Cara Hoffman :: So Much Pretty

Image24Cette fois, nous partons dans le nord de l’état de New York, à la rencontre de Cara Hoffman. Je vais vous parler d’un coup de cœur immense pour un roman qui m’est resté longtemps en mémoire : So Much Pretty (Stock)

Cette auteur a un talent énorme pour nous évoquer le monde rural, pour nous emmener dans les fausses pistes. Elle se pose en digne successeur de Thomas H. Cook.

Wendy, une jeune serveuse qui meurt sous les coups et une journaliste qui va mener son enquête. Mais à Haeden, bourgade sans histoire, tout le monde se connaît. Le mal n’aurait pas dû y entrer. Les Piper, bobos idéalistes en pleine crise de décroissance,  sont venus exprès, afin d’élever leur fille Alice.  Alice si douce, si fine, si jolie. Alice qui grandit sous l’auvent d’une vérité qui confinera  à la rigidité. Au point de commettre l’irréparable, avec  la certitude du soldat convaincu d’avoir accompli ce qui était juste.

Cara Hoffman connaît bien ce genre de trou perdu tel que Hayden, elle a grandi dans un endroit semblable. Elle sait les regards, les non-dits, les gens qui vivent là depuis des générations et avec le talent de sa plume, elle a écrit un superbe roman qui marquera les mémoires un bout de temps. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir l’interviewer et je la remercie encore.

La semaine prochaine, nous partons du côté de la Haute-Marne, à Chaumont.

Je vous souhaite une très bonne lecture à tous et vous dis à la semaine prochaine.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous dire comment vous en êtes venue à écrire du roman noir ?
J’ai commencé à écrire très jeune, peut-être à 4 ou 5 ans. Il n’y a jamais eu de moment dans ma vie où je n’ai pas écrit. Plus tard, j’ai travaillé en tant que reporter et j’ai écrit sur les problèmes de criminalité et d’environnement, donc mes premiers écrits sur le crime n’étaient pas de la fiction. So much pretty est inspiré de faits réels.

Dans votre roman So much pretty, vous montrez une communauté rurale pauvre de l’état de New York : Headen. Comment se sont passées vos recherches pour détailler ce mode de vie ?
Haeden est inspirée d’une ville du nord de l’état de New York où j’ai vécu et travaillé en tant que journaliste. J’ai aussi grandi dans cette région, et les paysages et les coutumes de ses habitants me sont très familiers.

Si je vous dis que vous êtes le digne successeur de Thomas H Cook, car vous jouez avec les non-dits comme le fait cet auteur dans ses romans, ce qui est très fort…
Merci. C’est une sacrée comparaison ! Thomas Cook est un auteur prolifique !

001970706Parlez-nous des trois femmes qui auront chacune un rôle dans l’histoire : Wendy, Alice et Stacy Flynn ?
En fait le roman parle de quatre femmes : Claire, Alice, Flynn et Wendy, soit une mère, sa fille, une reporter et la fille enlevée au sujet de laquelle elle écrit. Il y a là des parallèles naturels : l’enfant guidée et protégée par une mère et une fille disparue recherchée par une reporter qui essaie de la protéger. Toutes ces femmes sont très différentes les unes des autres, mais elles sont toutes liées par les menaces que font peser sur elles l’ignorance et la misogynie qui sous-tendent la société dont elles sont issues. Je ne veux pas trop en révéler sur l’histoire, mais les choses ne se passent pas comme elles s’y attendaient.

Avez-vous une anecdote sur votre roman So much pretty ?
Il y a des scènes dans le livre qui sont tellement perturbantes que je les ai écrites en fermant les yeux pour ne pas avoir à les lire ou même à regarder la page.

Pouvez-vous nous parler de vos écrits sur l’esthétique de la violence et son impact sur les enfants ?
C’est un sujet très important, surtout pour les garçons prédisposés à la violence à cause de la testostérone. Les enfants américains sont exposés à des centaines de milliers d’heures d’images violentes dans les médias, presque toutes montrant des hommes. Je parle de la vraie violence dans les actualités ou de la violence mise en scène,  mais pas de la violence dans les dessins animés. Ces images déclenchent visiblement des émotions très fortes chez les enfants : de la peur, mais aussi de l’excitation et de la fascination. La violence devient une forme de divertissement et aussi un filtre à travers lequel les gens voient le monde. Les États-Unis, qui sont le pays qui compte le plus grand nombre de sociopathes, feraient bien de contrôler cette usage de l’excitation, de la désensibilisation, et de la promotion de comportements masculins antisociaux.

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec cette nouvelle collection chez Stock, « La Cosmopolite Noire », dirigée par Marie-Pierre Gracedieu ?
Marie-Pierre est une éditrice épatante et une vraie intellectuelle. Dans l’équipe de chez Stock, il y a des gens parmi les plus intelligents et les plus professionnels avec lesquels j’ai travaillé. Je suis incroyablement honorée de faire partie de la collection Cosmopolite Noir. Je pense que la France est le pays idéal pour mon travail.

Comment écrivez-vous ? (Le soir ? le matin ? dans un bureau…)
J’écris chez moi, à East Village. J’aime écrire au moins 10 à 12 heures par jour. Peu importe à quel moment de la journée.

Le Concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un nouveau roman ? Pouvez-vous nous en parler ?
Je suis en train d’écrire un nouveau roman qui sortira en 2013. C’est l’histoire d’une femme qui revient chez elle après avoir combattu en Irak.

Quel sont vos écrivains préférés ? Ceux qui vous ont influencée pour écrire.
David Wojnarowicz, Céline, Orwell, Virginie Despentes, Joan Didion, Sartre, de Beauvoir, Jean Genet, Jim Thompson, Ray Chandler, Kafka. La liste est très longue en fait. Ça c’est le haut de la liste.

4950Quelle est actualité nationale et internationale qui vous énerve ? Laquelle vous fait rire ?
Je pense que ce qui me met le plus en colère, ce sont les choses dont on ne parle pas dans les médias. Je suis abasourdie par le manque de couverture médiatique et de dialogue en ce qui concerne les problèmes de changements climatiques et environnementaux. Pour en savoir plus sur mon opinion à ce sujet, vous pouvez aller lire une interview de moi en cliquant ici.
Les choses qui me contentent le plus, c’est de lire des articles sur des projets personnels, des gens qui font des choses créatives pour affronter le naufrage capitaliste dans lequel nous sommes embarqués.

Quelles sont vos passions dans la vie ?
Je chante dans une chorale. Je nage tous les jours. J’aime fabriquer des choses.

Quel est votre film préféré ?
Question ardue. Blade Runner est un bon candidat.

Vous êtes venue en France, qu’avez-vous pensé de notre pays et de ses lecteurs et lectrices ?
À Paris, qui est une belle ville, je me suis sentie très relaxée, comme chez moi, et je prévois d’y retourner en mars. Les questions posées par les reporters et les intervieweurs étaient très intelligentes, respectueuses et stimulantes. J’ai trouvé que les gens voulaient réellement parler de littérature et de politique, et pas faire de sensationnalisme autour de So much pretty.

Pouvez-vous nous parler d’un ou d’une auteur qui n’est pas encore connu(e) en France et que vous voudriez nous faire connaître ?
J’aime Derek Owens. Un de ses romans intitulé Memory’s Wake a été publié par une petite maison d’édition l’année dernière. Il est sensationnel, étrange et beau.

Quel sera votre mot de de la fin pour cette interview ?
Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me poser ces questions.