Olivier Norek :: Code 93

maxresdefaultUn vrai flic qui écrit un thriller, qu’y a-t-il d’original ?

Eh bien, ce roman montre une superbe maîtrise de son auteur qui ne nous sort pas les clichés habituels et nous manipule formidablement. En ça, l’auteur a réussi son roman, nous aurons notre vision de la politique qui va en prendre un coup, ou finir de vous convaincre.

Et puis le personnage de Victor Coste, capitaine de police dans le 93, est un personnage très fort qui nous entraîne dans sa descente aux enfers.
Nous avons une génération d’auteurs de premiers romans de très haute qualité. Olivier Norek et son Code 93 en fait partie. Je vous conseille de lire son authentique et surprenant roman vous aurez une autre vision de la police dans la vie quotidienne.

En résumé :
Victor Coste est capitaine de police au groupe crime du SDPJ 93. Depuis quinze ans, il a choisi de travailler en banlieue et de naviguer au cœur de la violence banalisée et des crimes gratuits. Une série de découvertes étranges – un cadavre qui refuse de mourir, un toxico victime d’autocombustion – l’incite à penser que son enquête, cette fois-ci, va dépasser le cadre des affaires habituelles du 9-3. Et les lettres anonymes qui lui sont adressées personnellement vont le guider vers des sphères autrement plus dangereuses…

La semaine prochaine, nous partons dans un palace où il se passe des choses étranges. D’ici là, je vous souhaite de très bonnes lectures noires.

 

91aXLyfihEL._SL1500_Bonjour Olivier. Peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es venu à écrire un roman ?
 Je suis né le 02 08 1975 à Toulouse. J’ai arrêté mes études de droit pour faire de l’Humanitaire avec l’association Pharmaciens Sans Frontières où, entre une mission en Guyane et une autre en Ex-Yougoslavie, j’ai découvert que je ne concevais pas ma vie sans être utile aux autres. Je suis ensuite tout naturellement devenu flic, avec un seul moteur, un seul intérêt : la victime.

J’ai commencé à écrire de manière très inattendue. J’ai juste participé à un concours de nouvelles que j’ai gagné. C’était la première fois que j’écrivais un texte de deux pages entières. À dire vrai, j’ignorais que je savais écrire.

Comment ce sont passées tes recherches pour écrire Code 93 chez Michel Lafon ? T’es-tu servi de ton vécu ?
Après avoir passé 15 ans à courir derrière les criminels, j’ai estimé avoir assez d’histoires intéressantes à raconter et je m’y suis donc attelé. Je considère les flics comme les derniers aventuriers de ce siècle. Ils traquent les assassins, les meurtriers, les violeurs, les kidnappeurs…

Pourquoi aller chercher l’inspiration ailleurs quand tout est sous mon nez ?

Parle-nous de ton personnage, très marquant, Victor Coste.
Ravi qu’il vous plaise. Ravi, parce que Coste pense comme moi et à la même vision des policiers et de la société qu’ils défendent. Coste travaille à ma manière. Il se moque des assassins, il ne les magnifie pas, la seule chose qu’il souhaite c’est de réparer une injustice et de protéger une victime… serrer le criminel n’est qu’une conséquence.

L’environnement de ton roman est très noir. Le 93 est-il vraiment comme ça ?
J’ai utilisé un aspect assez sombre du 93 pour servir mon histoire, mais attention, le 93 ce n’est pas que cela. Je porte sur ce ce département le regard que je porterais à un enfant hyper actif de huit ans. Oui des fois, il détruit sa chambre et fout le feu au canapé, mais souvent il est surprenant d’intelligence, de débrouillardise et d’innovation. Le 93 est un laboratoire où toutes les plus belles choses peuvent arriver et parfois, comme dans tous les labos, ça explose. Je préfère mille fois une Seine Saint Denis turbulente qu’un vieux musée comme Paris.

Dans ton roman, tu nous montres qu’il est difficile d’avoir une vie de famille dans la police.
Et pourtant, les 3/4 de mes collègues en ont une. C’est juste un peu plus compliqué et il faut que les compagnes ou compagnons comprennent les obligations de notre travail. C’est justement la famille et les amis qui font qu’un flic tient droit au milieu de toutes les horreurs qu’il côtoie.

bondy-fusillade-mort-trafic-stupefiant-drogueEn ce moment, énormément de policier sortent des romans, est-ce un effet de mode ou une envie de partage ?
Je ne dirais pas énormément… mais avec 1800 polars par an qui sortent dans nos librairies, normal que les flics, qui savent de quoi ils parlent, aient envie de se faire une place. Je crois que les lecteurs ont envie d’entendre nos histoires car ils savent qu’elles ne sont pas qu’imaginées. Ce brin de vérité ajoute au frisson de la lecture.

