Sam Millar :: Les Chiens de Belfast

MG_5085Quel plaisir de relire Sam Millar, lauréat du Prix du Balai d’Or 2013, que nous retrouvons dans une nouvelle trilogie avec son premier tome, Les Chiens de Belfast au Seuil. Nous y faisons la connaissance de Karl Kane, détective privé de Belfast. Vous penserez à Chandler ou Ellroy en lisant ce roman, vous retrouverez un détective cabossé par la vie, une secrétaire amoureuse de son patron, avec en plus la touche roman noir de l’auteur. Le personnage principal est très attachant et je continuerai à suivre ses aventures.

Sam Millar nous décrit sa vision de Belfast et sort des clichés habituels ce qui contribue à la richesse de ses romans.

Résumé :
Il s’en passe de belles, à Belfast, cet hiver-là…
Deux mains gauches sont découvertes dans les entrailles d’un sanglier abattu à la chasse. Vingt ans plus tôt, c’étaient des chiens sauvages échappés du zoo qui déchiquetaient les corps…
Et il ne fait pas bon s’attarder dans les bars : une femme mystérieuse — pute ou pas pute ? — attire plusieurs hommes de la ville dans ses filets, puis s’offre à leurs dépens des séances de torture raffinées avant de les achever.
Le soin de démêler les fils sanglants de cette série macabre échoit à Karl Kane, détective privé cabossé par la vie et hanté par un drame digne d’un fantasme de James Ellroy.
Et ce n’est pas la police qui va l’aider.

La semaine prochaine, nous partirons découvrir les égouts de Paris, et surtout un premier grand roman. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires et vous dis à bientôt.

 

1450850_10201008909053404_1416912010_nMa première question : quelles sont tes impressions d’une part d’être lauréat du Balai d’Or 2013 et d’autre part que le trophée te soit remis par Claude Mesplède ?
Tout d’abord, Richard, je souhaite vous remercier, toi, les jurés, et tous les gens qui ont travaillé très dur derrière la scène des Balais d’Or, pour avoir fait de cette soirée un moment inoubliable. J’ai été vraiment honoré de me trouver sur la même liste que tant de grands auteurs. Et puis Claude m’a remis ce beau trophée, et ça a rendu cette soirée très spéciale. Claude est un de mes héros, j’ai pour lui un grand respect et une grande admiration.

Comment t’est venue l’idée de l’intrigue de ton dernier roman, Les Chiens de Belfast ?
Tous mes romans s’inspirent de faits réels, que j’aime transformer en récits de fiction. L’histoire d’une jeune fille qui cherche à venger sa mère m’est venue après avoir lu le l’histoire d’un procès il y a de nombreuses années. Il y a trop de victimes qui n’ont pas obtenu justice pour des crimes commis contre elles, alors j’ai décidé de donner une voix à ces victimes, ici en Irlande du Nord.

Parle-nous de ton personnage principal, Karl Kane, détective privé que l’on ne peut pas oublier après la lecture du roman.
Mon éditeur n’arrêtait pas de me demander une série de livres avec un détective privé comme héros. Alors j’ai pensé à deux personnes : mon père, et un détective privé américain appelé Jim Rockford, héros d’une série télé ancienne intitulée Rockford Files. Ils avaient tous les deux un grand cœur et se battaient toujours pour les perdants, et tous les deux avaient un sens de l’humour très mordant. Karl Kane a été témoin de beaucoup d’horreurs dans sa vie, en particulier le viol et le meurtre de sa mère. Il traîne une terrible culpabilité en lui, parce que plus tard dans sa vie il a eu l’occasion de tuer son meurtrier, mais a décidé de ne pas le faire, parce qu’il ne voulait pas devenir le même genre de personne que lui. Cependant, il le regrette plus tard, car le meurtrier frappe de nouveau, tuant deux jeunes filles. Karl se sent coupable de leur mort, et cela le change à jamais. Il essaie toujours de rire des aspects les plus sombres de sa vie, car il pense que c’est le meilleur moyen de les surmonter. Malgré ça, c’est un homme complexe plein de sombres secrets. Certains de ces secrets seront dévoilés au fil de la série.

les chiens de BelfastTu nous montres Belfast très sombre. Comment vois-tu cette ville évoluer dans le temps ?
Je décris Belfast exactement comme je la vois. Le syndicat d’initiative de Belfast a beaucoup critiqué ma description de Belfast, disant que je devrais la décrire comme un endroit plus joyeux que le lieu sombre et lugubre que je décris dans mes romans. Mais ça ne me dérange pas. J’écris pour moi et mes lecteurs, pas pour la propagande du syndicat d’initiative. Oui c’est une ville qui peut être merveilleuse par moments, mais qui peut aussi être une ville très cruelle et sombre, qui vit encore dans son passé politique semé de meurtres horrifiants perpétrés pendant la guerre qui s’y est déroulée.

