Catherine Bessonart :: La palette de l’ange

Catherine-Bessonart1-1020x400-cropJe n’ai pas à vous présenter Catherine Bessonart (voir sa première interview) qui s’est fait sa place dans le haut niveau du polar français et qui nous revient avec son second roman, La palette de l’ange, chez L’Aube Éditions avec une nouvelle aventure de Chrétien Bompard.

« Il avait besoin de lire l’effroi dans ses yeux pour oublier le sien. Quand son souffle se faisait court, il respirait mieux. Il sut tout de suite qu’il ne lui survivrait pas. » Le commissaire Chrétien Bompard est chargé d’une affaire épineuse : plusieurs meurtres extrêmement ritualisés sont perpétrés dans la capitale. Les victimes ne semblent pas avoir été choisies au hasard et pourtant, elles n’ont à première vue rien en commun… Et pour ajouter encore au trouble, Bompard s’émeut de la découverte d’un adolescent pendu dans la forêt d’Orléans et de la disparition d’une jeune femme. Leur sort est-il lié aux meurtres ? Quel sera le dénouement de cet imbroglio ? Cette enquête captivante confirme le talent de Catherine Bessonart.

Roman réussi avec brio, qui se dévore en quelques jours. L’auteur se dévoile dans cette interview avec simplicité. Une grande dame du polar confirme tout le bien que l’on pense d’elle.

La semaine prochaine, nous partirons du côté de Bordeaux pour rencontrer un immense auteur, lauréat de plusieurs prix littéraires, qui a bien voulu répondre à mes questions et nous remonterons le temps pour nous retrouver après la Seconde Guerre mondiale et le début de la guerre d’Algérie.

Je vous souhaite de très bonnes lectures noires et à la semaine prochaine.

La-palette-de-lange-couvertureQuelles sont tes impressions sur tes succès du Prix polar 2013 du meilleur roman francophone au Festival de Cognac au Prix Anguille sous roche 2013 en passant par ta qualification pour le Balai D’OR 2014 ? Quel début en fanfare !
Écrire est un travail solitaire ; même si on est très entouré,  on est tout de même très seul. Bien sûr on, en tout cas moi, je sollicite beaucoup mon premier cercle dont  j’attends les réactions, c’est fondamental pour moi. Il n’empêche que lorsque j’écris une petite voix vient toujours me persécuter, celle du doute. Aussi, pour répondre à votre  question, Richard, voir son travail remarqué est un antidote formidable à l’angoisse que génère l’écriture. Alors que ce soit le prix Anguille sous roche de Saillans, celui de l’Olive noire de Nyons, le prix des lecteurs de la librairie Arcades à Tournus ou celui de Cognac, je jubile. Et lorsque j’apprends que je suis nominée pour le prix de l’ENS Cachan 2014  ou sélectionnée pour le Balai d’or 2014 c’est un apaisement, une joie profonde, une réparation (le doute fait des dégâts). C’est un peu comme si quelqu’un venait frapper à ma porte pour me dire « j’aime vraiment bien ce que vous écrivez » et je peux vous dire que ça donne de la force. Alors je ne dirai pas que cela  me rend  fébrile, mais plutôt que cela me permet de me rassembler.

Peux-tu nous parler de la résidence d’écriture où tu es actuellement dans le cadre des 48H du polar à Clermont-Ferrand ?
Avant tout je voudrais remercier François Andrieux de l’Amiral Flottant – l’association qui organise les 48h du polar à Clermont Ferrand depuis quatre ans. Il a été un des premiers à remarquer Et si Notre Dame la nuit… qui venait juste de sortir. Ensuite les choses se sont enchainées. C’est un grand privilège de pouvoir travailler tranquillement et je participe aux animations avec grand plaisir, surtout auprès du public lycéen. J’ai adoré par exemple  la rencontre du Lycée sud Auvergne  de St Flour.

Comment t’est venue l’idée d’écrire ce très beau deuxième roman : La Palette de l’ange ?
L’année dernière, en France, un adolescent s’est suicidé ; il était roux et était victime de harcèlement. Les différences dérangent, moi, elles m’inspirent. Ça part comme ça et puis ensuite Bompard a sa propre trajectoire.

decouvrez-notre-selection-et-tentez-de-gagner-l-un-des-livres-presentesJe trouve que le personnage de Chrétien Bompard prend de l’ampleur, de la force et on s’attache énormément à lui, comment ressens-tu l’évolution de ce personnage que tu as créé ?
Il grandit et je le regarde grandir. Et bien sûr je ne contrôle pas tout. Un personnage a sa propre logique, sa cohérence. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est lui qui décide, mais il y a des choses que je ne peux plus lui faire faire ou penser. Il existe. On lui trouve de la consistance, ça m’enchante.

