Sébastien Rutès :: Mélancolie des Corbeaux

Je sors ma plume pour vous parler de ce polar qui m’a profondément marqué. Je dirais même que c’est plus qu’un polar, c’est une superbe fable noire. Ce roman est très original, car il prend des oiseaux et animaux comme personnages. Ça a réussi avec les fourmis, alors pourquoi pas ?

Je vous conseille ce roman superbement écrit, avec un suspense qui se tient, qui vous donnera une nouvelle vision du Parc Montsouris. Bravo à l’auteur pour cette réussite.

La tradition veut que je vous offre un résumé du roman avant l’interview :
Des lions se sont mystérieusement échappés d’une ménagerie et menacent les autres animaux de semer la terreur dans Paris. Pour déjouer leur menace, le Conseil des animaux décide de faire appel à Karka, le vieux corbeau chargé des missions délicates. Sur la troisième branche d’un févier du parc Montsouris, le long des pentes de la voie ferrée désaffectée, vit en ermite Karka, le Corbeau Freux. Revêche et solitaire depuis qu’un Faucon Gerfaut brisa son aile et que tous l’abandonnèrent, Karka fuit les Pies bavardes et les Canards pompeux du parc, qu’il ne quitte guère.
À la seule Ierk, la Mouette démazoutée, il confie sa mélancolie et les amères réflexions que lui inspire l’instinct animal, jusqu’au jour où la rumeur de la disparition des Bêtes du Bois de Boulogne franchit les grilles du parc, portée par les Oiseaux migrateurs. Krarok, le Grand Corbeau du Conseil des Animaux de Paris, se décide alors à faire mander Karka, après toutes ces années.

Je vous laisse avec Sébastien Rutès qui a eu la gentillesse de répondre aux questions du Concierge et je vous dis à la semaine prochaine.

Ma première question de Concierge : Parlez-nous de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire du roman noire ?
C’est une question de Psychanalyste Masqué plutôt que de Concierge ! Ma réponse risque de vous décevoir, d’abord parce que je ne suis pas certain d’écrire du roman noir et ensuite parce qu’en tout état de cause je ne crois pas que mon enfance ait à voir avec ce choix, si c’en est un. J’ai eu une enfance calme et aimante, pas de traumatisme (je crois…) qui expliquerait une propension au noir. En fait, je lisais peu de polars : quelques romans policiers anglo-saxons, Agatha Christie comme tout le monde, quelques nouvelles de Conan Doyle… J’étais plutôt roman d’aventure et fantastique, heroic-fantasy surtout : Tolkien, Leiber, Farmer… De l’épouvante et du surnaturel en littérature de Lovecraft, m’a servi de guide à travers le fantastique fin de siècle, Machen, Hodgson, Dunsany… Je suis venu au polar plus tard, à l’université, et encore, pas par goût personnel mais parce que l’œuvre du mexicain Paco Ignacio Taibo 2, à laquelle j’ai consacré ma thèse de doctorat, m’intéressait du point de vue de ses pratiques intertextuelles. Comme il s’agissait d’interpréter ses innombrables références culturelles, j’ai dû rattraper mon retard : Hammett, Chandler, Conan Doyle, Manchette… C’est par là que j’en suis venu à lire du roman noir et, peut-être, à en écrire. Mais vous avez sans doute constaté en lisant Mélancolie des corbeaux que le fantastique de ma jeunesse, mon premier amour littéraire, revient irrémédiablement ? C’est comme « la première fille qu’on a tenu dans ses bras »…

Qu’est que qui vous plait dans la littérature latino-américaine, car je vois que vous avez fait un Essai consacré à l’auteur Mexicain : Mr Paco Ignacio Taibo II et que vous êtes Maître de Conférences ?
Lénine à Disneyland est tiré de ma thèse, c’est une version réécrite pour les amateurs de polar et les fans de Taibo 2 plutôt que pour les universitaires. J’ai retiré les parties trop théoriques, notamment les analyses sur le concept d’intertextualité, en gardant la thèse centrale : les références littéraires et cinématographiques chez Taibo 2 participent d’une esthétique de roman policier mais surtout d’un projet idéologique de (re)politisation de la culture populaire. C’est une idée fondamentale pour comprendre la littérature post 68 au Mexique et plus généralement en Amérique latine : la culture est toujours politique, littérature et réalité ne sont pas deux choses distinctes, les livres ne sont pas destinés qu’à parler de la réalité mais aussi et surtout à la changer, la culture est engagement. Une vision que je partage, bien sûr.