As-tu une anecdote à nous raconter sur ton nouveau roman, à partager avec tes lectrices et lecteurs ?
Au tout début, j’essayais de trouver un bon nom pour mon détective privé, et finalement j’ai décidé de lui donner le nom d’un ordonnateur de pompes funèbres d’ici à Belfast. Il a été si honoré qu’il a dit qu’il me fabriquerait un cercueil spécial quand je mourrai !

Ton roman me fait penser aux grands romans noirs américains de Raymond Chandler et son détective Philip Marlowe, ou à ceux de James Ellroy. Qu’en penses-tu ?
Comme je suis un grand fan de Chandler et Ellroy, je le prends comme un grand compliment. Beaucoup de critiques ont aussi comparé Kane à Marlowe.

J’ai vu que c’était le premier volet d’une trilogie. Peux-tu nous mettre l’eau à la bouche sur le second volet et nous en parler ?
Le second roman avec Karl Kane qui sortira en France est The Dark Place, avec probablement un titre différent en français. La fille adorée de Karl, Katie, est enlevée par un kidnappeur très rusé et très intelligent, et Karl doit demander l’aide de l’homme qui a autrefois essayé de tuer son ex-beau-frère, l’inspecteur Mark Wilson. Il était initialement prévu que je n’écrive que trois romans avec Kane, car je préfère écrire des polars uniques. Mais devant la popularité de ces romans, j’ai décidé de continuer la série. Le quatrième roman, intitulé Past Darkness, sortira en Irlande en 2014. C’est un roman très important, car Karl Kane est enfin confronté à l’homme qui a violé et tué sa mère, et a également violé et laissé pour mort Karl alors enfant.

Tu as dit pour le magazine Marianne : « Qui aurait parié que moi, enfant de la classe ouvrière, très pauvre, je deviendrais écrivain ? » Pari Gagné ? As-tu des regrets sur ta carrière d’écrivain ?
L’écriture m’a tout simplement apporté le bonheur. Elle m’a aussi apporté plein de surprises et de nouveaux amis. Je n’aurais jamais cru que mes livres pourraient être traduits en tant de langues, en particulier en français, et que je gagnerais autant de prix. C’est incroyable. Je me sens encore comme un enfant au matin de Noël, qui voudrait que ça ne finisse jamais. J’ai eu beaucoup de chance dans la vie.

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Tu as écrit deux pièces de théâtre très controversées, mais qui marchent bien. Peux-tu nous en parler ?
Ma pièce la plus controversée fut Brothers in Arms. Elle s’est jouée à guichet fermé dans toute l’Irlande et a été acclamée par la critique. Elle s’inspirait de ma relation avec un de mes frères, auquel je n’ai pas parlé depuis 1973 à cause de nos désaccords politiques. J’espérais que la pièce guérirait de vieilles blessures. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. L’autre s’intitulait Rain, et s’inspirait des nombreuses tentatives de suicide de ma mère, et de sa mystérieuse disparition de ma vie quand j’avais 8 ans, pour ne jamais la revoir. Les romans avec Karl Kane sont beaucoup inspirés de mes souvenirs d’enfance et expériences personnelles.

Quel roman lis-tu actuellement ?
Je suis en train de rédiger une critique pour le New York Journal of Books, au sujet d’un roman noir intitulé The Girl With A Clock For A Heart, d’un auteur de polar américain, Peter Swanson. C’est un premier roman, et il très est prenant, avec une écriture formidable.

Dans l’actualité du moment, nationale ou internationale, y a-t-il quelque chose qui te fasse réagir ?
En tant que socialiste, ce que les banques ont fait au monde me met en colère, ainsi que le fait qu’aucun de ces banquiers avides n’ait été envoyé en prison pour ses crimes.  Les conditions de vie des pauvres, en particulier dans les pays du « tiers monde » me mettent aussi en colère. Ça me brise le cœur.

Quel est l’endroit à Belfast que tu préfères ? Et dont tu voudrais nous parler, nous donner envie de venir découvrir ?
Mon jardin avec mon chat, Tiddles. Si tu y venais, tu rencontrerais Karl Kane, car il débarque souvent pour boire un café avec moi.

Quel sera ton mot de fin ?
Une citation de Karl Kane : “L’Obscurité est ma Lumière.”

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