Boris Clément :: La Canne à tête de chien

la-canne-a-tete-de-chienLa Canne à tête de chien est un premier roman écrit avec brio, faisant montre du talent de son auteur et transcendé par  un personnage d’un rare charisme. Le Commissaire Eli Di Natale revient après un an d’arrêt maladie, avec des séquelles l’obligeant à s’aider d’une canne. Il est chargé de traquer à traver le France un convoyeur de fonds qui a pris la fuite avec le contenu de son fourgon blindé, quelque 12 millions d’euros. Mais quand le braqueur se rend sans son butin, Di Natale comprend que l’enquête ne fait que commencer, que ces millions attisent bien des convoitises…

Ce roman n’est pas sans rappeler un fait divers qui avait défrayé la chronique il y a quelque temps et qui avait tenu les médias en haleine et mis les forces de l’ordre sur les dents.

Boris Clément doit continuer à écrire et nous offrir une nouvelle aventure avec ce personnage !

Je vous laisse avec cet auteur et vous donne rendez-vous la semaine prochaine où nous partirons au Danemark pour parler pétrole.

Pouvez-vous nous parlez de votre enfance et nous dire comment vous êtes venu a écrire un roman policier ?
Fils unique, né et élevé dans une grande ville, Lyon, je n’avais donc pas de fratrie pour m’amuser, pas d’arbres où construire des cabanes. J’en étais ravi ! Je pouvais jouer avec mes figurines et bâtir des histoires sur des semaines, inventer des missions pour sauver la galaxie, animer des combats épiques. Ma mère m’a avoué des années après qu’elle s’inquiétait un peu en m’entendant dicter mes ordres à des soldats de plastique, du fond de ma chambre.

Quand j’ai commencé La Canne à tête de chien, cette envie de raconter des histoires, d’en inventer, ne m’avait toujours pas quittée. Et comme je m’ennuyais profondément à cette période de ma vie, j’ai recommencé à jouer. En échangeant mes figurines contre un clavier, des personnages, une intrigue.

Vous êtes journaliste spécialisé dans les jeux vidéo, ça aide pour écrire un tel roman ?
Aujourd’hui, je travaille beaucoup moins en tant que journaliste, je suis davantage concepteur rédacteur pour des agences ou des marques, mais le journalisme m’a beaucoup aidé. Tout d’abord dans l’écriture, il faut aller à l’essentiel (souvent par manque de place pour traiter un sujet), être incisif tout en essayant de se forger un style, une plume. On est également entrainé à la recherche d’informations, à ordonner ses idées. Quant aux jeux vidéo, comme pour Eli, ils me servent surtout à me vider l’esprit quelques instants. Ils sont une sieste totale de l’intellect, obligent à se concentrer uniquement sur l’interactivité. Je ne dis surtout pas que l’on ressort d’une telle session plus intelligent, mais avec des perspectives neuves. Pour la création dans mon cas, dans la résolution d’une enquête pour Eli, ce n’est pas inutile de se laver l’esprit de temps à autres et de repartir à l’assaut avec des idées neuves.

canne_a_pommeau_en_bois_sculpte_d_une_tete_de-53-1Est ce que l’affaire Musulin est le point de départ de votre roman ?
En effet, je trouvais cette histoire absolument absurde et géniale à la fois. Comment se fait-il d’ailleurs que ce type d’affaire ne se produise pas plus souvent ? Vous avez cinq, dix, douze millions dans le coffre, tous les jours, et il n’y a pas une journée sans que vous ne pensiez à appuyer sur le champignon ? C’est aussi un fait-divers dans toute sa splendeur puisqu’il dit quelque chose sur la société, l’interpelle, sans pour autant la changer d’un iota.

Par contre, la suite de son aventure me semble beaucoup plus médiocre, c’est pourquoi il était tentant de la réinventer et l’affaire Musulin n’inspire finalement que le premier quart du roman.

Comment ce sont passées vos recherche pour votre roman ?
Sur le cas Musulin, j’ai repris moult articles de presse publiés et j’ai beaucoup surfé sur les nombreux blogs présentant le convoyeur comme un héros, un Robin des Bois moderne. Ce qui est archi-faux, puisque Musulin n’avait aucunement l’intention de redistribuer ses euros. C’est aussi un marqueur de la société actuelle, les gens aiment bien voir les petits taper sur les gros. En revanche, je me suis interdit de lire sa biographie pour ne pas être influencé par le personnage, pour écrire une véritable fiction.

