Elvin Post :: Faux et usage de faux

Nederland, Rotterdam, 13 juni 2010Elvin Post, auteurFoto: Merlijn DoomernikParce que la lecture, c’est aussi le voyage,  nous prendrons cette semaine la direction de la Hollande pour rendre visite à un brillant auteur dont j’ai fait la connaissance lors du Festival des Littératures Policières de Toulouse de mon ami Claude, Toulouse Polar du Sud 2012.

C’est Elvin Post qui se prête au jeu de l’interview pour son roman Faux et usage de faux. Ses explication sur le monde des faussaires et le vol de tableau, lors d’un débat, m’ont tellement fascinées que je me suis acheté son livre. Et je me suis régalé avec un roman plein d’humour. Un seul reproche : C’est tellement bien qu’on le dévore trop vite !

Résumé :
Vieux complices séparés par des séjours en prison, Fish, faussaire de génie, et Bloom, expert en escroquerie, se retrouvent pour braquer un musée de Boston. Le but ? Piquer un Rembrandt pour le compte d’un mafieux dépressif, Leo Roma. Bloom se propose aussi de voler une douzaine de toiles de plus pour une valeur de 30 millions. La casse tourne à la farce… et il y aura plus d’un dindon !

Je vous souhaite bonne lecture et vous donne rendez-vous la semaine prochaine avec un auteur breton et un crocodile. Oui oui, vous avez bien lu.

 

 

Peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu en es venu à écrire du polar ?
Pendant mon enfance, je passais le plus clair de mon temps à jouer au foot dans la rue avec mes copains. J’aimais des livres comme L’histoire sans fin de Michael Ende, et les classiques de la littérature enfantine hollandaise, mais je ne suis devenu accro à la lecture que quand j’ai découvert Elmore Leonard vers l’âge de 18 ans. J’ai lu Stick, et plus tard Zig Zag Movie, Punch créole, Loin des yeux. À peu près 5 ans plus tard, quand j’ai dû déménager à New York, j’ai commencé à écrire mes propres histoires.

d2d328b7572ddf9e956ca2ae7da41e0811cae0bbComment est vu le polar en Hollande ? (y a-t-il beaucoup de salons ? Est-ce un genre qui plaît ?…) comparé à la France ?
Il y a beaucoup de gens qui lisent des polars en Hollande. Ça a toujours été le cas pour les auteurs américains et britanniques, le genre s’est développé en Hollande quand Saskia Noort a publié Retour vers la côte en 2003. Son thriller est devenu un énorme succès. Les éditeurs, qui avant ne payaient de grosses avances qu’aux auteurs étrangers, ont commencé à rechercher des talents plus près de chez eux, et je pense que le succès de Noort a encouragé de nombreux auteurs à essayer aussi. Comment est vu le polar ? Je ne peux pas comparer avec la France, mais en Hollande ça dépend de la personne à qui on demande. Personnellement, je me préoccupe peu du genre. Si je me sens emporté par l’histoire, je suis content.

Je vois que tu es journaliste et que tu as travaillé pour l’agent littéraire de Stephen King, raconte-nous.
J’avais 23 ans, je sortais tout juste de l’université, et je ne connaissais pas grand-chose. Aller à Manhattan et travailler pour l’agent littéraire de Stephen King, c’était comme si quelqu’un m’avait balancé au milieu de l’océan en me disant « Nage ! » J’ai eu la chance d’avoir un patron, génial, Ralph, Vicinanza, qui malheureusement est mort beaucoup trop jeune à 60 ans. Quand je l’ai rencontré à Francfort, il a dit : « Tu seras agent littéraire. » Deux semaines plus tard, il m’offrait un job dans son agence à Manhattan. Ça m’a aidé à croire en moi-même, que quelqu’un d’aussi talentueux m’accorde sa confiance.

