Pia Petersen :: Le chien de Don Quichotte

Pia Petersen nous livre un polar de haut niveau, un petit bijou qui m’a énormément plu et qui mérite le détour, Le chien de Don Quichotte. On s’attache au personnage principal, Hugo, un porte-flingue qu’une simple lecture va bouleverser et lui créer des ennuis. Planquez-vous, ça va saigner !

La lecture de ce roman sera peut-être pour vous l’occasion de découvrir une collection que je vous recommande chaudement, Vendredi 13, dirigée par Patrick Raynal.

Petit flashback, Pia Petersen avait gagné en 2009 le Prix Marseillais du Polar pour son livre Iouri, paru chez Actes Sud.

Le chien de Don Quichotte, en pitch :
Hugo est le porte-flingue heureux d’un patron véreux. Une vie bien réglée, qui bascule furieusement quand un prêtre imbibé jusqu’à l’os donne à Hugo un livre, dont le héros est un homme bon, prêt à tout pour protéger les faibles. Cette lecture bouleverse Hugo : lui aussi veut faire le bien. Il ne veut plus tuer.

Oui mais voilà, il n’est pas simple de protéger les gens quand on a pour mission de dézinguer… Et cette bande de hackers, les « vendredi 13 », ne lui facilitent pas la tâche : en piratant les comptes de son patron, ils déclarent la guerre ouverte. Les hostilités doivent commencer. Quelle galère.

En lieu et place des moulins à vent de Don Quichotte, imaginez d’authentique malfrats. Substituez ensuite à la troupe de Robin des Bois une bande de geeks surdoués, qui jouent du clavier pour corriger les injustices. Coincez ensemble ces personnages fabuleux dans un bar miteux à la veille de Noël. Vous aurez alors une petite idée du récit de Pia Petersen, digne du Tarantino des grands jours : un huis-clos explosif et macabre, dont personne ne sort vainqueur…

Je vous dis à bientôt pour une prochaine interview.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment êtes-vous venus au polar ?
Malgré moi, ma mère m’a eu au Danemark et a fait de moi une danoise. Déjà à l’âge de 7-8 ans, j’avais décrété que je serais un écrivain et que j’allais libérer le verbe. Me sentant à l’étroit dans la langue danoise, j’ai quitté le pays et suis venue en France. Au départ, je ne pensais pas écrire dans une catégorie en particulier mais au cours de mes études de philosophie, je trouvais le polar pas seulement intéressant à cause de sa grande liberté de sujet mais très proche de la démarche philosophique qui cherche autour de la vérité, qui va dans les coulisses, derrière les apparences pour voir ce qui l’en est.

Comment est vu le polar au Danemark, comparé à la France ?
C’est également un genre très lu au Danemark mais je vis en France depuis très longtemps et ne connais pas d’auteurs de polar danois.

Parlez-nous de Hugo, le personnage principal de votre roman Le chien de Don Quichotte ?
Hugo est un ancien flic qui est devenu chef de sécurité dans une multinationale, où il travaille directement sous les ordres d’Esteban, le grand patron. En parallèle il règle un certain nombre de problèmes en toute discrétion. C’est un homme ordonné, carré qui ne se pose pas de questions quant à ses victimes puisqu’il ne fait qu’obéir aux ordres émanant d’Esteban. Puis il récupère un chiot et il rencontre un prêtre alcoolique qui lui donne un livre qu’il lit, le chiot sur les genoux. Il décide de changer de cap, il veut devenir un homme bien.

Patron véreux, hackers…vous êtes en pleine actualité, non ?
Oui. Les hackers m’intéressent depuis longtemps, comme tous ceux qui peuvent se dresser contre une certaine forme de société. Les hackers connaissent les nouveaux langages et arriveront certainement mieux que moi à rééquilibrer les comptes. De voir les grands patrons et les banquiers jouer à la roulette russe avec l’avenir du monde sans que personne n’intervienne vraiment me gêne profondément. Comme tout se passe sur le net, il me semble évident que les hackers peuvent intervenir. On a d’ailleurs vu Anonymous à l’oeuvre à plusieurs reprises ces derniers temps.

Dans tous mes livres je travaille sur et autour de l’actualité. C’est ma manière de participer à la société.   

Votre roman pourrait être adapté au théâtre, un huit clos.
Probablement. C’est la réflexion qu’on me fait sur tous mes livres. Malheureusement je ne suis pas un auteur de pièces de théâtre, sinon je me serais déjà lancée.