Concernant la partie se déroulant en Suède, ce sont des endroits que j’ai pu visiter grâce à ma compagne depuis quinze ans, suédoise donc. J’ai simplement essayé de retranscrire l’image que je me suis faite de ce pays assez fascinant.

Pour la partie juridique, comme pour la chorégraphie des combats, j’ai fait appel à mon cousin, juriste et aïkidoka émérite. D’après quelques témoignages de lecteurs férus d’arts martiaux, les bagarres sont réussies. Alors, cher Concierge masqué, si vous permettez, j’en profite : « Merci cousin Ludovic »  

Parlez-nous d’un personnage qui m’a marqué : Le Commissaire Eli Di Natale ?
Tâche difficile que de parler du héros de son roman car on projette toujours un peu de soi, ou a minima de ce que l’on aimerait être. Disons que physiquement il ressemblerait vaguement à mon père, lui aussi sacrément boiteux et détenteur d’une belle collection de cannes.

Eli est avant tout un joueur, il faut que ce soit drôle pour qu’il avance. Ensuite quand il se met en branle, c’est pour tourner en spirale, certainement parce qu’il marche sur trois pattes. C’est un homme de clan, exclusif, avec un petit cercle d’amis et aucune envie de l’élargir. Il sait aussi cacher son jeu, faire parler les autres pour ne pas avoir à se dévoiler, cogner dur alors que son apparence ne s’y prête guère. Je crois qu’il se verrait un peu comme un super-héros, invisible dans la masse mais capable de petits prodiges.

Par contre, même pour moi, il a encore de nombreux secrets, des possibilités infinies. J’avais envie qu’il devienne un ami du lecteur, mais un ami dont on ne sait pas tout, qui ne soit pas unidimensionnel.

Votre roman est aussi remplis d’humour, que vous manier à la perfection.
Euh…merci…je ne sais pas trop quoi dire si ce n’est merci. Plus sérieusement, tout en parlant d’humour, je ne voulais pas écrire un nouveau polar noir, sombre, avec un héros fracassé par la vie et qui ne s’en remet pas, dans des cadres sordides. De grands auteurs l’ont fait, et bien fait. Je souhaitais à l’inverse un vrai divertissement, un livre dont on tourne les pages avec envie, avec le sourire. Eli et les autres personnages ont leurs fêlures, leurs tracas, leurs handicaps physiques et psychologiques. Mais pas plus que vous ou moi, et nous continuons pourtant à nous amuser, avoir des amis, plaisanter. Les héros de polar ont aussi le droit de se marrer, non ?

Les-convoyeurs-de-fonds-reclament-une-meilleure-protection_article_popinAvez-vous une anecdote sur votre roman La Canne à la tête de chien ?
C’est assez bizarre, mais j’ai écrit une bonne partie du livre en maillot de bain. L’intrigue m’est venue au début du printemps, le synopsis complet a abouti au mois de juillet, puis la phase la plus rapide pour moi, l’écriture du roman et ses dialogues, s’est déroulée en été. Du coup, pendant que mes amis plongeaient dans la piscine, je me tenais au bord, face à mon clavier. Tout le monde n’a pas compris ma conception des vacances cet été là.

Le concierge est curieux !! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?
J’en suis à mon deuxième « squelette » de roman, le premier me convenait à peu près, mais je n’étais pas entièrement convaincu. Celui que je peaufine en ce moment me plait davantage et s’appuie sur une affaire amusante qui sort dans la presse depuis le milieu de l’automne. Une chose est sûre, cette fois, après la Suède, on voyagera en Russie et on apprendra un peu plus sur Eli.

Comment vous écrivez ? (Le matin, Le soir, dans un bureau….)
Je n’ai pas de schéma prédéfini, c’est un peu chaotique comme fonctionnement. Mais c’est pareil dans mon boulot puisque je suis freelance et travaille de mon domicile. Les idées peuvent venir n’importe quand, parfois des bouts de dialogues, parfois un pan de l’histoire, sous la douche, sous la couette…. Bref c’est du grand n’importe quoi.

