Elena Piacentini :: Carrières Noires

Elena Piacentini et le concierge masquéBillèzza un si ne magna.

Voici une auteur qui mérite que l’on s’intéresse à son roman, Carrières Noires d’Elena Piacentini, paru chez Au-delà du raisonnable.

Nous y retrouvons le sympathique Pierre-Arsène Leoni qui n’est plus commandant de police et qui trouve un soir, à Lille, le corps sans vie d’une ancienne sénatrice et un trio de vielle filles vraiment spéciales. Nous voilà entraînés dans les carrières souterraines de Lezennes où il ne fait pas bon de se perdre….

Ce roman sublime aux multiples intrigues se déguste sans modération. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à sa lecture. Cerise sur le fiadone, le livre est agréable au toucher. Bravo à cette jeune maison d’édition !

Je vous recommande chaudement sa lecture et attends la suite des aventures de Pierre-Arsène Leoni avec impatience.

Résumé du roman :
Leoni n’est plus commandant de police, il est retourné en Corse après la mort brutale de sa compagne. Un soir, à Lille où il est venu régler une dernière affaire personnelle, il découvre le corps sans vie d’une ancienne sénatrice influente, tante d’un futur candidat à la présidentielle. Malgré l’insistance d’Éliane Ducatel, médecin légiste, son remplaçant rechigne à ouvrir une enquête qui pourrait être gênante pour la carrière du neveu, et pour la sienne. Alors, le Corse et la légiste se lancent sur la piste de leur instinct, laquelle croise un trio de vieilles filles, un politicien en campagne, beaucoup de mal-aimés et une fouine. Mobilisés par la disparition de deux enfants, les membres de la PJ tentent malgré tout d’aider Leoni, qu’ils considèrent toujours comme leur patron. Mais les deux affaires se ramifient, se croisent et s’enfoncent dans les carrières souterraines de Lezennes, où se perdent bêtes et hommes, corps et âmes. Dans cette galerie de personnages agités par les meilleurs sentiments, et les pires aussi, chacun tente d’atteindre l’inaccessible ou d’enterrer l’inavouable. Trésors et ignominies scellés.

Je vous laisse avec Elena qui a répondu gentiment aux questions du Concierge.
À très bientôt pour une nouvelle interview.

 

Peux-tu nous parler de ton enfance ? Puis nous dire comment tu es venue à écrire du polar ?
L’enfance ! Ça démarre fort docteur Freud ! Disons que j’ai grandi jusqu’à 1m57 dans un petit village de Corse accroché à 500m d’altitude, sous les frondaisons protectrices des châtaigniers et des chênes. Face à la mer. Et avec la liberté d’une chèvre dont j’ai conservé le tempérament frondeur et rétif.

C’est par le Club des 5, puis Arsène Lupin, les nouvelles de Maupassant et enfin Poe que j’en suis venue au polar. C’est mon côté rêveur qui m’a conduite à l’écriture. J’étais capable de passer des après-midi entières dans le maquis ou perchée sur les branches d’un arbre à me « raconter des histoires ». Ma grand-mère, la  vraie, celle que j’ai prêtée à Leoni sous le nom de « mémé Angèle », était aussi une grande conteuse. Elle est un personnage central de mon enfance. Il ne se passe pas une journée sans que je pense à elle. Elle me manque terriblement, mais je veux croire que sa bonne énergie est en moi.

Comment as-tu eu l’idée de créer le personnage de Pierre-Arsène Leoni ?
« Psychologiquement », il n’est pas né en un jour. Avant de « l’animer », il me fallait lui donner une histoire, un passé, une famille. Son engagement dans la police est étroitement lié à son rejet d’un père peu recommandable par bien des aspects. La filiation avec Arsène Lupin est là : c’est son côté redresseur de torts. Il est également, comme moi, rebelle à toute forme d’autorité. Je ne voulais pas d’un super héros, sans pour autant tomber dans la caricature du flic alcoolique. Disons qu’il a ses fissures et qu’il fait ce qu’il peut pour les colmater, aidé en cela par deux « ciments » majeurs pour lui : mémé Angèle et son pote de toujours, Ange. C’est un homme « cerné » par les femmes, les absentes et celle qui est omniprésente, sa grand-mère justement. Il est habité de convictions fortes, le sens de l’amitié, de la justice, même si tout cela n’est pas toujours compatible avec la loi. Il est donc bourré de contradictions, mais il sait les assumer. Physiquement, je me suis fait plaisir : c’est mon fantasme.

Comment ce sont passées tes recherches pour ton roman Carrières Noires ?
Pour les personnages, ma méthode est assez simple : je les « rêve » jusqu’à ce qu’ils se mettent à parler et même à me parler. L’idée de départ m’est venue d’un article sur l’augmentation de la délinquance des personnes âgées qui « bricolent » comme elles peuvent pour se faire un complément de retraite. Après, il y avait ces fichues carrières qui me titillaient l’imaginaire, un peu à la manière de l’antre du capitaine Nemo. Des galeries s’étendant sur des hectares et dont l’accès est strictement interdit. Disons que grâce à de bons contacts, j’ai pu rencontrer les bonnes personnes, celles qui, comme moi, aiment braver les interdits. J’y suis descendue pardi !