Quant à ce qui me plaît dans la littérature latino-américaine, c’est difficile à dire, nous parlons d’une vingtaine de pays avec des traditions, des référents et des pratiques littéraires assez différentes. S’il faut résumer, je dirais que la littérature hispano-américaine me paraît l’une de celles (que je connais) qui réussissent le mieux, actuellement, à concilier l’exigence d’expérimentation formelle (dans la lignée du boom des années 1960-70 mais avec le recul critique d’un demi siècle de rejets et réappropriations) et la nécessité de raconter des histoires, de partir de la matière anecdotique d’un continent toujours en proie aux soubresauts politiques, à la violence quotidienne, à la misère, au crime organisé, à l’injustice, à tous ces maux sociaux que le roman a la mission de raconter sans oublier qu’il est art, et donc que son exigence première est stylistique. Rien ne sert d’avoir une bonne histoire à raconter si l’on ne trouve pas la bonne façon de la raconter !

Comment ce sont passées les recherches pour votre très original roman, Mélancolie des Corbeaux, sorti chez Actes Noirs ?
Depuis la sortie du roman, je passe pour un ornithologue accompli : en réalité, je n’y connais rien. J’ai consulté quelques sites spécialisés sur le net, des forums de discussion, une ou deux encyclopédies animales et j’ai passé de très nombreuses heures à me faire dorer au soleil sur les bancs du square des Batignolles, sous prétexte d’observer les canards. Mais l’important n’est pas là. Il ne s’agit pas de devenir un spécialiste mais de créer les conditions de la vraisemblance. En un mot, de faire croire. Après La loi de l’Ouest, des fans de western venaient me parler de films dont j’ignorais tout, c’est parfois gênant mais c’est le signe que le pari est réussi. Même chose pour Mélancolie des corbeaux : un ornithologue, même amateur, y relèverait sans doute des dizaines d’erreurs mais je n’ai pas la prétention d’avoir écrit un reportage animalier ni un traité de sciences naturelles. Mes références sont essentiellement littéraires, et j’ai beaucoup d’imagination. Est-ce qu’un corbeau peut s’accoupler avec une corneille ? Est-ce qu’on trouve des corneilles mantelées en France ? Est-ce que les hérons migrent l’hiver ? Je n’en sais rien… La seule chose qui m’intéresse, c’est que le lecteur y croit. Pour ça, il faut choisir soigneusement ses effets de réel, quelques mots évocateurs qui fonctionnent comme des clés, des détails convaincants : la disposition des plumes du corbeau, la description de la parade nuptiale, l’organisation sociale d’une corbeautière… Mais, surtout, c’est la langue qui compte : pour faire entrer le lecteur dans le monde animal, il fallait lui faire croire à la voix du corbeau, il faut qu’il accepte que l’histoire lui est racontée par un corbeau et que ce n’est pas un problème. Il fallait donc inventer un langage particulier pour le différencier d’une narration humaine normale. C’est là que se situe le vrai travail : construire une langue poétique, avec des rimes intérieures, une langue un peu vieillie, avec des archaïsmes et –c’est un truc mais qui a son importance– des verbes introducteurs de dialogues qui déroutent le lecteur : mes animaux cancanent, piaulent, ramagent, trillent, caracoulent…

