Marin Ledun :: Dans le ventre des mères

mledunComment mieux approcher la manipulation génétique si ce n’est en lisant le roman de Marin Ledun, Dans le ventre des mères, chez Ombres Noires.

Le rythme nous happe dans une histoire assez glauque, avec des rapports homme/femme et surtout père/fille particulièrement gratinés. Nous sommes aux portes de la science-fiction, bien que l’auteur reste dans le thriller avec maestro et sait garder le suspense. Ce n’est pas le roman de l’année, mais ça reste un très bon livre à dévorer.

J’attends avec impatience son prochain, comme d’habitude, car cet écrivain a un talent fou.

Petit résumé avant d’attaquer l’interview :
Vers la fin des années 2000, un village en Ardèche est entièrement détruit par une énorme explosion. Les cadavres qui sont retrouvés par les secours sont au nombre de quatre-vingt-sept, hommes, femmes et enfants, tous brûlés vifs.
Les corps carbonisés présentent tous des anomalies que les légistes ne peuvent pas expliquer : un corps a des membres d’un homme de 25 ans et le crâne d’un homme de 45. Un des bras autopsiés d’un autre est composé principalement de métal. Bref, tous les corps ont subi des transformations.
Le commandant Vincent Auger, de la police de Lyon est chargé de l’enquête. Il doit faire face à de nombreuses zones d’ombre, et sa hiérarchie ne l’aide pas beaucoup. Le drame passe même inexplicablement inaperçu dans les médias. Empêtré dans des problèmes d’ordre personnel avec sa femme, il lutte en plus contre l’inertie ambiante.
Quelle que soit la direction que prend l’affaire apparaît une jeune femme : Laure Dahan. Elle veut sauver sa fille à tout prix et rien ne semble l’arrêter.

La semaine prochaine, nous partirons dans le nord de l’État de New York.

Très bonne lecture à vous tous.

 

Comment se sont passées les recherches pour ton roman Dans le ventre des mères  sorti aux éditions Ombres Noires ?
Pour écrire Dans le ventre des mères, j’ai puisé dans mon expérience de chercheur, entre 1999 et 2007, où j’ai été en contact avec les travaux de scientifiques travaillant pour le Centre à l’énergie atomique, le CNRS ou le Centre national d’étude des télécommunications (qui était mon employeur) sur des sujets de recherche traitant de près ou de loin des bio et nanotechnologies. Je dois également beaucoup au travail d’investigation, de documentation et de veille technologique des militants grenoblois de Pièces et Main d’œuvre (PMO).

couverture-dans-le-ventre-des-meresSi je dis que tu as créé ton propre courant d’écriture : le techno-thriller.
Je n’ai absolument rien créé de tel. Il existe une littérature abondante dans ce genre. William Gibson, Dantec, Richard Morgan, M. Crichton, etc. J’ai le sentiment d’écrire du roman noir, ici, mâtiné d’un certain nombre de codes du genre « thriller ».

Tu aimes aussi dans tes romans montrer le côté social, la barrière à ne pas dépasser en science.
Je répondrai par une citation tirée de Bad City Blues d’un écrivain dont j’apprécie tout particulièrement le travail, Tim Willocks, et qui dit à peu près ceci : Qui aura pitié des femmes et des hommes tels que nous ? Cette question résume bien ma position sur mon rapport d’écrivain et d’homme au roman noir. Dans ce roman, Dans le ventre des mères, c’est moins la science qui m’intéresse, que la manière dont les hommes la perçoivent, la vénère. Je focalise davantage sur les rapports de pouvoir, sur les processus d’assujettissement de l’homme à la machine et aux lois du progrès et de la rentabilité. Je ne comprends pas cette soif de pouvoir. Je ne parviens pas à l’imaginer. Pourquoi tant de folie ?

La manipulation génétique, est-ce un danger pour les années à venir ? Explique-nous ton point de vue ?
La folie eugéniste a été de tout temps une menace. L’homme nouveau, la race supérieure, autant de théories et d’expérimentations qui séduisent trop d’hommes de pouvoir et qui planent sur nous comme des dangers bien réels. Plus modestement, mon roman s’intéresse davantage aux rapports étranges, entre fascination et mythologie, pouvoir et recherche de rentabilité, que nous entretenons au progrès technologique.

Peux-tu nous parler des deux personnages forts de ton roman : Laure Dahan et le commandant Vincent Augey ?
Laure Dahan est un peu ma Lisbeth Salander. Elle est une femme esquintée par les hommes, à qui on a volé une partie de sa vie et qui se bat pour récupérer sa dignité et sa liberté. Elle n’a pas les talents de hackeuse de Lisbeth, mais elle est infectée par un virus biotechnologique qui la tue aussi sûrement que le SIDA mais la rend paradoxalement forte comme pourrait l’être un produit dopant. Laure est la véritable héroïne du roman. Vincent Augey est le commandant de police chargé de la pourchasser. Bizarrement, j’ai moins de choses à dire sur lui.

