Barbara Abel :: Derrière la haine

Barbara AbelAprès avoir lu le roman de Barbara Abel, Derrière la haine (Fleuve Noir), vous aurez une autre vision de vos voisins, et vous resterez cloîtrés chez vous ? Et si vous avez une haie dans votre jardin, vous en surveillerez la hauteur…

Si je vous dis ça, c’est que depuis la lecture de ce roman , je regarde mes voisins autrement… si si, je vous jure !

Barbara Abel a réussi avec brio ce roman d’une noirceur implacable. Superbe roman noir psychologique à vous glacer les sangs pour longtemps et qu’on dévore avec avidité. Et je pense que nous entendrons parler de cet auteur qui a un brillant avenir.

Résumé de Derrière la haine :
Ce qui sépare l’amitié de la haine ? Parfois, une simple haie de jardin…
D’un côté, il y a Tiphaine et Sylvain ; de l’autre, il y a Lætitia et David.
Deux couples voisins et amis, ayant chacun un enfant du même âge.
Deux couples fusionnels et solidaires qui vivent côte à côte dans une harmonie parfaite.
Jusqu’au jour du drame.
Un tragique accident fait voler en éclats leur entente idyllique, et la cloison qui sépare leurs maisons tout comme la haie qui sépare leurs jardins ne sera pas de trop pour les protéger les uns des autres. Désormais, les seuls convives invités à la table des anciens amis s’appellent Culpabilité, Suspicion, Paranoïa et Haine…

Je vous souhaite une très bonne lecture et vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures.

Pouvez-vous nous parlez de votre enfance et nous dire comment vous êtes venue à l’écriture ?
J’ai eu une enfance parfaitement banale : j’ai été une petite fille aimée et choyée, dans un cadre familial équilibré, parents divorcés mais n’est-ce pas devenu la normale ? Une sœur, deux frères dont je suis l’aînée… Non, vraiment, je n’ai aucune circonstance atténuante. Quant à mon métier d’écrivain, je le suis devenue un peu par hasard : au départ, je voulais devenir comédienne. J’ai suivi des cours de théâtre, d’abord à Bruxelles, ensuite à Paris. Puis, de retour à Bruxelles, j’ai écrit une pièce de théâtre avec mon compagnon, que nous avons montée, puis que j’ai interprété avec Danièla Bisconti (une grande comédienne belge) sur différentes scènes bruxelloise ainsi qu’au festival de Spa. J’ai alors réalisé que j’avais pris autant de plaisir à l’écrire qu’à la jouer. J’ai poursuivi ma chasse aux castings, mais en attendant que la gloire sonne à ma porte, j’ai continué à écrire. Et finalement, c’est l’écriture qui a « marché » en premier… J’ai donc poursuivi dans cette voie.

Comment se sont passés les recherche pour votre roman Derrière la haine, sorti chez Fleuve Noir ?
Assez simplement. Lorsque j’écris un livre, l’exercice principal consiste à me mettre à la place de chacun des personnages. Comme je viens de le dire, j’ai fait du théâtre dans ma jeunesse – ;-) – et cela m’aide beaucoup pour travailler la psychologie de mes personnages. Pour chacun d’eux, je me dis : « Si cela m’arrivait à moi, comment réagirais-je ? » en tenant évidemment compte de la personnalité de chacun. Après, il y a le travail de documentation lorsque j’aborde un sujet que je ne maîtrise pas : la gémellité, par exemple, dans Duelle, ou l’amnésie dans La brûlure du chocolat. Pour Derrière la haine, je me suis beaucoup documentée sur les différents processus de deuil ainsi que de résilience.

Comment peut-on passer de l’amitié à la haine ?
A cause de la douleur, des non-dits, de la rancœur, de l’amertume. De l’impuissance aussi. Le fait de devoir subir sans rien pouvoir faire pour alléger la souffrance… Cette haine envers l’autre, c’est comme un garde-fou pour ne pas sombrer dans la folie.