Parlez-nous de votre personnage principal que j’ai vraiment beaucoup aimé : Karka le Corbeau ?
C’est mon personnage le plus autobiographique. Pas parce que je me prends pour un corbeau mais parce que Karka se pose les mêmes questions que moi. C’est d’ailleurs ce qui le différencie des autres animaux : il se pose des questions. Ce ne sont pas toujours les bonnes, il y apporte souvent des réponses fausses et surtout, il regrette de se les poser. Il aimerait cesser de penser, sa condition d’animal en ville l’amène à réfléchir trop. Il voudrait retrouver l’animalité parce qu’elle est plus confortable, il voudrait se laisser dicter ses comportements par l’instinct, tout en sachant qu’il est trop tard pour lui. Il a avancé sur le chemin de l’évolution, assez pour se poser des questions mais pas assez pour y répondre correctement, et il n’y a pas de retour possible vers l’immédiateté des bêtes. Alors il reste perché, littéralement suspendu entre deux états, entre instinct et raison, loi naturelle et loi sociale, comme à la croisée des chemins de l’évolution, et il se répète : « que de pensées ! pourquoi faut-il qu’il m’en vienne tant ? ». En haut de son févier du parc Montsouris, il est un peu comme moi dans mon sixième étage sans ascenseur, isolé du monde en plein au milieu de la cohue, à observer pour tenter de comprendre. Mais je suis moins revêche… Ces interrogations (qui ont valu au roman d’être qualifié de fable philosophique) sont constitutives du personnage, mais j’ai aussi voulu jouer avec le cliché du détective de roman noir : Karka est un vieux solitaire sur le retour, il a une aile cassée, symbole des blessures de la vie, il n’a pas de famille, vit en ermite et se laisse facilement séduire par les poules qui passent. On l’imaginerait bien avec une gabardine usée… Mais ce n’est qu’un clin d’œil, je ne voulais pas que Karka soit une simple transposition d’archétypes littéraires (je me suis méfié comme de la peste de toute tentation parodique !) ni une métaphore trop évidente des problématiques humaines. Je voulais qu’il vive sa vie de corbeau, avec ses propres peurs et les absurdités propres à sa condition d’animal sauvage en ville.

Si je vous dit que je pense avoir lu une très belle fable noire…
Vous n’êtes pas le premier à le remarquer mais, pour moi, le roman n’a en commun avec la fable que de mettre en scène des animaux. Je n’avais pas du tout le genre de la fable en tête en l’écrivant. Les deux ou trois références au corbeau de La Fontaine sont des clins d’œil, comme celles au corbeau d’Edgar Poe. En faire des parents éloignés de Karka avait pour but de renforcer la sensation que tous les corbeaux (et les autres animaux) sont liés entre eux, moins individualisés que les hommes, presque interchangeables et qu’à leur décès, un de leur semblable les remplace sans qu’ils accordent à la mort un caractère tragique ou une quelconque transcendance. Mais j’ai essayé de ne pas en abuser car je ne voulais pas que le discours de Karka soit « pollué » par des références culturelles qu’il ne peut pas avoir, en tant que corbeau. Moi qui suis naturellement porté vers la référence intertextuelle, l’allusion, la réécriture, j’ai essayé de me contrôler au maximum. Pour en revenir à votre question, la fable implique à mon sens une morale finale, et le roman n’en a pas. Ce serait contraire à la nature de Karka, qui est de se poser des questions. Chaque animal, à sa façon, apporte une réponse différente aux questions qui sont posées, celle de la légitimité de la violence, celle de l’engagement, la liberté, la question religieuse, la question politique… Karka est évidemment le plus proche de moi, mais ses réponses ne sont pas forcément les miennes. Quoiqu’il en soit, le roman n’a pas de morale finale…

Une phrase a titillé mes sens de concierge : « Or le temps était révolu où les humains du jardin des plantes capturaient les chats errants pour en nourrir les serpents ».
Je vous disais que mes références étaient plutôt littéraires : c’est une anecdote que j’emprunte à Paul Léautaud. Dans son Bestiaire, il s’indigne de ce que les gardiens de la ménagerie du Jardin des Plantes payaient deux sous aux enfants qui ramenaient vivants des chats errants pour nourrir les serpents. C’était au début du siècle (Léautaud en parle en 1908, je suis allé vérifier). Rassurez-vous, dans son Journal Léautaud est plutôt magnanime (c’est rare) avec les concierges, chez qui il plaçait les chats et chiens abandonnés qu’il ramassait dans la rue quand il n’avait pas encore la maison de Fontenay pour les recueillir tous.

