Stephan Ghreener :: L’été des deux pôles

sgGreg Vadim est un tueur à gages qui veut arrêter son métier. Signe particulier, il adore le champagne. Accessoirement, c’est le personnage central du roman de Stéphan Ghreener, L’été des deux pôles.

Rythmé et bien écrit, ce roman n’est pas qu’un polar, c’est aussi une histoire de cœur qui touche dans le mille. Vous déprimez ? Vous avez le cafard ? Vous voulez passer un bon moment de lecture et vous détendre ? Eh bien ce roman est fait pour vous. Cerise sur le gâteau, 9,70 euros ! Ne passez pas à côté.

Je suis impatient de retrouver Greg Vadim dans de nouvelles aventures, car je sens que ça ne va pas être triste !

Merci à Frédéric Fontes de m’avoir fait découvrir cet auteur de talent.

Résumons l’histoire :
L’été des deux pôles – French Bricolo 1
Quand on est un tueur à gages avec 99 contrats à son actif, passer de l’ombre à la lumière n’est pas simple. Mais maintenant qu’il a repris contact avec sa fille, Greg Vadim est prêt à faire le grand saut : changer de vie. Il lui reste une dernière mission, une dernière cible pour finir sur un compte rond et reprendre sa liberté. Surnommé le « French Bricolo » pour sa créativité professionnelle, Greg Vadim pourra alors tourner la page, lui qui rêve d’un nouveau métier, de catalogues d’outillage et d’une vie plus calme. Mais un homme de ce calibre peut-il vraiment prétendre à une existence paisible

Je vous souhaite une très bonne lecture et vous donne rendez-vous la semaine prochaine avec un auteur américain, destination Baltimore.

 

ghreener-lc3a9tc3a9-des-deux-pc3b4lesPouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire du polar ?
Je ne sais pas si j’écris « du polar ». Nous avons besoin de mettre l’écriture, les styles et les histoires dans des cases : littérature blanche, polar, thriller, etc, mais je n’ai jamais pensé mon écriture en terme de genre. J’écris du polar, en tout cas en ce moment. Si demain on me dit que j’écris de la littérature qui rentre dans la catégorie « lecture pour les gares et les aéroports », eh bien, parfait, ça voudra dire que les gens me lisent pendant leurs voyages. Cela étant, je trouve que le polar, le roman noir, permet un ancrage avec son temps, il en dit bien plus sur notre société actuelle, les angoisses et les questions qui planent au-dessus de nos têtes. Le polar est l’écho de toutes ces transformations criantes ou invisibles qui nous entourent.

Je sais, je m’égare…Alors comment j’en suis venu à écrire ? Je dirais que j’étais un gamin plutôt rêveur. L’école me barbait. J’aimais le sport et les livres. Je rêvassais souvent en faisant mes devoirs et j’inventais déjà des histoires. Mon premier contact avec le métier d’écrivain,  c’est à cause de… Stephan Eicher, le chanteur suisse. J’étais ado, la radio passait son tube « déjeuner en paix » en boucle. Je me souviens avoir acheté le cassette de son album et en lisant les textes, j’ai découvert que c’était Philippe Djian qui en était l’auteur. J’ai tout de suite fait le rapprochement avec le film Bleu comme l’enfer d’Yves Boisset et 37°2 le matin de Jean-Jacques Beinex. Deux films mais d’abord des romans ! Une sacrée découverte pour moi à l’époque. Je me suis dit tiens, c’est intéressant, écrire des chansons, des romans et pourquoi pas des films. C’est resté dans un coin de ma tête pendant très longtemps sous une couche de poussière.  J’y ai repensé il y a quelques années en réalisant que Stephan Eicher marchait juste devant moi, dans la rue, à Paris. Je n’ai pas osé l’aborder.

Comment vous est venue l’idée de votre roman L’été des deux pôles ? Comment se sont déroulées les recherches d’écriture ?
L’idée de départ d’un roman vient toujours de très loin. Je trimballe des émotions, des bribes d’histoires et puis un jour, cela me saute au visage. C’est dans la vie que l’écrivain trouve les bases de son inspiration. Après, une fois enfermé à écrire, je dirais que c’est trop tard pour réfléchir à l’idée d’un roman.

