François Thomazeau :: Consulting

François TomazeauSi vous n’aimez pas les cadavres tués délicatement, passez votre chemin,  Consulting de François Thomazeau (éditions Au-delà du raisonnable) n’est pas pour vous.

Comment qualifier ce roman ? Sans doute un polar social. Un livre qui fait réfléchir sur certains faits de notre société. L’auteur nous fait découvrir un duo improbable aux visions divergentes sur les choses du travail : Antoine est tueur,  Pascal est syndicaliste !

J’attends le prochain avec impatience, François Thomazeau vient de gagner un fan !

Petit résumé du roman :
Excepté les victimes, les personnages de cette histoire semblent mépriser toutes les formes de sincérité et d’idéalisme qui pourraient subsister dans notre société. C’est leur job. Antoine, consultant employé par La Boîte, et Pascal, syndicaliste plaqué par sa femme et licencié suite à un plan social, sont enchaînés l’un à l’autre par une conjoncture violente. Petits maîtres de l’ironie ou vrais cyniques, le tandem, que les temps modernes ont revêtu d’un réalisme troublant, se lance sur les routes en quête de réhabilitation. Bien sûr, ils n’ont ni les mêmes motivations ni les mêmes méthodes, et les pistes se brouillent. On pense à Lautner, car, dans ce scénario noir et caustique sur le dégraissage nouvelle tendance, la critique sociale avance à peine masquée, avant d’exploser en exutoire. Une reconversion, comme disent les managers.

Très bonne interview avec l’auteur et à bientôt.

Peux-tu nous parler de ton enfance et nous dire comment tu es venu à écrire du polar ?
Je suis né à Lille, j’étais un petit chti et ma mère me chantait le petit quinquin. Puis je suis venu à Marseille à l’âge de quatre ans. Ce fut un choc culturel et émotionnel, mais je suis tombé amoureux de Marseille comme on tombe amoureux de sa maîtresse. Je l’ai trouvée bizarre, inquiétante, mais terriblement attachante. Je rêvais d’être Enid Blyton, d’écrire des Club des Cinq. Ce que je préférais dans ses bouquins, c’était les injustices, je m’identifiais à Jacques, dans le Clan des Sept, un peu le loser… J’étais déjà du côté obscur de la force.

Que veut dire : être l’un des pionniers du néo polar Marseillais ? Je connaissais pas le mot Néo Polar..
Néo-polar ? Comme tous les « mouvements », c’est une invention médiatique, qui fait référence au polar des années 70, inspiré notamment par Jean-Patrick Manchette et qui traite de sujets plus sociaux, plus politiques, dans un style épuré, rejette le roman policier d’enquête ou verbeux. Je ne m’identifie pas trop à ça. C’est la génération avant la mienne, qui écoutait du jazz et restait très marquée par 68. Moi, 68, je l’ai passé à jouer aux osselets dans la cour de mon école, j’avais sept ans. Et puis tu as le polar marseillais, une autre invention pas trop pertinente, sinon que je m’entends bien avec la plupart des auteurs du cru. Il n’y a pas que de la grande littérature, mais pas mal d’humanité.

consulting-thomazeauParle-nous de tes deux personnages principaux de ton roman Consulting : Antoine et Pascal que j’ai adoré.
Ce sont des archétypes. Des types qui n’existent que par leur fonction et le rôle social qu’ils se sont donnés. Antoine est un tueur, mais comme ça fait moche, il s’est affublé du titre de consultant. C’est de la novlangue… Pascal passe pour une victime, un petit syndicaliste brisé par la crise. C’est aussi une posture. On m’a reproché de négliger leur psychologie, mais ils n’en ont pas. Ce sont des pions, des marionnettes. Il y a plein de gens comme ça. Ils font des saloperies au boulot et ils aiment leur femme et leur chien.

Comment se sont passées vos recherche pour Consulting ?
Je n’en ai pas fait. J’ai passé de longues années dans une énorme multinationale, des Antoine et des Pascal, j’en ai connus. J’en connais.