Vous êtes arrivée à me tenir en haleine jusqu’à la fin, parlez-nous de Lætitia et Tiphaine ?
Deux femmes ordinaires, voisines d’abord, amies ensuite. Elles sont vous, elles sont moi. Et puis le drame va les frapper, l’une en particulier, rompant à jamais la parfaite harmonie qui les liait jusqu’ici. A partir de là, il n’y aura plus jamais d’équilibre, et le paradis qu’elles étaient parvenues à construire va brutalement se transformer en Enfer. Tout simplement parce qu’il y en a une qui souffre plus que l’autre. L’autre souffre aussi, bien sûr, mais pour elle, la vie va peu à peu reprendre son cours, sous les yeux de celles dont l’existence a été irrémédiablement brisée. Et ça, c’est tout simplement insupportable pour elle. Le problème, c’est qu’il leur est impossible de prendre leurs distances puisqu’elles sont voisines.

Ce qui marche dans cette histoire, c’est qu’elle est d’une simplicité imparable et qu’elle met en scène des gens ordinaires. Elle peut toucher tout le monde.

Avez-vous une anecdote sur votre roman Derrière la haine ?
J’ai mis longtemps à l’écrire… J’ai eu l’idée de ce roman il y a au moins 5 ou 6 ans, mais vu que le drame sur lequel reposait l’idée impliquait un enfant (sans en dire trop), j’avais du mal à m’y mettre. C’est idiot peut-être, une sorte de superstition… N’empêche, je perçois confusément qu’on ne manipule pas impunément certaines histoires.

Comment vous écrivez ? (Le matin, le soir, dans un bureau…..)
Au risque de vous décevoir, j’ai pratiquement un horaire de « fonctionnaire » (sans aucun mépris). Ayant des enfants, je ne peux écrire que lorsqu’ils sont à l’école. J’écris chez moi.

J’adore la Couverture de votre roman. Pouvez-vous nous en parler ?
Alors ça, c’est une vraie fierté. La couverture, c’est ma sœur qui l’a conçue. Elle est graphiste, et je l’ai proposée à mon éditrice. Au début, elle a fait quelques propositions de couvrante qui ne convenaient pas du tout, et ça a bien failli foirer ;-). J’ai cru qu’elle avait abandonné, elle était enceinte à l’époque et avait d’autres boulots sur le feu, et puis un jour en fin d’après-midi, je reçois un texto de mon éditrice m’informant que la couvrante de ma sœur est acceptée. Je n’y comprends plus rien ! J’appelle ma sœur qui saute de joie et m’apprend qu’elle a fait une nouvelle proposition sans m’en parler. Quand je lui demande de m’envoyer la couvrante (que je n’ai toujours pas vue) elle est très embêtée : elle a laissé son portable au bureau et j’ai dû attendre le lendemain pour la découvrir. Je suis d’accord avec vous : elle est superbe !

Le concierge est curieux !! Pouvez-vous nous donner l’eau à la bouche et nous parler de votre prochain roman ?
Non ;-)

Pouvez-vous nous parler de L’instinct maternel (éditions du masque) et de vos impressions après avoir gagné le prix Cognac en 2002 ?
Ce fut une magnifique aventure ! J’étais enceinte, j’avais 30 ans, je n’étais nulle part du point de vue professionnel. Un matin, je reçois un mail de Serge Brussolo, alors directeur de collection aux éditions du Masque, qui avait lu une de mes nouvelles policières : il m’informe qu’il cherche de jeunes auteurs et que si j’ai un projet de roman, je n’hésite pas à le lui proposer. Je n’avais rien dans mes cartons (au sens propre comme au figuré : nous étions en plein déménagement), mais quand on reçoit ce genre de mail, il faut prendre le train en marche sans quoi, personne ne vous attend. Le jour même, je vais faire des courses dans une supérette près de chez moi. A la caisse, devant moi, une femme, voyant que j’étais enceinte, engage la conversation, me dit qu’elle possède des vêtements de grossesse, qu’elle habite le quartier et qu’elle veut bien me les donner si je l’accompagne jusque chez elle. Cela faisait des années que je vivais dans ce quartier et je ne l’avais jamais croisée. Cette proposition m’a mise mal à l’aise. J’ai poliment décliné et je suis rentrée chez moi. Je raconte l’anecdote à mon compagnon qui me demande pourquoi j’ai refusé. D’une traite, je lui explique que, peut-être, cette femme était stérile et cherchait juste à m’attirer chez elle pour me séquestrer et me voler mon bébé. Je m’interromps soudain : quelle histoire ! J’en fais un synopsis que j’envoie à Serge Brussolo. Il trouve l’idée intéressante, me demande d’écrire 3 chapitres. J’entame la rédaction du roman et chaque mois, je lui envoyais mes chapitres. Lorsque le roman fut écrit, il m’annonce qu’il le propose pour le Prix Cognac. Voilà. En quelques mois, j’étais devenue maman et écrivain. Pour info, je n’ai plus jamais vu la femme de la supérette. Mais ma carrière était lancée.

