Guillaume Audru :: L’Île des hommes déchus

photoLa claque de ce début d’année à mon avis, c’est ce jeune auteur, Guillaume Audru, qui nous a écrit un premier roman brillant, L’Île des hommes déchus aux éditions du Caïman.

Stroma est une île au large de la côte nord de l’Écosse. Elle est située dans le Pentland Firth, détroit entre l’Écosse et l’archipel des Orcades. Elle est administrativement rattachée à la région des Highlands, alors que Swona sa voisine plus au nord dépend des Orcades. Le nom de l’île proviendrait du vieux norrois pour flux ou courant. Stroma a environ 3,5 km de long et 1,5 km de large, pour un point culminant à 53 mètres. Elle est inhabitée en permanence, mais son propriétaire, un agriculteur, l’utilise pour faire paître ses moutons.

Et l’auteur arrive à nous sortir une intrigue de toute beauté sur ce rocher. Un huis clos super réussi où les secrets étouffent la vérité. Des personnages très attachants, une vraie belle réussite que je vous recommande absolument. Souvenez-vous du nom de cet écrivain : Guillaume Audru, je suis sûr que l’on reparlera de lui très vite.

Je voudrais féliciter les éditions du Caïman d’avoir su nous faire découvrir ce jeune talent en or.

Voici un résumé du roman :
Eddie Grist, ancien policier à Inverness, est de retour sur Stroma, son île natale, au nord de l’Écosse. Il y retrouve ses parents, avec qui il a noué des relations difficiles, ainsi que ses rares amis. Mais à peine a-t-il pris ses marques qu’un squelette est découvert sur le chantier d’une résidence secondaire. Malgré son père, notable influent de l’île, Eddie ne pourra s’empêcher de se mêler à l’enquête… enquête officiellement confiée à Moira Holm, amour de jeunesse d’Eddie, qui a, elle aussi, quelques comptes à régler avec la communauté silencieuse de Stroma…
Vous pourrez aussi trouver l’auteur dans l’Exquise Nouvelle saison 1, petit bijou à lire et relire absolument.

La semaine prochaine, nous partirons au Mali rencontrer le Balai de bronze 2012 et ça va saigner à la tronçonneuse, moi je vous le dis !

Je vous souhaite de très bonnes lectures noires et à très vite.

 

couv-9782919066131Peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es venu à écrire ce premier roman ?
Mon enfance a été plutôt heureuse jusqu’à l’adolescence. Ce fut ensuite plus compliqué avec mes parents et mon frère et ça l’est toujours… l’idée de ce roman est venue des vacances en Bretagne avec ma petite famille (ma femme et mes deux enfants). Petit à petit, j’en suis venu à m’intéresser à la culture bretonne puis à la culture celtique dans son ensemble. En ce qui concerne l’écriture, j’ai démarré vers l’âge de treize ans avec des petits textes de trois/quatre pages. Puis vers mes vingt/vingt-cinq ans, j’avais plutôt dans l’optique d’écrire un thriller mais les quelques 80 pages tapées manquaient sérieusement de rythme. Alors, j’ai reconsidéré les choses, l’intrigue, les personnages, même ma façon d’écrire avant de pouvoir démarrer L’île des hommes déchus.

Pourquoi avoir choisi L’Écosse pour ton premier roman ?
Comme je te l’ai dit dans la première question, j’éprouve un vif intérêt pour la culture celtique. L’intrigue est arrivée progressivement. Il me fallait un lieu renfermé, presque autarcique et assez proche de la côte. Et l’Écosse ne manque d’îles inhabitées ! Un peu par élimination, mon choix s’est porté sur Stroma.

Comment ce sont passées tes recherches pour l’écriture de ton roman ?
J’ai surtout effectué des recherches sur l’histoire du Caithness, région perdue au nord de l’Écosse dont les paysages mélancoliques sont magnifiques et dont un bon nombre d’habitants a des origines scandinaves. Par ailleurs, en ce qui concerne le côté boissons du roman (whisky et bières), j’étais suffisamment documenté !

Parle nous des deux personnages principaux : Eddie Grist et Moira Holm.
J’aime beaucoup mes deux grands cabossés de la vie. Chez Eddie, physiquement, il y a un peu de moi ! Mais, psychologiquement, on est peu à l’opposé (sauf pour le côté familial). C’est le personnage que j’ai construit en premier. Moira est venue un petit peu après. Pour ce rôle féminin, je voulais un caractère fort, malmené par les hommes mais qui ne s’avoue pas vaincu.

Il y a deux mots qui sont importants dans ton roman : secret(s) et silence ; es-tu d’accord avec moi ?
Tout à fait ! C’est même la base de l’intrigue. Les non-dits, les pensées, bonnes ou mauvaises, qu’on garde pour soi, à l’image de la mère d’Eddie. Le but du jeu est aussi de voir comment un secret peut déstabiliser progressivement déstabiliser une petite communauté.

whisky_03As-tu une anecdote à partager avec nous sur ton roman ?
Oui. L’un de mes meilleurs amis a lu le manuscrit. 50 pages par-ci, 50 pages par-là, et ainsi de suite. Il a cherché sur Internet comment se procurer le whisky Stroma et la bière Stromian’s sans savoir que ces deux noms sortaient tout droit de mon imagination !

