Frantz Delplanque :: Du son sur les murs

La retraite est un dur labeur, même quand on est un ancien tueur à gages. Jon Ayaramandi, personnage principal du roman de Frantz Delplanque, Du son sur les murs, chez Seuil, est un assassin qui n’a pas droit de prendre sa retraite normalement. La tranquillité est dure à gagner et peut coûter cher en vies humaines.

Un polar qui vous donne de l’énergie grâce à son rythme et à ses multiples références musicales et vous donne la pêche pour longtemps.

J’ai toujours une grande admiration pour les auteurs qui font rire et en plus font du roman noir.

Action, sentiments, rires… Voilà ce qui fait le charme de ce nouvel écrivain qui fera parler de lui dans les années à venir, c’est une certitude.

L’intrigue est parfaitement menée du début à la fin, mais hélas, le roman se dévore trop vite.

Petit résumé pour vous mettre l’eau à la bouche :
J’étais capable de donner le biberon à Luna et même de la changer. Je la gardais à la plage quand Perle voulait nager.
— Faut que je retrouve mon corps d’avant, disait-elle.
Et elle me montrait ses abdos qui se raffermissaient de jour en jour.
Elle me prenait pour un grand-père ? Du moins, c’est ce que je croyais. J’aurais préféré être un gentil vieux qui aurait eu un boulot avouable et n’aurait jamais tué personne, même par accident.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous dire comment vous en êtes venu à écrire du polar ?
A onze ans, je vivais au septième étage d’un immeuble de la ZUP de Saint Quentin dans l’Aisne. La voisine du dessus avait dix ans, elle était blonde et très belle, et elle avait un chien des Pyrénées, un « patou ». Je lui ai déclaré ma flamme, mais son cœur était pris : elle aimait son patou. Je souffrais comme un homme quand je la regardais embrasser son chien sur la bouche. Quand je lui ai dit qu’on partait vivre dans les Pyrénées (mes sœurs, mes parents et moi) elle m’a dit : « c’est le pays des Patous », ça m’a collé un choc. Aucune chance de séduire une fille avec des chiens comme ça dans tous les coins. C’est à ce moment-là que j’ai écrit ma première histoire : une histoire de tueur de chiens.

Comment ce sont passées vos recherches pour votre superbe roman Du son sur les murs aux éditions du Seuil ?
J’ai tapé « superbe roman » sur Google… Non, sérieusement, j’ai fait des recherches très pointues sur la balistique et les neurosciences mais c’était surtout pour m’aider à vivre normalement dans mon milieu quotidien.

J’adore le personnage de Jon Ayaramandi, jeune retraité pas comme les autres… Pouvez-vous le présenter aux lectrices et lecteurs qui n’ont pas encore lu votre roman.
C’est un vieux basque que le viagra fait bander comme un âne. Son comportement est globalement inadmissible. Heureusement, il se rachète moralement en tuant pour de l’argent.

Dans tout le roman flotte un air de musique. Votre passion ?
La musique a pour première vertu d’agacer les gens qui n’aiment pas la musique que vous écoutez. A un certain niveau sonore, elle peut également servir à les éloigner. Personnellement, j’écoute toutes sortes de musiques, ce qui me permet d’éloigner un large éventail de casse-couilles.

Avez-vous une anecdote sur ce roman ?
Quand Louise est morte, j’ai failli arrêter de l’écrire. J’étais triste et choqué. Si Jon avait été plus prudent, ça ne serait jamais arrivé. Ma compagne m’a dit : « mais pourquoi tu la fais mourir, t’as qu’à écrire autre chose ». Mais je n’y suis pas arrivé. J’ai compris à ce moment-là que l’écrivain n’est pas le Dieu de ses personnages, loin s’en faut. A moins que ce soit cela le drame de Dieu ? Putain, je viens de soulever quelque chose là, non ?

Ce qui est fort dans votre roman, c’est le côté humoristique. C’est important l’humour dans le polar ?
Jamais d’humour dans le polar. Je trouve que ça gâcherait.

Si je vous dis que je vois bien votre roman adapté au cinéma…
Ok, pourvu que Patrick Bruel ne joue pas dedans.

Comment écrivez-vous ? (le soir, le matin, dans un bureau…)
J’écris n’importe où, n’importe quand, ce qui est logique puisque j’écris n’importe quoi. Mais pour être franc, je suis tellement concentré que je ne me rends absolument pas compte du temps qui passe. Je peux écrire moins d’une heure ou onze heures d’affilée (mon record), quand je relève la tête je ne suis plus de ce monde. Quand j’écris, mon entourage me trouve insupportablement absent. Heureusement, je n’écris que le week-end et pendant les vacances et encore pas toujours !

Le concierge est curieux. Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ?
Des femmes tombent du ciel. Jon a 69 ans. Mylène est plus excitante que jamais. Des canetons se font bouffer par des poissons chats. Frida pilote une Lamborghini avec l’assistance de ces dons de voyance, tandis que Paco conduit trop lentement – c’est parce que d’habitude, il tire une caravane. Un fonctionnaire véreux se coince les couilles dans un tiroir. Jean-Luc Taureau a une fiancée qui s’appelle Amparo.

Quels sont vos écrivains préférés et pourquoi ?
Flaubert, parce que Salambo et la Légende de Saint Julien
Segalen, parce que René Leys
Antonio Lobo Antunes, parce que Le Manuel des Inquisiteurs
Alan Warner, parce que Ces terres démentes
Bret Easton Ellis parce que Moins que zéro
Quim Monzo parce que L’ampleur de la tragédie
Bradley Danton parce que Blackburn
Ken Bruen parce qu’il m’a donné envie d’écrire un polar (en 2010)

Quelle est l’actualité qui vous énerve et celle qui vous fait rire ?
Rien ne m’énerve, je suis un grand calme. J’ai plus d’aptitude pour le dégoût.

Ce qui me fait rire : qu’une des gamines qui a couché avec Berlusconi ait raconté qu’il avait les fesses flasques ; qu’elle se soit abaissé à le dire, que la presse ait relayé l’info… et cette façon de nous coller la main malgré nous sur les chairs molles de Berlusconi. (Et voilà, on parlait de rire et je sombre dans le dégoût, qu’est-ce que je vous disais !)

Je vous avais rencontré pendant le festival du roman noir de Frontignan 2012. Quelle impression gardez-vous de cet évènement ?
Notre rencontre ? Ben, c’était très émouvant. Le FIRN est le salon que j’ai préféré cette année. Les rencontres sont fabuleuses. Les soirées sont pleines d’amitié et de charme. Beaucoup de savoir vivre. Les programmations musique et ciné m’ont plu aussi. Je me suis baigné malgré le temps maussade, y avait même des vagues. J’ai mangé des huîtres en écoutant Joy Division. Le bonheur, quoi !

Comment voyez-vous l’avenir du Polar en France ?
Noir. (J’imagine que quelqu’un l’a déjà faite celle-là !)

Quels sont vos films préférés ?
Si loin si proche de Wim Wenders, Andrei Roublev de Tarkovsky (pour la première demi heure), Ombre et brouillard de Woody Allen (j’aurais pu en citer dix autres), Festen de Winterberg, 38 témoins de Lucas Belvaux, De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard, La maman et la putain d’Eustache (pour la première heure ?).

Quel serait votre mot de fin pour cette interview pour vos lectrices et lecteurs ?
Tenez-bon !