Christophe Carlier :: L’Assassin à la pomme verte

ccL’Assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier (Serge Safran Éditeur) est un premier roman que vous dévorerez en quelques heures tellement il est bien écrit !

Le titre très intrigant de ce roman me faisait de l’oeil depuis longtemps. Au Salon du polar de Montigny-lès-Cormeilles, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur, et j’ai franchi le cap. Et ce fut une très belle surprise.

Histoire originale à plusieurs voix qui nous fait penser aux romans d’Agatha Christie et nous montre un meurtrier discret et un réceptionniste curieux comme un concierge. Vous aurez une autre vision des palaces tant l’auteur avec talent nous manipule à la perfection !

Le résumé :
« J’éprouvais pour Elena une tendre reconnaissance. J’avais toujours voulu tuer quelqu’un. Pour y parvenir, il me manquait simplement de l’avoir rencontrée » songe Craig, fraîchement débarqué des États-Unis comme Elena d’Italie. Tous deux se trouvent pour une semaine au Paradise : un palace, vrai monde en soi, où l’on croise parfois au bar d’étranges clients. Par exemple cet homme de Parme, mari volage et volubile, découvert assassiné au lendemain de leur arrivée. Entre Craig et Elena naît un sentiment obsédant, fait d’agacement et d’attirance, sous l’œil impitoyable du réceptionniste, auquel rien n’échappe. Ou presque.

La semaine prochaine, nous partirons à Tel-Aviv à la rencontre d’un auteur israélien fort sympathique. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires et à la semaine prochaine.

 
 

l-assassin-a-la-pomme-vertePouvez-vous nous parler de votre enfance ? Comment êtes-vous venu à écrire un roman ?
Ce n’est pas pendant l’enfance, qui a été une période pleine, heureuse, habitée, que s’est formé le projet d’écrire. Plutôt pendant l’adolescence, quand les livres ont pris dans ma vie une place plus grande et que les auteurs sont devenus des interlocuteurs privilégiés.

Comment vous est venue l’idée de la construction de votre superbe roman L’Assassin à la pomme verte ?
Les romans à plusieurs voix ne manquent pas dans la littérature contemporaine ; mais c’est dans le roman par lettres du XVIIIe siècle que je trouve cet entrecroisement des confidences et des points de vue qui me semble à l’origine de L’Assassin à la pomme verte. Mon héros, Craig, cite d’ailleurs Mme de Merteuil, l’héroïne des Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos. L’épigraphe est tirée de La Vie de Marianne, de Marivaux.

C’est un huis clos brillant qui se passe dans un hôtel. Pouvez-vous nous parler de ces trois personnages : Elena, Craig et Sébastien ?
Ce sont trois êtres attachants mais ordinaires : ni leur apparence, ni leur profession, ni leur fortune, pour retenir ces critères d’identification assez sommaires, ne sont exceptionnels. Leur situation l’est davantage. Le fait d’être logés une semaine dans un bel hôtel parisien modifie leur vision du monde. Sous l’or des lustres, assis dans un fauteuil de velours rouge, ils éprouvent à l’égard de leur existence ordinaire un sentiment de supériorité légère, qui les incite à rebattre les cartes de leur vie. Ce qu’ils sont les intéresse soudain beaucoup moins que ce qu’ils pourraient devenir.

Tout le roman est basé sur l’opinion propre à chaque personnage, leur voix intérieure. Expliquez-nous ce procédé.
Une convention me gêne dans le roman policier : l’enquêteur, qui ne connaît rien de l’affaire, doit la découvrir peu à peu, et toute information concernant les personnages doit être justifiée par une déduction, une découverte ou un témoignage. Ce procédé alourdit le récit, surtout lorsqu’on y ajoute, pour des raisons de vraisemblance ou de suspense, des fausses pistes ou des indications mensongères.

Il est plus simple de laisser parler les personnages. À condition qu’ils disent vrai. D’où la nécessité du monologue intérieur. On ne se ment pas à soi-même. On peut se tromper, mais ce n’est pas la même chose.

boston-lobby-receptionSi je vous dis que votre roman est aussi une belle histoire d’amour ?
C’est en tout cas l’histoire d’une attirance, entre deux personnes pressées par le temps.

Il y a une chose assez injuste dans l’existence. Il suffit d’un instant pour se plaire. Il en faut beaucoup plus pour se le dire et pour parvenir se rejoindre. Parfois bien plus encore pour s’oublier. Mes personnages n’ont qu’une semaine devant eux. Ils doivent aller vite.