Il y a aussi un vrai puzzle dans ce second roman, une cascade de meurtres et rien qui lie les morts, un vrai imbroglio !
La seule chose qui relie les victimes entre elles, c’est la façon dont elles meurent. Mais il m’est impossible de partir dans cette direction, je ne veux pas prendre le risque  de déflorer le sujet.

Il y a aussi Mathilde qui est l’amour de sa vie, comment est venue l’idée de créer ce personnage ?
Je tenais à créer un flic qui ne serait pas uniquement un flic, mais un homme qui exercerait la profession de commissaire avec passion bien sûr, mais qui aurait d’autres caractéristiques. Chrétien Bompard est ce flic là. Il est éperdument amoureux de Mathilde et  grand nostalgique de cet amour perdu mais aussi  de l’enfance. C’est  un désenchanté qui n’est pourtant pas cynique car il a gardé des côtés enfantins et il aime bien les gens. En fait, il me semble que plus un personnage existe dans son intimité, plus il est lui, plus ça parle à chacun. Mathilde représente peut-être le meilleur de Bompard : son goût de l’absolu et cette part de lui qui ne triche jamais.

Si je te dis que tes romans sont des polars psychologiques…
On peut dire ça et les méandres de l’âme  humaine sont des ressorts qui me passionnent, ce qui est assez banal. Non ?

Une anecdote à nous raconter sur ton deuxième roman ?
Une très vieille dame quasiment aveugle que j’ai rencontrée à l’angle d’une rue… Elle venait d’acheter Et si Notre Dame la nuit… dont elle avait entendu parler une nuit d’insomnie, sur France Info et allait le confier à la jeune femme qui lui fait la lecture à voix haute. J’ai beaucoup aimé cette rencontre, je pense qu’elle ressortira dans un de mes romans.

Tu sais le concierge est curieux. Peux-tu nous mettre l’eau à la bouche sur ton troisième roman, juste un petit indice.
Deux lignes alors, mais c’est bien parce que c’est vous ! Une violente dispute éclate entre un homme et son fils au sujet de l’homosexualité de l’adolescent. Le ton monte, la tension est extrême. Le jeune quitte le domicile en claquant la porte. On le retrouvera quelques heures plus tard à la morgue, victime d’une agression homophobe.

Quelles sont tes lectures du moment ?
Alors ce mois-ci, dans le désordre et avec plus ou moins de bonheur j’ai lu ou relu :

L’idiot de Dostoïevski, Les Chaussures italiennes de H. Mankell, En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis et Désolations de David Vann.

AFFICHE-CBFINALE11J’ai un énorme coup de cœur pour les romans de L’Aube Éditions qui sont de très haute qualité, parle-nous de cette maison d’édition.
C’est une maison d’édition exigeante et respectueuse, j’apprécie beaucoup que Manon Viard, mon éditrice me consulte par exemple, sur la 4e et la couv. Nous travaillons en confiance.

De quel sujet aimerais-tu nous parler, une chose qui compte beaucoup pour toi ?
L’homme prisonnier de son passé, l’impossibilité de rédemption ou même d’oubli est un sujet qui me préoccupe énormément. C’est d’ailleurs directement ou indirectement présent dans ce que j’écris. C’est mon côté obsessionnel.

A-t-on une chance de voir bientôt les aventures de chrétien Bombard en téléfilm ?
Je commence à être sollicitée, mais je ne suis pas pressée. Coller des images sur Chrétien Bompard et sur son univers me paraît prématuré. Je ne peux pas faire ça aux lectrices et lecteurs, ce serait trop frustrant pour eux. Je dois les laisser s’emparer de ce flic et de ses aventures, je les laisse divaguer autour de mon écriture. Pour l’adaptation cinématographique, on verra plus tard.

Quel personnage de roman policier aurais-tu aimé être ?
Le chien de l’inspecteur Wallender par exemple. Ou bien, plus sérieusement, la femme de Maigret, non pas pour ses talents culinaires – je ne suis que très modérément attirée par la blanquette de veau – ni  pour son érotisme flamboyant, mais plutôt pour la place qu’elle occupe aux côtés de Maigret. Je m’amuse à imaginer en tant que lectrice les hors-champs, leurs échanges. Selon moi tout ne doit pas être écrit si l’on veut éviter l’asphyxie dans la narration, et il me plaît de pouvoir laisser mon imagination de lectrice musarder. J’aime ces seconds rôles qui semblent parfois manquer de prestige et qui sont pourtant essentiels ; ils éclairent le héros, lui donnent de l’épaisseur, de l’humanité.

Quel sera ton mot de fin ? 
Vous connaissez bien la littérature policière, vous l’aimez et c’est contagieux.  Merci Richard Contin.