Leonardo Oyola :: Golgotha

Ça faisait un petit moment que j’entendais de toute part dire le plus grand bien d’Asphalte Éditions. Malgré ça, je continuais à passer involontairement à côté. Et puis il y a eu le déclic en la personne de Leonardo Oyola. Il faut dire que la recommandation de Carlos Salem n’y était pas pour rien.

J’ai dévoré ses deux romans traduits en France : Golgotha et Chamamé. Quelle claque ! L’odeur de poudre est dans toutes les pages de ces deux romans et l’adrénaline vous prend à la gorge.

Féroce et savoureux à souhait, son univers marquera longtemps celui du roman noir argentin.

La vengeance est le thème principal de ces deux romans bercés par des bandes-son rock et une guerre urbaine qui vous montre l’Argentine autrement que par la vision touristique.

Plongeons dans le résumé de ces deux romans :

Golgotha
Villa Scasso, à l’ouest de Buenos Aires. Un labyrinthe de ruelles et de murs de briques, un trou régi par ses propres lois. Ceci est l’histoire d’une vengeance dans une enclave sauvage contrôlée par la bande des Gamins ; l’histoire de flics qui vouent un culte à des images pieuses, de délinquants qui vénèrent San la Muerte, et d’une guerre urbaine sourde où ceux qui survivent, ceux qui tuent, finissent corrompus, asphyxiés par leurs propres péchés. Une fulgurante chronique de la violence.

Chamamé
Perro et le Pasteur Noé sont deux amis, deux pirates de la route évoluant dans un univers violent et amoral. Une trahison va briser ce binôme et le premier se retrouve à traquer le second dans la région de la triple frontière argentine. À cette chasse à l’homme se mêlent souvenirs du passé carcéral des deux caïds, rivalités de bandes, personnages secondaires fous furieux et scènes de bagarres d’anthologie dignes des films de Tarantino

Je remercie énormément Dominique Maisons pour la traduction de l’interview.

 

 

Carlos Salem dit de vous, dans la préface de votre roman Golgotha (Asphalte) : « Léonardo Oyola a eu la chance de naître avec deux pieds gauches ce qui a fait de lui un piètre joueur de football, cela lui a laissé du temps pour étudier, lire et écrire.» Racontez-nous votre enfance et comment vous en êtes venu à l’écriture de romans noirs.
J’ai étudié. Je n’en ai pas l’air, mais j’ai toujours aimé étudier. Je mets l’accent là-dessus parce que je pense avoir eu une préparation supérieure à celle d’un autodidacte. Si j’insiste sur le fait que j’ai toujours lu beaucoup, c’est parce que je pense que c’est fondamental pour écrire. Même si quelqu’un a des choses à dire de par sa vie ou de là d’où il vient, s’il ne se canalise pas, ça ne mènera à rien. C’est mon passage à l’université et surtout mon apprentissage avec le maître, Alberto Laiseca, qui m’ont permis d’avoir cette vie. Une belle vie.

Dans votre roman Golgotha vous nous montrez un Buenos Aires très différent de celui que nous croyons connaître. Pouvez-nous nous dire comment, vous, vous voyez cette ville ?
Avant tout, je ne parle pas de la Buenos Aires capitale fédérale. De celle que vous voyez dans les dépliants touristiques. Dans ce roman, je parle plus d’une ville loin du pouvoir et de tout ce qui peut se trouver dans une capitale, je parle de ce qui peut se passer dans des faubourgs comme Scaso, qui croissent à grande vitesse. Plus que des villes, ce sont des peuples avec leur propre logique et les lois non écrites qui régissent leurs rues.

Vos deux romans publiés en France se déroulent dans une atmosphère très rock. Pouvez-vous nous parler de votre passion pour ce genre musical ? Je suis convaincu que vos livres pulsent avec cette énergie.
J’ai grandi en écoutant Creedence, Johnny Rivers et les Stones. Dans mon quartier on disait que Mick Jagger c’était Dieu, que notre religion, c’étaient les Stones et que la langue de Warhol, c’était le rosaire que nous devions tous porter autour du cou. Aujourd’hui, je suis plus un inconditionnel de Bruce Springsteen, de Tom Petty et de quelques groupes argentins comme Guasones, Los Piojos et La Renga. Mais pour dire vrai, j’écoute de tout, en ce moment par exemple, j’écoute beaucoup de musique des années 80.

J’ai adoré Perro et le Pasteur Nöé, les deux personnages principaux du roman Chamamé qui sera bientôt édité chez Asphalte. Pouvez-vous nous parler d’eux ?
Ce sont les deux faces de la même pièce. Et à la fois, deux personnes qui empruntent le même chemin, mais dans le sens opposé. Le pasteur au début est un être monstrueux, mais il s’humanise au fur et à mesure du roman. Et Perro, à force de se laisser guider par sa colère, va perdre peu à peu sa lumière et devenir une créature bien pire que Nöé.

