Hervé Sard et Sébastien Mousse :: Ainsi fut–il

HERVƒ SARDPetite nouveauté, cette semaine, avec cette interview en duo auteur/éditeur : Hervé Sard et Sébastien  Mousse.

Sébastien, embaumeur dans le civil, a eu l’excellente idée de créer sa propre maison d’édition avec moult idées et concepts dans ses bagages dont cette collection dont le personnage principal est… embaumeur.

Luc Mandoline est thanatopracteur, embaumeur si vous préférez. Son job consiste à préparer les défunts. Quand la mort lui semble trop suspecte, il ne peut s’empêcher de fouiner pour en avoir le cœur net.

Si vous voulez passer un super moment de lecture et de détente, je vous conseille cette jeune collection qui, à chaque titre, change d’auteur. Pour le deuxième opus de cette collection, c’est Hervé Sard qui s’y colle. Quel style ! Nous rentrons dans le monde de l’aristocratie nantaise et ça va écarteler, si je peux dire. Une galerie de personnages hauts en couleurs et une intrigue menée tambour battant !

Regardez aussi ce teaser réalisé avec brio, et allez visiter le site de la maison d’édition, L’Atelier Mosésu, un petit bijou !

Résumé de Ainsi fut-il de Hervé Sard :
Quand Luc est appelé auprès d’un châtelain milliardaire, il s’attend à une mission ordinaire. Il va vite s’apercevoir qu’à la Pilonerie, on meurt un peu trop souvent et d’étrange manière.

Le petit-fils du maître des lieux a été retrouvé écartelé par quatre chevaux, une pancarte portant l’inscription « RAVAILLAC » glissée autour du cou.

Mort naturelle selon le médecin de famille…

Je vous souhaite une très bonne lecture et vous donne rendez-vous la semaine prochaine. Nous partirons en Suède rencontrer une auteur prometteuse.

Visuel-4-de-couv-l-embaumeurJe commence par Sébastien : Comment t’est venue l’idée de créer cette collection, l’Embaumeur ?
Je suis un fan de polar. Comme je le dis souvent, j’ai « appris » à lire avec San-Antonio, le Poulpe, Nestor Burma, Bob Morane, le gorille, Alix Karol, bref, j’aime les héros dans le polar. Mais il n’y en a presque plus, j’ai eu un grand sourire lorsque j’ai vu débouler le Goret, mais un seul épisode… Alors je me suis dit, ben pourquoi pas le créer moi-même.

Bon, dans ce que je lisais on trouvait pas mal de flics, de détectives, des toubibs, des pompiers, alors quitte à en créer un, autant en faire un qui sorte un peu des sentiers battus, et vu que souvent lorsque je donne mon taf, on me pose des tas de questions, je me suis dit bingo…

J’ai aussitôt appelé mon « mentor », Maxime Gillio, je lui ai proposé le concept, il m’a dit :  » Tu es un génie Sébastien, je suis fier d’être ton ami ! » (NDC : gros mytho !) enfin, plutôt un truc du genre : ton idée est loin d’être con, creuse.

J’ai creusé, proposé aux copains de l’Exquise Nouvelle croisés dans les salons littéraires, ceux que j’avais interviewés pour Résonance, et la plupart m’ont suivi dans ma folie douce.

Décrivez-moi tous les deux votre vision du personnage de Luc Mandoline : qui est-ce ?
Sébastien : Mais Luc c’est moi, voyons ! Sérieusement un type qui connaît son boulot, qui l’aime, engagé « humainement », habité par des vrais sentiments. Pour lui, l’amour et l’amitié, cela se respecte, et quand il aime, il aime et quand il déteste…

Il est le « justicier » que l’on aimerait être parfois, car avouons-le, de temps à autre, on aimerait bien tuer les salauds…
Merde, je crois que j’aurais voulu être Luc, mais où est donc mon Élisa ?

Hervé : Quelqu’un que son métier va amener à intervenir dans des situations extraordinaires. En raison de ce métier, et du rôle qu’il a quand il l’exerce, il est en retrait, il observe, il ne juge pas, en tout cas, pas seulement aux apparences. C’est aussi quelqu’un qui a « vécu » : il a de l’expérience, une vision assez fine de ses contemporains. Surtout : il ne s’embarrasse pas de contraintes inutiles. Il n’a pas froid aux yeux, mais il est sensible. Il outrepasse les règles quand il les pense mauvaises.