Dans ton roman Faux et usage de faux, tu parles d’une histoire vraie qui s’est passée le 18 mars 1990 à Boston. Peux-tu nous dire comment t’est venue l’idée de ce roman ?
En regardant la chaîne Discovery, je suis tombé par hasard sur un documentaire traitant d’un vol d’œuvres d’art à Stockholm. Ils ont aussi parlé du plus grand vol d’œuvres d’art de tous les temps au musée Isabella Stewart Gardner de Boston. Ils ont laissé entrer deux hommes, habillés en officiers de police et portant de fausses moustaches, au milieu de la nuit, et les criminels ont volé (entre autres) des tableaux de Rembrandt, Vermeer, et Degas. Valeur totale : 300 millions de dollars. Les criminels sont restés dans le musée pendant 80 minutes et ont brutalement découpé une toile de Rembrandt pour l’enlever de son cadre. Les œuvres volées n’étaient pas assurées et elles n’ont jamais été retrouvées. Dans des films comme L’Affaire Thomas Crown, la sécurité dans les musées est toujours au top, et les criminels très intelligents. Dans la vraie vie, c’est le contraire qui est vrai : la sécurité dans les musées est très réduite, les voleurs loin d’être des esprits brillants. Je pensais que ça serait drôle d’écrire une histoire à la façon de Tarantino ou des frères Coen sur ce vrai vol d’œuvres d’art. J’ai récemment reçu un mail très sympa de Bernard Minier, avec qui j’ai pris une bière à Toulouse, dans lequel il me disait qu’il l’avait beaucoup aimé. Évidemment, j’espère que le reste de la France aussi…

Il y a aussi une chose qui me plaît dans ce roman, ce sont tes personnages qui sont des losers, peux-tu nous parler de Fish et Bloom ?
Fish est un peintre dans l’âme, très doué pour copier les œuvres d’autres artistes. Il est inspiré de plusieurs faussaires d’art sur lesquels j’ai fait des recherches pour Faux et usage de faux. Fish est un gars gentil, mais très naïf. Bloom est un criminel qui ne s’intéresse qu’à l’argent. C’est un manipulateur, le genre de gars qui vendrait sa mère si ça pouvait l’aider à s’élever dans le monde.

boooomJ’ai du mal à croire que des musées mondialement connus puissent être sans protection contre le vol, pour quelles raisons à ton avis ?
Quand des gens entrent dans le musée juste avant la fermeture et pointent des pistolets automatiques sur les visiteurs, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire. Mais dans le cas du cambriolage du musée Gardner, la question est légitime. Pourquoi ont-ils laissé entrer les « policiers » alors que la procédure standard stipulait qu’il fallait d’abord vérifier auprès du quartier général de la police avant de laisser entrer qui que ce soit ? Ça a l’air bête, mais ça arrive presque toujours parce que quelqu’un a fait une bêtise. Quand une des versions du Cri (célèbre tableau de Munch- ndt) a été dérobée au musée national d’Oslo en 1994, les voleurs ont laissé un mot disant « Merci pour la sécurité défectueuse ». L’histoire c’est que l’agent de sécurité de garde a ignoré le signal d’alarme parce qu’il était trop occupé à regarder la retransmission des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer à la télévision.

As-tu une anecdote amusante sur ton roman Faux et usage de faux ?
Pendant mes recherches, j’ai découvert qu’une copie de L’odalisque à la culotte rouge de Matisse avait été exposée au musée Sofia Imber de Caracas, au Venezuela, pendant au moins deux ans et probablement beaucoup plus. On l’a découvert quand les deux voleurs ont tenté de vendre le tableau original à Miami, et que l’acheteur potentiel a demandé à un marchand d’art d’examiner l’œuvre pour savoir s’ils n’achetaient pas un faux. Le marchand d’art a dit « Oui, c’est le tableau original, mais c’est impossible, car l’original est dans un musée à Caracas ». Le marchand d’art a contacté le musée, mais ils n’ont pas réagi à sa demande. Il a alors contacté un journaliste, qui est allé tout de suite au musée et a confirmé que le tableau de leur collection était un faux (plutôt raté). Sur le faux tableau, il y avait une grosse tache noire à côté du bras gauche du danseur, on aurait dit que quelqu’un avait fait une tache de peinture dessus et n’avait pas pris la peine de l’enlever. Et pourtant, il était exposé au musée depuis très longtemps. C’est choquant et amusant à la fois. J’ai aussi parlé avec le faussaire hollandais Geert Jan Jansen. Il a fait de la prison en France pendant six mois après s’être fait prendre, mais il prétend que certaines de ses copies sont encore exposées dans des musées aujourd’hui. Et je le crois.