Dans le cas de L’été des deux pôles, il y a moins de deux ans de ça, j’étais chez des amis pour me reposer quelques jours à la campagne. J’ai commencé par tondre la pelouse. Ça m’a fait un bien fou, c’était quand même mieux que de monter une étagère Ikea ! Après, je ne pouvais plus m’arrêter. J’avais besoin de bricoler. J’ai fini par poser des cloisons dans la grange qu’ils voulaient transformer. Ensuite, j’ai attaqué la peinture… Et une fois épuisé physiquement, j’ai repensé à mon envie d’écrire un roman avec pour personnage principal un bad guy. Le tueur à gages tel une icône, ce bras armé de la littérature noire. Mais je voulais plus que ça. Je me suis dit que ce serait bien que le personnage soit un nomade… Ça me renvoyait à mes propres questions, d’où vient ce besoin de voyager, où et quand poser ses valises, comment concilier sa vie privée et son boulot, ses passions, les responsabilités du quotidien, reprendre sa place dans une ville, un pays etc…

Je me suis vraiment mis au travail d’écriture quand j’ai su que la problématique principale de mon tueur serait celle-ci : un type au destin hors norme, au parcours violent veut juste tenter de vivre sa vie d’homme, au grand jour, comme Monsieur Tout le Monde. J’avais donc plus qu’un point de départ, j’avais l’essentiel. Changer de vie, tout le monde un jour ou l’autre y pense, mais est-ce si facile ?

Pour les recherches, j’ai toujours tendance à aller sur le terrain. J’ai besoin de connaître l’espace dans lequel va évoluer mon histoire. Non pas pour la précision des descriptions à venir, mais pour être au plus proche du ressenti des personnages.

Parlez-nous de votre personnage principal Greg Vadim qui est génial !
Je suis ravi de savoir que vous vous entendez bien avec Greg Vadim ! Que puis-je vous dire sur lui ? Il a la quarantaine et il vient de passer une décennie à faire son métier de tueur à gages. Il en a accepté les contraintes, c’est-à-dire que c’est un type à priori sans attache et toujours en mouvement. Il a déjà rempli 99 contrats sans trop de fausses notes. Mais il aimerait arrêter. Il a repris contact avec sa fille, Camille, qu’il n’a jamais vraiment connue. C’est un déclic pour lui, un prétexte pour se remettre en question. Son rêve serait de devenir artisan, de faire un métier manuel qui serait gratifiant à ses yeux. Je considère presque Greg Vadim comme la métaphore du cadre d’entreprise moderne. A un moment donné, il y a cette quête du sens qui renvoie à notre utilité et notre passage sur cette planète. Bien sûr, dans le cas de Greg Vadim, ce n’est pas aussi simple, il ne suffit pas de poser sa démission pour changer de vie. Il va avoir du pain sur la planche.

gr_9782265092778On sent dans votre roman la patte du scénariste, c’est volontaire ?
Pour cette histoire, oui. Dès le départ, je savais que je voulais développer l’univers de Greg Vadim pour une série de romans et aussi le grand ou le petit écran. Certaines situations, certaines scènes se prêtaient à une ambiance très visuelle.

Cependant, j’attache beaucoup d’importance à la langue, à sa puissance narrative dans le roman et à la psychologie des personnages. Et le roman a un avantage indéniable sur le scénario : il n’y aucune contrainte budgétaire ni de lieu ! Sardaigne, Marseille, Genève, etc. Pour L’été des deux pôles, je suis les déplacements de mes personnages sans me poser de questions.

Une anecdote sur votre premier opus French Bricolo ?
J’ai un point commun avec Greg Vadim : j’adore les magasins d’outillage. Je serais capable de ressortir avec une souffleuse alors que je vis dans un appartement. C’est terrible. Cependant, je suis moins doué que lui pour bricoler. Loin de là ! Mais un matin, à force de passer du temps en sa compagnie, je suis sorti de chez moi, j’ai pris un café et je suis allé dans un magasin de bricolage. J’ai passé presque une heure à hésiter entre plusieurs marteaux. Un vendeur m’a proposé de m’aider à faire mon choix. Et comme je ne pouvais pas lui dire « bah voilà, c’est pour un tueur à gages qui adore les outils et je me demande ce qu’il préférerait emporter dans ses affaires », j’en ai acheté trois.