Hervé, dans Ainsi fut–il,  tu rends hommage à la ville de Nantes que tu connais bien… Était-ce voulu ? Et ce château, il existe réellement ?
Ce n’était pas voulu, mais Nantes s’est imposée en raison du scénario. Quand Sébastien m’a proposé d’écrire un Embaumeur, j’ai tout de suite eu en tête la « mission » de Mandoline : on retrouve un homme écartelé par quatre chevaux, une pancarte « Ravaillac » autour du cou. En pensant cela, j’ai pensé château ; en pensant château j’ai pensé Nantes : il se trouve qu’il y a quantité de châteaux qui ressemblent à celui du roman près de Nantes. Une occasion aussi de saluer quelques lieux et personnages nantais : on verra passer Lulu la Nantaise, le Melting Potes, le café La Perle, la place Royale (lieu de « scrutage universel ») et, bien sûr, le célèbre Royal Pajot Circus et ses freaks, de passage justement à Nantes lors de l’écriture d’Ainsi fut-il

couvParle-nous de Hervé de Hubert-Louis Six-Fours un personnage que l’on ne peut pas oublier !
Hubert-Louis est un « monsieur ». Un type parti de rien (c’est peu dire) et qui a bâti un empire. Il a beaucoup de défauts, beaucoup de qualités, et il est bourré de paradoxes. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il est conscient de tout ça et en parle sans détours. Il peut en quelques minutes changer radicalement d’opinion, sans pour autant être un « retourneur de veste » : c’est quelqu’un qui n’hésite pas à s’épiler les préjugés quand il en voit un qui dépasse… Et je ne raconte pas ce qu’il fait des préjugés des autres. Il est d’une franchise désarmante !

Hervé, comment peut-on écrire un roman noir et nous faire rire en même temps, une prouesse que tu réussis ?
Je ne vois pas de contradiction entre « noir » et « rire ». Beaucoup de romans noirs sont très drôles ! L’humour du roman (j’espère qu’il y en a !) provient du contraste entre le côté dramatique de la situation (si, un écartèlement, c’est dramatique) et l’apparente légèreté des personnages impliqués dans l’enquête. Je fais se rencontrer des personnages atypiques et j’observe comment ils vont cohabiter : ce qui m’a plu, c’est de voir comment les « atypismes » des uns et des autres se contrebalancent et se complètent ; dans la vraie vie, le personnage de Corby livré à lui-même serait un loser total, mais associé à d’autres du même acabit il complète un puzzle qui fonctionne.

Si le lecteur rit, ce que j’espère, c’est en raison de ces gens qu’on aime davantage pour leurs défauts que pour leurs qualités, au sens où on l’entend ordinairement.

Parle-nous de ton métier, Sébastien : Thanatopracteur.
Le thanatopracteur est celui qui prépare les défunts, son rôle premier est de stopper la thanatomorphose, soit la décomposition du cadavre, mais pour un temps seulement, le temps que la famille veille son être disparu, après la nature doit reprendre son cycle. C’est aussi lui qui va intervenir quand les corps sont défigurés, afin de « reconstruire » le visage. Et certains, comme moi, ont eu la chance dans leur carrière d’assister des médecins légistes, et donc de franchir un palier supplémentaire. Je fais aussi de la formation pour les futurs thanatopracteurs dans une école, Thanatopraxie Art et Techniques.

Ça ressemble au Poulpe de Pouy, non ?
Ha ben oui ! Je vais dire que c’est un hommage, bien sûr, le concept de changer d’auteur à chaque opus, je ne l’ai pas inventé, et je ne suis pas le premier à réutiliser cette méthode. J’ai pas loin de toute la collection des Poulpe, mais il m’en manque encore. Et pour le quatrième opus de l’Embaumeur, Deadline à Ouessant, c’est même un Poulpeux qui est aux commandes : Stéphane Pajot (Aztèque Freak aux éditions Baleine).

Message Personnel : messieurs Pouy et Daeninckx, si vous lisez cet article, je serais plus qu’heureux qu’un jour vous preniez les commandes d’un opus de l’Embaumeur !

untitledLes deux premiers romans de la série sont complètement différents ; c’était voulu, Sébastien ?
OUI, c’est même l’une des clés de voûte du concept, et le troisième opus, Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur, est encore totalement différent, on va croiser tous les genres et tous les styles. J’ai envie que le lecteur qui n’aime pas le polar violent, qui n’a pas apprécié par exemple Harpicide tente Ainsi fut-il d’Hervé et se régale.