Est-ce que tes collègues policiers ont lu ton roman ? Quelles furent leurs impressions ?
Bien sûr. Je voulais qu’ils soient fiers de la police que je dépeins, même si je m’autorise à l’égratigner. Le plus drôle a été de les berner sur l’intrigue, eux dont c’est le boulot !

As-tu une anecdote à nous raconter sur ton roman ?
Dans la première scène, quelque chose de surprenant se passe à la morgue. Je suis donc allé voir un légiste et je lui ai lancé un défi. Quelque chose qui relevait presque du surnaturel… Au début il m’a juste dit que c’était impossible, mais à force de travailler et de lire ses vieux bouquins de médecine, nous avons réussi à rendre le surnaturel possible. À vous de le lire maintenant !

Comment écris-tu ?
J’ai besoin d’être le plus honnête possible avec moi même. Donc l’écriture, pour moi, c’est le matin, à mon bureau, sans musique, avec beaucoup de café et trop de cigarettes. Je suis incapable d’écrire si je ne suis pas au calme.

ac_montfermeil_1200_02Le concierge est curieux, retrouverons-nous Victor Coste dans une nouvelle aventure ?
Oui. j’en suis à la page 240… plus qu’une centaine de pages et je propose tout cela à mon éditeur… mais, entre nous, le contrat est déjà signé.

Quels sont tes écrivains préférés ? Que lis-tu actuellement ?
Je ne vais pas faire une longue et interminable liste, alors je n’en citerai qu’un et un seul de ses livres : les Racines du Mal de Dantec. C’est pour moi LE polar de référence. Actuellement, je viens juste de terminer Derrière la Haine de Barbara Abel. Le rapport au décès de l’enfant et à la culpabilité est remarquablement écrit.

Quelle actualité nationale ou internationale te fait réagir en ce moment ?
La chute abyssale de notre politique nationale. C’est effarant de voir le nombre d’hommes politiques qui ont été inquiétés par la justice, mais surtout de les retrouver une semaine après à la télé, comme si rien ne s’était passé. Si Cahuzac avait été un pauvre type du 93, il serait en prison. Si Guéant, avait été un pauvre type du 93, il serait en prison. Que dire de Tapie et de ses millions de dommages et intérêts pour préjudice moral… Je sors d’un jugement au tribunal où je présentais une affaire de viol avec acte de torture et de barbarie (le dernier criminel que j’ai arrêté avant de me mettre en disponibilité pour écrire Code 93)… la jeune victime a tellement été violentée qu’il a fallu trois opérations de reconstruction faciale. Elle a eu 12.000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral… et le type ne pourra même pas les payer. Pour Tapie, qu’il se rassure, les français paieront pour son pauvre petit moral !

Quelles sont tes passions ?
Le cinéma. Je suis incapable de me mettre au lit sans que l’on me raconte une histoire… alors je regarde au moins un film par jour ! Sinon, la musique… dès que je n’écris pas, elle accompagne toutes mes autres activités. J’ai une formation piano classique et jazz en saxophone, je me suis même essayé à l’électro.

DSC_8890b_HQuels sont tes films préférés ?
L’étrange Noël de monsieur Jack. Perfect sense. Wayne’s World. Barry Lindon. Code 93 en 2014 (je croise les doigts). J’aime les films français pour leur ambiance et leur intelligence mais je ne boude pas mon plaisir et je me tape avec délice tous les blockbusters les plus crétins. C’est un peu comme pour la cuisine : j’apprécie un hamburger comme des tagliatelles à la truffe…

Si t’avais pu être un personnage de roman policier, tu serais lequel, et pourquoi ?
Wallander, pour son humanité, pour sa maison dans la campagne, mais pas pour son mode de vie dépressif. Adamsberg, parce qu’il comprend l’affaire avant tout le monde et qu’il aurait du être voyant et pas flic. Ou encore, Montalbano qui passe son temps à s’envoyer les meilleurs plats siciliens ! J’ai choisi… ce sera Montalbano.

Quel sera ton mot de fin ?
J’aime bien le mot fin en littérature… Pour un auteur, c’est juste l’occasion de se mettre à plancher sur un nouveau début.