Retrouverons-nous Eddie et Moira dans un prochain roman ? Le concierge est curieux !
Une suite est prévue. J’y travaille actuellement. La place de Moira devrait y être renforcée car l’intrigue ne se joue pas uniquement à Stroma mais aussi sur le Caithness.

Comment écris-tu ?
J’écris essentiellement le soir. Jamais avant 22 heures. J’attends que tout le monde soit couché. Et je termine souvent vers 1 heure du matin. Il m’arrive d’écrire aussi le matin, en fonction de mon emploi du temps professionnel.

Quels sont tes écrivains préférés ? Que lis-tu actuellement ?
Avant la naissance de mes deux enfants, je lisais un polar par semaine. Depuis, j’ai un peu ralenti le rythme et j’ai tendance à être de plus en plus sélectif. Dans mon panthéon personnel, il y a James Ellroy, Johan Theorin, DOA, C.J. Box, Jamie Harrison, James Lee Burke, William Kent Krueger, David Peace, Marin Ledun, Colin Niel…

Actuellement, je lis Terminus Belz d’Emmanuel Grand. C’est un polar qui se passe en Bretagne. Puis, sur le feu, il y aura les derniers Damien Ruzé (Voilà l’aurore), Sandrine Collette (Un vent de cendres) et Marin Ledun (L’homme qui a vu l’homme).

Parle-nous de ton blog, Territoires Polars.
Le blog a désormais trois ans. Je l’avais démarré sans véritable ligne directrice, me demandant même s’il fallait chroniquer les bouquins que je n’avais pas aimés. J’essaye d’être le plus cohérent possible dans ma démarche et si, le livre ne m’a pas plu, pas de langue de bois !

romanpolicier.blogspot.fr

IsleSkyeTu es Président de l’association Poitevine « l’instant Polar », peux-tu nous en parler ?
L’Instant Polar est l’unique association poitevine (à ma connaissance) consacrée à cette noble cause. J’en suis le président depuis six mois. Auparavant, j’étais le vice-président et Patrick Amand dirigeait la boutique. On a donc inversé les rôles en toute démocratie. Nous ne sommes pas vraiment une simple association de lecteurs. En effet, nous organisons chaque année, dans la mesure du possible, les Rencontres Polars. La première édition a eu lieu en 2011 avec pour thème le polar et les conflits du XXème siècle. Nous étions parvenus à réunir Patrick Bard, Guillaume Prévost, Jean-Louis Nogaro, Odile Bouhier et Patrick Amand. Quant à la seconde édition, en 2013, elle fut beaucoup plus difficile à organiser du fait des nombreux désistements d’auteurs. Nous avons quand même servi Valéry Le Bonnec, Philippe Paternolli et David Patsouris sur un plateau autour du thème des polars à boire et à manger. La prochaine édition, qui se tiendra les 28 et 29 mars 2014, réunira Damien Ruzé, Gérard Chevalier, Annabelle Léna, Théo Giacometti et moi-même autour du polar hors-les murs, hors-la-ville.

Quelles sont tes passions ?
Je suis un peu touche-à-tout ! J’aime le whisky, la bière et le vin (avec modération, ça va de soi !). Je pourrais passer des heures à disserter sur l’intérêt du whisky Dalmore, sur les différentes version de la bière Chimay ou des vins du sud-ouest, par exemple. J’écoute pas mal de musique, en étant assez éclectique. Mes goûts vont du hard rock et ses dérivés, à la musique celtique en passant par le rock. Te citer des noms, Richard, prendrait des plombes. Sinon, j’aime aussi le rugby, le football (mais de moins en moins). Et mes ultimes passions sont ma femme et mes enfants !

Si tu pouvais être un personnage de roman policier, lequel serais-tu ?
Je dirais Wendell « Bud » White, incarné par Russell Crowe dans L.A. Confidential. Le mec est manipulé de tous côtés ; les gens le louent pour ses poings mais progressivement, en faisant bien fonctionner son cerveau, il va se révéler bien plus intelligent qu’il n’y paraît. Cette transformation du personnage (bien plus complexe dans l’excellent roman d’Ellroy) m’a bien plu.

Parle-nous des Éditions du Caïman, comment les as-tu connu ?
Le Caïman est une petite maison d’édition basée à Saint-Étienne et tenue par l’excellent Jean-Louis Nogaro. Depuis trois ans, on y publie des albums et des romans jeunesse et, bien sûr des polars. J’ai connu les éditions du Caïman grâce à Patrick Amand qui y a fait paraître son deuxième roman, Gurs 10.39 ainsi que le troisième qui sortira en juin. Le Caïman est un vrai éditeur qui accompagne son auteur et, c’est sûr, n’est pas à ranger parmi les éditeurs participatifs.

Quel sera ton mot de fin ?
Richard, je te dis simplement merci ! Grâce à ton excellent site, que je prends plaisir à suivre régulièrement, tu donnes la voix aux auteurs de polars, qu’ils soient grands ou petits, sans parti pris.