Je vois bien ton roman adapté au cinéma. Y a-t-il un projet ?
Oui, plusieurs même. Le bouquin avait été remarqué lors d’un festival en Californie de promotion de la littérature policière française. Mais je n’ai pas eu de suite. Depuis, deux boîtes de prod sont sur le coup. J’espère que ça va aboutir et être un beau projet artistique plus que commercial.

Parle-nous de cette maison d’éditions : Au-delà du raisonnable ?
Elle porte bien son nom. Elle a été montée par Véronique Ducros, une ancienne de Paris-Match, avec ses indemnités de licenciement. On est en plein dans Consulting. Véronique, c’est vraiment une éditrice. Elle se bat contre des moulins sans perdre pied parce qu’elle sait qu’elle a raison contre le « raisonnable », qu’elle fait un truc important et de qualité, et que ça marchera malgré les pisse-froid.

Comment écris-tu ? (le matin ? le soir ? dans un bureau….)
Mon bureau est à 1,50 m de mon lit, ce qui demande une énorme force mentale d’écrire plutôt que de siester. Cela dit, quand je bute sur un problème d’écriture, je dors et le sommeil le résout généralement. Je suis plus efficace le soir, entre 20h et une heure du matin. J’ai été journaliste sportif pendant 25 ans et ce sont les horaires de travail que je pratiquais. Le matin, je relis, je déplace les virgules. Ça me pose des problèmes de sociabilité parce que je vais souvent à reculons dans les soirées parce que j’ai un chapitre sur le feu…

As-tu une anecdote sur Consulting ?
Tous les éditeurs à qui je l’avais fait lire lors de sa première mouture, vers 2006, m’avaient assuré que c’était totalement invraisemblable, que je caricaturais, qu’en France, les choses ne se passaient pas comme ça, que la vie dans les entreprises n’était pas aussi dure. Puis il y a eu l’affaire de la caisse noire du syndicat patronal de la métallurgie, les suicides chez France Télécom. Et du coup, je n’étais plus juste un paranoïaque. Certains m’ont rappelé. Trop tard.

La critique sociale est importante dans tes romans. Est-ce primordial pour toi ?
Non. J’essaie avant tout de raconter des histoires. Mais les histoires, c’est souvent des rapports entre les gens, ça devient vite du social. Et on vit depuis une quinzaine d’année dans un monde tellement absurde, où l’imposture sociale fait la loi, où une aristocratie de la finance autoproclamée a confisqué le pouvoir, l’argent, jusqu’à la vie des gens que c’est difficile de ne pas en parler. Ça pourrit les relations humaines au quotidien, c’est l’air du temps des années que nous vivons. Tu mets en scène cinq personnages, il y en a forcément un qui déprime, un au chômage, un qui a des problèmes d’argent, un divorcé, parfois tout en un ! Le social s’impose dans la littérature, malheureusement.

Parle nous pour ceux qui te connaissent pas de la série « RMistes justiciers » ?
C’était une série déconnante parce que j’aime le polar déconnant, Kinky Friedman, Carl Hiaasen, des auteurs qui n’ont pas en France le succès qu’ils connaissent ailleurs. On n’aime pas trop la littérature humoristique en France. J’ai voulu faire « Amicalement vôtre » à l’envers, avec deux justiciers désœuvrés, pas parce qu’ils sont richissimes, mais parce qu’ils sont fauchés. Du coup, ça devient social, forcément. C’est paru en partie en Librio, la collection à deux balles, et ça a bien marché.