Vos romans sont adaptés à la télévision ? Pouvez-vous nous en parler ?
Là aussi, très belle aventure, et très belle rencontre avec Serge Meynard qui a adapté Un bel âge pour mourir, rebaptisé Miroir, mon beau miroir… avec Emilie Dequenne et Marie-France Pisier. C’est vraiment étrange de découvrir une histoire qui sort de votre imagination sur un écran, avec d’aussi belles comédiennes pour donner vie à vos personnages. J’ai même fait une minuscule apparition dans le film (un clin d’œil à la Hitchcock). Serge est un admirable réalisateur, qui a réussi à s’approprier l’histoire sans en dénaturer l’esprit. Certaines scènes étaient retranscrites à l’écran exactement comme je les avais imaginées… C’était très troublant pour moi. Et très intense.

Quels sont vos écrivains préférés ? Et pourquoi ?
Je n’ai pas d’écrivain préféré… Je trouve toujours bizarre d’être fan inconditionnel de quelqu’un. De la même manière, je comprends parfaitement qu’on puisse aimer certains de mes bouquins et pas d’autres. En revanche, j’aime des livres : La maison près du marais, d’Herbert Lieberman, par exemple. Ou Novecento : pianiste, de Alessandro Baricco. Ou encore Les piliers de la terre et Un monde sans fin de Ken Follet que j’ai littéralement dévoré. Brady Udall, aussi, avec son magnifique Le destin miraculeux d’Edgard Mint

Quelle est l’actualité qui vous énerve actuellement et celle qui vous fait sourire ?
Actuellement, ce sont les supporters de foot qui m’énervent. Bon, c’est vrai que le foot ne m’intéresse pas vraiment, et que je vis en plein quartier portugais. Mais ce sont plutôt les réactions démesurées que le foot provoque qui m’insupportent. Sans parler du hooliganisme, je trouve que le comportement de certains supporters frôle vraiment l’hystérie. Calmez-vous, les gars, ce sont juste 22 mecs en short qui courent derrière  un ballon. Attention, je ne suis absolument pas contre le foot en lui-même, et certainement pas contre la notion de sport d’équipe. C’est juste le comportement de certaines personnes qui perdent complètement le contrôle que je ne supporte pas.

Ce qui me fait sourire ? Les portugais ont perdu, hier soir. Ouf ! On va enfin pouvoir dormir tranquilles. (Je vais me faire haïr ;-) )

Quel endroits de Bruxelles aimeriez nous faire connaitre absolument ?
Mon quartier, Saint Gilles, une sorte de village en plein cœur de la ville, avec son marché, ses commerces, ses bistros… Dès que je sors de chez moi, je croise des connaissances, des voisins ( ;-) ), des amis, on s’arrête deux secondes, on papote… L’école de mes enfants est aussi dans le quartier, leurs copains vivent tous à proximité… C’est sympa. Ici, je me sens vraiment « chez moi ».

Quelles sont votre musique et chanson préférées ?
Là aussi, comme les livres, j’aime de manière éclectique : Archive, Dr John, Thomas Dutronc, Beth Gibbons, Leonard Cohen, Tom Waits, Joe Cocker…

Quels sont vos films préférés ?
Alors : Un singe en hiver de Henri Verneuil et La vie est belle de Franck Capra. Définitivement !

Quel serait votre dernier mot pour vos lecteurs et lectrices de France ?
Pour ceux qui m’ont lue et aimée : merci ! Pour ceux qui ne me connaissent pas encore : accordez-moi les 100 premières pages de Derrière la haine. Si vous n’aimez pas, abandonnez. Je comprends tout à fait qu’on puisse ne pas aimer ce genre de bouquin. Mais si vous aimez les thrillers psychologiques, je pense que vous apprécierez… ;-)