Paul Colize :: Un long moment de silence

972305_4913695968709_1891196916_nC’est mon coup de cœur ! Un écrivain génial qui sait toucher au plus profond du lecteur. Paul Colize fait partie des auteurs qu’il faut absolument connaître, au risque de passer à côté de quelque chose de fort.

Balai d’Or en 2012 pour Back Up, il vient de remporter, coup sur coup, le Prix Landerneau Polar 2013 pour son nouveau roman Un long moment de silence et ce week-end le Prix polar Saint-Maur en Poche 2013 pour Back up.

Avec  Un long moment de silence, Paul Colize nous fait naviguer à travers plusieurs époques et vous dévorez son roman, hélas trop vite, avec des personnages que vous ne pourrez pas oublier.

Un roman de très haut niveau qui, j’en suis sûr, remportera de nombreux prix dans les mois à venir.

En résumé :
Le Caire, 1954.
Vingt et un morts et une trentaine de blessés, voilà le lourd bilan humain après l’attaque sanglante ayant eu lieu à l’aéroport. L’enquête de « La tuerie du Caire », menée conjointement par les polices égyptienne, néerlandaise, anglaise, française et américaine sera abandonnée en mars 1961 faute d’indice.
Paris, 2012
Après vingt ans de recherches, Stanislas Kervyn, présente au public sa première œuvre, La victime oubliée. Fils d’une des victimes, il rend hommage à son père à travers ce document consacré à la tuerie du Caire. Mais après l’émission, un témoignage inattendu va tout remettre en question. Un vieil homme prétend qu’il faisait partie du commando qui est intervenu ce jour-là.
New York, 1948.
À quelques jours de son dix-huitième anniversaire, Nathan Katz débarque à Brooklyn. Quelques mois après son arrivée, il rejoint une organisation baptisée « Le chat ». Tous les membres de cette organisation sont juifs et ont perdu une partie de leur famille dans les camps. D’abord chargé de mener des enquêtes sur certains criminels de guerre nazis afin de préparer un dossier à charge contre eux, il reçoit rapidement son premier ordre de mission sur le terrain. Il va alors traquer les responsables et les complices de la mort de leurs frères, pour les confronter à leurs crimes mais également pour les leur faire payer.

Si vous avez suivi les aventures du Concierge Masqué lors de la saison 3 de l’Exquise Nouvelle, vous savez que Paul Colize a également contribué à une superbe nouvelle avec Barbara Abel et Armèle Malavallon-Carlier, Sept Secondes.

Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine avec deux vieillards pas très sympathiques. Je vous souhaite une bonne semaine, pleine de romans noirs.

9782358870559_1_75Bonjour Paul, tu as gagné le Prix du Balai d’or 2012 pour ton roman Back Up et tu viendras à Paris Polar 2013 remettre le Prix 2013, quel souvenir gardes-tu de ton Prix ?
Quand j’ai écrit Back up, je n’étais pas sûr que ce texte trouve un éditeur. Je pensais que les digressions risquaient de casser les pieds au lecteur. Je craignais aussi qu’un personnage dans le coma n’intéresse personne et que les sixties faisaient partie d’un passé enterré. Alors, les prix… Quelle ne fut ma surprise (merci Victor) quand j’ai appris que le roman était finaliste du Rossel. Oui, mais je ne l’ai pas eu. Est alors venu le Balai d’or, le prix le plus sympa de la blogosphère. Un magnifique souvenir.

Les prix s’accumulent puisque tu viens de gagner le Prix Landerneau pour ton roman Un long moment de silence, le prix de St Maur en Poche pour Back up et tu es en lice pour le Trophée 813, comment vis-tu ce moment ?
Il y a plus de dix ans que j’écris. Un long moment de silence est mon neuvième roman. Tout semble venir en même temps. Je suis surpris et comblé. Cela dit, j’ai vidé le lave-vaisselle et j’ai sorti les poubelles ce matin, c’est dire que ma vie n’a pas beaucoup changé.

Comment se sont passées tes recherches pour Un long moment de silence ?
Dans le roman, je parle d’un carton à chaussures dans lequel se trouvent des photos, des lettres, des documents sur lesquels se base l’enquête. Ce carton à chaussures existe. Il était dans mon armoire. Il m’a suffi de l’en sortir.

Parle-nous des deux personnages principaux de ton roman : Stanislas Kervin et Nathan.
Ce sont deux fortes personnalités, avec leurs qualités et surtout leurs défauts. La vie ne leur a pas fait de cadeaux, c’est ce qui fait qu’ils sont devenus ce qu’ils sont. J’ai aimé les métamorphoser au cours du roman.

