-))

As-tu une anecdote à nous dévoiler sur ton premier roman ?
Un des personnages de l’histoire, Monsieur Pinson, m’a été inspiré par mon voisin. C’est un vieil homme assez sympa qui porte un nom d’oiseau (un vrai si si !). Je n’ai pas osé lui offrir le livre, ni même osé lui en parler, de peur qu’il n’aime pas cet emprunt mais il a fini par en apprendre l’existence et est venu me le faire savoir. Coincé, je lui ai offert un exemplaire et ai attendu, très stressé (un peu comme quand tu le lisais) son avis. Il a mis super longtemps pour le lire, comme s’il faisait durer le suspens et… il a adoré ! Maintenant, il m’appelle Commissaire et il m’a acheté un autre exemplaire pour l’envoyer à un ami en Algérie !

Le concierge est curieux ! As-tu commencé à écrire une suite ? Retrouverons-nous Nils ?
Oh oui ! Le deuxième épisode est déjà chez mon éditeur. Et… Scoop pour le Concierge masqué et ses lecteurs, il s’agira d’un préquel ! C’est à dire un épisode se déroulant avant le Jeu de l’Assassin. Histoire d’en apprendre un peu plus sur Kuhn, Lefort, Letellier et Chihab. L’intrigue s’articule autour de la traite des blanches, ces réseaux de prostitutions des Balkans. Une occasion de découvrir une autre facette du XVIIIème arrondissement puisqu’une grande partie de l’histoire se déroule autour de Pigalle et de ses célèbres bars à hôtesses…

ob_77072d_1525648-588409951237776-1515886217-nComment écris-tu ? (Le Matin, Le soir, dans un bureau ?)
Le jeudi ! C’est le jour où je ne travaille pas. Une fois que j’ai posé mes enfants à l’école, je rentre à la maison (ou je vais dans une bibliothèque – ma préférence va à celle de l’Hôtel de Ville à Paris) pour noircir des pages Word. Maintenant, quand je suis bien lancé, j’écris aussi dès que j’ai un petit moment tranquille, ce qui est rare, je te prie de me croire, quand tu as trois garçons de moins de dix ans ! Mais je suis assez carré et ma méthode me permet ces morceaux d’écriture « flash » car je sais ce que je dois raconter, je sais exactement où je vais, je peux donc travailler par bout.

Quels sont tes auteurs préférés ? Que lis-tu actuellement ?
Fastoche comme réponse : Dostoïevski dont j’ai lu toute l’œuvre, Bret Easton Ellis – pareil -, Frédéric Dard… Mais il faudrait ajouter des dizaines de noms à cette liste : Tolstoï, Zola, Houellbecq, Butor, Perec, Camus, Maupassant, Djian… Comme tu le constateras, pas d’auteurs de polar à l’exception de San Antonio (et Vargas aussi je le confesse). Ce n’est pas un genre dont je suis particulièrement friand comme lecteur. Peut-être parce que j’en écris : soit ils sont meilleurs et je suis jaloux, soit ils sont médiocres et ça m’énerve !

Tu es professeur dans un lycée parisien, comment tes élèves voient ton premier roman ? T’en ont-ils parlé ?
J’en ai entendu parler pour la première fois cette semaine car je n’en ai pas fait la pub dans mon lycée (je n’aime pas mélanger les choses) mais la documentaliste l’a fait rentrer dans le fond du lycée… Le jeu de l’Assassin est maintenant au CDI, bien visible, droit devant quand on passe la porte… Je pense que je devrais en entendre parler d’ici peu ;-)

Finaliste du Prix Quai des Orfèvres, un grand Prix du roman policier, comment as-tu vécu ça ?
Pour être tout à fait franc, un peu déçu. Il n’y a pas de finaliste officiel au prix du Quai des Orfèvres (même si je l’ai été, je te rassure) il n’y a qu’un gagnant. Maintenant, cela m’a permis d’être édité donc… Et puis, je ne désespère pas de gagner ce prix un jour !

Quelle actualité t’énerve actuellement ?
Tout le ramdam autour des élections européennes. Ce super truc qui pourrait casser la baraque et faire la nique aux autres grandes puissances mondiales, n’est finalement qu’une coquille vide, mal ficelée, faite de bric et de broc. Les élections sentent la naphtaline : j’ai l’impression que le but des députés qui se présentent est d’obtenir un mandat bien payé et peu contraignant.

Quelles sont tes passions dans la vie ?
L’écriture (si si !), les voyages, le sport, le bricolage, le cinéma, la musique, le théâtre… Tout ! Je suis un touche à tout, bon à rien. En fait, je suis simplement curieux. Ma passion c’est la nouveauté ! Bien sûr, je n’oublie pas mon épouse et mes enfants… Ces derniers, bien qu’épuisants (pas ma femme hein !), sont passionnants !

Quels sont tes films préférés ?
Pfiou… Si je ne devais en citer qu’un seul (mais comme pour ta question précédente, la liste de mes films et réalisateurs préférés serait longue et difficile à dresser) ce serait C’est arrivé près de chez vous. J’adore tout. Je connais les répliques par cœur : « Pigeon, avec ta grise robe, dans l’enfer de la ville, à mon regard tu te dérobes. Tu es vraiment le plus agile ! » J’aurais aimé l’écrire, le jouer, le filmer, le tout !

Kuhn

Fin gastronome que tu es, j’aimerais que tu nous expliques la recette de la blanquette de porc ? ;-)
Le plus dur pour cette recette que je tiens de ma grand-mère qui la tient de sa grand-mère qui l’avait inventée après une discussion avec un boucher landais qui jouait très bien au tennis, est de trouver un cochon schizophrène. Il faut absolument qu’il se prenne pour un mouton sinon le plat est raté. On les reconnaît aisément, ce sont les seuls qui bêlent. Éventuellement, on peut la faire avec de la vache folle mais c’est plus sec.

Quel sera ton mot de fin à cette interview ?
Comme disait Harlan Coben avec qui j’ai pris l’apéro la semaine dernière : « Achetez la Jeu de le Assassine, c’est une syuper bouquin. Je le recommande hotement ! » Et hop ! Il a repris une cacahuète !