Parle-nous de ta vision de Marseille, quels endroits aimerais-tu nous faire découvrir et pourquoi ?
C’est une ville très particulière, assez unique. C’est un puzzle mal ajusté de tout un tas d’endroits et d’atmosphères différentes. Il y a plein d’endroits magiques : la calanque de Sormiou, un coin de Grèce ou de Crète en pleine ville, l’anse de Malmousque, un petit port de pêche à l’ancienne au cœur de la ville, de sublimes quartiers excentrés que même les Marseillais connaissent mal : Sainte-Marthe, Saint-Julien, les Trois Lucs. Mon prochain roman se passe entièrement à Saint-Marcel, un quartier périphérique où personne n’aurait l’idée de mettre les pieds. À tort. Sinon, il faut se promener dans les ruelles du Roucas Blanc, descendre la rue Pablo Picasso un jour de soleil. La vue est incroyable.

Tu es un passionné de musique, tu as d’ailleurs enregistré plusieurs disques. Quelle est ta chanson préférée ?
La musique, c’est comme une deuxième respiration, non ? Les gens qui en sont privés sont handicapés, à mon avis Il leur manque un poumon. Pour moi, c’est une nourriture vitale, je vis, j’écris en musique. J’ai toujours une chanson dans la tête, je chantonne dans la rue, en travaillant. C’est comme un ver solitaire qui m’habite, qui serait un peu crooner sur les bords. Ma chanson préférée ? Ça dépend des jours… Je vais en donner quatre parce qu’elles sont complètement différentes et couvrent la palette de ce que j’aime. My funny Valentine de Rogers & Hart, God only knows des Beach Boys, People get ready des Impressions, Going underground des Jam. Et tout les Beatles, et tout Jobim.

Quelle est l’actualité qui t’énerve et celle qui te fait rire ?
Les pages économie/finance m’exaspèrent souvent. Totalement connectées au pognon, totalement déconnectées de la vie des gens. Les hauts gradés de la finance sont comme les généraux d’antan, ils envoient des millions de gens au casse-pipe pour des intérêts totalement futiles ou scandaleux. Et ils pensent que Dieu et le droit sont de leur côté. J’adore les faits divers, forcément, et le sport. C’est mon métier.

Journaliste Sportif ? Quel est ton sport préféré ? Et l’événement sportif qui t’a marqué ?
Mon sport préféré à voir et à pratiquer (quand j’étais môme !), c’est l’athlétisme. À couvrir comme journaliste, le cyclisme et le ski. L’événement qui m’a le plus marqué, c’est forcément le Tour de France. J’en ai couvert 23 (je crois !) et c’est ma vie en juillet depuis 1986. C’est un truc hors du temps, convivial et inutile, héroïque et souvent ridicule. Avec des types formidables et des ordures. Le Tour ressemble beaucoup à la vie.

Le Concierge est curieux ! As-tu des projets d’écriture ?
Plein. Là j’écris une autobiographie de Marseille. C’est un roman, mais qui essaie de raconter l’histoire de cette ville. Trop complexe pour le résumer. Je vais sans doute ressortir quelque chose chez « Au-delà du Raisonnable ». C’est très avancé, mais je recule la date de remise du manuscrit !

Quels sont les livres que tu as aimés lire ?
Des polars forcément. J’ai eu plusieurs phases. Gamin, Rouletabille comme tout le monde dans la collection Livre de poche avec le chat hérissé. Puis Léo Malet, Robin Cook. Ensuite le polar déconnant, comme expliqué plus haut.

Dans la « grande » littérature ? Mon tiercé dans le désordre : Dostoievsky, Conrad, Dickens. Pas de Français ? Pas trop, non. La Voie Royale de Malraux, grand roman d’aventures, La peste de Camus, un superbe thriller qui installe une tension avec un talent mille fois supérieur aux meilleurs faiseurs de suspense américains. Et un grand roman noir parce que tout le monde se réveille du cauchemar à la fin en se rendant compte qu’en réalité, il continue… Sinon, Nick Hornby, GK Chesterton, Keith Waterhouse,JG Ballard, Iain Banks surtout des auteurs britanniques. J’ai fait des études d’anglais, j’ai vécu là-bas, c’est ma culture…

Quel serait ton mot de fin pour tes lectrices et lecteurs ?
Keep the faith !