Fréderic Ernotte :: C’est dans la boîte

J’ai une grande admiration pour les auteurs qui arrivent à tenir le suspense jusqu’au bout d’une intrigue. Ce fut une vraie découverte que le roman C’est dans la boîte, de Fréderic Ernotte, qui nous emmène dans un huis clos entre inspecteurs. Une nuit que vous ne pourrez pas oublier. Si vous aimez l’atmosphère d’Agatha Christie vous serez comblé ! Oserez-vous soulever le couvercle des boîtes ?…

Auteur belge que je suivrai avec beaucoup d’enthousiasmes ! Car son roman est vraiment prometteur et sort de l’ordinaire avec des personnages qui nous emmènent dans des chausse-trappes incroyables.

Un cloaque virtuel très bien réussi, voici un résumé de son roman :
Jeff…  Jeff Marnier. C’est mon nom. Je suis inspecteur. Plutôt bien coté, voire admiré par certains. Pourtant, comme tout le monde, j’ai mes problèmes. Je bosse jour et nuit. La vérité ? Je n’ai jamais beaucoup dormi. Je suis accro à la vodka, à la solitude, et depuis peu…  à un site Internet. « La boîte noire ». C’est un endroit sombre. Un repère de flics. Un cloaque virtuel où je me sens chez moi. Tellement chez moi que j’oublie régulièrement de me coucher. Pourtant, cette nuit-là, j’avais enfin trouvé le sommeil. C’est toujours mauvais signe quand mon téléphone portable sonne en pleine nuit. Un tueur de flics court dans la région. Catherine est morte. Ça m’enterre encore un peu plus. Je dois me mettre au vert quelques jours. La ronde des boîtes tombe à point nommé. Un huis clos secret entre inspecteurs. Une réunion entre des inconnus en mal de découvertes. Une nuit durant laquelle soulever le couvercle d’une boîte peut vous laisser des traces indélébiles.

Je vous laisse avec ce brillant jeune auteur que je remercie pour l’interview et vous donne rendez-vous pour la dernière interview de l’année où nous prendrons la destination de Brighton, ville du Sussex.

À bientôt, mes amis lecteurs et lectrices.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous dire comment vous en êtes venu à écrire du polar ?
Je suis né un 28 janvier. Il devait faire relativement froid vu le climat en Belgique. Je n’ai pas vraiment de souvenirs de ma venue au monde. Mon adorable maman m’a toujours dit que tout s’était bien passé et que j’avais les fesses roses. Mais ne rentrons pas dans les détails….
Je résumerais mon enfance en disant que j’ai eu beaucoup de chance. Ma famille, mes ami(e)s, la santé… Comme dirait Otis : « Je dis merci à la vie, je lui dis merci. Je chante la vie. Je danse la vie. Je ne suis qu’amour ! ». D’ailleurs, C’est dans la boîte est un roman d’amour. L’amour du crime…

Je me suis lancé dans cette aventure au détour d’un couloir à l’Université. Enthousiasmé par une de mes nouvelles, un professeur m’a mis au défi d’écrire un roman. Une dizaine de secondes plus tard, c’était dans la boîte. Pour relever ce défi, je me suis tourné spontanément vers un terrain de jeux fascinant : le thriller.

Parlez-nous de votre Blog le Journal d’un Workaholic qui m’a intrigué ?
Le Journal d’un Workaholic est mon laboratoire littéraire. Une multiplication d’expériences que je partage avec les nombreux visiteurs qui m’accompagnent. J’ai lancé ce projet en octobre 2011. Loin d’être mon journal intime, ce blog me permet d’aborder notre quotidien sous un angle différent. Je cumule deux emplois depuis plusieurs années. J’ai donc imaginé ce personnage de bourreau de travail capable d’alterner les moments de divagation et de clairvoyance. Un Workaholic n’est pas tendre. Ni avec lui-même, ni avec ses contemporains. Partant de là, les questions sont nombreuses. Le Workaholic laisse-t-il sa place assise à la vieille dame qui marche dans son bus ? Que pense-t-il des exercices d’évacuation en cas d’incendie ? Oublie-t-il de dire Uno ? Comment réagit-il face à la nécessité d’utiliser des toilettes publiques dignes d’un film d’horreur ?

