Sylvain Forge :: Le Vallon des Parques

sf2Beaucoup d’auteurs ont parlé de cette période. Sylvain Forge pour son roman Le Vallon des Parques, chez Toucan Noir, a décidé de planter son action du coté de Vichy, là où le pouvoir français s’était installé pendant l’Occupation.

Un travail remarquable pour rendre l’atmosphère du moment et évoquer les difficultés à choisir son camp. L’époque révèle en chacun sa part d’ombre. La traque du criminel va aussi conduire les policiers à se plonger dans l’ésotérisme, prisé par une partie des dirigeants nazis, avec le site archéologique de Glozel. Une intrigue parfaite, un suspens haletant. Si vous voulez une vraie découverte, c’est ce livre qu’il vous faut !

Vichy,1943.
Aux portes de la ville, une série de crimes frappe la communauté paysanne de la montagne bourbonnaise. Des vaches sont mutilées, des fillettes retrouvées mortes et amputées. Sanglier sauvage ? Truands profitants du désordre ou aliéné maraudant sur les routes d’Auvergne ? Les autorités se perdent en conjectures.
Pour André Lange, directeur de la Police judiciaire et ancien des Brigades mobiles, l’occasion est toute trouvée de revenir en grâce aux yeux des caciques du nouveau régime. Mais réunir ses anciens inspecteurs, dispersés par la guerre, n’est pas une entreprise facile, surtout quand l’un d’entre eux, d’origine juive, croupit dans un camp d’internement.
Pour les enquêteurs, coincés entre les exigences de l’occupant qui traque les maquis et les intrigues de la Milice, l’enquête est délicate. Heureusement, ils vont pouvoir compter sur Adèle, une jeune femme passionnée et courageuse.
Ils découvrent finalement que les crimes semblent liés à des tablettes anciennes exhumées dans un lieu étrange : « le Vallon des Parques». Un site qui intéresse au plus haut point les nazis…

La semaine prochaine nous aurons une Exquise interview, je vous le promets. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires.

9782810005260_1_75Peux- tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es devenu écrivain ?
J’ai toujours beaucoup aimé lire. J’ai pondu un premier roman durant mes années universitaires. Le tapuscrit, fort mal rédigé, est resté au fond d’un tiroir. Il s’agissait d’une enquête policière, au milieu du XIXe siècle, dans un manoir en Écosse. L’intrigue tournait autour de l’oeuvre Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Cette première expérience, très chronophage, m’a d’ailleurs coûté ma licence en droit ! Mon second opus, on va en parler plus bas, je l’ai écrit pendant que ma fille grandissait dans le ventre de sa mère : une gestation de 9 mois tout ronds.

Comment se sont passées tes recherches pour écrire ton superbe roman Le Vallon des Parques sorti aux éditions du Toucan, série noire ?
D’abord je connais bien la ville, où s’est déroulée une partie de mon enfance. Durant mes études,  j’ai été guide touristique et animateur culturel dans un centre audiovisuel de langues. Ma spécificité, c’était de faire découvrir la cité thermale, période 40-44, à des Allemands… professeurs de français. Mon intérêt pour cette période est né là.

Mais revenons à la documentation : six mois de boulot. Il me fallait lire une dizaine de bouquins, incontournables sur Vichy et le Bourbonnais durant la guerre ; la bibliographie se trouve à la fin de mon roman. Les fonds spéciaux de la médiathèque Valéry Larbaud, notamment,  les plans de la ville dans les années 30, certains menus des restaurants de l’époque, les affiches de propagande m’ont été précieux. Concernant le site de GLOZEL, mon ancien professeur d’histoire au collège – je cite son nom pour rendre à César ce qui lui revient – Robert LIRIS, m’a initié en classe à ce grand mystère archéologique, si controversé. J’ai donc été à bonne source dès le début. Logique pour le quasi natif d’une ville thermale, « reine des villes d’eau » !

En tant que lecteur, je ne connaissais pas ce Vichy de 1943, parle-nous de cette époque, de ce qui t’a marqué.
1943 est une année charnière. Les nazis rencontrent leur première défaite sérieuse devant Stalingrad mais La zone « libre » est occupée depuis l’hiver 2012. Le mythe d’un maréchal protecteur (la théorie du bouclier) s’effondre. La France est un état croupion qui vit entièrement sous le joug de l’ennemi.  À Paris, la police française se charge seule des rafles du Vel d’hiv. Fin 1943, avec la prégnance du STO, les maquis se développent, la répression s’intensifie. Les Allemands s’appuient largement sur les Groupes Mobiles de Réserve et la sinistre Milice, qui connaît bien le terrain. Début 1944, le régime se fascise totalement. La Milice prend le quasi-contrôle de la police nationale. Une période de crise et de tension extrême, idéale pour broder une intrigue ! Comme le résumait bien A. Boulard dans l’Étrange Monsieur Joseph : « L’ambiguïté règne, le métier est devenu délicat ».

