Ghislain Gilberti :: Le Festin du Serpent

5fd6f000ed170a20958256_L__V137639507_Quand je vous dis que le thriller français a de l’avenir, vous pouvez me croire. Pour vous en convaincre une fois encore, je vous propose de lire le premier roman de Ghislain Gilberti, Le Festin du Serpent, chez Anne Carrière.

J’ai succombé à ce très bon thriller, tel un anaconda qui m’aurait enserré de ses puissants anneaux, étouffé par sa puissance. Un très bon suspense, l’auteur vous manipule à la perfection ! On a du mal à croire que c’est son premier roman tellement c’est maîtrisé.

Deux personnages super attachants : Cécile Sanchez et Ange-Marie Barthélemy. Mélangez une bonne dose de terrorisme avec un éventreur de femmes, ajoutez un des meilleurs membres de l’antiterrorisme et pour pimenter le tout, une excellente traqueuse de criminels de la PJ, vous obtiendrez un explosif festin !

Voici un résumé du roman :
Cécile Sanchez, commissaire de police spécialisée en criminologie, traque les criminels les plus dangereux et les plus déviants qui sévissent dans l’Hexagone. À la tête d’une section d’élite de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), elle est confrontée à un tueur particulièrement brutal, qui éviscère ses victimes avant d’emporter leurs organes.
Ange-Marie Barthélemy, figure légendaire de l’antiterrorisme, traque avec son équipe un groupuscule islamiste radical, ultraviolent, qui parcourt les grandes villes d’Europe : les membres d’An-Naziate – les  » Anges qui arrachent les âmes » – ne laissent dans leur sillage que mort, ruines et chaos. Depuis quelques mois, ils sont de retour sur le territoire français : un massacre en plein Paris met le feu aux poudres, et une chasse impitoyable est lancée.
Ces deux affaires délicates, apparemment sans rapport, vont pourtant se croiser et plonger les enquêteurs dans la plus grande confusion. Il va falloir percer ces ténèbres pour découvrir la sinistre vérité. Cécile et Ange-Marie vont apprendre à leurs dépens que le mal ne connaît pas de limites et qu’il n’a pas toujours le visage qu’on attend.

La semaine prochaine, nous parlerons d’un pur roman. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires.

 

9782843377075_1_75Pouvez-vous nous parlez de votre enfance et nous dire comment vous êtes venu à écrire un thriller ?
Mon enfance est digne des plus grandes tragédies françaises… Des moments très sombres, parsemés ça et là de quelques rares éclaircies. Ça m’est très difficile d’en parler car c’est pour moi une longue série de souffrances. Mais c’est de là que me vient ma passion pour la littérature, ce fut un refuge durant une traversée des enfers et ça m’a permis de rester debout. En ce qui concerne le polar, j’y suis venu tardivement, après l’écriture d’un premier roman noir (Dynamique du Chaos) qui n’a pas été retenu par les éditeurs mais qui a eu, et a toujours un grand succès en ligne, son téléchargement étant libre et gratuit. C’est mon épouse qui m’a initié au roman policier et aux thrillers… Avant ça, je pensais qu’il s’agissait d’un style mineur. J’en suis revenu depuis et j’adore ce milieu.

Comment ce sont passées les recherches de documentation pour votre roman ?
J’ai passé deux ans à me documenter, avec acharnement, pour préparer la saga qui est ouverte avec Le Festin du Serpent. Code de procédure, médecine légale, différents services de police, criminologie, criminalistique, victimologie, synergologie… J’ai voulu commencer en étant blindé et sûr de moi, prêt à écrire dans un réalisme maximal, tout en laissant sa place à la création romanesque. D’ailleurs, c’est cette précision qui a plu à Alain Carrière (merci à lui) et qui a décidé à me laisser ma chance et m’a donné les clefs du milieu littéraire. Il est bon de savoir que j’ai refusé une proposition de chez Albin Michel pour pouvoir me trouver avec l’équipe de chez Carrière, entourante, rassurante et présente. J’estime avoir fait le bon choix car je suis vraiment mi en avant par mon éditeur.

