Élisa Vix :: La Nuit de L’Accident

vixQue s’est-il vraiment passé la nuit de l’accident ? Voici la question que l’on se pose quand on débute ce superbe roman d’Élisa Vix (Rouergue Noir) qui a gagné le Prix Anguille sous roche 2012, prix qui, pour moi, est de très haute qualité.

Ce roman change aussi de sa série Thierry Sauvage et nous montre une superbe écriture. Cette romancière arrive à nous captiver en 140 pages, on en redemande absolument. L’histoire nous emmène dans le sud du Cantal, ça fait du bien de sortir de la région parisienne, moi je vous le dis !

Ce roman est le plus personnel de l’auteur et ça se ressent tout de suite.

Résumé de La Nuit de L’Accident :
Que s’est-il vraiment passé la nuit de l’accident. La nuit où une voiture s’est écrasée dans le Célé et où un homme a été retrouvé mort, sur la berge ? Nat, la jeune vétérinaire qui vit avec Pierre dans la ferme toute proche, ne va pas tarder à se poser des questions. Alors que son couple bat de l’aile et que son employeur se livre à un infect chantage, d’étranges évènements surviennent dans ce coin perdu du Cantal. Un motard conduit sa machine avec la détermination d’un kamikaze. Un vieux rebouteux à moitié fou prend Pierre pour son oncle, résistant mort pour la France. Un campeur énigmatique, beau comme une publicité pour le Club Med, fouine un peu partout…

La semaine prochaine nous partirons à Belfast rencontrer le Balai D’OR 2013 pour son dernier roman.

Je vous souhaite de très bonnes lectures noires et vous dis à bientôt.

 

9782812603518_1_75J’ai adoré ton superbe roman La nuit de l’Accident chez Rouergue Noir Édition. Comment ce sont passées les recherches pour son écriture ?
Il y en a eu très peu ! J’ai situé l’intrigue dans un endroit que je connais bien (la ferme cantalienne de mes grands-parents),  à une époque où je côtoyais le milieu rural (ce choix était également guidé par des questions de généalogie au niveau des personnages) et l’héroïne est vétérinaire comme moi…

J’aime la vision masculine et féminine (Pierre et Nat). Comment t’est venue l’idée de leur faire raconter à chacun ce qui se passe ?
Au départ, La Nuit de l’accident est un roman sur l’incommunicabilité dans le couple (si, si…). Il était donc intéressant (et amusant à écrire) de confronter les deux visions en faisant raconter le même événement par chacun des personnages à tour de rôle. Et que ce soit évidemment très différent. Chacun interprète les faits en fonction de sa sensibilité et de son vécu.

J’ai l’impression de sentir l’odeur de la paille et des champs, vraiment superbement réussie ! En même temps, c’est une belle histoire d’amour.
Les histoires d’amour finissent mal… en général…

As-tu une anecdote sur ce roman ?
Mon roman le plus personnel, et le plus difficile à publier…  Au début, j’avais écrit deux fins, une sombre, et une moins sombre, comme dans le film « La belle équipe » de Julien Duvivier. (C’est la fin optimiste qui a été choisi par les producteurs, mais les deux ont été diffusées à la télévision à la suite en 2006.) Cela aurait pu être intéressant de proposer les deux au lecteur, mais ça faisait un peu trop « écriture expérimentale ». Finalement j’ai gardé la plus noire.

Ton roman à gagner le Prix Anguille sous roche 2012, peux-tu nous faire partager tes impressions ?
Ça a été une très jolie surprise. C’est un prix de lecteurs, les plus importants ! J’ai été touchée car la présidente du jury a déclaré que mon roman avait été choisi parmi de rudes concurrents parce qu’il était le plus « finement brodé ». Le salon est très convivial et se tient dans une région superbe (la Drôme).

Yordan_Mazhlekov_Suspense-900x597Dans ton dernier roman, rosa mortalis, on retrouve Thierry sauvage en pleine déroute familiale, parle-nous de ton personnage principal.
Je ne dirais pas qu’il est en pleine déroute. Il est tiraillé entre ses désirs de liberté et ses attachements amoureux et familial, comme beaucoup d’entre nous.  Thierry Sauvage est d’un individualisme qui confine à l’égoïsme, c’est ce qui fait de lui un personnage très actuel.

