Dominique Maisons :: Le psychopompe

Dominique Maisons et le concierge masquéDominique Maisons nous offre une formidable bouffée d’oxygène avec ce roman grâce auquel vous apprendrez ce qu’est Le psychopompe. La traque du personnage principal, Alice, est magistrale, très réussie. L’intrigue vous tient en haleine jusqu’au bout, à tel point qu’il est impossible de refermer le livre avant la fin. Un monde exotique qu’il nous fait découvrir avec talent et une description des lieux qui nous fait rêver.
Un livre qui fait vraiment peur, où l’on ferme les yeux tant l’angoisse est présente. Un thriller qui reste en mémoire longtemps.

En résumé :
Paris, hiver 2011. La vie d’Alice Jourdan bascule dans l’horreur la nuit où elle se fait agresser par un vagabond fantomatique qui a le visage de son mari défunt. L’incident plonge la jeune femme dans un état de terreur paranoïaque. Elle va se confier à Victor Bellanger, flic marginal en pleine dérive, qui n’hésite pas à rompre avec tout cadre légal pour mener sa propre enquête. Tous deux se retrouvent au cœur d’une série d’incidents violents liés au passé familial de la jeune femme… Isolés et traqués, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour échapper à l’abîme…

Cerise sur le gâteau, ce roman a remporté le Grand Prix VSD du polar 2011.

Si avec ça je ne vous ai pas convaincu, c’est que je ne connais rien aux bons thrillers. ;-)

Je vous laisse avec l’auteur qui a bien voulu répondre à mes questions de Concierge.

À la semaine prochaine, mes amis.

 

Peux-tu nous parler de ton enfance et nous raconter comment tu es venu à écrire du thriller ?
Enfance du côté des Halles, à l’époque où elles étaient encore « le ventre de Paris », puis en grande banlieue, mais rien qui me prédisposait à écrire des thrillers, Dieu merci. Ce qui m’a entrainé sur cette voie dangereuse, c’est mon goût de la structure et de la manipulation, mon goût du roman à intrigue, des personnages de la littérature populaire, mon amour des romans de gare et de l’imagination sans limites qui s’y déploie. Je ne me sens pas limité dans ma création en écrivant des thrillers, je ne suis pas sûr de retrouver cette liberté dans d’autres chapelles…

Comment se sont passées les recherches pour ton roman Le psychopompe ?
Elles ont commencé par l’art, assez étonnamment. Je me suis intéressé au vaudou en me rendant à une exposition sur Malraux et les peintres magiciens d’Haïti à Montparnasse, puis sur l’art vaudou à la fondation Cartier. J’y ai découvert un univers fascinant, loin des clichés des poupées et des messes noires, une religion d’une richesse étonnante dotée d’une capacité d’adaptation et d’intégration unique. Cet intérêt m’a donné le point de départ, l’univers dans lequel se déroulerait mon roman. Après toutes les recherches complémentaires se sont imposées d’elles-mêmes au fur et à mesure de la construction de l’intrigue. Je suis devenu un spécialiste en schizophrénie, expérience de mort imminente et organisation de la police nationale… On apprend beaucoup en écrivant, c’est l’un des charmes de cette activité !

Celui qui aide les âmes à trouver le chemin vers l’au-delà : Le psychopompe. Peux-tu nous raconter comment t’es venue l’idée de ce titre ?
En me documentant sur les drogues utilisées par les shamans lors des rituels de passage, des expériences de sorties de corps. Le peyotl entre autres, est souvent qualifié de drogue « psychopompe » parce qu’elle permet à celui qui l’ingère d’avoir l’illusion d’accéder au monde des morts. Dans la mythologie, un dieu psychopompe a pour rôle de guider les âmes vers les enfers… ce qui fait courir les personnages du roman a cette capacité, du moins ils le croient, alors ce titre m’a semblé être à la fois intrigant et correspondre au roman.