Parlez-nous des deux personnages principaux à très fort charisme : Cécile Sanchez et Ange –Marie Barthélémy
Il s’agit de personnages forts, faits pour rester et être retrouvés (ça c’est un scoop !) plus tard, durant une sorte de saga. Cécile Sanchez reste la principale, la bête de scène de mes romans. Elle dispose de tout ce qu’il faut pour devenir un personnage attachant et disposée à tenir mon lectorat en haleine d’un livre à l’autre… jusqu’au dénouement qui pourrait bien être tragique. Mais chaque chose en son temps. Je laisse la surprise à mes lecteurs qui m’encouragent tous chaque jour un peu plus avec des commentaires de lecture magnifiques. Ange-Marie sera présent lui aussi, mais toujours dans une sorte de second plan « surligné ». Je prépare à mes lecteurs de belles surprises avec ces deux-là !

Cécile Sanchez emploie un test basé sur le langage non verbal et l’analyse corporelle, pouvez-vous nous en parlez, je suis très curieux par cette méthode ?
C’est une discipline qui s’est inscrite dans la psychologie clinique et qui se nomme la Synergologie. Pour citer mes références en la matière, je donnerai trois noms : Joseph Messinger, Paul Ekman et Philippe Turchet. C’est très sérieux et chaque description des analyses de Sanchez avec la synergologie est appuyée d’une documentation serrée ! C’est là tout l’intérêt d’inclure une science nouvelle dans un roman : s’y coller au plus réaliste.

Gign-en-action-006Du côté sombre de votre roman, il y a « An-Naziate » et le « Serpent » comment vous est venue l’idée ?
Oh my God ! Mieux vaut que je ne réponde pas à ce genre de question, au risque de passer pour un sinistre psychopathe. Disons seulement que ce sont des personnages que je ne contrôle pas du tout ! Mes antagonistes sont libres durant l’écriture. Il vivent, agissent et se dirigent seuls, sans aucune prévision de ma part. Ils sont, je pense, les habitants de certaines strates profondes de mon mental. Des zones où il ne fait pas bon s’aventurer.

Il y a des scènes qui restent en mémoire comme celle des interventions du Raid, avez-vous assistez à de ces interventions ?
Là encore, sujet un peu sensible. Disons que le gros des descriptifs viennent de mes recherches, de ma documentation et de mon expérience militaire (service obligatoire à mon époque où j’ai pratiqué, entre autres disciplines, le tir de précision). Le reste, on peut dire que je l’ai vécu de l’autre côté du miroir… Je sais ce que c’est que de se trouver dans un lieu pris d’assaut par des services de police spécialisé dans les interventions radicales… Fin du sujet !

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre roman ?
J’en aurais des milliers, mais ça prendrait pas mal de temps de les mettre bout à bout. Je vais donc sélectionner quelques anecdotes. La première, c’est l’application que j’ai mis à comptabiliser le temps… Pour des raisons de réalisme, j’ai chronométré des trajets à  allure normale, à très vive allure, voire même dans une conduite de type gyrophares et pare-soleils « POLICE ». Je me suis également déjà mis à jouer mes dialogues en les récitant dans la peau, alternativement, de chaque personnage. Si quelqu’un m’avait vu faire ça, il aurait sans doute prévenu les urgences psychiatriques ! (Merci à ma femme, justement infirmière en psy, d’avoir enduré ça durant l’écriture.)

dynamiqueUne question qui me trotte dans la tête : Que penseriez-vous d’une adaptation de votre roman en film ? Cela vous semble-t-il possible ?
Oui, je pense que c’est possible… Mais je suis conscient qu’il s’agit là d’un véritable rêve ! Je sais bien que les chances qu’un producteur lise mon livre et se passionne autant que toi sont minces… Pour autant, je serais prêt à m’investir activement dans l’adaptation. Si Olivier Megaton lis un jour ces lignes, ou alors Olivier Marchal, Garpard Noé ou autres talents de la French Touch cinématographique lisent ça, je suis ouvert comme le col de l’utérus d’une mère prête à accoucher !

