Dimitris Stefanàkis :: Film Noir

dsVoici un marchand d’armes grec que je ne connaissais pas, Basil Zaharoff. Je remercie l’écrivain Dimitris Stefanàkis pour ce superbe roman, Film Noir, aux éditions Viviane Hamy.

La vie de Basil Zaharoff, marchand de canons et amoureux, est un roman brillant. L’auteur construit un récit superbe, jonglant avec les personnages qui rebondissent d’une époque à l’autre comme dans un scénario de film noir. On y côtoie des figures pitoyables ou pittoresques, idéalistes ou corrompues, policiers, anarchistes, espions, ministres, rois, réels ou inventés. Un roman allègre rongé par la certitude de la catastrophe passée comme par la crainte de celle qui vient.

Un roman de haut niveau, très bien documenté et qui mérite toute votre attention et que je vous conseille fortement car il sort du lot.

Dimitris Stefanàkis est né en Grèce en 1961. Son premier roman, Jours d’Alexandrie, paru aux éditions Viviane Hamy, a obtenu le Prix Méditerranée étranger 2011.

Voici un résumé du roman Film Noir :
En 1939, Philippe Thebault, jeune journaliste français, mène l’enquête sur Basil Zaharoff, décédé trois ans auparavant. Pour cela, il compte sur les souvenirs de l’Espagnol, Miguel Tharabon, grand ami de Basil, qu’il va rencontrer régulièrement à Paris. En avançant dans ses recherches, Philippe découvre que Basil n’a pas été seulement marchand d’armes, mais aussi espion, homme politique… et qu’il a même influé sur le cours de l’Histoire ! On ignore d’où lui vient sa fortune, mais c’est sans doute par son art de la manipulation qu’il s’est retrouvé au centre des grands événements qui ont marqué les années 1880-1930 (de l’Affaire Dreyfus au déclenchement de la Première Guerre mondiale en passant par le scandale du Canal de Panama). Or, c’est curieusement la liaison amoureuse entre Basil et Maria del Pilar, une duchesse espagnole, qui fascine avant tout le jeune journaliste. Au fur et à mesure des entretiens, Miguel lui apprend que c’est en 1887 que ces deux-là se rencontrèrent, dans le train mythique de L’Orient-Express. Promise à un autre, un prince Bourbon fou, qu’elle doit épouser le lendemain, Pilar tombe néanmoins sous le charme de Basil. Ils vont vivre cet amour interdit, qui va bouleverser à jamais le fil de l’Histoire ….

La semaine prochaine, nous partirons à Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires.

 

9782878585773_1_75Peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es devenu romancier ?
Mon enfance n’explique en rien mon penchant pour la littérature. En fait, je pense que je suis devenu romancier lorsque je me suis découvert un talent pour raconter des histoires imaginaires.

Dans ton roman Film Noir, chez Viviane Hamy, nous voyageons entre Constantinople, Madrid, Londres… Comment se sont passées tes recherches pour créer ton roman ?
Écoute, la documentation d’un roman tel que Film Noir s’avère toujours un travail exigeant. Il faut voyager, lire, voir des films, rencontrer des gens. Cela prend du temps, mais à la fin, tu trouves ce qu’il te faut.

Dans ton roman, ce qui est terrible, c’est qu’on s’attache au personnage de Basil Zaharoff, qui est pourtant est un marchand d’armes sans scrupules : parle-nous de ce personnage.
Le protagoniste, Basil Zaharoff, un personnage réel, mais obscur et fuyant, semble être plutôt l’invention d’un romancier. Sa vie extraordinaire intensifie cette impression. Au fur et à mesure, on découvre que Basil ne fut  pas seulement un célèbre marchand d’armes. Il répondit  à l’appel de tous les moments marquants du vingtième siècle : nouvelles armes, guerres coloniales, scandales politiques, services secrets et, avant tout, le monopole du pétrole. Ses activités influencèrent réellement le cours de l’Histoire. Il mit en place un système pour manipuler les dirigeants et l’opinion publique, par le biais de fausses informations, de chantages, de diffamations, voire de meurtres.