Mais il a fait l’objet de discussions âpres avec mon éditeur, il sortira d’ailleurs en poche en octobre sous un autre titre « Les violeurs d’âmes » qui a le mérite d’être plus accrocheur…

Parle nous de deux personnages importants du roman : Alice Jourdan et Victor Bellanger ?
Ce sont deux écorchés, des personnages en rupture et pleine marginalisation. Alice vient de perdre son mari et de découvrir qu’il la trahissait, elle est seule, désemparée, fragile. Ce qui lui arrive dès le début du roman a des conséquences lourdes sur son état mental, mais je ne peux pas trop en dire plus pour ne pas gâcher la découverte aux lecteurs… Victor, lui, est un flic marginal qui vient juste de reprendre le service après avoir frôlé la mort à cause d’une intervention un peu suicidaire. Ça ne l’a pas calmé et il continue de prendre des risques démesurés et d’avoir un comportement asocial et brutal.

Ils se trouvent l’un et l’autre parce qu’ils cherchent quelque chose à quoi se raccrocher sans se rendre compte qu’ils vont s’entrainer mutuellement dans la folie…

A-t-on une chance de revoir Victor Bellanger dans un autre de tes romans ?
Peut-être un jour, mais je l’ai beaucoup esquinté dans ce roman et il va lui falloir du temps pour se remettre ! J’utilise dans mes deux prochains romans (un à paraitre en octobre et un en cours d’écriture), un autre personnage du Psychopompe, Paul Rochat, qui n’est pas extraordinairement sympathique dans ce premier opus, mais qui gagnera à être connu, je vous le promets !

On ressent dans le roman ton amour pour l’Afrique, et on reste marqué par les problèmes de déboisement qui font disparaître des peuples entiers. Est-ce que ce problème te touche ?
Bien sûr, je suis mortifié par l’irréparable. Je crois que l’homme, en temps qu’espèce, a la capacité de trouver des solutions à presque tous ses problèmes, mais son cynisme et sa cupidité causent la disparition d’autres espèces, qu’elles soient animales, ou végétales ce qui constitue un appauvrissement terrible pour notre monde. On s’adaptera à la montée des eaux, au réchauffement, à la pollution, mais rien ne fera revenir ce qui a disparu, des langues disparaissent sans qu’on ait appris à les parler, des espèces de plantes et d’insectes s’éteignent sans qu’on les ait étudiées, tout ce savoir nous manquera, on le paiera un jour, je le crains…

Est-ce que le polar doit appuyer là où ça fait mal ? Doit-il montrer les choses qui ne fonctionnent pas dans la société ?
Je n’écris pas de polars, l’enquête policière est secondaire dans mon livre. Mais je pense qu’aucune œuvre ne nait « hors sol », elle s’imprègne de la personnalité de l’auteur et de sa vision du monde. Donc, même si ce n’est pas mon but, loin de là, il y a un témoignage dans mon livre, un modeste message sur la mort, la nature, la place de l’homme dans le monde… J’aime l’idée de proposer plusieurs niveaux de lecture, même si le divertissement reste l’axe principal.

Tu as gagné le Prix du Polar 2011 VSD, quel a été ton impression ?
Un conte de fée ! Je n’avais jamais été publié et du jour au lendemain, je reçois un prix, rencontre Didier Van Cauwelaert qui me félicite, suis édité, réponds à des interviews… Un truc de dingue ! Sur le moment on ne se rend pas trop compte, mais quand je croise des auteurs qui galèrent depuis des années pour faire connaitre leur travail malgré leur talent, je mesure la chance que j’ai eue.