J’ai énormément de plaisir à gribouiller les pages de ce journal virtuel. Derrière les textes qui se veulent divertissants, il y a souvent des questions plus fondamentales. Chacun peut en profiter à sa manière.

fredernotte.wordpress.com

Comment se comporte le polar en Belgique en comparaison avec la France ?
Au risque de vous surprendre, je n’ai pas réalisé d’étude de marché avant de me lancer dans le projet. Par contre, j’adore me promener dans les librairies. On y trouve toujours un rayon dédié aux polars. C’est plutôt bon signe. Le monde du thriller intrigue et les curieux sont au rendez-vous. En ce qui me concerne, il faudra encore attendre quelques mois pour savoir avec précision qui a osé ouvrir la boîte…

Pour votre roman, C’est dans la boîte, comment se sont passées vos recherches d’écriture ? Comment vous est venue l’idée des boîtes ?
Serrer les boulons de la cohérence est un travail titanesque dans un thriller. La moindre erreur peut ruiner le scénario. La construction de C’est dans la boîte était pour moi un défi dans le défi. J’ai injecté plusieurs histoires dans le livre. C’est une des particularités de ce roman. Je voulais choyer les lecteurs et leur offrir l’illusion qu’ils assemblent un puzzle de 5000 pièces avec une facilité déconcertante. Je voulais exploiter au maximum le côté ludique que peut revêtir un thriller. Amener le lecteur à devenir acteur. L’inciter à chercher ce que racontent les indices dissimulés dans les boîtes à chaussures.

L’idée de ces boîtes m’est venue lors d’un déménagement. En préparant les caisses, je suis tombé nez à nez avec un trésor de guerre de ma jeunesse. Une boîte à chaussures contenant divers souvenirs. Des tranches de vie. Face à ces objets insolites, je me suis demandé si quelqu’un d’autre que moi pourrait comprendre le sens de ce colis. À combien de kilomètres de la vérité tomberait une personne qui ouvrirait cette boîte ?

Quelques jours plus tard, devant un épisode Halloween des Simpsons, j’ai imaginé une nuit durant laquelle des personnages se lanceraient dans une ronde d’histoires. C’est dans la boîte était né !

Parlez-nous de votre personnage Jeff Marnier.
Jeff Marnier est un jeune inspecteur célibataire. Il travaille énormément et dort peu. Malgré ses succès, il s’acharne sur les affaires en cours et tente d’appréhender les tueurs qui passent entre les mailles du filet. Il est très apprécié mais, paradoxalement, a des difficultés à se regarder dans un miroir. Il pense que personne ne peut comprendre sa vie. Jusqu’au jour où il découvre la « Boîte noire ». Une communauté virtuelle d’inspecteurs avec qui il partage énormément de points communs. Au fil des nuits, ce forum prend des allures de jardin d’Eden dans son esprit. Quand sa coéquipière se fait tuer, il décide de participer à la ronde des boîtes. Un huis clos très spécial organisé par la « Boîte noire ».  L’Eden n’est sans doute pas aussi paisible qu’on le pense.

Il y a un huis clos dans votre roman dans lequel on suspecte tout le monde. C’est génial. Ça me fait penser à Agatha Christie. Est-ce que cette auteur est une référence pour vous ?
C’est avant tout une comparaison qui donne le vertige. Les premiers lecteurs de C’est dans la boîte me parlent régulièrement du livre Dix petits nègres d’Agatha Christie. C’est effectivement une référence même si les deux livres sont très différents. Dix petits nègres est un des meilleurs livres que j’ai lu jusqu’à présent. Le plus impressionnant à mes yeux, c’est que 9 personnes sur 10 pensent à Agatha Christie quand on prononce les mots « huis clos ». C’est presque un réflexe Pavlovien.

