Marie Van Moere :: Petite louve

mvmDoit-on se venger ? Rendre justice soi-même ? Telles sont les questions que pose Petite louve de Marie Van Moere, un premier roman qui se dévore rapidement tellement le rythme est soutenu. Merci à La Manufacture de Livres, une maison d’édition de qualité, de nous offrir ce genre de bijou.

Petite louve, d’une écriture poignante, vous fera voyager dans la douceur de la Corse en commençant très fort par une scène de mise à mort. Vous vous attacherez sans doute énormément aux personnages de la mère et à sa fille. Un moment superbe de lecture qui vous prendra aux tripes.

Résumé :
C’est juillet, il fait nuit et chaud sur les pistes des calanques. Il est temps de rejoindre la petite, douze ans, qui l’attend à la maison. Il est temps de fuir vers la Corse, car celui que la mère a éliminé a une famille, et pas n’importe laquelle. Il faut se cacher, se faire oublier des frères du mort, Ivo et Ari, qui ne lui pardonneront pas ce qu’elle a fait. Voilà, c’est le début d’une cavale en 4 x 4, en bateau, d’hôtel en hôtel, de ville en village, de village en maquis.
Agathe est médecin, elle est originaire de la côte atlantique mais s’est fait adopter par Marseille, par le Sud. Deux ans avant le début du roman, elle a découvert sa petite, 10 ans, « recroquevillée, mordue, rompue, tuméfiée ». Violée, massacrée sur le chemin du retour de l’école. Anorexique depuis l’horreur, la petite est maintenant mince, tellement mince et fragile qu’on se demande comment elle tient debout. La mère fume trop, le père est parti, incapable de supporter la situation. La mère et la fille forment un couple blessé, malade, sauvage, complice. La mère a vengé la fille. Et après ?

La semaine prochaine, nous partons sur les routes de l’Indiana rencontrer un écrivain américain de talent. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires pour cette semaine.

Ma première question, toujours la même  : pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous dire comment vous êtes venu à écrire un roman ?
J’ai beaucoup voyagé outre-mer et les livres m’ont toujours accompagnée partout. Très jeune, je me demandais si je pouvais écrire ce que je lisais, puis comment écrire ce que je lisais avant d’écrire mon premier texte à 12 ans.

 

9782358870696Comment vous est venue l’idée d’écrire ce superbe premier roman ?
Avant d’entamer le travail concret sur le premier, j’ai travaillé sur des nouvelles plus ou moins longues et sur l’écriture elle-même pour, notamment, en évacuer le pathos qui pollue les écrits trop ‘verts’. Et quand l’heure est venue, je me suis lancée, avec dans l’idée d’avoir écrit mon premier roman avant 33 ans, âge de crucifixion de Jésus Christ. Il y a ensuite le temps de trouver un éditeur et là, comme beaucoup, j’ai cherché longtemps.

Peut-on se faire justice tout seul ?
Joker.

Pouvez-vous présenter Agathe et sa petite fille aux lectrices et lecteurs qui n’ont pas encore lu votre roman ?
C’est difficile puisqu’elles sont les deux personnages principaux du livre. Quelques lignes n’engloberont pas ce que j’ai essayé de faire de cette relation mère fille. Disons que l’épreuve qu’elles affrontent chacune à leur manière et la catharsis de l’acte fondateur du roman, le viol de la fille, les obligera à s’aider jusqu’au bout quoi qu’il en coûte. Et c’est là qu’on peut toucher le lien de l’amour de la mère vers l’enfant et l’autre, différent, de l’enfant vers la mère. Ce n’est pas identique puisqu’il y a également les personnalités de chacune. Agathe est courageuse et déterminée à se venger, la petite est courageuse, déterminée à aider sa mère, mais ne s’empêche pas de réfléchir quant au désir de vengeance.

On ne peut pas faire mieux comme méchant que la famille Vorstein. Pouvez-vous nous parler d’eux ?
Oui, ce sont « les méchants », une famille unie dans la violence puisqu’elle tient une part de la vente de stups sur Marseille et que ce genre de commerce, ça se défend âprement. Individuellement, certains ont souffert dans leur chair, en famille aussi : ils sont issus d’une famille de gitans de l’Est déportée au moment de la deuxième Guerre Mondiale. Je ne veux pas éviter absolument tout manichéisme et il y a une morale que la nature humaine impose, mais c’est au lecteur de savoir jusqu’à quel degré de « méchanceté » chacun descend dans cette histoire.

o-VIOL-POLICIER-TUNISIE-facebookLe concierge est curieux ! Y aura-t-il une suite à ce premier roman ? Retrouverons-nous certains personnages ?
Non, je n’ai pas prévu de suite à cette heure. Cependant je n’ai pas encore assez approfondi les thèmes auxquels je tiens, alors il y aura des ponts entre Petite louve et le deuxième roman.

Vous aimez les berceuse (page 156,  il y en a une très belle) ?
Je ne suis pas fanatique des berceuses, j’essaie de ne pas me laisser endormir.

Celle de la page 156 est une berceuse tzigane que les mères chantaient à leurs enfants au moment des déportations nazies. En passant, je rappelle comme ils ont souffert eux aussi pendant cette période.

Avez-vous une anecdote a nous racontez sur ce roman ?
J’ai écrit le passage dans le caboulot bastiais à Frevik, petit patelin de Norvège.

Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau,…)
En général, j’aime écrire seule, en vrac et en silence. Mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut.

 Quels sont vos écrivains préférés ? Que lisez-vous actuellement ?
Le plus simple serait de dire ce que je n’aime pas, peut-être ?

Forcément il y a beaucoup d’auteurs que j’aime ou que j’ai aimé, que j’aime moins aujourd’hui mais que je garde en moi. C’est comme la vie, tout cela varie, avec ses méandres et ses longs cours.

Actuellement, je lis Mes années grizzly de Doug Peacock.

meurtre 02Parlez-nous de votre vision de la Corse.
Ma vision de la Corse est très prosaïque : je m’y sens bien et n’étant pas originaire de l’île je n’en saisis certainement pas tous les enjeux. Malgré cela, j’ai un recul qui m’aide à regarder.
Cela dit, comme je vous le disais, j’ai beaucoup voyagé et c’est l’un des plus beaux endroits que j’ai vus. Et les gens ne parlent pas beaucoup en général, c’est vrai, et j’aime ça, je ne parle pas beaucoup non plus.

Quelle est l’actualité qui vous énerve actuellement ?
Le fait que la communauté internationale ne réagisse que des jours après l’enlèvement des lycéennes nigérianes. J’ai été écoeurée par cette actualité et par la vidéo du porc de Boko Haram. Je suis peu les actualités car elles ne glissent pas sur moi. Je ne suis pas une cynique.

Quelles sont vos passions dans la vie ?
Mes enfants en première place ; en désordre selon les jours : l’écriture, la nature et une certaine solitude.

Quel sera votre mot de la fin ?
Merci.