J’aime aussi ces rencontres au Café de la Paix entre Miguel Tharabon et Philippe Thébaut à la veille de la Seconde Guerre mondiale : comment t’est venue l’idée et pourquoi le Café de la Paix ?
C’est ainsi que le lecteur suit deux niveaux de narration : au premier plan c’est l’intrigue qui se déroule sans intermédiaire ; des épisodes tirés de la vie de ce marchand d’armes mystérieux qui influence le cours même de l’Histoire. Au deuxième plan, ce sont les récits de don Miguel à Philippe sous la forme d’un commentaire ou d’un supplément à ce qui se passe en direct sur l’écran romanesque. Le Café de la Paix représente toute une période de l’histoire française, empreinte de gloire et de grandeur aussi bien que de passions politiques et de scandales financiers.

Si je te dis que ton roman n’est pas qu’un roman d’espionnage, mais aussi un roman d’amour ?
À mon avis, un bon roman est une composition faite de plusieurs éléments. Ainsi, il peut être à la fois un roman d’amour, d’espionnage, d’histoire, de politique, etc.

cafe-de-la-paix_As-tu une anecdote pour ton roman Film Noir à nous raconter ?
Je me rappelle souvent mes recherches à Paris avec le vrai Philippe Thébault, un ami précieux.

Peux-tu nous parler de ton premier roman, Jours d’Alexandrie, qui a reçu le Prix Méditerranée étranger 2011 ?
Jours d’Alexandrie n’est pas un roman cosmopolite au sens strict du mot. C’est plutôt un livre sur le cosmopolitisme et surtout sur l’internationalisme méditerranéen, qui s’est développé au début du vingtième siècle dans le bassin oriental de la Méditerranée.
Mon intention originale était de décrire un milieu multiracial de personnages qui ont vécu les épisodes marquants du dernier siècle, et de donner aux lecteurs tous les éléments pour qu’ils puissent composer dans leur imagination les facettes d’une vie qui a été perdue depuis longtemps.

Le Concierge est curieux ! Peux-tu nous parler un tout petit peu de ton prochain roman ?
Je viens de terminer un roman qui achève la trilogie du cosmopolitisme. Il se déroule principalement en Grèce et au Proche Orient entre 1939 et 1944. Mais mon prochain livre en français est un roman avec Albert Camus pour protagoniste, qui se déroule à Mykonos à la fin du vingtième siècle.

Dans ton roman Film Noir, tu fais référence aux premiers Jeux olympiques modernes et en même temps à la faillite financière de 1896 de la Grèce, ce qui me fait penser à ce que la Grèce subit actuellement, non ?
Il y a certains parallélismes avec la Grèce contemporaine, c’est évident. C’est pour cette raison que je m’occupe de M. Zaharoff aujourd’hui.

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Les trois chaînes de télévision et la radio du service public de l’audiovisuel grec ont cessé d’émettre, décision du gouvernement, comment as-tu réagi à cette nouvelle quand tu as appris ça ?
Cela m’a beaucoup étonné. Décidément, les politiciens sont tout à fait incapables de gérer la crise actuelle en Grèce.

Est-ce que beaucoup de romans noirs, policiers, sont lus en Grèce actuellement ? Et y a-t-il des salons sur le polar ?
Pour autant que je sache, il n’y a pas de salons sur le Polar chez nous. Par contre, on lit pas mal de romans policiers.

jaComment écris-tu ? (Le soir, le midi, dans un bureau…)
J’écris le matin dans mon bureau.

Quels sont tes écrivains préférés et pourquoi ?
Je préfère les grands maîtres du dix-neuvième siècle, mais également certains romanciers du vingtième, tels que Camus, Kafka et Virginia Wolf.

Quelle est l’actualité qui t’énerve actuellement ?
Je me méfie de l’actualité en général.  J’essaie de vivre par le biais des livres et de l’art.

Quels sont tes films préférés ?
J’adore Hitchcock, Bergman et Visconti. Leurs films me plaisent beaucoup.

Quelles sont tes passions dans la vie ?
La lecture des livres, la musique et les arts martiaux.

Quel endroit en Grèce aimes-tu le plus ?
J’aime les Cyclades et la Crète, mais la Grèce est très belle en général.

Quel sera ton mot de fin pour cette interview ?
Le bien existe en nous. Le mal, nous l’inventons par nécessité. Voilà.