Helle Vincentz :: La Vierge africaine

hvL’industrie pétrolière comme vous ne l’avez jamais vue, décrite avec talent par l’auteur Danoise, Helle Vincentz, est au coeur de son roman La Vierge africaine, sorti chez Prisma Noir Edition. Avec une ambiance à la John Le Carré et l’auteur nous accroche avec ce roman ancré dans l’actualité, vu ce qui se passe au Mali. Est-ce qu’un Pays puissant viendrait en aide un pays pauvre si il n’avait pas des intérêts financiers ?

J’aime beaucoup cette phrase qui résume bien le roman : Au Kenya, les plus féroces ne sont pas les bêtes sauvages…

Pitch du roman :
Fermer les yeux sur le viol, le meurtre et la corruption pratiqués au Kenya par Dana Oil, la compagnie pétrolière danoise où elle travaille, ou faire taire les terribles accusations contre son employeur ?
Caroline Kayser, trentenaire ambitieuse et cynique, envoyée à Nairobi pour résoudre un conflit dont nul ne mesurait la portée, doit choisir entre sa mission et la vérité. Confrontée à l’hypocrisie de son entreprise, objet d’une effrayante chasse à l’homme dans les bas quartiers de la ville, pourra-t-elle, si elle reste en vie, sortir indemne de cette mission cauchemardesque ?

Je vous recommande la très bonne critique de mon ami Pierre sur son Blog Black Novel.

Je vous souhaite une très bonne lecture et vous donne rendez-vous la semaine prochaine avec Julian Hirtmann personnage que l’on ne peut oublier….

 

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous dire comment vous en êtes venue à écrire des romans ?
J’ai toujours voulu être exploratrice – comme Colomb ou Marco Polo – alors je suis devenue journaliste, parce que je savais que les journalistes voyagent beaucoup. Mon père a vécu et travaillé en Afrique pendant de nombreuses années et ma mère vivait au Groenland, aussi ai-je grandi en écoutant leurs histoires et j’ai chopé le virus des voyages très tôt dans ma vie ! Plus tard, j’ai découvert que j’aimais vraiment écrire, aussi, et que j’étais douée pour ça, alors une carrière d’écrivain qui voyage beaucoup est le meilleur métier du monde pour moi !

Vincentz_EP_volComment s’est passé votre travail de recherche pour votre roman La Vierge africaine ?
J’ai voyagé (bien sûr !), j’ai beaucoup lu, et j’ai interviewé beaucoup d’experts. Dans le roman, mon personnage principal, Caroline Kayser, se rend au Kenya, et il y a une scène très dramatique dans laquelle elle se bat pour sauver sa vie dans les quartiers pauvres de Nairobi. Pour écrire cette scène, je suis allée dans un des plus grands quartiers pauvres d’Afrique et j’y ai rencontré les gens chez eux. Je n’avais jamais vu une telle pauvreté avant, j’ai vu des enfants malades dormir ensemble dans un seul lit trempé par la pluie qui dégoulinait par les trous du toit. J’ai utilisé mon expérience au Kenya pour créer un décor rude et réaliste pour le roman. En ce qui concerne la recherche portant plutôt sur les faits (les faits concernant l’industrie du pétrole, la corruption, les économies africaines, etc.), je savais déjà pas mal de choses avant de commencer à écrire grâce à mon milieu professionnel.

Il y a le personnage principal Caroline Kayser, complexée par son père, la petite Sally, et un énorme macho en la personne de John Hansen. Pouvez-vous nous en parler,  pour les lectrices et lecteurs qui ne vous ont pas encore lue ?
Mais certainement ! En apparence Caroline Kayser est une femme d’affaires endurcie d’environ 35 ans. C’est une avocate belle, compétente et accomplie, qui travaille pour la prestigieuse compagnie multinationale de pétrole Dana Oil. Mais intérieurement cependant, elle est anxieuse et en réalité elle essaie de réussir aux yeux de son père condescendant. Au début du roman, la filiale locale de la société est accusée par les Kenyans de la région d’enlever et violer des jeunes filles dans un village proche du site de forage de la compagnie pétrolière. Caroline est envoyée au Kenya pour faire stopper les plaintes quelle que soit la manière employée, et réussir cette mission est absolument crucial pour elle car, si elle ne réussit pas, elle sera renvoyée lors de la prochaine charrette de licenciements.
Sally est une petite fille de 10 ans, intelligente et adorable, qui vit dans le village kenyan où les filles sont enlevées. Tout ce que Sally veut, c’est réussir à l’école pour pouvoir devenir un jour institutrice comme sa maîtresse adorée. Malheureusement pour Sally, sa vie est sur le point de prendre un tournant dramatique à cause de la compagnie pétrolière.
Mon troisième personnage, John Hansen, est le dirigeant de la filiale locale au Kenya. C’est un homme de 59 ans, amer, solitaire, qui a un seul but dans la vie : obtenir la reconnaissance qu’il pense mériter mais n’a jamais obtenue. Heureusement pour lui, il semble y avoir beaucoup de pétrole au Kenya ! Il espère seulement que Caroline Kayser ne va pas tout gâcher pour lui avec ses ennuyeuses (à ses yeux) idées politiquement correctes.