Vous l’aurez compris, j’adore l’ambiance qui caractérise un huis clos. Cette suspicion en dominos plonge vraiment la personne qui tient le livre au cœur de l’intrigue. Le lecteur se pose des questions, cherche, se méfie, retourne sa veste, tente de tirer son épingle du jeu… C’est une véritable partie d’échec. Un duel plus que divertissant, me semble-t-il.

Avez-vous une anecdote sur votre roman C’est dans la boîte ?
Plein ! Je pourrais presque écrire un one-man show…

Pour une des boîtes, je me suis demandé quels médicaments doivent être mélangés pour se suicider. Je ne m’étais jamais posé la question. C’est plutôt bon signe, me direz-vous. Un thriller se doit d’être construit avec précision. Même dans les détails. Je me suis donc demandé à qui j’allais poser la question. La pharmacie au coin de la rue m’a semblé être une source extrêmement fiable. Fier d’avoir trouvé mon experte, je suis entré dans la pharmacie et, de mémoire, j’ai dit : « Bonjour Madame. J’écris un thriller et un de mes personnages envisage le suicide par médicaments. Vous sauriez me dire ce qu’il faut mélanger pour mourir sans trop souffrir ? ». Blanc général d’une dizaine de secondes. En fixant son regard, je me suis rendu compte de la stupidité de ma question. Subitement, je me suis senti extrêmement seul. J’étais cerné et pâle. Je n’avais pas le début du manuscrit sur moi pour me justifier. Les gens me dévisageaient. La pharmacienne m’a aimablement répondu qu’elle n’était pas habilitée à me communiquer la recette du « cocktail de la mort ». Avec le recul, ma naïveté me fait rire. Les écrivains sont parfois dans un autre monde. Le plus effrayant dans cette histoire, c’est que je me suis alors tourné vers Google. Trois minutes plus tard, j’avais ma réponse…

Le concierge est curieux ! Avez-vous un futur roman en perspective ? Donnez-nous l’eau à la bouche.
J’y travaille… ;-)

Parlez-nous des Éditions Avant-Propos ? Je ne connais pas cette maison d’édition.
Avant-Propos est une jeune maison d’édition belge dirigée par Hervé Gérard. Historien, journaliste et écrivain, il a assuré différentes fonctions chez d’importants éditeurs et il préside actuellement la Foire du Livre de Bruxelles. Il fonctionne « au coup de cœur » dans des genres littéraires très différents. Quand j’ai envoyé le manuscrit de C’est dans la boîte chez Avant-Propos, il y avait peu de romans. D’ailleurs, il n’y avait encore aucun thriller.

J’ai rapidement reçu la proposition de contrat. Cet enthousiasme m’a fait comprendre à quel point l’éditeur croyait en mon livre. Avant-Propos voulait ouvrir son catalogue aux polars avec ce premier roman. Je n’oublierai pas cette rencontre de sitôt. Ça donne des ailes et les excellents retours des lecteurs sur C’est dans la boîte constituent la plus belle des réponses au dynamisme d’Avant-Propos.

Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau…)
L’écriture n’est – malheureusement –  pas mon métier. Je travaille 7jours/7 avec d’autres casquettes. Ce mode de vie me laisse peu de temps. Je bloque parfois des soirées pour avancer mais l’agenda déborde. Il m’arrive régulièrement d’écrire la nuit. C’est un exercice relativement dangereux car le temps s’arrête lorsque je travaille sur un texte. Pas l’horloge, juste le temps. Sans m’en rendre compte, je relève la tête et il est 5h du mat’. Le problème étant que mon réveil n’a aucune compassion…

Quels sont vos auteurs préférés ? Et pourquoi ?
Pour être franc, je n’ai pas d’auteurs préférés. J’ai toujours trouvé étrange d’être inconditionnellement fan de quelqu’un ou de quelque chose. Par contre, je peux citer maladroitement quelques auteurs à qui je dois de bons moments de lecture (en en oubliant plein d’autres). Agatha Christie, Arthur Conan Doyle, Georges Simenon, Raymond Chandler, René Barjavel, Maxime Chattam, Donato Carrisi, Elisabeth Haynes, Jean Teulé, Paul Cleave, Jonas Jonasson, etc. Mention spéciale au livre La potion magique de Georges Bouillon de Roald Dahl. Sans lui, je n’aurais sans doute pas ma bibliothèque actuelle.

