Bernard Boudeau :: Le marionnettiste

Bernard BoudeauUne belle surprise que ce roman, Le marionnettiste, sorti chez In Octavo et signé par Bernard Boudeau, superbe histoire à la construction aussi précise qu’une toile d’araignée.

L’histoire nous emmène dans une aventure franco-canadienne déroutante et merveilleusement bien faite. On s’attache au commandant Gonthier confronté à un redoutable adversaire. Comme un puzzle où chaque pièce nous entraîne dans les méandres du thriller.

C’est avec un grand plaisir que je suivrai cet auteur de grand talent et qui fera, je n’en doute pas, son chemin dans le monde du thriller

Allez zou, résumé :
« Mon fils Charles est en prison à Montréal, pour un meurtre, un crime abominable qu’il n’a pas commis… Il est innocent, toi seul peux le sortir de là ! » Des bars de Montréal aux bourgs de la Creuse, de la région parisienne aux rives du lac Saint-Jean commence alors, pour le commandant Gontier et Margaux sa compagne, une enquête souvent déroutante, dangereuse toujours. Charles a-t-il été piégé, a-t-il agi par compassion, pour aider son ami comme il le prétend ? Est-il victime ou bourreau ? Le temps presse…  Au centre de la toile, le jeune homme a cessé de se débattre.

« Mon âme s’était déchirée. J’aurais voulu me jeter la tête contre le mur, m’y fracasser le crâne. Il gagnait, il gagnait sur toute la ligne. Je ne pouvais rien faire, j’étais impuissant. J’avais perdu, tout perdu… Il venait de tuer la femme que j’aimais le plus au monde. J’avais été incapable de la protéger, de les protéger… Je sentis comme un long hurlement qui partait de mes entrailles, qui cherchait à se frayer un chemin jusqu’à ma gorge. Je serrais les dents, j’avais la bouche pleine de bile. Je voulais prendre sa place, je voulais mourir, disparaître à mon tour avant que ce ne soit pire. Mes muscles se bandèrent pour une dernière folie, la mort arrivait je m’apprêtais à l’embrasser à pleine bouche. Il y eut un second coup de feu… »

Du même auteur je vous conseille également Méfie-toi d’Assia (In Octavo) et L’homme qui aimait les tueurs (In Octavo).

Je vous laisse avec Bernard Boudeau. Très bonne lecture à tous et à bientôt pour une nouvelle interview du Concierge Masqué.

Pouvez-vous nous parlez de votre enfance et nous dire comment vous êtes venu à écrire du thriller ?
Mon enfance, je ne crois pas qu’elle soit intéressante au point de passer du temps dessus. Sinon pour l’écriture, il me semble que j’ai toujours cherché à écrire, le fruit de mes rêveries. Des chansons, des haïkus, des scénarios de jeux de rôle, des exercices pédagogiques (pour le boulot) des histoires inventées pour endormir mes enfants.

Le thriller est peut-être arrivé comme un prolongement naturel des scénarios de jeux de rôle. La construction en est très proche.

Comment vous es venus l’idée du Canada pour votre roman Le Marionnettiste, sorti chez In Octavo Éditions ?
J’ai lu un jour un livre de Joel Garreau qui se nommait Nine Nations of North America (les neuf nations d’Amérique du Nord). Neuf Nations, neuf lieux, neuf régions, c’est parti comme ça, pourquoi pas écrire neuf aventures, neuf bouquins qui auraient chacun pour toile de fond une des neuf nations décrites par Garreau.

Dans son ouvrage, il découpe donc l’Amérique du Nord en neuf entités culturelles : la Nouvelle-Angleterre capitale Boston, la Fonderie capitale Détroit, le Dixieland capitale Atlanta, la Fancophonie capitale Québec… etc. chacune de ces immenses zones géographiques possédant une culture propre, une façon de vivre, des valeurs particulières.

Méfie-toi d’Assia, le premier livre publié en 2009, trace des liens entre la France et la Floride, la nation caraïbe de Joel Garreau. L’homme qui aimait les tueurs publié en 2010, promène les lecteurs en Nouvelle-Angleterre, Le Marionnettiste emprunte les chemins de la Nouvelle-France, de Montréal à Québec.

… Mon intention dans cette troisième histoire était, en plus de l’intrigue, de proposer une balade dans la Belle Province. Les bars à bière de Montréal, les bleuets du lac Saint-Jean, sans oublier l’indispensable passage par Tadoussac et ses baleines.

Pouvez-vous nous parler de votre personnage principal, le commandant Gontier ?
Le commandant Gontier est un personnage de fiction résultat de la synthèse de plusieurs personnages existants. Ancien des forces spéciales, diplômé en psychologie, il  a quitté l’armée pour une raison inconnue.  Il vit avec une journaliste d’origine suisse, Margaux, ils ont une fille adoptive d’origine croate, Meleda.

A la fin du Marionnettiste on apprend qu’il a gardé en haut lieu des relations très influentes…  il se pourrait qu’on en apprenne plus à ce sujet, ainsi que sur Meleda et Margaux dans un futur roman.

