Stéphane Marchand :: Maelström

Stéphane Marchand et le concierge masquéC’est au Salon du Polar de Lens 2012 que j’ai enfin pu rencontrer ce talentueux auteur, lu quelques mois plus tôt, qui m’avait vraiment enthousiasmé par son talent d’écrivain.

Le roman de Stéphane Marchand, Maelström (Flammarion Éditions), est une pépite qui se dévore en quelques jours, hélas. On y voyage de San Francisco et Philadelphie à la poursuite d’un monstre vraiment diabolique. Mêlant suspense et superbe histoire d’amour, ce roman est une très belle réussite prouvant, une fois de plus, que les auteurs français ont un sacré talent d’écriture. Un grand coup de cœur du Concierge. Bravo Monsieur !

Petit résumé de Maelström avant de vous laisser avec l’interview que l’auteur a bien voulu m’accorder :

Cette inscription tracée en lettres de sang sur le mur de son salon bouleverse Harold Irving, un écrivain dont la vie part en lambeaux. S’engage alors un terrifiant jeu de massacre orchestré par le Maestro. Pris au piège de ce tueur machiavélique et sans limites, Harold va s’unir à Dexter Borden, un flic du FBI et Franny Chopman, un médecin légiste, pour tenter d’enrayer la mécanique d’une implacable vengeance. Mais comment échapper à un monstre qui a tout prévu, tout planifié, anticipé la moindre de vos réactions ?

 

 

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous dire comment vous êtes venu à écrire du thriller ?
J’ai connu une enfance des plus heureuses qui m’a laissé le loisir d’échafauder des rêves que je m’efforce de réaliser depuis. Contre vents et marées. Mes parents m’ont fait de beaux cadeaux, j’ai essayé de ne pas les gâcher même si je n’ai pas suivi la voie qui les aurait rassurés. Et j’ai très envie de faire la même chose avec les deux petits hommes de ma vie. Pour eux, je suis prêt à me dépasser. Je les regarde grandir avec émotion et admiration. Chaque jour je lisse leurs ailes pour qu’ils puissent un jour voler librement dans tous les ciels de leurs désirs. Quant à Maelström, ce n’est pas mon premier livre mais c’est en effet mon premier thriller. J’avais envie depuis longtemps, tout simplement, alors j’ai fini par craquer.

Comment se sont passées vos recherches pour votre roman Maelström ?
Je vis six mois de l’année à San Francisco, je commence à en connaître les petits secrets…

Je plaisante, je ne connais pas cette ville, mais elle me fascine depuis belle lurette, peut-être à cause de Steve McQueen et de la poursuite en voiture dans Bullitt ! Peut-être aussi parce que j’aime ces rues qui montent et qui descendent, avec toutes ces petites maisons colorées et la proximité du Pacifique. Maintenant vous connaissez la vérité, je ne me suis pas rendu aux États-Unis pour faire des repérages. Google Earth a plutôt bien remplacé l’avion qui n’est pas trop ma tasse de thé. Je me suis concentré pour composer Maelström avec un grand souci du détail, tant sur le plan géographique que sur le plan clinique. Je me suis penché notamment sur quelques ouvrages de référence concernant l’hypnose, laquelle revêt un rôle non négligeable dans ce thriller. Voili, voilà !

Trois personnages sont primordiaux dans ce roman : Harold, Dexter, et le Maestro. Pouvez-vous en parler, pour les lecteurs et lectrices qui ne l’ont pas encore lu ?
Harold Irving est un écrivain sur la corde raide, il s’enfuit peu à peu de lui-même, se perd et s’efface entre des femmes de passage et des alcools divers ; Dexter Borden est un flic du FBI à la dérive, mal dans sa peau, en manque d’un grand amour volatilisé par un incendie. Quant au Maestro, c’est un homme profondément blessé par la vie qui décide un beau jour de panser ses plaies. Il prend un nom de guerre… Le Maestro ! Dès lors, l’histoire peut commencer… Il y a également Franny Chopman et Katsumi, deux femmes de très grande importance dans ce livre (les femmes sont toujours essentielles, dans la fiction comme dans la vraie vie !) Embarqués dans cet irrésistible « maelström » créé par le Maestro, tous ces personnages vont donc se croiser, s’unir, se déchirer et, confrontés à leurs démons intérieurs, découvrir peut-être comme une petite lumière au bout de leur chemin de pénitence.

Si je vous dis que votre roman n’est pas qu’un thriller mais aussi un beau roman d’amour, que me répondez-vous ?
Je vous dis merci du fond du coeur, Monsieur le Concierge ! Si Maelström est un roman sur le poids du passé, sur le mensonge et la force des souvenirs qui remontent toujours à la surface, sur le désir, le sexe, la solitude, la violence et les liens du sang, c’est également un roman d’amour fou qui laisse entrevoir qu’une fois sorti du brouillard, après bien des réminiscences et un long parcours en enfer, il existe peut-être quelque part un espoir de rédemption.