Pour l’anecdote, je viens d’entamer Comment je suis devenu un écrivain célèbre de Steve Hely. Ce choix amuse beaucoup les gens qui passent chez moi et qui voient le livre sur ma table de salon !

Quelle est l’actualité qui vous énerve actuellement ?
Le prix du diesel, de l’essence et du mazout de chauffage. Et, plus globalement, que certains fassent le buzz avec des faits aussi pathétiques qu’inintéressants.

Quelles sont votre musique et chanson préférées ?
Je ne peux pas vivre sans musique. Je suis un spécialiste du grand écart auditif. J’écoute de tout suivant mon humeur. Pour vous éviter la frustration d’une réponse évasive, je peux vous raconter une anecdote. Je suis allé signer le contrat d’édition pour C’est dans la boîte dans les bureaux d’Avant-Propos à Waterloo (Belgique). En quittant l’éditeur avec le document sous le bras, je me suis assis dans ma voiture. J’ai mis le contact et les premières notes que j’ai entendues m’ont donné le sourire. La playlist était arrêtée sur la reprise de Feeling good par Muse. Je me sentais bien !

Quels sont vos films préférés ?
Ceux pendant lesquels je ne m’endors pas. En fait, je suis très bon public. J’ai quand même une petite préférence pour les comédies, les films à suspense et les films d’action. Je vous passe le fait que j’adore regarder des dessins-animés et je vous cite quelques titres de bons films pour vos longues soirées d’hiver. Le cercle des poètes disparus, The Truman Show, Saw, Rat Race, Donnie Darko, Phone Game, Big fish, La vie de David Gale, Les Autres, Hypnose, S1mOne, Dragon Rouge, American Beauty, American History X, Being John Malkovitch, About a boy, Les Goonies, Edward aux mains d’argent, Le Maître du jeu, Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, Good Bye, Lenin!, La Ligne verte, Heat, Poolhall Junkies, Hot Shots, Pulp Fiction, Seven, Snatch, Usual suspects, The Big Lebowski, Le dîner de cons, Fight Club, Le Prestige… Désolé, je m’emporte.

Parlez-nous de votre vision de la Belgique. Comment voyez-vous son avenir ?
Je pense que les conditions climatiques vont rester relativement instables.

Quelle sera votre mot de fin pour cette interview ?
Pour celles et ceux qui hésiteraient encore à se procurer C’est dans la boîte, voici 5 arguments de poids :

1. Nombreux sont celles et ceux qui ont déjà commandé, lu et aimé C’est dans la boîte. Pourtant, je n’ai menacé personne. Ou alors si peu…

2. Si ma « carrière » d’écrivain tombe à l’eau, je vais certainement me lancer dans la chanson. Croyez bien qu’il est dans l’intérêt de chacun que mon roman cartonne.

3. C’est dans la boîte est un collector ! Le premier livre d’une longue série ou le seul frappé de mon nom. Une pièce unique, quoi qu’il advienne.

4. Vous seriez les premiers à savoir que c’est Jacques le tueur ! C’est pour rire, bien évidemment ! Pas de Jacques au rendez-vous dans ce livre.

5. Un livre est très utile et peut vous sauver la vie. Il peut servir de cadeau à tout moment. Il peut endormir un enfant (ou pas…), remplir une bibliothèque pour frimer devant ses invités, tuer une araignée, stabiliser un meuble, servir de dessous de verres ou empêcher des feuilles de s’envoler. Un livre peut même allumer un feu si vous êtes perdu dans la forêt…

Plus sérieusement, si vous achetez mon livre, j’espère que ce sera pour passer un excellent moment de lecture. Pour plonger dans un mélange entre votre imagination et la mienne. Pour que cette histoire vive entre vos mains. À moins que vous n’osiez pas ouvrir la boîte…