Rachid Santaki :: Flic ou Caillera

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Rachid Santaki est un auteur de grand talent qui, je pense, est en train de devenir une des valeurs sûr du polar.

Auteur, journaliste, scénariste, marketeur.  Plein de talents, cet écrivain. Je me rappelle l’avoir rencontré pour la première fois aux Quais du Polar, à Lyon. J’avais été attiré par sa voiture de promotion garée juste devant le salon.

Je l’ai découvert et fus conquis de suite par son roman Les Anges S’habillent En Caillera, dévoré en même pas deux jour. Même niveau avec Des Chiffres et des Litres et son dernier opus  Flic ou Caillera. Du pur bonheur !

Rachid Santaki pendant le salon du polar à Montigny les Cormeilles en 2012De quoi ça cause vous demandez-vous ? Réponse en résumés.

Les anges s’habillent en caillera
Ilyès, dit le Marseillais, sort de prison. Il vient de purger une peine de 18 mois à la maison d’arrêt de Villepinte pour vol à la ruse. Il veut reprendre les affaires, mais il doit d’abord s’occuper de la balance qui l’a envoyé à l’ombre : un ex-poto empêtré dans des histoires de drogue, une petite poukave qui taffe avec les flics.

Les Anges s’habillent en Caillera s’inspire de la vie du Marseillais, escroc de Saint-Denis, peut-être le voleur de carte bancaire le plus doué de sa génération, devenu à 23 ans une légende en région parisienne. Sa route va croiser celle de Stéphane, un flic corrompu de la police judiciaire, manipulateur, violent et déterminé. Leurs histoires parallèles nous plongent dans l’univers de Saint-Denis, ville-personnage, avec sa galerie de anges

Des Chiffres et des litres
1998, Stade de France, black blanc beur, ça vous rappelle quelque chose ? Ça se passe à Saint-Denis, le Stade de France vient de sortir de terre. Qu’est-ce que ça change dans la ville ? Rien, rigoureusement rien… Hachim vit dans une cité avec sa famille, son frère, sa sœur et ses parents. Son frère Yazid est d’ores et déjà tombé dans la came et le deal. Lui, Hachim, a d’autres ambitions. Il est plutôt bon au lycée, il est passionné par le hip hop, il veut être journaliste, il écrit déjà. Et il a du mérite, vu le contexte… Car dans sa famille, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il est le mal-aimé de son père, allez savoir pourquoi. Alors que Yazid, la petite frappe, s’en tire avec les honneurs.
Côté amis, il n’en manque pas. Il éprouve surtout un attachement particulier pour Houssine, sorte de grand frère ou de père de substitution. Manque de chance, Houssine est dealer…

Flic ou Caillera
Octobre 2005, deux adolescents trouvent la mort accidentellement alors qu’ils sont poursuivis par la police. Aussitôt, les cités s’enflamment et la colère de toute une génération explose. Mehdi Bassi vit à Saint-Denis, ville exsangue sous la coupe du clan Bensama, les caïds locaux de la drogue. Artiste-graffeur il connaît la cité comme sa poche et travaille comme coursier à l’Agence du médicament pour aider sa famille. Alors que la cité s’embrase, Mehdi va croiser la route de Najet Iker. Cette jeune femme flic qui semble perpétuellement en colère n’en finit pas de se battre avec ses origines. Et tandis que l’un essaie d’échapper au puisant clan Bensama, l’autre voudrait les faire tomber une bonne fois pour toutes.

La semaine prochaine nous partons à Cuba. Je vous souhaite de très bonnes lectures noires.

 
 

d8e66879727f0ef594567c396f79393bf1af9543Peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es venu à écrire des romans noirs ?
J’ai été bercé par les Comics et je voulais être scénariste en lisant le courrier des lecteurs de ces revues. J’ai eu un magazine gratuit pendant huit ans et j’ai arrêté pour écrire des polars sociaux.

Comment ce sont passées ta rencontre avec le Marseillais et tes recherches d’écriture pour Les anges s’habillent en Caillera ?
C’est mon meilleur pote qui m’a présenté et je l’ai rencontré alors qu’il était en semi-liberté. J’avais vu les séries Engrenages et Braquo. J’ai trouvé que Engrenages était bien documentée et j’ai voulu faire ma série alors je suis allé dans le roman en me disant que j’allais faire ma série.