Avez-vous une anecdote sur Mélancolie des Corbeaux ?
Le roman a été nominé pour le prix « 30 millions d’amis » ! Depuis, on me demande si je suis engagé dans la protection des animaux, si j’ai des animaux moi-même, ce genre de questions. C’est ce que je vous disais plus haut concernant le western. C’est drôle, si vous écrivez un roman policier, on ne vous demande pas si vous vous sentez proche des policiers ou des criminels… Le monde animal m’a permis de repenser différemment les problématiques humaines, notamment les thématiques traditionnelles du roman noir, les animaux subissant la vie en ville de la même façon que nous, tout du moins ceux d’entre nous qui sont les moins protégés : violence, compétition, promiscuité, solitude, peur de l’autre. Au final, je n’ai pas remporté le prix « 30 millions d’amis »…

Parlez-nous de vos deux autres romans publiés aux éditions L’Atinoir : Le Linceul du vieux monde et La loi de l’ouest ?
Le linceul du vieux monde est mon premier roman. C’est un hommage à un auteur qui a beaucoup compté dans mon approche de la littérature et de la vie : Oscar Wilde. Je le prends à la toute fin de sa vie, les derniers mois de son exil parisien, au comble de la déchéance, alors qu’il est seul et méprisé de tous. De tous sauf, dans le roman, des vieux anarchistes dont il se sentait proche. On connait mal la pensée politique de Wilde, qu’il exprime dans L’âme de l’homme sous le socialisme. C’est une sorte d’individualisme libertaire plus esthétique qu’idéologique. Wilde a écrit des choses du genre : « il est plus honnête de voler que de mendier », « la misère est mère du crime moderne » ou « tout pouvoir est nocif, quel qu’il soit », très proches des théories libertaires, notamment du droit au vol. Dans le roman, il aide un vieil imprimeur, ex terroriste revenu de la propagande par le fait, à disculper les groupuscules anarchistes d’un complot dont on les accuse, en échange de son aide pour dynamiter la tour Eiffel (Wilde la détestait, c’était pour lui le symbole du mauvais goût bourgeois). Là encore, la langue est importante, une partie des dialogues est écrite dans différents argots du XIXe que j’ai reconstitués à partir de dictionnaires d’époque et de lectures de Carco, Richepin et d’autres plus récents, comme Simonin. J’ai même ajouté un petit lexique, à la fin du livre.

La loi de l’ouest a été qualifié de western parisien. C’est un roman que j’ai écrit au début du dernier quinquennat, comme une sorte de défouloir contre un climat politique et social qui devenait de plus en plus oppressant. Le protagoniste est un acteur raté, un looser un peu infantile fasciné par le western à cause de son vieil hippie de père et dont la vie se complique le jour où il décroche un rôle de shérif dans un western à la française, un film de genre un peu intello. Il connaît une descente aux enfers, se marginalise progressivement, connaît la rue, dors sous les ponts. Mais, chaque matin, il joue son shérif dans le film. Le roman alterne les deux récits, qui finissent par se rencontrer. Le roman est bourré d’allusions aux westerns, aux acteurs hollywoodiens, à l’épopée de l’Ouest américain, auxquels le protagoniste compare la vie en France, autour de l’idée que la loi du plus fort s’impose, que Paris se transforme en territoire comanche, avec ses cowboys, ses indiens et ses desperados, dont certains sont inspirés de personnalités reconnaissables. Arizona Bill, le shérif, est une sorte de vengeur social solitaire dont on aurait eu plutôt besoin, à une époque…

Comment vous écrivez ? (Le matin, le soir, dans un bureau…..)
Idéalement, j’écris le matin, dans mon bureau. Mais je suis plutôt du soir, alors j’ai parfois du mal à me lever assez tôt pour être efficace. Ce qui est certain, c’est que j’ai besoin de calme. Enfin, c’est très théorique, maintenant que j’y réfléchis : j’ai écris les deux premiers chapitre de Mélancolie des corbeaux dans un train entre Lyon et Toulouse et une bonne partie du final en vacances aux Baléares, sur un balcon, tôt le matin avant que le soleil soit trop haut. Bon, en résumé, je n’ai pas un rythme d’écriture très défini…