As-tu une anecdote sur ton thriller ?
C’est un miraculé ! J’ai écrit deux romans d’affilée, le premier je l’ai envoyé partout, à tous les éditeurs de France… Personne n’en a voulu, à juste titre, ce n’était qu’un brouillon indigeste. Mais cette expérience m’avait agacé, démoralisé et j’avais terminé Le psychopompe en me disant que je ne l’enverrai pas, que j’avais perdu assez de temps avec ces démarches. Je suis juste tombé un soir sur un site où on pouvait envoyer ses manuscrits en ligne en un clic à un éditeur. Je me suis laissé tenter, il aurait fallu l’imprimer qu’il ne serait jamais parti ! Coup de bol, ce simple geste a suffi à le faire naitre… Et bien naitre !

Le concierge est curieux !! Peux-tu nous parler de ton prochain roman ? Nous donner l’eau à la bouche !!!
Il s’appellera « Rédemption », il sortira en octobre dans toutes les bonnes crèmeries ! C’est un thriller qui se déroule entre Paris et Port-au-Prince, il y est encore question de Vaudou, haïtien cette fois-ci. L’intrigue y est plus échevelée, il y a plus d’action et des personnages hauts en couleur. J’y abats les cloisons et on part à l’aventure pour de bon, au milieu d’espions russes, de sociétés secrètes, d’assassinat mystérieux, de femmes fatales et de reliques étranges… Accrochez-vous !

Comment écris-tu ? (Le soir, le matin, dans un bureau….)
Quand je peux ! Un peu partout à toute heure du jour ou de la nuit… Dès que je peux, même pour 20 mn… Après, je me relis beaucoup et je corrige et réécris énormément, mais j’avance, il faut avancer presque tous les jours, même un peu, sinon on ne s’en sort pas !

Quels sont tes auteurs préféré ? Et pourquoi ?
Denis Lehane. Pour la maitrise de son écriture, la qualité de ses dialogues et la force de ses personnages. Pour Shutter Island, Un Pays à l’aube et Mystic River qui m’ont vraiment bluffé.

Michel Houellebecq, pour la force de ses thèmes, son intelligence, sa vision sur lui-même et sur nos sociétés. Lire une de ses œuvres est à chaque fois une remise en cause et un grand moment de lecture. Sans aucun doute, c’est l’auteur qu’on citera dans 100 ans pour évoquer la littérature française de notre époque. Il est certes reconnu, mais je crois qu’on le sous-estime et qu’on ne se rend pas bien compte de son importance. J’adore même son personnage médiatique, pour dire que je suis fan !

Stéphane Marchand, parce que Maelström vient de sortir en poche, parce que c’est un pote, parce que son roman est drôle et attachant, et parce que ça me fera rire de voir sa tête s’il lit l’interview !

J’ai vu que ton rêve c’était de déposer tes valises à Venise ?
Ah la tentation de Venise ! Oui ! à chaque fois que je suis surmené, que j’ai besoin de faire un break, je rêve d’aller m’installer là bas. On peut y vivre hors du temps dans un univers de beauté et de mystère… que demander de plus ? Il ne me reste plus qu’à prendre la place de Dona Leon !

Quelle est l’actualité qui t’énerve ? Et celle qui te fait marrer ?
Éric Besson, pas foutu d’être là le jour de la passation. Pas une question d’opinion, mais quel manque de dignité ! Il parait qu’il veut arrêter la politique… Il ne me manquera pas celui-là !

Les marches du Festival de Cannes sous la pluie… Je sais, c’est méchant, mais ça me fait rire…

Si tu devais être un héros de roman policier, lequel serais tu ?
Judex ! Parce que c’est un magnifique personnage de la littérature populaire française et qu’il n’a pas été assez utilisé à mon avis. Je ne vous en dirai pas plus pour que vous alliez le découvrir par vous-même !

Quelles sont ta chanson et musique préférées ?
Les quatre saisons de Vivaldi… Pour Venise !

La soul des années 60 pour la rage et la passion qui l’habitent. Stax, Motown, Hi Records… Indémodable.

Quel serait ton mot de fin pour tes lecteurs et lectrices ?

Vous devez être sacrément tordus pour lire des trucs pareils !