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur L’Assassin à la pomme verte ?
Dans une fête du livre, un homme est venu vers moi. Il a lu la quatrième de couverture de L’Assassin à la pomme verte. Il s’est plongé dans le roman, accrochant des passages au hasard. Il avait l’air passionné. Après quoi il m’a dit, sidéré : « C’est exactement mon histoire ». Après réflexion, il a ajouté comme pour lui-même : « Mais je n’ai pas envie de la lire en ce moment. » Il a reposé le roman, et s’est éloigné.

J’avais vu l’exposition à Bruxelles de Magritte et comme vous un tableau m’avait marqué : L’homme à chapeau melon. Qu’aimez-vous chez Magritte ?
Ce tableau s’appelle en fait : Le fils de l’homme, titre mystérieux comme celui de toutes les toiles de Magritte. L’image surréaliste m’impressionne par son autorité. Elle est parfois gratuite mais jamais aléatoire, sans quoi elle ne nous frapperait pas autant. La pomme verte de Magritte et les montres molles de Dali sont inoubliables. Bien plus réelles que le monde dans lequel nous sommes plongés tous les jours.

Le concierge est curieux ! Quelle est la suite ?
Mon nouveau roman n’est pas un polar mais une comédie. Il s’intitule L’Euphorie des places de marché, et est paru le 2 janvier dernier, toujours chez Serge Safran éditeur.

l-assassin-a-la-pomme-verte-3556603Quels sont vos écrivains préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?
Rousseau, Balzac, Duras, Yourcenar. J’aime ces monuments que sont les grandes œuvres littéraires : À la recherche du temps perdu, La Légende des siècles, L’Iliade et L’Odyssée. Je lis aussi les romans de l’année, pour lesquels j’éprouve beaucoup de curiosité. Je viens de finir La Grâce des brigands, de Véronique Ovaldé (L’Olivier), qui m’a enchanté. Auparavant, j’avais adoré le roman de Pierre Mari Les Grands jours (Fayard). Ni l’un ni l’autre ne sont des polars.

Comment écrivez-vous ?
Le matin, au café, quand j’ai le temps, sur un cahier, au stylo à plume. Le reste (taper, le soir, sur mon ordinateur, la moisson du matin) n’est plus réellement de l’écriture, c’est du travail, nécessaire mais peu créatif. Je relis beaucoup. Je change un peu. J’hésite énormément.

Parlez-nous de Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras et Alain Resnais, un film qui a marqué une génération.
C’est un film incroyable : dense, pur, lyrique. Le début montre des images d’Hiroshima détruite par les bombardements, tandis qu’on entend la conversation d’un couple qui vient de se former. Fascinant mélange entre les hasards de la vie, et la mort, qui semble toujours marquée d’une sorte de nécessité.

Si je vous dis : Académie Française que me répondez-vous ?
J’y ai travaillé dix ans. Une société d’écrivains qui existe depuis plus de quatre siècles est une bizarrerie, une réserve d’Indiens. J’ai un grand attachement pour cette tribu de vieux sages, qui portent un habit vert et des plumes sur la tête.

Pour quelle raison à votre avis le polar, le roman policier apparaissent petit à petit dans les plus prestigieux prix littéraires ? Il y a une évolution énorme, non ?
À mon sens, cette évolution littéraire en cache une autre plus considérable : depuis un demi-siècle, les sociétés développées sont épargnées par les guerres. Adieu, donc, les champs de bataille qui, d’Homère à Cervantès, de Céline à Stendhal, baignaient l’imaginaire des héros de romans.

Le fait-divers a pris le relais. L’assassin endosse les habits du soldat, l’enquêteur ceux du chef de guerre. Les foules se bercent des exploits des tueurs en série et des mass-killers.

reception-09Vous avez gagné pour L’assassin à la pomme verte Le prix Du Premier Roman attribué par rien moins que Jean Chalon, Georges Olivier Châteaureyaud, Gérard de Cortanze, Christine Ferniot, Michèle Gazier, Annick Guillot, Philippe Lacoche, Jean-Claude Lamy, Joël Schmidt et Jean-Pierre Tison. Quelle fut votre réaction ?
La nouvelle m’a laissé sans voix : le bonheur est muet.

Quelles sont vos passions dans la vie ?
La littérature, le dessin, le cinéma. L’imprévu.

Quel sera votre mot de fin ?
Dans L’Assassin à la pomme verte, le personnage clé est Sébastien, le réceptionniste, observateur attentif dont le regard échappe à tout le monde. Il est dissimulé par la fonction qu’il occupe au sein de l’hôtel. Sa situation ne vous rappelle rien ?

Non ? Vraiment, vous ne voyez pas ? Vous m’étonnez.

Sébastien est le type même de ce qu’on pourrait appeler « un concierge masqué ».