Peux-tu nous parler de plusieurs de tes personnages : René Laforge, Joséphine, Chantal et Marie-Claude et surtout MéMé Angèle que j’ai adoré ?
Tu veux en savoir des choses ! René Laforge, c’est le gars à tête de fouine qui a été programmé pour une seule mission. Et sa mission « meurt » dès le début du roman. Pour ne pas disparaître lui aussi, il la prolonge… A sa façon, bien sûr, sans considération de bien ou de mal, une sorte de « raison d’état » qui déraille.

Josy, Chantal et Marie-Claude, c’est mon girl’s band. Trois nanas chahutées par la vie, par les hommes aussi, qui s’accrochent avec courage et bonne humeur à leur projet commun. Elles ont la langue bien pendue,  un cœur gros comme ça et, surtout, elles n’ont pas froid aux miches ! Mes « femmes à tout faire » ont un rêve simple et elles vont se fourrer dans une situation bien compliquée pour le réaliser.

Mémé Angèle, ben, c’est la mienne. Je n’ai rien retouché par rapport à l’original. Normal que tu l’aies adorée, elle avait ce don de se faire aimer. Je crois que c’est parce qu’elle savait donner sans rien attendre en retour, avec une façon de « regarder » le monde qui le rendait plus beau, plus supportable. Mémé Angèle, c’est l’amour inconditionnel. Même lorsqu’elle me grondait, ses yeux pétillaient d’amour. C’est rare de rencontrer ça. Infiniment précieux.

As-tu une anecdote marante sur ton roman Carrières Noires ?
Deux en fait.

La première c’est que je l’ai terminé en février 2011, quelques mois avant l’affaire DSK. Ça aurait bien fait rigoler Josy, cette histoire de Sofitel et de femme de ménage. Je crois que, dans la même situation, elle aurait pris le bouc par les cornes pour lui filer une bonne correction.

La deuxième, c’est que Josy ne m’a pas quittée. Elle me parle encore et elle me fait bien marrer.

Parle-nous de tes trois autres romans pour les lecteurs et lectrices qui ne te connaissent pas encore ?
Dans l’ordre d’apparition, il y a « un Corse à Lille », puis « Art brut » et enfin « Vendetta chez les chtis ». Ce sont des enquêtes et des rythmes d’écriture assez différents, je crois. On peut y suivre également l’évolution de Leoni, y compris dans sa vie personnelle. Pour faire simple, disons que le premier s’inscrit dans le monde de l’entreprise et de ses abus de pouvoir. Le second opus entraîne le lecteur dans le monde de l’Art, ses passions, ses vengeances. Enfin, le troisième a pour toile de fond, l’Angolan gate, ce que l’on a appelé la Françafrique, voire la Corsafrique, en connexion avec le passé de Leoni.

Le Blog de Leoni  est une belle réussite, parle-nous de ce Blog.
C’est une réussite que je dois aux Exquismen. Ça, c’est mon boy’s band, bien réel celui-là. Maxime, David et Benjamin m’accompagnent et me soutiennent dans mes projets. C’est pas le tout (encore qu’il faille bien commencer par là) d’écrire un polar, encore faut-il rencontrer ses lecteurs, le rendre visible. Pour ça, je sais que je peux compter sur eux : ils sont professionnels et disponibles. Et humainement, ce sont des gars en or. Ça aussi c’est précieux. Parce que, des fois, un auteur, c’est seul.

Comment écris-tu ? (le matin, le soir, dans un bureau….)
Comme je peux, monsieur. Mais il faut que je sois seule et de préférence dans le noir où la pénombre, sans interférences du « dehors ». C’est souvent le soir, dans un demi-sommeil, que j’imagine mon chapitre à venir. Et quand je le « sens » bien, c’est-à-dire quand j’éprouve vraiment les mêmes sentiments que mes personnages et que je les vois bouger et parler toujours de la même façon, je me mets au clavier.

Le Concierge est curieux. Peux-tu nous parler de ton prochain projet littéraire ?
Les éléments principaux sont là, les personnages aussi. Mais je ne suis pas encore dans la bonne énergie pour me mettre au clavier avec un résultat qui me satisfasse. J’ai encore besoin de rêvasser pour écrire, juste écrire, sans penser. Me défaire de ce putain de cerveau gauche, rationnel, logique, qui fonctionne comme une usine à questions et à doutes. Alors chut ! Ta curiosité ne sera pas satisfaite aujourd’hui.

Quelles sont tes passions dans la vie ?
La Corse, l’écriture, la lecture. La cuisine aussi, celle qu’on partage avec les amis.