On imagine aisément votre roman adapté au cinéma, avez-vous un projet cinématographique ?
Yes, Monsieur ! Les droits de Maelström ont été achetés il y a quelques mois par une société de production qui désire en faire une adaptation cinématographique. On m’a demandé d’en écrire le scénario. J’ai accepté à condition de pouvoir travailler avec Isabelle Sobelman, scénariste de La Môme. Nous sommes censés rendre notre copie définitive début 2013 pour que le scénario soit traduit, retravaillé aux États-Unis et proposé à un réalisateur du cru. To be continued…

Avez-vous une anecdote marrante sur votre roman Maelström ?
Je ne sais pas si c’est « marrant », mais au départ j’avais imaginé Maelström sous la forme d’un scénario. J’ai finalement écrit un roman tout en rêvant secrètement de cinéma. Maelström est d’ailleurs construit à la manière d’un script. J’ai volontairement abandonné le style plus littéraire de mes précédents romans pour insuffler à ce livre un rythme censé procurer l’envie compulsive d’enchaîner les chapitres. Et au bout du compte, me voilà en position d’écrire le scénario à la demande d’une maison de production. La boucle est bouclée ! Finalement, ce n’est pas très marrant… mais c’est très sympa !

Comment vous écrivez ? (le matin, le soir, dans un bureau…)
Avec mon cœur, avec mes tripes. Avec un stylo plume ou un stylo bille, un feutre ou un crayon. Avec ce que j’ai sous la main, j’écris sur des feuilles de papier, des tickets de caisse du Super U, sur mon iMac, sur mon MacBook Air, dans le répertoire de note de mon iPhone (maintenant, vous connaissez mon addiction certaine et dramatique pour les produits de chez Apple !) Le matin, le soir, la nuit, dans un bureau, sur une table de cuisine, sous la douche, dans mon bain, en voiture, et beaucoup dans ma tête et dans mes rêves. J’ai sûrement oublié des tas d’endroits !

Quels sont les romans que vous avez aimés et pourquoi ?
Il y en a tellement ! Dans le désordre, j’ai tant aimé Giono, Irving, Char, Saint-John Perse, Alfred Döblin, T.C Boyle, Modiano et beaucoup d’autres. Je peux néanmoins livrer deux titres qui m’ont marqué par leurs différentes qualités, un ancien et un récent. Il y a fort longtemps La Chute de Camus fut une de mes plus belles leçons d’écriture. Sans doute à l’origine de mon désir de devenir écrivain. Et l’année dernière, Seul le silence de R.J Ellory m’a beaucoup impressionné. C’est un thriller mais c’est surtout un livre écrit par un écrivain, ce qui n’est pas si fréquent. Je risque de m’attirer quelques ennemis (d’un autre côté, je ne cite aucun nom !), mais j’ai la sensation qu’en ce siècle où tout va si vite, certaines réputations littéraires sont légèrement surfaites.

Quelle impression de gagner le Prix de Lens 2012 ?
Un immense plaisir. Comme je l’ai déjà dit au cours de récentes interviews, ce week-end dans le Nord fut un véritable enchantement. J’ai aimé rencontrer tous ces lecteurs si enthousiastes, passionnés et généreux, et toute une bande d’auteurs vraiment adorables. Sans oublier l’accueil des plus chaleureux de la part des organisateurs qui ont supporté nos délires d’adolescents. Car c’est la force de tels salons, nous rendre légers et nous faire replonger vers un état mental proche de l’enfance. En un mot comme en cent, ce n’est rien que du bonheur. Et j’ai éprouvé la même sensation quelques semaines plus tard, à l’occasion de « Sang pour Sang Polar » où j’ai retrouvé certains comparses de Lens et rencontré de nouveaux auteurs très très attachants. Cela me conforte dans cette idée que le petit monde des écrivains de thrillers est un lieu à part où peuvent se nouer de belles complicités et de réelles amitiés. Nous écrivons des choses pas toujours gaies, souvent violentes, mais nous sommes très gentils !

