Olivier Bordaçarre :: Dernier Désir

(c) Les pictographistesAvez-vous un dernier désir ?

Sûrement pas d’avoir un nouveau voisin comme celui du dernier roman d’Olivier Bordaçarre.

Dernier Désir, chez Fayard, est un petit bijou qui se dévore hélas en quelques jours. Roman puissant qui monte progressivement et qui se finit dans un brillant feu d’artifice. Un suspense psychologique d’une grande maîtrise et j’affirme que ce roman est son meilleur pour le moment. J’en redemande de suite, car des romans comme celui-ci font du bien.

Résumé :
Mina et Jonathan Martin ont quitté Paris, la ville et la société de consommation desquelles ils avaient fini par se sentir prisonniers pour rénover une maison d’éclusier au bord du canal du Berry. Mais ce retour à la nature et à de supposées « vraies » valeurs est perturbé le jour où le jeune couple voit débarquer un nouveau voisin, Vladimir Martin, qui vient d’acheter la maison d’éclusier la plus proche de la leur. Un Vladimir avenant, charmant, riche, mais qui semble aussi vouer peu à peu aux Martin une attention pour ne pas dire un culte que Jonathan ne tarde pas à trouver aussi malsain qu’inquiétant.

La semaine prochaine, nous ferons un tour en Corse. Je vous souhaite une très bonne semaine de lectures noires à tous.

175 (2)Pourrais-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es venu à écrire des romans ?
Je n’ai pas tellement envie de parler de mon enfance. Mon désir d’écriture est né à l’adolescence.

Comment s’est construit ton dernier roman sorti chez Fayard, Dernier Désir  ?
Il y a eu l’idée puis la construction d’un plan très précis, puis la rédaction des chapitres, les modifications, les changements, les aménagements divers. Et les personnages se sont construits au fur et à mesure de l’écriture grâce à leur langage singulier. J’ai découvert de nombreuses dimensions (psychologie, importance des lieux, du climat, rythmes, suspens…) J’avais prévu des choses et beaucoup d’imprévus ont surgi au cours de l’écriture.

Pourquoi avoir choisi les bords du canal de Berry pour ce roman, un coup de cœur pour cette région ?
Besoin d’un espace désertique. Besoin d’eau. Besoin de maisons voisines.

Parle-nous de tes trois personnages principaux : Vladimir, Jonathan et Mina.
Jonathan, Mina et Romain forme une famille assez banale. Ils ont choisi de vivre à la campagne. Pour la tranquillité, l’environnement, le silence.

Vladimir Martin est une allégorie du capitalisme triomphant mais sur le déclin.

Le bonheur peut-il s’acheter ?
Non… enfin, c’est quoi le bonheur ?

canal-berryAs-tu une anecdote à nous raconter sur ton dernier roman ?
La maison de Mina et Jonathan existe vraiment. J’y vais souvent…

Parle-nous de ton avant-dernier roman paru en 2011, La France tranquille, un roman qui avait fait sensation et qui, pour moi, sortait de l’ordinaire avec son gendarme  boulimique : le Commandant Garand.
La France tranquille était un roman sur la fonction de la peur dans une société de contrôle.

Tes romans donnent le sentiment que tu n’aimes pas les grandes villes et que tu leurs préfères les villages, une raison ?
Tolstoï disait que pour parler du monde, il était judicieux de parler de son village. Ce que j’ai fait. Mais à des échelles différentes, on peut évoquer les problématiques actuelles, celles de son villages, de son quartier, de sa ville. L’important, je crois, est de circonscrire les actions dans des territoires bien délimités. Mon prochain roman se déroule dans un quartier de Paris.

Tu travailles auprès de personnes en situation de grande exclusion, tu essayes de leurs redonner confiance par le théâtre et l’écriture. Peux-tu nous en parler ?
J’essaie d’aider ces personnes à retrouver une joie de vivre. cela passe par le désir de construire des choses avec d’autres. Tout seul, on ne fait rien. Alors on construit ensemble des évènements (théâtre, écrits, mises en scène des tentatives d’écritures…) Ainsi, chacun peut découvrir ses propres capacités à faire , à créer, en écho avec les autres, et ainsi à résister à la vision nihiliste encouragée par la soit-disant absence d’alternative à la violence d’un système. Se construire et construire l’autre pour aboutir à un édifice commun où chacun a sa place, en toute liberté de soi et en toute conscience de la présence de l’autre et de ses désirs.

000990930Le concierge est curieux : quels sont tes projets littéraires ?
Un roman, donc, qui se déroule à Paris… mais pas seulement.

Comment écris-tu ? (Le matin, Le soir, dans un bureau…)
L’écriture est une activité cérébrale qui me prend environ 24 heures par jour.

Quels sont tes écrivains préférés ? Et que lis-tu actuellement ?
Kafka, Perec, D.H. Lawrence, Orwell, Burroughs….  En ce moment, je relis Dracula !!

Quelle est l’actualité nationale ou internationale qui t’énerve actuellement ?
Tout m’énerve dans l’actualité.

Quels sont tes films préférés ?
Je regarde 300 films par an.. je ne sais pas…  Le mépris… peut-être… King Kong ?… César et Rosalie….

Quel sera ton mot de fin ?
Je suis profondément touché par le succès de Dernier désir qui est, pour moi, le roman le plus important que j’ai écrit. Mais le prochain arrive, alors…