Parle-nous de Saint Denis, le personnage principal de tes trois romans.
Mon Saint Denis, le vrai, c’est une rencontre en 1987. J’y suis allé car j’ai été orienté en 4eme techno au collège Jean Lurçat. J’ai découvert la culture hip hop, la boxe thaïlandaise et eu de très belles amitiés. C’était un choc car je venais de Saint Ouen et à Saint Ouen c’était une ville proche de Paris avec des cités mais il n’y avait pas l’état d’esprit de Saint Denis et puis j’étais mal à saint Ouen, en tant qu’ado je ne trouvais pas ma place. Saint Denis a été une renaissance. J’ai été éducateur sportif à Saint Denis, j’ai eu ma SARL de presse à Saint Denis. Alors je me suis dit mes romans se dérouleront à Saint Denis ! Et ça m’a propulsé.

Tu nous montres une police corrompue. Est-ce que des policiers ont lu tes romans ?
Oui. J’ai rencontré un commandant de police et, pour l’anecdote, il y a deux métiers que je ne voulais pas faire dans ma vie c’était contrôleur ratp et policier. C’étaient deux métiers que je n’aimais pas. Et j’ai changé ma vision de la police avec cette rencontre même si comme je le dis dans la police comme partout il y a des cons et des gens ouverts. Je voulais aussi montrer que derrière la police, cette institution on a des hommes avant tout et que l’humain est faible. On imagine pas que dans un pays comme la France il y ait de la corruption mais si. C’est une réalité.

Il y a aussi dans tes romans des courts articles de presse qui séparent les chapitres, où tu nous montres des évènements. Un article du journal libération dit «  selon les statistiques fournie par le gouvernement français au comité européen de prévention contre la torture et les peines ou traitements inhumains ou dégradants, en 1998, une dizaine de fonctionnaires de police sur plus de 500 mises en cause ont fait l’objet de condamnations pénales. » Ça fait réagir.
Oui. Il suffit de voir les abus de certains policiers. J’aborde ce thème dans Flic ou caillera avec ce journaliste qui rappelle les victimes de la police et le fait que les départs de feu dans les quartiers proviennent souvent de ces drames. En même temps on a des policiers qui se suicident. C’est compliqué aussi pour ceux qui réalisent que leur boulot les opposent au pire de notre société. Quand je parle du pire, je parle de la violence envers les femmes, les agressions, les actes de pédophilie.

des_chiffres_et_des_litres_01Le premier roman traitait des vols des cartes bancaires, dans Des chiffres et des litres c’est plutôt le trafic de drogue. Parle-nous de la relation entre Houssine et Hachim ?
Houssine c’est un dur. Il gère son entreprise dans les stups et a un poids sur le quartier. Hachim, doué, a tout pour partir mais son modèle c’est Houssine et il décide de le servir, de chercher sa reconnaissance mais il n’est pas fait pour ça et il va commettre plusieurs erreurs. Hachim n’a pas la justesse d’Houssine. Il n’a pas son charisme et il va le réaliser mais peut être trop tard.

Tu trouves le décor parfait pour Des chiffres et des litres, la coupe du monde 1998 à Saint Denis. Quel souvenir en gardes-tu ?
Si j’ai repris cette période c’est que je n’ai pas pu profiter de cette évènement. La ville était en ébullition mais un proche était incarcéré à cette période et j’étais pris dans les allers retours entre la maison d’arrêt de Bois d’Arcy et Saint Denis. Je n’ai pas profité de l’évènement et c’est aussi une des raisons qui m’a poussé à écrire sur cette période. C’est aussi ça le roman : revivre ce qu’on a loupé.

Parle-nous du 17 octobre 1961. Comment as-tu découvert ce massacre abominable ?
J’ai découvert ça via Sébastien Pascot, un photographe et vidéaste avec lequel j’ai bossé et qui avait fait dans le cadre de ces études un documentaire. J’ai ensuite lu et me suis renseigné sur le jeudi noir.