Mais, une fois que tous les éléments forment un ensemble cohérent dans ma tête, j’écris en premier lieu une sorte de séquencier correspondant aux mini-chapitres du livre avec deux trois phrases sur ce qui va s’y passer. Quand je suis content de la vue d’ensemble j’attaque l’écriture sans me fixer d’objectifs de volume, en écrivant tant que cela m’amuse. Si je sens que je force, que je tire à la ligne, j’arrête de suite. S’il n’y a pas de plaisir à écrire un polar, je ne vois pas comment on pourrait en donner aux lecteurs.

Parlez nous de cette maison d’éditions que je ne connais pas : Kirographaires éditions
C’est un petit éditeur qui s’efforce de donner une chance à des auteurs qui ne sont pas encore publiés, qui n’ont pas de réseaux, si importants dans l’édition. C’est une démarche qui les honore.

Quels sont vos écrivains préférés, les lectures qui vous ont marqué ?
J’aime beaucoup la mécanique des meilleurs Coben ou Connelly avec des double résolutions, des fausses pistes à foison. Je trouve les auteurs américains très forts, d’abord ils font croire au lecteur qu’il est très malin tant le dénouement parait évident, et d’un coup tombe un dernier indice, une dernière piste et l’affaire est relancée. Question style, je relis régulièrement Kundera, Camus et Vian pour le rythme, la simplicité, la fluidité d’écriture alors que les histoires sont complexes. Et pour un bon coup de poing pleine face, rien de tel qu’un Bukowski, ça fait du bien de temps à autre.

Quelle est l’actualité qui vous énerve le plus actuellement ?
Je vais être un mauvais client pour cette question, je suis très difficile à énerver. Je suis rarement surpris ou choqué, au contraire, la nature humaine a tendance à m’amuser. Par exemple, au moment de répondre à cette interview, on nous annonce qu’aucun accord pour le budget européen n’a pu être trouvé. Un évènement important, des milliers d’emplois sont en jeu, des vies en réalité. Et bien je trouve presque hilarant que les 4000 points de QI réunis dans une pièce des heures durant avec les 27 dirigeants de l’Union, ne soit pas capable de s’entendre.

L’homme envoie des robots sur Mars et mon voisin n’est pas fichu de me dire bonjour en me croisant dans la rue… Comment s’énerver ? Surtout que ce voisin est peut-être l’un des inventeurs du robot en question…

Si vous pouviez être un personnage célèbre de roman policier, qui seriez-vous ? Et pourquoi ?
Aucun ! Ces gens sont des fous furieux ! J’ai l’impression qu’ils ont autant de problèmes dans leurs vies que de solutions à leurs enquêtes. Vous auriez envie de boire un verre avec le Wallander de Mankell ? Vous pourriez tenir une conversation avec l’Adamsberg de Vargas ? Une partie de carte avec Sherlock ? À la limite je partagerais bien une blanquette avec Maigret. Mais hors de question d’enfiler son imperméable.

549-THE USUAL SUSPECTSQuel est le film au cinéma qui vous a le plus marqué ?
Un seul ? C’est impossible ! J’aime trop les films pour cela. Bon, pour rester dans le polar, j’en retiendrais deux. Usual Suspects pour sa mécanique implacable, la narration mène le spectateur de bout en bout. Et Reservoir Dogs tant on ressent la jouissance de Tarentino à chaque plan, il s’amuse et fait partager sa passion. Mais sinon, il y a aussi Ghandi, Taxi Driver, La Ligne rouge, Star Wars….

Quelle est votre musique préférée ?
Plus que la musique, j’aime les textes et les voix graves, marquées. J’écoute Leonard Cohen, les Tindersticks, The National ou Paolo Conte en boucle. Je suis fasciné par la qualité d’écriture et l’interprétation chez ces artistes. Sinon, dans une branche plus classique j’aime beaucoup les rythmes en spirale comme ceux de Philip Glass. Ils donnent l’impression de se répéter mais évoluent en permanence pour une oreille attentive.

Quel sera votre mot de fin pour cette interview ?
Amusez-vous, la vie est un jeu !