Le Concierge est curieux. Quel sera votre prochain roman ? Juste quelques indices…
C’est un roman à quatre mains, que j’écrivais avec un ami mexicain, l’écrivain Juan Hernández Luna, récemment décédé. Il faut lire les merveilleux romans noirs de Juan, un des premiers auteurs du néopolicier latino-américain : Du tabac pour le puma, Le corbeau, la blonde et les méchants à L’Atalante, Naufrage à L’Ecailler et surtout Fausse lumière et Iode à L’Atinoir. Malgré ses cinq romans traduits en français, c’est un auteur sous-côté, selon moi, une voix à part qui a commencé par un néopolicier plutôt classique, dans la lignée de Taibo 2, avant de se diriger vers une écriture plus personnelle, plus intimiste et poétique, tout en jouant avec des genres comme l’épouvante et le fantastique. Je suis en train de finir seul ce roman que nous avons commencé en 2008. Je pense terminer le texte cet été, il me faudra ensuite traduire les chapitres de Juan, qui écrivait évidemment en espagnol.

Quels livres emmèneriez-vous sur une île déserte ? Et pourquoi ?
Aujourd’hui, j’aurais tendance à vous répondre : mon ebook avec quelques milliers de livres électroniques. Mais il y aurait un problème pour recharger les batteries. Est-ce qu’il existe des batteries solaires ? Il faudrait inventer une sorte de kit « île déserte » pour gros lecteurs ! Plus sérieusement, c’est difficile, je suis très éclectique dans mes lectures. Peut-être Don Quichotte, parce qu’il contient en germe toute la littérature moderne. Ou Cyrano, qui m’a longtemps été un bréviaire. J’aime les personnages d’affabulateurs, peut-être parce que je m’y retrouve. Ma Sainte Trinité littéraire (qui n’a de sainte que le mot et est plutôt athée) est composée de Don Quichotte, Cyrano de Bergerac et le baron de Münchhausen. Je n’irais pas très loin, sur mon île déserte, avec des loosers comme ceux-là, mais j’arriverais sans doute à me persuader qu’on peut lutter contre l’océan, que les noix de cocos sont des tournedos Rossini et qu’il suffit de monter en haut d’un palmier pour s’évader vers la lune ! Je m’amuserais bien, au moins… Je peux emporter les trois ?

Quelle actualité nationale ou internationale vous énerve ou vous fait sourire ?
Je n’en peux plus d’entendre parler d’économie. La politique, en Europe du moins, est devenue synonyme d’économie. Comme si l’économie ne dépendait pas des valeurs mais qu’elle les précédait. La campagne présidentielle m’a beaucoup frustré, de ce point de vue. Je trouve que la gauche française commet l’erreur de se laisser attirer sur le terrain de la droite : immigration, sécurité, elle se laisse imposer ses thèmes… Pareil pour l’obsession de l’économie. Il faut affirmer des valeurs, un projet de société et en déduire une politique économique. Pas l’inverse !

Quel est, pour vous, l’avenir du roman noir en France ?
Je pense qu’il passe par l’innovation formelle, sous peine de se scléroser définitivement autour du modèle néopolar. J’observe avec intérêt le développement de ce qu’on commence à appeler le « transgenre », en France comme en Amérique latine : mélanger le polar avec la science-fiction ou la fantasy sans abandonner pour autant le discours social critique, voilà ce qui me semble nécessaire. J’aimerais que le réalisme cesse d’être le mètre-étalon du roman noir, qu’on invente de nouvelles voies d’accès à la réalité, inspirée par exemple du réalisme magique latino-américain. Un réalisme allégorique ?

Quelles sont ta chanson et musique préférées ?
Je suis assez nul en matière de musique. Comme je n’ai pas d’oreille (c’est une métaphore), je fais plus attention aux paroles qu’aux mélodies. Alors, j’écoute surtout des chanteurs à texte, des cantautores, des gens comme Labordeta, Lluis Llach, Raimón, Paco Ibáñez en Espagne ou Victor Jara, Mercedes Sosa ou même José Alfredo Jiménez pour l’Amérique latine. Et puis Brassens, Brel, Ferré… Mais à cause de ce manque de culture musicale, quand je trouve un disque qui me plaît, je l’écoute en boucle. En ce moment, en écrivant, j’écoute Beyond the Missouri sky, de Charlie Haden et Pat Metheny.

Quel est ton film préféré ?
L’homme qui voulut être roi, de John Huston, avec Sean Connery et Michael Caine.

Quel serait ton mot de fin à tes les lecteurs et lectrices pour cette interview ?
Croa !