Vous dites dans votre roman que la police kenyane a été élue institution la plus corrompue de toute l’Afrique de l’Est, est-ce vrai ? Et quel est votre avis sur la corruption en Afrique ?
Oui, cet aspect du roman est – malheureusement – vrai. Mon opinion est que la corruption fait énormément de mal à l’Afrique ! Le manque (compréhensible) de confiance dans le système rend tout le monde suspicieux et génère une mentalité du genre « si lui il triche, je peux tricher aussi », qui est dévastatrice pour un pays et très, très difficile à éliminer.
J’ai vu la corruption de près moi-même. Concernant les recherches pour mon deuxième roman – The Philippine Pirate – je suis allée aux Philippines, pays aussi gangrené par la corruption. Un jour, je traversais Manille en taxi en route pour un rendez-vous avec le président de Transparency International (une ONG contre la corruption) quand soudain le taxi a été arrêté par la police. Le chauffeur de taxi a dû graisser la patte du policier pour être autorisé à continuer. C’était une expérience étrange.

ItemImage.aspxSi je vous dis que vous êtes un digne successeur de John Le Carré ? J’ai trouvé chez vous la même force d’écriture et le même talent pour nous parler de problèmes humains et économiques.
J’ai eu le privilège d’être comparée à lui avant, et à chaque fois ça me remplit de joie et de fierté, parce qu’il est un de mes plus grands héros.
J’aime sa façon d’écrire sur les sujets politiques et économiques, en donnant en même temps une dimension  humaine aux choses et si un jour je deviens aussi bonne que lui, je ne pourrai pas demander plus !

Vous êtes une journaliste spécialiste de la responsabilité sociale de l’industrie pétrolière, pouvez-vous nous expliquer votre métier ?
J’ai traité le sujet de l’industrie pétrolière de différentes façons, à la fois en tant que journaliste économiste, à l’université de Columbia où je me suis spécialisée en R.S.E (Responsabilité sociale des entreprises) dans l’industrie pétrolière, et chez A.P.Moller-Maersk, la grande compagnie maritime danoise, où j’étais chef de projet au département R.S.E., comme Caroline Kayser dans La Vierge africaine.
Toutes ces différentes expériences professionnelles m’ont permis d’acquérir une connaissance approfondie de l’industrie pétrolière, que j’utilise maintenant dans ma carrière d’écrivain, et je suis profondément reconnaissante d’avoir cette carrière, car je peux emmener le lecteur dans les coulisses d’un monde extrêmement puissant et cependant très fermé.

Le Concierge est curieux ! Votre roman La Vierge africaine est le premier d’une trilogie, pouvez-vous nous en dire plus ?
Bien sûr ! Mon second roman – The Philippine Pirate – est sorti au Danemark en 2012. Dans ce roman, Caroline Kayser est à bord d’un super tanker, quand il est détourné par des pirates. On est d’abord témoin de la dramatique attaque des pirates, puis nous suivons l’atmosphère de claustrophobie, de meurtre, de violence, et de trahison qui s’installe entre les membres de l’équipage retenus en otages. Simultanément nous suivons les négociations pour la libération des otages par une compagnie  militarisée privée (comparable à Black Water), et cet aspect du roman fait la lumière sur les pratiques obscures et souvent corrompues de cette industrie, alors que la partie de l’intrigue centrée sur les otages se focalise sur la malveillance humaine.
Le troisième roman – The Actic Attacker – parle de l’actuelle ruée meurtrière sur les ressources naturelles du Danemark (pétrole, gaz, minéraux rares) qui entraîne la Chine, les USA, l’UE, le Danemark, et la Russie dans un jeu politique mortel ! Une partie de l’intrigue est liée à la colonisation du Groenland, et je pense que ça intéressera les lecteurs français car la colonisation fait aussi partie de l’histoire française.
Alors que les deux premiers romans sont plus axés sur le monde de l’industrie, celui-ci est plutôt un thriller politique. Je suis en train de le finir, et il me tarde de le voir publié !