Avez-vous une anecdote sur votre dernier roman ?
D’habitude j’ai plusieurs anecdotes, parfois même un peu mystérieuses mais pour ce roman-ci, pas encore. J’étais en contact avec des informaticiens d’Atlanta et de Destin (Floride) pour étoffer les personnages des hackers mais aucun grand patron véreux n’a essayé de me tuer et je n’ai pas bu un verre avec un prêtre alcoolique dernièrement. Par contre, le philosophe qui fait la tournée des prostitués est tiré de la réalité. Il me semble qu’il est encore vivant, quoique… il y a eu une descente d’un gang armé jusqu’aux dents dans son café habituel et quelqu’un a été tué…

Parlez-nous de cette collection, Vendredi 13,  dirigée par Patrick Raynal ?
C’est Michel Quint qui m’a présentée à Patrick Raynal. Il avait demandé à plusieurs écrivains qui n’avaient jamais écrit de roman noir de lui en écrire un. Le roman ne devait pas forcément être un polar, ni noir. Par contre il devait être articulé autour de l’idée de Vendredi 13, à nous de voir comment, puis il fallait un personnage prêt à se sacrifier au nom d’une cause, bien ou mal. Écrire un roman noir sans forcément respecter les codes habituels m’a tout de suite séduit. J’ai bien aimé travailler avec ces deux contraintes puisque j’avais par ailleurs une liberté absolue.

Pouvez-vous nous parler de votre précédent livre, Une livre de chair, sorti chez Actes Sud et qui avait reçu le Prix de la Bastide 2011 ?
Romain, ex-millionnaire français, autrefois jet setter de Los Angeles, est à New York et autour de lui, la crise économique se déploie. Il joue au poker avec quelques amis quand Freddy arrive à l’improviste pour récupérer l’argent que l’un d’eux lui doit.
L’argent vu sous tous ses angles, son influence, comment on s’adapte à l’économie, jusqu’où nous sommes prêts à aller pour en avoir davantage…

Le concierge est curieux. Pouvez-vous nous parler de votre prochain livre ?
Gary, un écrivain célèbre, vient de recevoir à New York un prix prestigieux. Sur les conseils de son épouse, il accepte ce qu’il n’aurait jamais dû accepter…

Comment vous écrivez ? (le matin, le soir, dans un bureau…)
À n’importe quelle heure et là où je suis. J’ai toujours mon bureau avec moi : mon carnet, mon ordinateur, un rack électrique (pour me brancher dans les cafés), quelques livres, mon passeport, une brosse à dents (au cas où le désir me vient de voyager)… Je voyage beaucoup et mon environnement sert de décor pour mes livres. Souvent j’utilise mes romans comme alibi pour visiter un pays, une ville… J’aime beaucoup cette manière de découvrir d’autres horizons.

Pour certains passages, je préfère être chez moi, à mon bureau. Il me faut les bruits de la vie mais aussi la concentration.

Quels sont vos auteurs préférés ?
Romain Gary, Cormac McCarthy, John Fante, Frédéric Nietzsche, Balzac, James Ellroy, Henning Mankell, Alain Mabanckou, Philippe Djian, Daniel Picouly, Dany Laferrière, les philosophes cyniques (ils n’ont pas écrit beaucoup mais on a écrit sur eux), Pascal Bruckner, il y en a encore beaucoup…

Quelle actualité vous énerve ou vous fait sourire ?
Il y a beaucoup d’actualités qui m’énerve : la vie politique en ce moment m’agace pas mal, tout ce qui tourne autour du système économique, la manière dont on en parle (l’analyse), l’actualité autour de la politique sécuritaire, la manière dont on accepte n’importe quel discours, sans y penser vraiment, un peu béatement…

La dernière qui m’ait fait sourire : le président parlant de Stéphane Camus…

Quelles sont votre chanson et votre musique préférées ?
En ce moment, Losing my religion, REM… Mais j’aime des musiques différentes : Verdi, Les Beatles, Elvis, Clapton, Mozart, l’album Black Bazar…

Quel est votre film préféré ?
Franchement ? Pas franchement ? En ce moment, je regarde surtout les séries… Dexter… Je regarde certaines séries populaires mais je ne donnerai pas les noms…

J’ai vu que vous aviez ouvert une librairie à Marseille. Que pensez-vous de la situation actuelle des librairies indépendantes qui ferment régulièrement en France ?
C’est très dommage et inquiétant. On se rend compte à l’étranger à quel point c’est important, des librairies indépendantes. C’est très directement notre possibilité de penser la vie, le monde qui est menacé. Si l’on veut nous faire marcher au pas, c’est en effet par là qu’il faut commencer, en démolissant d’abord la librairie.

Quel sera votre de mot de fin pour vos lectrices et lecteurs ?
J’espère que vous aimerez Le chien de Don Quichotte. Dans le cas contraire, surtout ne me le dites pas.