36_01Cette époque reste taboue pour la police, une période de l’histoire qu’elle veut oublier.
Durant l’Occupation, un mauvais génie est sorti de la boîte de Pandore, et aujourd’hui encore, les vilenies de l’époque résonnent. Pourquoi ne trouve-t-on pas un musée de l’Occupation à Vichy, qui fut tout de même le siège de l’État français. Et surtout, pourquoi n’existe-t-il aucun roman consacré entièrement à Vichy durant la guerre ?

Si je te dit « Ahnenerbe »…
Il s’agit d’un acronyme dont la traduction littérale est à peu près : « Héritage des ancêtres, société pour l’étude des idées premières ». Cette organisation, installée à Berlin,  comportait de nombreux départements scientifiques, allant de l’archéologie à l’anthropologie. Elle réunissait des experts qui s’employaient à retrouver les croyances, les pratiques et le langage des ancêtres de la race germanique. Il y avait même un très discret « département R » qui faisait de la prospective militaire et un autre qui s’intéressait aux sciences paranormales, à l’ésotérisme. La recherche (véridique) d’artefacts religieux (sainte lance, Graal, marteau de Thor…) a inspiré Georges Lucas et Steven Spielberg pour le personnage d’Indiana Jones. L’objectif de la Société était de démontrer, à grand coup de fouilles archéologiques et de singuliers raccourcis, que toutes les avancées de l’humanité ont eu pour source première le génie des Aryens.

Parle-nous de tes personnages principaux : André Lange, Paul Montford, Lucien Darmon et Elias Damian.
Pour André Lange, j’ai visualisé l’acteur André Dussolier. Je me suis inspiré d’un mélange de deux ou trois commissaires de police authentiques qui furent jugés pour intelligence avec l’ennemi à la libération. Tous avaient été de remarquables flics durant la 3e République, défenseurs des valeurs de la démocratie. Pour Paul, j’ai pensé à un gars pragmatique, pas en avance sur son temps. Ce n’est ni un visionnaire, ni un humaniste, il n’est aucunement persuadé que les Allemands perdront la guerre. Juste un flic qui essaye de faire son boulot. Pour Lucien, le fait qu’il soit juif me permettait de dévoiler toute la machinerie administrative inventée pour écarter les israélites des postes à responsabilité. Pour Elias Damian, c’est le seul qui est embarqué dans une histoire d’amour, car même durant cette période les cœurs pouvaient battre.

As-tu une anecdote sur ton roman à partager avec nous ?
On m’a rapporté que l’Ahnenerbe avait utilisé « Enigma », la machine à crypter des nazis, pour tenter de déchiffrer les tablettes de Glozel, classées par les occupants « manuscrits majeurs », derrière toutefois une liste restreinte de textes « exceptionnels » : le manuscrit Voynich, la Torah, le Necronomicon (traité de démonologie inventé par H.P. LOVECRAFT)…

Vichy6Parle nous de ton premier roman, La ligne des rats,  paru en mai 2009, aux éditions Odin.
C’est un thriller avec pour toile de fond l’industrie des pesticides et la prolifération du moustique Tigre, porteur de diverses joyeusetés, comme le chikungunya. Un psychiatre apprend que son frère, disparu de vue depuis des années, militait pour une association écologiste radicale, opposée aux menées d’un groupe agrochimique dont tout le monde dit du bien depuis qu’il a débarrassé le sud de la France de l’Aedes Albopictus (autre nom du « Tigre »).

Le concierge est curieux !  Peux- tu nous parler de ton prochain roman ?
Il s’agira d’un polar contemporain se déroulant à Nantes. Le héros est une femme capitaine de police, Isabelle Mayet, obligée de quitter son poste au « 36 »  pour venir s’ occuper de sa mère, malade d’Alzheimer. Sur les bords de Loire, d’étranges choses dorment dans la vase, qu’il valait mieux ne pas réveiller. Le titre sortira à la fin de l’année chez Toucan, toujours. Pour ceux qui ne peuvent pas attendre, je boucle à l’heure qu’il est une nouvelle pour le 3e recueil des « Romanciers Nantais », association dont je suis membre et dont l’histoire, bien qu’étant indépendante du livre à venir, peut être considérée comme une séquence prégénérique.

Comment tu écris ? Le matin, le soir, dans un bureau...
Quand je trouve le temps ! C’est un plaisir mais aussi un combat quotidien. De préférence le soir.

Quels sont tes écrivains préférés ? Quel roman lis-tu, actuellement ?
Serge Brussolo, Thierry Joncquet, Jean-Paul Dubois, Stephen King sont mes auteurs de référence. Je lis « La méthode du crocodile » du napolitain Maurizio De Giovanni. J’ai aussi le nez dans l’incroyable « Histoire vraie de l’homme qui cherchait le yéti » de Gabi Martinez.

Quels sont tes films préférés ?
Les films avec une vraie histoire qui donnent à voir et à réfléchir.

Quelle actualité t’énerves actuellement ?
Les préoccupations écologiques semblent reléguées au second plan…

Quelles sont tes passions dans la vie ?
Ma fille, la course à pied, l’observation de la nature, les voyages, la littérature…

Ton mot de fin ?
« Que serait devenue la France si les policiers avaient été aussi malfaisants que ceux qui les emploient ? » (J. Lantier).