Le Concierge est curieux. Quels sont vos projets littéraires ? Mettez nous l’eau à la bouche…
C’est logique d’être curieux pour un concierge, masqué qui plus est. J’en déduis que vous faites très bien votre métier ! J’ai différents projets. Tout d’abord, mener à bien le scénario de Maelström. Pour le reste, mon prochain thriller est bien avancé, mais je me pose la question de savoir s’il s’agit d’un thriller à proprement parler. C’est différent de Maelström et je me demande comment il sera perçu. J’ai également écrit les soixante premiers feuillets d’un autre thriller en trois saisons (pour le coup assez proche de « Maelström » dans le traitement). Parallèlement, je n’abandonne pas l’idée de cette trilogie sur le destin d’un enfant-vampire à la recherche de parents qu’il n’a jamais connus. Je travaillais sur ce thème voici plus de dix ans, mais mon personnage se nommait Eliot Baker… et un certain Harry Potter allait faire son apparition sur la scène littéraire. Je me suis effacé. Je viens également de terminer un petit roman plus intimiste sur la fragilité des rêves et la complexité des rapports humains que je n’arrive pas à me décider à faire lire ! J’ai un peu peur, j’avoue ! Si on ajoute à cela que je dois trouver un nouvel éditeur et que je ne sais pas encore ce que je vais lui présenter en premier, c’est une période légèrement floue. Je suis un peu perdu dans ce brouillard qui enveloppe souvent San Francisco et j’attends l’éclaircie avec sagesse. Enfin, pour me détendre (façon de parler !), j’envisage d’écrire un roman un peu chaud et libertin pour une maison d’édition comme La Musardine.

Dans son interview pour le Concierge Masqué, Dominique Maisons vous cite comme un de ses auteurs préférés : « Stéphane Marchand, parce que Maelström vient de sortir en poche, parce que c’est un pote, parce que son roman est drôle et attachant, et parce que ça me fera rire de voir sa tête s’il lit l’interview ! » Quelle est votre réponse ?
Je trouve ça super mignon. Et je dois avouer : voilà un homme fort avisé qui a les pieds sur terre ! Plus sérieusement, cela ne m’étonne pas tant que ça ! Dominique est un type bien, un fort sympathique spécialiste en clins d’oeil, il est drôle, tendre, généreux et imprévisible au bon moment ! Il fait partie de mes très belles rencontres des deux derniers salons auxquels j’ai participé. Et je lui souhaite le meilleur avec ses livres. « Sea » U Soon, Amigo !

Quelle est l’actualité qui vous énerve et celle qui vous fait rire ?
D’une façon générale, l’actualité m’attriste plus qu’elle ne m’enchante. Je n’aime pas toujours le monde comme il va. Et je souhaite de tout coeur que nos enfants arrivent à bien le défaire pour mieux le refaire ensuite. Cela dit, dans l’actualité récente, une nouvelle ne m’a pas trop attristé. Si je ne suis pas du genre à souhaiter la mort de quiconque, je pense que Roger Garaudy ne manquera à personne. A part ses proches, bien sûr… Toujours est-il que cet homme est bel et bien mort et c’est un fait qu’il ne pourra jamais nier !

Pouvez-vous nous parler de votre passion pour la peinture ?
C’est lié à l’enfance. De même que j’ai beaucoup lu avant d’écrire, j’ai passé de longs moments à visiter des expositions et feuilleter des ouvrages d’art posés sur la table basse du salon de mes parents ou rangés sur les étagères de leur bibliothèque. En découvrant De Staël, Miro et les autres, je me suis dit assez naturellement « un jour, moi aussi, je vais peindre ». C’est arrivé bien après la publication de mes premiers romans au Mercure de France. Je me suis réellement décidé à la suite des disparitions successives de Nicolas Bréhal et Simone Gallimard. J’étais triste qu’ils soient morts. J’avais vécu de très jolis moments avec ces deux personnes et je ne me sentais que peu d’accointances avec Isabelle Gallimard qui venait de reprendre les rênes du Mercure. Or, publier pour publier ne m’attirait pas plus que ça. Bref, j’ai quitté la petite scène littéraire. Et je me suis mis à peindre. Pendant plus de quinze ans. Exposant un peu partout, rencontrant au fil du temps un certain nombre de collectionneurs. Ce n’est que longtemps après qu’est revenue l’envie de publier. Avec Maelström. Cela dit, je n’ai jamais totalement cessé d’écrire car des histoires ne cessaient de naître et vivre dans ma tête.

Quelle est votre musique et chanson préférées et pouvez-vous nous parler de votre travail en tant que parolier ?
J’aime la musique en général (on peut le constater en découvrant la BO de Maelström), je suis ému quand j’écoute le Requiem de Fauré, je suis heureux quand j’entends Costello, Sinatra, Chet Baker, Ella Fitzgerald et Louis Armstrong, je peux m’en aller loin dès les premiers accords de Miles Davis et John Coltrane, mais si je devais citer l’album qui a marqué mes jeunes années, c’est sans conteste Songs in the Key Of Life de Stevie Wonder, en 1974.