Avez-vous une anecdote sur votre roman La Vierge africaine ?
Tous les personnages du roman sont fictifs, sauf un. Le chauffeur kenyan Stanley. Il y a 7 ans,  je travaillais pour une ONG sur des opérations au Kenya et notre chauffeur à Nairobi a inspiré ce personnage. Tout comme Stanley dans le livre il vivait dans un quartier pauvre, mais se levait tous les matins, enfilait un costume et une chemise propres, et allait travailler. Il avait choisi de vivre dans les quartiers pauvres car il voulait utiliser son argent pour envoyer ses enfants dans une bonne école. Quand on vit au Danemark – en France aussi je suppose – on n’est pas forcé de faire ce choix, et j’ai été si impressionnée par son choix que j’ai décidé de l’utiliser dans le roman.

lox_helle_19-03-201_528607aComment écrivez-vous ? (Le matin, le soir, dans un bureau…)
Partout ! J’ai un bureau dans lequel je me rends certains jours, il y a des jours où j’écris à la maison, et des jours où j’écris dans un des nombreux et adorables cafés de Copenhague. Ça dépend de ce que je dois écrire. Des fois j’ai besoin de bruit, et des fois j’ai besoin de silence complet (ce qui, vous vous pouvez l’imaginer, me rend  un peu difficile à vivre de temps en temps !) J’écris les parties les plus complexes quand je me retire dans un sanctuaire appelé « Hald Hovedgaard ». C’est un vieux château qui a été transformé en refuge pour les écrivains. Il se trouve dans la belle campagne du Danemark, où il n’y a rien d’autre à faire à part écrire, et les beaux parcs et les lacs qui entourent le château semblent toujours me procurer un supplément d’inspiration. J’y vais deux ou trois fois par an pour une ou deux semaines, et je l’adore !

Quels sont vos auteurs préférés ? Ceux qui vous ont donné envie d’écrire ?
Il y en a beaucoup ! John Le Carré, Aasa Larsson, et Michael Connelly sont des auteurs de thrillers que je relis tout le temps, mais en fait c’est John Grisham qui a été mon premier « coup de cœur criminel ». J’ai commencé à lire ses romans quand j’étais encore au lycée, parce que j’étais – et je suis encore – fascinée par sa capacité à écrire sur des sujets judiciaires compliqués et sur les crimes économiques d’une façon qui me faisait tourner les pages aussi vite que je le pouvais.

Quand vous voyez la France intervenir au Mali en ce moment, n’avez-vous pas l’impression qu’il y a des intérêts financiers que l’on cache au public ? Car il y a une richesse minière importante (or, diamant et fer), moi ça me fait penser à votre roman…
La situation que j’ai décrite dans La Vierge africaine montre jusqu’à quel point cela peut dégénérer, quand une grande compagnie multinationale se met à exploiter les ressources naturelles d’un pays pauvre. Très souvent c’est plus une malédiction qu’une bénédiction d’avoir beaucoup de ressources naturelles pour ces pays-là – spécialement dans les pays sans gouvernement fort et honnête – car bien trop souvent cela conduit à encore plus de crime, de corruption, de dégradation de l’environnement et de pauvreté.

Et je crois absolument que tu as raison quand tu dis que les ressources naturelles du Mali – dont l’uranium – rendent ce pays beaucoup plus intéressant pour la France !

Comment sont vus au Danemark le polar, le thriller et le roman noir, y a-t-il beaucoup de salons du polar au Danemark ?
Le genre est très populaire et tous les ans il y a un grand festival de deux jours organisé dans une ancienne prison où les écrivains et les amateurs de polar se rencontrent. C’est un week-end merveilleux plein de crime, de corruption, de meurtre et de toutes sortes de comportement louches ! Tu y es le bienvenu !

1565840Si vous deviez nous montrer l’endroit qui vous plaît le plus au Danemark, lequel serait-ce, et pourquoi ?
Je ferais une balade à vélo dans le centre de Copenhague. C’est une des choses que je préfère faire – et si tu viens en été, on finira la ballade en allant boire une bière à «Nyhavn» ; c’est un quartier légendaire,  plein de bars, et très animé, vers le port.

Quelle est votre musique préférée ?
En ce moment j’écoute Springsteen car je vais bientôt aller le voir en concert. Mais en général j’aime toutes les sortes de musique qui me permettent de chanter !

Quel est votre film préféré ?
Le film qui m’a laissé la plus forte impression est Hôtel Rwanda, sur le génocide rwandais des années 90. ? la fin du film je suis restée assise dans la salle de cinéma à fixer l’obscurité, complètement choquée par les horreurs que ces gens ont vécues. Ce film m’a hantée pendant des mois et même aujourd’hui, en écrivant ceci, je ressens un frisson courir le long de ma colonne vertébrale.

Quel sera votre mot de fin pour cette interview ?
Euh… ça c’est difficile. Si je n’avais pas peur de donner l’impression d’être sponsorisée par Nike je dirais « just do it ! » Je crois dur comme fer qu’il faut essayer de réaliser ses rêves.