Le concierge est curieux !! Pouvez-vous nous donner une info sur votre prochain opus ? Comment s’appellera-t-il ? Quand sort-il ?
Pour le titre, j’hésite encore entre deux ou trois possibilités mais je vous tiens au courant, c’est promis ! Il devrait sortir au printemps. En avril, si tout va bien. Tout ce que je peux dire pour l’instant, c’est que le deuxième volet est explosif !

Je vois bien ce roman en téléfilm, est-ce possible ?
On y travaille ! Je dis « on » car Gilles de Verdière le producteur de Mandarin télévision (la filiale TV de Mandarin Cinéma) a optionné L’été des deux pôles. Je travaille sur le synopsis. Le chemin est encore long, très long, mais l’idée est d’en faire une série ou une mini-série.

indexComment vous est venue l’idée de créer votre propre maison d’éditions ?
J’ai juste créé la collection SG, qui est éditée et publiée par Stephan Ghreener Productions, ma petite structure qui me permet de traverser l’océan de la création… C’est donc de l’auto-édition. A 100 %.

Je me suis lancé dans cette aventure pour faire vraiment connaître mes textes, mes romans. Pour donner à mon travail d’auteur cette chance d’aller enfin à la rencontre des lectrices et des lecteurs. C’est une collection de type « semi-poche » à plus ou moins dix euros. Je voulais aussi que l’objet livre soit beau, pour la typo, pour le papier.

Cela fait plus de dix ans que j’écris et que je suis publié. Ce n’est jamais simple et l’auteur, à part pour les vedettes des maisons d’éditions qui travaillent à échelle quasi industrielle, a intérêt à se prendre en main. En tout cas, avec mon expérience, c’est le constat que j’ai fait. Avec ma collection, je vais donc au bout de cette démarche. Je ne regrette pas mon choix. C’est encore plus de travail, de responsabilités, de risque aussi, il ne faut pas se voiler la face.

Mais en tant qu’écrivain, c’est peut-être la meilleure décision que j’ai prise depuis que j’écris. D’ailleurs, deux libraires qui ont vendu L’été des deux pôles m’ont annoncé cette semaine qu’ils avaient dû commander mes romans précédents parce qu’il y avait de la demande.  Enfin, je dirais que dans cette envie de départ de créer cette collection, je ne voulais pas oublier qu’en tant qu’écrivain, quand on a fini d’écrire, on se retrouve les tripes à l’air, vidé. Là au moins, je continue d’accompagner mon livre. Totalement.

Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau…)
Un seul impératif : mon bureau doit être dans un coin, face à un mur… Pas de distraction donc. Je fais en sorte d’écrire tous les jours. Je relis toujours au réveil ce que j’ai mis en forme la veille. Quitte à tout reprendre. Pour le reste, le matin, le soir ou la nuit, cela dépend de mes contraintes du moment, cela dépend aussi de l’histoire.

Quels sont vos auteurs préférés, et pourquoi ?
Richard Ford pour son double littéraire Franck Bascombe. J’aime beaucoup son univers.
Martin Amis pour L’information, un livre jubilatoire.
Don Delilo pour avoir cette capacité de m’ennuyer (et je suis gentil) pendant trente ou quarante pages et m’offrir une phrase incroyable, un paragraphe magique, une digression fantastique.
James Ellroy pour sa folie et ses obsessions.
Norman Mailer pour sa férocité surtout vis-à-vis de lui-même.
Joyce Carol Oates pour son roman Blonde, sa biographie, pure fantasme, de la vie de Marilyn Monroe.
Blaise Cendrars, Nicolas Bouvier, Jim Thompson… Ce serait trop long de tous les nommer. Vraiment.