Mon travail en tant que parolier est assez léger, soyons clairs ! Disons qu’il m’a permis d’être inscrit comme auteur à la Sacem. Et de voir des musiciens en studio. J’adore ça ! Écouter une démo pour la première fois et penser aux paroles qui vont donner une couleur supplémentaire à la mélodie. J’ai donc écrit quelques chansons pour des musiques de films. J’ai travaillé quelques semaines avec David Koven mais il n’arrivait pas à chanter mes textes. Trop compliqué ! Et j’ai écrit cette chanson titre pour l’album de Natasha St-Pier, A chacun son histoire. Manque de chance, elle a commencé à bien marcher sur l’album suivant. Je ne tire somme toute aucune gloire de cette période, c’est même assez grotesque, sachant que mes aspirations m’auraient plutôt conduit à travailler avec des interprètes comme Bashung ou Stephan Eicher. Pour autant, il n’y a rien à regretter, car tous deux ont rencontré le parolier de leur vie. Il me reste néanmoins quelques désirs dans ce domaine. Écrire pour Paul Personne, par exemple, me plairait bien. Mais pour tout avouer, j’ai un peu raté mon coup avec la musique. Je me suis mis très tard à la guitare, j’apprends tout seul, et c’est une certitude, je ne ferai jamais l’Olympia ! En revanche je suis fier d’avoir enregistré une chanson, un jour, à l’époque où le premier de mes petits hommes était encore un tout petit bonhomme. J’ai enregistré ma voix et ma guitare sur une console Yamaha, j’ai gravé le CD et je le passais à Oscar dans les encombrements, ce qui l’apaisait lorsqu’il commençait à trouver le temps long. Il se souvient encore du titre. Quand il nous arrive de nous promener dans Paris, il fredonne Dans les rues de Paris, cette petite chanson dont les paroles ne sont d’ailleurs pas de moi. Enfin, pour me consoler de n’avoir pas appris la musique quand j’étais petit, je dis toujours « oui » sans hésiter quand mes enfants me parlent d’instruments de musique. Du coup, il y en a beaucoup à la maison ! Oscar commence à assurer aux percussions et Simon risque de suivre ses traces. Après, ils en feront ce qu’ils voudront…

On pourrait donc se demander à bon droit pourquoi il est précisé « parolier » dans les activités de ma biographie. Je ne sais pas ! Peut-être que j’ai tout simplement encore un peu d’espoir dans ce domaine. Je ne lâche pas facilement l’affaire ! Cela dit, à la réflexion, il eût été plus judicieux de remplacer « parolier » par « photographe ». La photographie me passionne en effet depuis toujours. Saisir des instants, créer une atmosphère, cadrer ce que l’œil nu ne voit pas forcément, aller chercher les choses derrière les choses, trouver le bon angle et la lumière qui peuvent rendre l’instant magique. J’ai des projets dans ce domaine. Une expo et peut-être un livre. Je vais bientôt avoir besoin de modèles pour des portraits. Et de femmes de tous les horizons pour faire des nus qui se rapprocheront sans doute de ma peinture. Tout est lié, en fin de compte….

Quel est votre film préféré ?
Gorges profondes… Non, je plaisante ! C’est difficile quand on est un dingue de cinéma de donner un seul titre. Disons que j’aime autant Capra pour The Shop Around the Corner que Kubrick pour Shining, John Boorman pour Délivrance ou Norman Jewison pour L’affaire Thomas Crown. J’éprouve une grande tendresse pour Les choses de la vie et César et Rosalie de Sautet, pour Un Homme et une femme de Lelouch et pour L’homme qui aimait les femmes de Truffaut. Des voix, des regards, des plans, des atmosphères, de la musique, c’est un ensemble, tout un montage dont la justesse peut vous entraîner dans un univers magique. J’ai tellement besoin d’images et de musique qu’il faudrait que j’écrive un livre pour en parler. Alors je m’arrête là !

Quel sera votre mot de la fin, pour vos lectrices et lecteurs ?
Tout d’abord, merci à vous, cher Concierge masqué, pour vos questions « indiscrètes » et l’intérêt que vous avez bien voulu me porter. Je vous souhaite encore des milliers de cancans glanés ça et là sur le territoire de votre passion !

Et merci infiniment à toutes celles et tous ceux qui me suivent depuis la parution de Maelström. Sans vous, sincèrement, je ne serai pas grand-chose. Juste un écrivain avec un livre. Ce qui ne rimerait pas à grand-chose. C’est pour cette raison que je souris toujours un peu quand certaines et certains qui se prennent un peu trop pour des artistes à part prétendent qu’ils n’écrivent pas pour la reconnaissance. Il me semble pourtant que le fait de publier est un désir fou de faire le premier pas vers des lecteurs et qu’en secret nous en souhaitons tous des milliers. L’essentiel c’est l’exigence envers soi-même pour donner aux autres le meilleur, le reste n’est que verbiage et prétention !