Ledun-Marin-1-c-Jean-Bernard-NadeauY aura-t-il une suite à ce roman car tu laisses des portes ouvertes ?
C’est probable, mais je ne me lancerai dans une « suite » que si je trouve un scénario qui me convainc. Je n’en suis pas encore là.

Parle-nous de ta rencontre avec cette nouvelle maison d’édition, Ombres Noires ?
Ombres Noires, c’est un projet un peu fou et ambitieux lancé à l’initiative de Flammarion et de Nelly Bernard, auquel se sont joints des amis et professionnels de l’édition. Nelly Bernard, avec qui j’avais déjà travaillé auparavant, m’a contacté il y a un an et demie pour lancer l’aventure. Je lui ai proposé Dans le ventre des mères, sur lequel je planchais depuis plusieurs mois avec Stéfanie Delestré, qui lui a plu et qui démarre le label. L’histoire ne fait que commencer.

Le concierge est curieux ! Quel sont tes prochains projets d’écriture ?
Il y a deux ans environ, j’ai rencontré un journaliste basque qui m’a parlé de son pays, différemment de ce que j’avais pu en lire dans la presse jusqu’alors. De là est née l’envie d’écrire un roman noir sur lequel je travaille d’arrache-pied depuis tout ce temps. Rendez-vous fin 2013 ou début 2014 pour en savoir plus – je suis trop superstitieux pour en écrire plus à ce sujet. Entre temps, je publierai début février prochain deux livres. Un court roman intitulé No More Natalie, publié aux éditions In8 dans la collection Polaroïd dirigée par l’illustre Marc Villard, pour laquelle ont déjà écrit Marcus Malte, Anne Secret ou Franz Bartelt. Ce court roman est une fiction sur le mystère entourant la mort par noyade de l’actrice américaine Natalie Wood, au début des années 80, alors qu’elle fêtait Thanksgiving avec son mari, l’acteur Robert Wagner, et un ami, l’acteur Christopher Walken, sur leur yacht, le Splendour. L’enquête a été refermée fin 2011. J’ai eu envie de brosser ma propre lecture des faits. Avec mon ancien professeur d’université, collègue chercheur et ami Bernard Floris, avec qui, entre autres, j’ai déjà travaillé sur un essai publié en 2010 sur la question de la souffrance au travail (Pendant qu’ils comptent les morts, avec B. Font le Bret, La Tengo), nous publierons aux éditions La Tengo (qui nous font décidément confiance) un nouvel essai intitulé La vie marchandise. Du berceau au tombeau, qui revient notamment sur l’importance de la fonction marketing dans le processus de marchandisation de notre vie quotidienne. Je travaille également actuellement sur l’adaptation pour le cinéma de mon roman Les visages écrasés, qui connaît un certain succès ici et là, et qui est en cours de traduction au Brésil, en Allemagne et en Espagne.

Peux-tu nous parler de ton roman La guerre des vanités,  sorti chez Gallimard, et du Prix Mystère de la critique 2011 qu’il a obtenu ?
Le prix Mystère de la critique est une belle récompense pour ce roman qui peut également se lire comme une chronique d’une petite ville ardéchoise, Tournon-sur-Rhône, qui pourrait être imaginaire, mais qui est en réalité le lieu où j’ai passé les dix-huit premières années de ma vie. Le roman paraît d’ailleurs le 14 février 2013 en poche chez Folio policier. J’espère que cette deuxième vie le fera davantage connaître.

9782757805794-bad-city-bluesL’Ardèche est une région qui te tient à cœur. Quel endroit de l’Ardèche aimes-tu ?
L’Ardèche est le département où j’ai passé mon enfance, en particulier ce qu’on appelle le Vivarais, à la frontière du Gard et des monts Lozère. J’y ai la plupart de mes racines, une grande partie de ma famille, de nombreux souvenirs. C’est un pays splendide – j’imagine que tout le monde parle ainsi de son pays d’origine – qui peut être également dur et austère, une zone rurale marquée par la religion, loin des clichés cinématographiques, puis, plus récemment, par le tourisme. Comme le dit la chanson, « qui n’a pas vu l’Ardèche, n’a jamais rien vu ».

Quelle actualité te fait réagir ?
L’arrestation de la militante de Batasuna, Aurore Martin, et son extradition dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen (MAE), organisée par le gouvernement socialiste français, vers l’Espagne est un scandale.

Quelles sont tes passions dans la vie ?
Vivre.

Si tu avais la possibilité de poser une question a un personnage qui a marqué l’histoire…
S’il était encore en vie, je demanderais volontiers à Erskine Caldwell pourquoi il a écrit Le petit arpent du bon Dieu.

Quel serait ton mot de fin à cette interview ?
Merci de me lire. Merci de croire en mes histoires. C’est uniquement grâce à cela que je pourrai continuer à en écrire d’autres.