Et puis, il y a l’observation des gens. C’est incroyable ce qu’on peut apprendre rien qu’en les regardant, en les écoutant. Même les personnes en apparence « banals » (ça ne veut rien dire pour moi) sont potentiellement des personnages de roman. Ce qui est fascinant, c’est ce qui est non-dit, juste esquissé, ça laisse le champ libre à l’imagination.

Quels sont les romans qui t’ont marquée ?
Ça c’est une question très très difficile. Je ne me souviens rarement des titres des bouquins, et même de leur auteur. Plutôt des personnages et de certaines ambiances. Finalement, c’est sain, j’oublie le nom de l’hôtel mais je me souviens avec qui j’y étais (chéri, c’est une blague). Allez, on y va et en vrac. Les ambiances des nouvelles de Poe m’ont marquée, c’est certain. J’ai adoré le Portrait de Dorian Gray. Me suis bercée avec Baudelaire. J’ai frissonné avec Arsène. J’ai eu de la tendresse pour les débuts d’Harry Bosch. Je me souviens du Cercle bleu des Matarese, de la vengeance et de la mémoire dans la peau de Ludlum. J’ai trouvé Shutter island diaboliquement construit… L’écriture de Magnan, sa matière, ses odeurs… L’univers de Camilleri… Mais il y en a tant d’autres. M’enfin, maintenant, j’ai l’excellent Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède. Cela va m’aider à béquiller ma mémoire défaillante. Chaque livre laisse sa trace. Même ceux que l’on n’a pas aimés. Ceux-là nous disent dans quelle direction, en tant qu’auteur, on ne souhaite pas aller. Dernièrement, j’ai lu Dunkerque baie des Anges de Maxime Gillio et le Crépuscule des gueux d’Hervé Sard et je les offrirai à des personnes que j’aime…

Quelle est l’actualité qui t’énerve et celle qui te fait rire ?
Je ne regarde plus les actualités, Richard. Je trouve les putes qui racolent avenue du peuple belge à Lille moins vulgaires que les présentateurs du JT. Et puis je suis un peu parano sur le sujet. On nous dit ce qu’on veut bien que l’on sache et avec des ficelles qui feraient passer Machiavel pour un joueur de bonneteau de troisième zone. En fait, c’est ça qui m’énerve. Donc, je filtre. Je cherche l’info par des moyens détournés.

Ce qui me fait rire ? Franchement rire, sans même une once de cynisme ou d’ironie ? Rien dans l’actualité, elle est à pleurer. Ma fille de neuf ans qui a le tempérament d’un tsunami dopé au pot belge réussit à me faire rire franchement. Ces « bêtises », ses « reparties », ses « inventions » sont parfois… C’est indicible. Mais rien que d’y penser, j’ai la patate !

Elena Piacentini

Elena Piacentini
Copyright Les Pictographistes

De quel endroit de Corse aimerais-tu nous parler ?
De mon village, bien sûr ! C’est le plus beau du monde. Ses arbres, ses vallées, ses ruisseaux. Tu te rends compte que lorsque je regarde la mer du haut d’une certaine colline, je peux me dire, qu’il y a deux mille ans, au même endroit, un autre avant moi pouvait se remplir le cœur et l’âme des mêmes paysages ! Rien qu’en respirant l’air, je sais deviner le temps qu’il va faire. C’est là que je me sens connectée. En paix. Mais je ne dirais pas son nom. Pas question d’y voir débarquer une horde de touristes.

Quelles sont ta musique et chanson préférées ?
Musique et chanson, c’est une question d’humeur… Choisir, toujours choisir.

La plupart des musiques de Queen me donnent la pêche…

Ziggy me fait planer, Cold play également.

La voix de Jacques Culioli me met en transe et me fait pleurer la Corse…

Je peux t’en faire un liste longue comme le bras, mais après tu n’auras plus de place sur ton site. Thank you for hearing me de Sinead O’ Connor est une chanson qui me touche tout particulièrement. Voilà !

Si tu devais être un personnage de roman policier, tu serais qui ?
Virginia Valmain, si Max lui achète des Louboutin ou James Bond pour conduire des bolides de compétition (et je ne parle pas que des voitures). Quitte à être un personnage de roman, autant y aller pied au plancher.

Quel serait ton mot de fin pour cette interview ?
Je le laisserais à Josy.

« Bon, ben, ça cause, ça papote, ça blablate. Mais c’est qui qui s’tape tout l’boulot, pendant ce temps, hein ? Ben, c’est bibi, comme d’hab ! Vos rapportages, c’est bien joli, mais ça va pas mettre de la crème dans les chicons. Alors mon p’tit Richard, faut laisser la p’tite dame tranquille, là, avec tes questions. Puis la laisser retourner garder ses oignons ! Parce que la vie, hein, ben c’est pas tous les jours une pédicure. Allez, zou ! Point à la ligne et terminé. »