Votre roman Le Marionnettiste est comme une toile d’araignée, vraiment superbe !! Comment se sont passées vos recherches pour ce roman ?
Pour un certain nombre d’événements, j’ai fait appel à ma mémoire, à des souvenirs pas forcément très éloignés. Je suis souvent allé au Québec pour des raisons professionnelles, j’y accompagnais des entreprises françaises dans leur installation outre-Atlantique. Techno Bio, n’existe pas mais ressemble à des clients que j’ai pu avoir, en en synthétisant deux ou trois on fabrique une société de roman.

Bien entendu des amis québécois m’ont aidé à ponctuer les dialogues d’expressions en joual…

Avez-vous une anecdote sur votre roman Le marionnettiste ?
Le passage avec le pianiste auquel Gontier demande de jouer la Manic est authentique, vécu. Dans la réalité, c’est moi qui un soir ai glissé un papier vers le musicien pour lui demander s’il savait jouer ce morceau…

La Manic !

C’était son dernier morceau avant sa pause, ce fut un de mes meilleurs souvenirs d’Amérique du Nord.

Méfie-toi d'AssiaPouvez-vous nous parler de votre roman Méfie-toi D’Assia, Un thriller salué par de nombreux jurys.
Avant d’être publié, j’avais écrit trois romans policiers. Lorsque le troisième fut terminé, j’ai eu le coup de foudre pour un des personnages secondaires…  Assia.

J’ai estimé qu’elle méritait d’avoir son histoire, un livre pour elle toute seule. Elle est devenue l’héroïne de Méfie-toi d’Assia. Ce fut ce livre, le quatrième écrit, qui fut édité en premier.

Grâce à lui, j’entrai dans l’univers des auteurs de polars. J’ai fait des salons, des festivals, Lens, Montigny, Mennecy, Cognac et suis allé rencontrer les membres du jury du prix intramuros pour lequel le livre avait été sélectionné. Le jury Prix INTRAMUROS est composé de Détenus d’établissements pénitenciers du Poitou-Charentes. Les auteurs sélectionnés pour le prix vont donc rencontrer les prisonniers qui ont lu leurs romans dans les différents établissements pénitenciers. Une expérience extrêmement forte, riche en émotions.

Comment vous écrivez ? (le matin, le soir, dans un bureau…)
Pour moi, écrire est une activité enfermée dans les contraintes de n’importe qu’elle activité professionnelle. Probablement que les contraintes aident à la création. Je bloque donc autant que possible des plages de temps, des semaines uniquement consacrées à ça. Pendant ces périodes, écriture entre 8h et 13h, ensuite repas, pause, balade et retour devant le clavier vers 18h.

Le concierge est curieux. Êtes-vous en train d’écrire un nouveau thriller ?
Churchill a dit : ”L’écriture est une aventure. Au début c’est un jeu, puis c’est une amante, ensuite c’est un maître et ça devient un tyran.” Je suppose en être à la phase amante. La maitresse que l’on retrouve sans cesse avec plaisir, à qui l’on pardonne les caprices et les exigences pour le plaisir qu’elle donne.

Ceci pour dire qu’effectivement j’ai une histoire sur le feu.

Quels sont vos auteurs préférés ? Vos références ?
Difficile de les nommer tous, spontanément je dirai Jules Vernes, Conan Doyle, Jack London, Fenimore Cooper pour les grands anciens puis Robert Merle, Grahame Green, Pierre Boule, Dennis Lehane, Lawrence Block, James Lee Burke, pour les plus récents.  J’ajouterai une place pour Hergé et une autre pour François Bourgeon.

Quelle est l’actualité qui vous énerve et celle qui vous fait rire ?
L’actualité qui m’énerve celle qui est étalée dans les journaux télé, heureusement que la télécommande a une touche éteindre. Celle qui me fait rire…

Quelles sont vos passions dans la vie ?
L’écriture, la photo, la musique… avec des permutations dans l’ordre des préférences.

L’homme qui aimait les tueursQuelles sont votre musique et chanson préférées ?
La musique je dirai le jazz, le rock, les musiciens qui torturent les cordes de leurs guitares. Vu le contexte autour du Marionnettiste je dirai pour ma chanson préférée, bien sûr, la Manic. Une des plus belles chansons d’amour des années 60, un texte qui raconte les lettres d’un travailleur exilé sur le chantier de la centrale Manic-5 et du barrage Daniel-Johnson. Il dit combien il se sent seul, loin de celle qu’il aime.

“Si tu savais comme on s’ennuie

À la Manic

Tu m’écrirais bien plus souvent…”

Quels sont tes films préférés ?
Ceux qui me font rêver, qui me transportent, j’ai adoré Pour elle un film de Fred Cavayé avec Vincent Lindon et Diane Kruger, une belle prestation d’acteur, une histoire que j’aurais aimé imaginer. Sinon dans les grandes références, Chabrol et ses coups de pâtes à la bourgeoisie, Annaud et sa guerre du feu, Audiard et ses dialogues, un de mes films préférés L’itinéraire d’un enfant gâté de Lelouch.

Comment vois-tu l’avenir du thriller ?
Qu’il soit papier, informatique, au cinéma ou dans les livres je suppose qu’il devrait continuer de bien se porter. Tant que l’être humain aura envie de rêver, de s’évader, tant qu’il voudra frémir pour des héros qui lui ressemblent, le thriller sera là, quelque soit le nom qu’on lui donnera.

Quel sera ton mot de fin ?
Ravi d’avoir échangé avec toi et à très bientôt.