Il y a deux histoire dans ce roman, l’affaire Bernie Sainte-Croix et Joana qui va se battre contre le monstre qui a tué sa mère. comment t’est venue l’idée ?
Pour Bernie, comme Thierry Sauvage venait de devenir père de jumelles, je voulais faire une histoire policière avec des jumeaux  (figure emblématique du roman policier), si possible un peu plus subtile que le jumeau meurtrier qui fait son apparition à l’avant dernière page…

Pour Joana, j’avais ouvert une porte dans La Baba-Yaga, je l’ai refermée.

Il y a un passage qui m’a fait beaucoup rire, je n’ai jamais vu un aliment aussi bien détaillé : Le ravioli
Les raviolis émirent un son visqueux en s’extirpant de leur emballage métallique et se répandirent, glissant les uns sur les autres comme un château de cartes qui s’écroule, dans le plat en pyrex. Cernées par une mer couleur de sang corrompu, les dentelles gélatineuses des petits carrés se déployèrent telles les lèvres ourlées de bivalves retrouvant la marée haute, faseyèrent un instant au gré des remous puis se figèrent. Bombé et repus, les raviolis luisaient comme de la nacre….

Tu as une passion pour les raviolis ?
Pas vraiment ;).  C’était une sorte d’exercice de style décalé !

rose-noire_203199Le concierge est curieux, tu le sais. Quel est ton prochain projet littéraire ?
Un nouveau roman au Rouergue Noir en 2014, un unitaire, plutôt dans la veine de La Nuit de l’accident, mais que se déroule uniquement dans un petit immeuble de la région parisienne… Le titre n’est pas encore arrêté.

Quelles sont tes lectures actuelles ?
Je suis en train de lire le dernier Indridason. Un peu poussif.

Quelles sont tes passions actuelles ?
Je regarde tous les Bunuel grâce au cycle sur Arte !

Parle nous de ta rencontre avec les Éditions Rouergue noir ?
J’avais, après d’énièmes corrections, envoyé mon manuscrit à Actes Sud, qui l’a transmis au Rouergue, où il a conquis Nathalie Démoulin…  Une vraie chance pour moi et le début d’une sympathique collaboration !

Tes romans ont fait l’objet de téléfilms diffusés sur France 2. Que penses-tu du résultat ?
J’aime beaucoup les deux acteurs. Arnaud Giovaninetti  colle bien au personnage avec son charme italien ! (La mère de Thierry Sauvage est sicilienne). La réalisation est assez rythmée, mais les intrigues (pas toujours adaptées de mes romans) manquent de rigueur. Dommage.

vixParle-nous des 10 commandements du lecteur de Daniel Pennac que tu as repris sur ton site.
Daniel Pennac est un des auteurs qui m’a donné envie d’écrire. Il a écrit des polars atypiques délicieux. J’aime la liberté de ton de ses dix commandements qui sont tout sauf des injonctions !

Écris-tu toujours des romans pour la jeunesse ?
La collection Zig Zag du Rouergue qui a accueilli Superfuret (pour les 7-10 ans) a été remaniée et ils n’ont pas pris les épisodes suivants… Dommage. Ma carrière d’auteur jeunesse est donc au point mort, à part des rencontres avec des scolaires dans le cadre du festival Polars du sud de Toulouse que j’attends avec impatience. C’est intéressant d’écrire pour les enfants car on se met vraiment au service du lecteur ; contrairement au polar adulte où j’écris plutôt ce que j’aime sans me poser de question sur ses goûts.

Si tu devais partager un endroit avec tes lecteurs et lectrices, un endroit où tu aimes aller…
Dans une bibliothèque climatisée (je précise pour la postérité que nous sommes le 25 juillet et qu’il fait 32°) ;)

Quel sera ton mot de la fin ?
Arrivederci !