Je ne savais pas qu’il existait une organisation appelée « le chat », peux-tu nous en parler ?
Une organisation de vengeurs juifs a existé. Elle s’appelait the Owl, la Chouette. Je me suis basé sur le livre de Danny Baz, Ni oubli ni pardon, pour m’inspirer des méthodes utilisées par le Chat.

Ce roman était, j’imagine, difficile à écrire pour toi, maintenant que ton roman se fait son chemin comment vois-tu les choses ?
Un peu comme Back up, avec un certain étonnement. J’ai eu de nombreux moments de doute en l’écrivant. Le personnage de Stanislas est repoussant, l’histoire de Nathan improbable, même si elle est basée sur certains faits réels. Quant à la fin, je me posais beaucoup de questions. J’ai été très surpris (et ému) de lire les premières chroniques. L’émotion est passée chez le lecteur et c’est tant mieux.

backupLe Concierge est curieux, tu le sais. Peux-tu nous parler de ton prochain projet d’écriture ?
J’ai commencé un roman après Back up. Je l’avais presque terminé quand j’ai tout arrêté pour écrire Un long moment de silence. Je l’ai repris et il est à peu près terminé. Je reviens à la comédie, comme je l’ai fait dans le Valet de cœur ou le Baiser de l’ombre. Cette fois, le héros est un avocat spécialisé en divorce. Il reçoit la visite d’un top model belge qui a été bafouée par un capitaine d’entreprise français qui lui arrive au menton et espère lui soutirer quelques millions. Toute ressemblance, etc.

Peux-tu nous parler de tes trois romans chez SKA Editeur numérique : Un de trop, Noire mémoire et Fin de parcours.
Ce sont des recueils de nouvelles que j’ai écrites entre 2005 et 2008 sur différents forums, pour des concours de nouvelles ou le seul plaisir. La plupart sont très courtes et déjantées. J’ai quand même un faible pour une nouvelle plus noire, Tony et moi.

Quel roman lis-tu en ce moment ? Et quel roman as-tu relu plusieurs fois ?
Pour l’instant, je lis 22/11/63 de Stephen King. Devraient suivre les romans de Sandrine Collette et d’Olivier Truc, deux auteurs que je n’ai pas lus et dont on dit beaucoup de bien. Si ma mémoire est bonne, je n’ai jamais relu de roman. Mais je vais relire prochainement Compartiments tueurs de Sébastien Japrisot pour répondre à une demande de… ah, je ne peux pas en parler, d’accord.

Si tu avais un projecteur pour mettre en avant un auteur, ce serait qui ? Et pourquoi ?
En citer un serait ne pas en citer d’autres. Je suis comme toi, je ne veux pas d’ennuis avec les voisins.

Tu étais ce week-end au festival St Maur en Poche organisé par Gérard Collard, qui a crié sur tous les toits médiatiques tout le bien qu’il pensait de Back Up. Comment l’as-tu connu ?
Je n’ai fait sa connaissance qu’au salon de Paris, en mars dernier. C’est un personnage. C’est Michel Bussi, que j’ai rencontré à Sang d’Encre en 2009, qui lui a fait connaître Back up. Je leur dois une fière chandelle à tous les deux.

Tu as dit sur l’excellent blog de la Polardeuse que tes occupations préférées étaient le tango et les courses de limaces… Tu nous expliques ? ;-)
Entretemps, mes limaces sont mortes et j’ai un lumbago. Je compte réorienter mes passions.

86972650_oTu as dit que tu étais devenu auteur de polar à cause de ta grand-mère. C’est vrai ?
Quand j’avais une dizaine d’années, ma grand-mère paternelle vivait avec nous. Elle fumait un paquet de clopes par jour et lisait un polar au même rythme. J’étais chargé de lui trouver sa prose à la bibliothèque du coin. Elle m’interdisait de les lire parce que c’était sale et scandaleux, ce qui a suffi pour que je dévore quelques pages sur le chemin du retour. Ça me changeait de Premier de cordée ou de Chiens perdus sans collier. Le virus a dû naître à cette période.

Comment expliques-tu l’actuel succès du polar belge en France : Toi, Nadine Monfils, Mme Barbara Abel, Frédéric Ernotte...
C’est très relatif. Je m’interrogerais plutôt sur le succès du polar français en Belgique.

Quel sera ton mot de fin ?
Pourquoi un mot ? Confucius, Napoléon ou De Gaulle  (les citations, c’est toujours un de ces trois-là) a dit : « N’ouvre la bouche que si tu es sûr que ce que tu vas dire est plus beau que le silence ». Terminons par un court moment de silence.