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un nouveau thriller ?
Oui ! Je suis en plein dans la suite du Festin du Serpent… Même esprit, mais plus profond, dans tous les sens du terme. Sans doute en avril 2014 dans les librairies !

Comment vous écrivez ? (le matin, Le soir ?, Dans un bureau…..)
J’écris les matins, de six heures à midi en principe. L’après-midi, je vais travailler dans un studio de tatouage où je pratique le body piercing. Le matin me convient mieux que la nuit, période durant laquelle j’écrivais à l’époque de Dynamique du Chaos. En revanche, quand j’écris de la poésie, je reviens à la nuit… C’est sans doute que j’ai besoin de séparer les différents types de travaux. Et puis il y a des contraintes de vie… Je dois travailler, donc le matin, je m’arrange pour être libre et je bosse les après-midis. C’est confortable car mon métier me le permet.

Quel sont vos écrivains préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?
Je vais citer Franck Thilliez, Olivier Descosses, Stieg Larson, Frédérick Rapilly, JC Grange, DOA, Maurice G. Dantec, Karine Giebel, Donato Carrisi, Daniel Suarez… voici quelques exemples pour le polar. Pour le reste, je lis Lewis Carroll, Wiliam Burroughs, Henry Miller, Antonin Artaud, Michel Houellebeq, Virgine Despentes, James Fogle, Hubert Selby Jr, Mitch Cullin, Charles Duchaussois, Henri Michaux, Louis Aragon, Anaïs Nin, CG Jung, Freud, Fiodor Dostoïevski, Nietsche, Joseph Messinger, Irvin Welsh, Albert Caraco, Hakim Bey, Émile Zola, Pablo Neruda,  et un tas d’autres auteurs dont nombre de classiques. Je suis vraiment un curieux, prêt à me lancer dans tous les univers littéraires.

lJe vois que vous êtes aussi parolier de plusieurs groupes, pouvez-vous nous en parlez ? Quels sont vos chanteurs préférés ?
J’écoute de nombreux artistes dans des styles différents… Ministry, Brigitte Fontaine, Tricky, Ellen Alien, Herman Düne, Motorhead, Combichrist, Burzum, Shining, Daft Punk, Blood Duster, Gronibard, De Lys, Sonic Youth, Noir Désir, Underworld, Saul Williams, Asian Dub Fundation, Rage Against the Machine, Mike Patton, Pin-up went down, Malevolentia, Zombie Zombie, Soulwax, Metallica, Megadeth, Nine Inch Nails, Sepultura, Pantera, Higelin, Jacques Brel, Björk, Serge Gainsbourg, The Doors, Iron Butterfly, Smashing Pumpkins, Dope DOD, Dr Dre, Cypress Hill, et bien d’autres encore dont la liste pourrait prendre des pages. Je suis parolier du groupe de black-metal Malevolentia (Epicurial Prod.) et d’autres artistes qui commencent tout juste à percer. J’aime me lancer dans des projets de collaboration, ça casse un peu l’esprit solitaire de l’activité littéraire, et ça fait du bien des fois.

Le prix du livre France-Bleu Franc-Comtois 2013 vous a été attribué cette année pour Le Festin du Serpent aux éditions Anne Carrière, quelles ont été vos impressions sur ce prix ?
Un prix de lecteurs, pas un prix politique ! Et ça, c’est important. J’ai l’honneur d’être parmi les huit candidats au prix du Polar francophone de Montigny, ainsi que pour le Prix Sang d’Encre et les Balais d’Or ! Je suis un auteur comblé !

Quelles sont vos passions dans la vie ?
Littérature, musique, cinéma et communications et collaborations artistiques. Je suis aussi le pierceur attitré d’une troupe de performers : La Toupi Désaxée, qui joue sur des spectacles mettant en scène le Piercing sous des formes artistiques et parfois très trash ! Mais ma priorité absolue reste et demeurera la littérature !

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?
Dans ce monde à l’agonie, jouir et détruire sont les deux seules activités ayant encore un sens.