Quelle est l’actualité qui vous énerve actuellement ?
Oh là ! Vaste sujet ! Je vais essayer de ne pas être trop long. Ce qui m’énerve en ce moment ? Que les banques alimentaires et autres Restos du Coeur fassent encore et toujours un carton année après année. Quoi d’autre ? Cette peur permanente du présent et de l’avenir entretenue dans les médias… Quoi encore ? Que l’on impose à des jeunes (et moins jeunes) qui cherchent du travail, des stages, encore des stages et si possible une ou deux langues étrangères pour toucher à peine le Smic quand ils trouvent enfin un boulot ! On devrait donc imposer à nos dirigeants politiques (peu importe leur chapelle) un  stage de six mois en entreprise, plus un séjour à l’étranger, sans aide, sans sherpa et sans chauffeur avant qu’ils soient éligibles. Ça leur permettrait peut-être de garder les pieds sur terre tout en prenant de la hauteur sur l’évolution du monde.
Quoi d’autre ? Ah oui, c’est d’actualité et c’est notre lot quotidien : le GPS. Y compris dans nos téléphones portables. Tourner à droite puis à gauche dans cinquante mètres. Stop. Par pitié, laissez-nous le droit de nous égarer en route avant d’arriver à destination, cela fait partie de la vie.

gr_9782265093942Je vois que vous avez vécu aux États-Unis. Vous en gardez quel souvenir ?
Très bon. Peut-être parce que j’avais laissé mes a priori à la porte de l’avion. Pour mon premier contact, j’ai débarqué en Californie à Los Angeles, j’avais 23 ou 24 ans. Plus tard, j’ai découvert  d’autres états, d’autres endroits. Mais pour ce premier « rendez-vous », je n’avais rien préparé. Quel choc ! D’abord l’espace, les distances, une énergie particulière… J’y ai eu aussi des moments très difficiles mais cette expérience a été formatrice. Ça m’a construit. C’est une terre d’immigration et ça se sent, même si tout n’est pas rose, loin de là.  J’ai une partie de ma famille qui vit de l’autre côté de l’Atlantique aux USA et au Canada depuis des décennies. Je fais partie, dans ma famille, de ceux qui ont immigré en France et c’est très bien ainsi. J’aime beaucoup la France. Mais c’est vrai, j’ai un lien particulier avec les États-Unis.  J’y ai des attaches amicales fortes. Je pardonne beaucoup à l’Amérique. Et ce sera toujours le cas.

Quelle est votre musique préférée ?
J’écoute toutes sortes de musiques. Jazz, rap, variété, pop, rock.  Je suis incapable de vivre sans musique. J’admire les musiciens, je les envie même parfois quand je vais à un concert, j’aurais aimé avoir ce talent mais ce n’est pas le cas !

Quels sont vos films préférés ?
La liste est trop longue, vraiment. J’aime le cinéma. Tous les cinémas sans exception.
Mes films préférés ? Il y en a beaucoup. Les films réalisés par Jean-Pierre Melville, Win Wenders, Michael Mann, Scorcese, Claude Sautet, Eric Rochant, Tarantino, Clint Eastwood, Ridley Scott, David Fincher… Cette question est vraiment cruelle !
Mais bon puisqu’il faut trancher, là, tout de suite, maintenant :
Trois films d’Alejandro Gonzalez Inarritu Amours Chiennes, 21 grammes et Babel.
Il était une fois en Amérique de Sergio Leone
L’Anglais de Steven Soderbergh
Collision de Paul Haggis
De battre mon coeur s’est arrêté de Jacques Audiard

Quel sera votre mot de fin ?
Vous aimez les mots, la littérature, les polars, la poésie, les histoires à l’eau de rose, celles qui sentent le soufre et la poudre ? Vous aimez rêver ou bien vous faire peur ? Alors poussez la porte de votre librairie ! Touchez les livres, c’est le premier contact qui compte. Un monde sans livres, ce serait terrible. Et donc quand je vois quelqu’un lire dans un bus ou sur une plage, ça me touche. Ça me rassure sur notre capacité à nous évader, à nous débrancher de nos urgences pendant quelques heures. Et en tant qu’auteur, je vous dis merci. Merci d’avoir la curiosité de nous lire. Merci à celles et ceux qui lisent et qui y trouvent du plaisir.

Et merci à vous, cher Concierge Masqué pour cette interview.