Hervé, une préface d’un grand écrivain comme Pascal Dessaint, ça doit te faire plaisir ?
Très ! Je sais que Pascal aurait refusé s’il n’avait pas jugé le roman publiable. Et que quelqu’un comme lui, dont j’aime les romans et l’homme qu’il est « derrière le stylo », apprécie un de mes textes, j’en suis touché.

Hervé, tu le sais, le concierge est curieux. Quels sont tes futurs projets ?
Je termine une nouvelle à paraître en recueil cet été chez un « petit » éditeur nantais. Il sera question d’un très vieil homme aussi, puisque la nouvelle met en scène le doyen des Français, appelé pour l’occasion à faire un discours en direct à la télé… lors duquel il va régler quelques comptes. Une autre nouvelle aussi qui paraîtra un peu plus tard, dans la lignée de ce qui a été fait en 2012 avec Jean-Noël Levavasseur chez Camion blanc sur le groupe Bérurier Noir : cette fois Jean-Noël pilote un recueil de nouvelles sur les Cramps. Ça va chauffer…

Enfin j’ai un roman bien avancé, noir, qui se passe à Paris. Et qui n’a pas d’éditeur pressenti pour l’instant. Je verrai ça si le résultat me plaît une fois la chose écrite, ce qui nous mène à l’été.

Sébastien, peux-tu nous mettre l’eau à la bouche et nous parler des prochains romans de l’Embaumeur ?
Je cause des deux prochains et un peu de « vrac » : dans Concerto en lingots d’os, nous sommes plus dans la veine San-Antonio, argot, humour, mais toujours avec un Luc au taquet et dans la veine (bleue) de la série, et une bonne intrigue. Pour Deadline à Ouessant, on visite la Bretagne, des histoires croisées, une leçon d’histoire, et une petite bien choucarde, dont tout le lectorat mâle va tomber raide dingue !

« Les enseignants sont barbus ou portent des lunettes, les médecins écrivent comme des parkinsoniens, les fonctionnaires sont des fainéants, les infirmières sont mignonnes et les concierges sont bavards… » Dis-moi, Hervé, t’as pas peur de te faire descendre ?
Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Luc Mandoline. Je m’attache au contraire dans Ainsi fut-il à fustiger (gentiment) quelques idées toutes faites. Pardon : pas mal d’idées toutes faites. Il faut bien que quelqu’un les sorte !

T1-HarpicideSébastien peux-tu nous parler de tes trois projets : Post Mortem, Les nouvelles d’en bas et Santé !
Alors, dans l’ordre de parution :

Santé ! : c’est le deuxième opus du collectif des auteurs du noir. Fabien Hérisson cherchait un éditeur, Delphine Clapiès mon associée m’en a parlé, j’ai dit banco, mais à une seule condition, j’intègre comme série à part entière le collectif des auteurs du noir, on fait un recueil par an pour à chaque fois une cause différente. Cette année ce sont les maladies rares, je peux vous dire qu’il y a du beau linge, j’ai lu des nouvelles formidables ! À savoir que dès 2014, un concours de nouvelles sera lancé en aval, pour qu’un auteur JAMAIS ÉDITÉ voie sa nouvelle aux côtés de grandes pointures.

Post Mortem : la médecine légale, le profilage, les tueurs en série, les autopsies, les « luma light », bref tout ce que l’on voit à la télé, que l’on lit, où est le vrai et où est le faux ? Et surtout, c’est quoi exactement tout ça ? Bérangère Soustre de Condat Rabourdin, anthropologue judiciaire, spécialiste en criminologie, balistique lésionnelle et surtout en tueurs en série va nous expliquer tout cela, là, ce n’est plus du polar, de la fiction, mais de la vulgarisation scientifique.

Les nouvelles d’en bas : un format court, une nouvelle, un gardien de cimetière qui cause avec ses locataires, ou qui les écoute causer. Et surtout, une maquette de livre inédite et plus que collector !

Quels seraient vos mots de la fin pour cette interview ?
Hervé : Il y a un gérant d’hôtel dans mon roman en cours d’écriture. Un type formidable. Je peux l’appeler Richard ?

Sébastien : D’abord merci cher concierge de nous avoir payé le gorgeon dans votre loge ! Ensuite ce fut un plaisir de bosser avec toi, Hervé, j’espère que cela se reproduira. Sandrine, Delphine, Maxime merci d’être là, de m’aider, de me guider, de me conseiller, de me soutenir, je vous aime !