J’ai lu la superbe préface de Dominique Manotti. Parle-nous de ta rencontre avec cette grande auteur de polar.
Dominique Manotti est exceptionnelle. Je l’ai rencontré à la sortie du salon du livre, je diffusais des flyers avec mon camion et elle est venue. J’avais parlé d’elle dans un entretien avec l’AFP et nous nous sommes vus. Elle m’a conseillé, motivé. C’est une personne qui vit son temps et je suis reconnaissant pour son aide, son soutien. Je lui fait un clin d’oeil dans Flic Ou caillera d’ailleurs avec Najet qui va à sa rencontre.

Dans ton dernier roman, Flic ou Caillera, aux Éditions du Masque, nous faisons la rencontre de Najet Iker, une Femme Flic qu’on ne peut pas oublier.
Najet c’est une flic torturée qu’on va retrouver dans mes prochains romans. C’est mon personnage récurent et que j’apprécie beaucoup pour ses démons, pour son coté bonhomme aussi. Pour ses ambiguïtés !

Une anecdote sur ton dernier roman ?
Une anecdote. J’ai rencontré Silly un jeune qui a travaillé sur un documentaire sur la violence et le jour où je l’ai croisé il m’a dit que Siaka voulait me rencontrer. Siaka est le frère de Bouna et ça m’a troublé de savoir qu’il aimait mon travail, sachant que j’étais plongé dans ce drame.

lesangesshabillentencaillera5_koria21La mort, le 27 octobre 2005, de deux jeunes garçons dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois a été le point de départ dans les banlieues d’une flambée de violence sans précédent. Qu’en gardes-tu comme souvenir ? Et que penses-tu de cette affaire ?
Je pense surtout à leur famille. La perte d’un être cher c’est quelque chose qui nous heurte, qui nous marque. C’est un drame qui fait partie de l’histoire de notre pays.

Comment écris-tu ? (le matin, le soir, dans un bureau…)
Le matin, dès six heures, au bureau !

Tes romans vont-ils être adapté au cinéma ?
Les Anges est en cours d’adaptation. Je le co-écris avec Pierre Lacan. C’est une belle expérience.

Le Concierge est curieux ! Quel sont tes futur projets littéraires ?
J’en ai plusieurs. J’ai une sortie avec Pierre Rosanvallon dans une nouvelle collection au Seuil qui sera un texte court. Je co-écris avec Moussa Khimoun Le Gang D’Auber une histoire vraie.  Et des projets télé.

Parles-nous de ta passion pour le muay thai et de  « Jeremy ».
Je kiffe ce sport. Je le pratique et c’est aussi une de mes sources d’inspiration. Jeremy c’est une déclinaison de mon ami Grégory Choplin, champion du monde de muay thai WBC de – 76 KG. Il m’a vu écrire mon premier livre m’a soutenu. Une des belles amitiés de Saint Denis.

Je me rappelle de la première fois que je t’ai rencontré, c’était aux Quais du polar et j’avais remarqué ta voiture publicitaire super bien garé ;-) et j’avais appris sur ton mode affichage sur les murs et sur le sol, est ce que tu continue toujours ?
Oui je continue mais je vais surtout accentuer ce que je fais avec la valorisation de mon contenu. Je suis trop discret la dessus et j’ai décidé de mettre en avant le texte même si je vais continuer à faire la promo de mon taffe.

Quels sont tes films préférés ?
Le choix des armes, les Rocky, Bloodsport, deux flics à Miami, Training Day, Man in Fire, Boyz In The Hood, Casino.

Dis-moi c’est quoi cette histoire , tu manges du brie à 3h30 du Matin ?
Ce dossier commence à me poursuivre. Je kiffais manger du brie à des heures pas possible. Je suis grillé !

Quel sera ton mot de fin ?
Merci à toi. Bravo pour ton blog pour ta présence dans les salons, pour ce que tu offres aux lecteurs. C’est une manière décalée  et j’ai vu ton blog avancer c’est impressionnant comment tu contamines par ta bonne humeur et ton concept le monde de l’édition ! Bravo et merci !