Les Guaranis sont un peuple amérindien qui vit dans la région de l’Amazonie au Brésil, en Argentine et au Paraguay : s’il vous plaît, parlez-nous de ce peuple que vous mettez en scène dans Chamamé
Pour être précis, je fais référence à une langue guarani. Celle qui se parle au Paraguay et dans les provinces du littoral argentin. Ma mère est paraguayenne et nous avons vécu à Buenos Aires dans un immeuble appartenant à cette communauté. Une partie de mon régime alimentaire me vient des recettes traditionnelles de cette région alors que je suis de Buenos Aires. De même pour les croyances. Je comprends cette langue à force de l’avoir entendue, même si je n’ai jamais essayé de la parler. Je ne peux dire que les phrases de base « Bonjour, comment vas-tu ? Tu viens souvent danser ici ? »

Dans le roman, il y a des scènes de disputes inoubliables. Comment avez-vous effectué vos recherches pour l’écrire ?
Il y a des éléments autobiographiques dans Chamamé et dans Golgotha. Des choses qui m’ont touché. D’autres ne les raconteraient pas. Beaucoup me servent de déclencheur pour la création fictionnelle. Je fais aussi beaucoup de recherches, surtout pour les romans avec un fort ancrage historique comme Siete & el Tigre Harapiento ou Hace que la noche venga. Chamamé fut plus un exorcisme.

Vous avez gagné le prix Dashiell Hammet de la Semana Nagra en 2008. Quels souvenirs conservez-vous de la remise de ce prix ?
Une émotion intense. Et un serment : quoi qu’il advienne, tant que je vivrai, j’écrirai. C’est ma manière de montrer ma reconnaissance à ceux qui m’ont honoré d’une si grande distinction.

Parlez-nous de votre rencontre avec les éditions Asphalte.
Avec les filles d’Asphalte, pour le moment la rencontre n’a été que virtuelle. Sauf le Jeudi Saint quand je présentais Golgotha et qu’une des deux m’a appelé, je ne sais plus qui, car l’évènement et l’alcool m’avaient causé trop d’émotion. Je n’ai d’ailleurs rien compris à ce qu’elle m’a dit, d’autant plus que je ne parle pas français. Je travaille avec elles grâce à l’entregent de Judith Vernant que j’ai connue en Espagne à Gijón et Madrid. Et qui depuis a vécu quelque temps à Buenos Aires où nous avons pu partager des repas et des bières.

Comment écrivez-vous ? Le matin, la nuit, dans votre bureau…
J’écris la nuit. Je me lève vers midi. Je grignote quelque chose, je lis mes mails et mes messages sur Facebook, et je jette un dernier œil aux pages de la veille. Après, j’éteins mon ordinateur. Je lis. Je regarde une série que je suis. Je sors. Je rends quelques visites. Je rentre. J’écoute un peu de musique en pensant au rythme que m’impulse l’histoire que je suis en train de raconter. Parfois je prends mon portable et je recommence à lire mes mails et à me promener sur Facebook, d’autres fois je regarde mes archives sous Word. Mon bureau donne sur un balcon. J’aime y rester un peu à la tombée de la nuit quand la ville s’endort.

Quels sont vos auteurs préférés et pour quelles raisons ?
En ce moment, Erskine Caldwell m’a mis le grappin dessus. J’ai la chance de lire beaucoup et de tenir à jour l’imposante liste des auteurs que j’admire et des nombreux titres qui ont su, comme les miens, mériter leurs lauriers

Quelle est l’actualité qui vous accable le plus en ce moment ?
Ce qui me préoccupe en ce moment, c’est toujours la même chose : là d’où je suis, là d’où je viens rien ne change. Mes parents, mon frère et mon neveu sont toujours là-bas. Ils ont décidé de rester.

Le Concierge Masqué est très curieux. Êtes-vous en train d’écrire un nouveau roman ?
Je suis en train d’écrire un nouveau roman. Il s’intitule Ultra/Tumba. Il se déroule dans une prison pour femmes. Et durant une émeute qui oppose deux factions qui se disputent le contrôle de la prison, on découvre un troisième pavillon : celui des C (« C » pour condamnés) où croupissent les drogués en phase terminale ou ceux mis en quarantaine à cause de maladies contagieuses. Pour faire simple, c’est l’histoire d’un couple qui se sépare au milieu d’une attaque de zombies.

Dans vos romans, vous faites aussi souvent référence à de vieilles séries et films nord-américains. Quels sont vos préférés ?
Il y en a tant, mon ami. Depuis Chapeau melon et bottes de cuir, V, Mike Hammer, jusqu’à aujourd’hui Luther, Justified et Hell on wheels.

Quel est l’endroit que vous préférez en Argentine et que dont vous voudriez nous parler ? Et pourquoi ?
J’aime beaucoup le quartier où je vis. Et les quartiers voisins aussi. Je suis né et j’ai grandi dans un endroit qui ressemble beaucoup à ceux que je décris dans Golgotha et Kryptonita. Mais depuis que je vis à Almagro, je n’arrête pas de penser que j’appartiens à cette ville. Et j’aime vraiment ça.

Pour terminer cette interview, que voudriez-vous dire à vos lecteurs français ?
Merci. La prochaine est pour moi, mes amis.