Parle-nous de Room service (Seuil) pour nous mettre l’eau à la bouche.
Room service se passe dans le milieu de l’industrie pornographique américaine. J’ai eu cette idée quand un de mes amis a rencontré un vieil homme en Afrique du Sud, qui avait loué sa maison en Floride aux producteurs du classique porno Gorge profonde. Il a fait ça parce que le responsable de la recherche des lieux de tournage attitré n’avait pas trouvé les bons endroits. Je ne savais pas que pour les films porno il y avait des responsables de la recherche des lieux de tournage (est-ce si difficile de trouver un bon lit ou une banquette pour s’envoyer en l’air ?) et j’ai pensé que ce serait une super profession pour un personnage de fiction. Puis j’ai lu une histoire qui disait que la mafia américaine s’était fait beaucoup d’argent grâce à une arnaque à la carte de crédit par le biais de sites Internet réservés aux adultes, et j’ai mélangé les deux ingrédients. Avant d’écrire ce livre, j’ai discuté avec des stars du porno américaines et hollandaises, et un d’entre eux m’a dit: « Hé, si j’ai un petit rôle dans ton livre, ce ne serait pas amusant si tu venais jouer un petit rôle dans un de mes films ? » Pour l’instant, je n’ai pas envisagé ma reconversion professionnelle.

Comment écris-tu ? (Le matin, le soir, dans un bureau…)
J’emmène mes deux filles à l’école, puis je vais promener les chiens en réfléchissant à la scène que je dois écrire dans la journée. J’écris jusque vers 3 ou 4 heures de l’après-midi. Je m’arrête quand je me rends compte que je n’écris plus que des dialogues et commence à sauter les passages descriptifs. Quand je suis sur le point de finir un livre, j’écris jour et nuit. Je préfère écrire chez moi, mais quand il me vient une idée géniale pendant mes vacances, bien sûr je la note.

add1e225ddd38e70c196ef7e6c8e8d5d2bb7eba3Quels sont tes écrivains préférés ? (ceux qui t’ont donné envie d’écrire)
Je trouve que Scott Turow est un génie. J’ai une grande admiration pour Dennis Lehane, Stephen King, Thomas Harris, Michael Connelly et Charles Willeford. Mon auteur favori entre tous est Elmore Leonard.

Quelle est l’actualité nationale et internationale qui t’énerve ?
Il y a beaucoup de mauvaises choses qui se passent dans le monde, mais dans la plupart des cas, se mettre en colère ne sert à rien et donne juste mal à la tête. C’est pour cette raison que je ne lis jamais les journaux le matin. J’essaie d’être quelqu’un de bien et de donner l’exemple, en aidant un ami ou une connaissance qui a un problème, par exemple. Ça me remplit d’énergie positive.

Quelles sont tes passions dans la vie ?
J’adore la musique de Tom Petty et les Heartbreakers. Je trouve que Tom Petty est compositeur incroyable. Sa musique n’est jamais didactique, elle part toujours d’un sentiment ou d’une humeur. C’est comme ça que j’essaie d’écrire mes livres. Une autre de mes passions est de jouer au foot avec mes amis d’enfance. Il y en a que je connais depuis l’âge de 6 ans. Je trouve ça cool de continuer à courir ensemble derrière un ballon le dimanche matin alors que la plupart d’entre nous atteignent la quarantaine, ça me fait me sentir à nouveau enfant.

Peux- tu nous parler de tes projets d’adaptation de tes romans au cinéma ? Et quels sont tes films préférés ?
Les droits cinématographiques de Jour de paie, Faux et usage de faux et Room service sont vendus. Je trouve ça génial et j’espère qu’ils ressembleront à mes films préférés : The Big Lebowski, Fargo, Pulp Fiction, Hors d’atteinte, Jackie Brown, Léon, Nikita, Usual Suspects, Get Shorty… Tu peux ajouter le cinéma à la liste de mes passions.

J’ai lu que tu avais reçu un mail de Michael Connelly, raconte-nous cette histoire.
C’était incroyable que quelqu’un comme Michael Connelly me fasse savoir qu’il aime ce que j’écris. Oui, il m’a envoyé un mail au sujet de mon premier roman. Je l’ai imprimé et je le garde en lieu sûr.

Quelles sont tes musiques préférées ?
De nouveau, Tom Petty. Son style ? Pour parler comme un de ses plus grands fans, Johnny Depp : « Il défie toute catégorie. »

Quel sera ton mot de fin ?
Je te remercie pour l’interview et je remercie mes lecteurs français de leur enthousiasme pour mes livres. C’est merveilleux d’être publié dans ce pays où je passe mes vacances d’été chaque année. Oh, et aussi, pourrions-nous s’il vous plaît avoir un peu de votre beau temps… ?