Donald Ray Pollok :: Le Diable, tout le temps

Je vous propose de découvrir ce qui fut pour moi un choc littéraire, une odyssée noire signée Donald Ray Pollok, Le Diable, tout le temps. Un roman dévoré en quelques jours, avec des personnages qui marquent pour longtemps.

De la trempe des Flannery O’Connor, Jim Thompson ou Cormac Mc Carthy, Donald Ray Pollok est une très grande plume qui nous vient des États-Unis. Je remercie les éditions Albin Michel d’avoir découvert un tel talent.

Ce que j’aime, c’est que différents personnages qui ne se connaissent pas vont se croiser un moment dans l’histoire. Et je ne vous parle pas des méchants, ils sont à croquer. Si vous faites de l’auto-stop, vous en aurez une autre vision après avoir lu ce roman.

Voici un résumé du roman :
De l’Ohio à la Virginie Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

J’ai hâte de lire son prochain roman qui, hélas, n’est pas pour tout de suite.

Je voudrais remercier deux personnes que j’adore et qui m’ont aidé dans la traduction : Carole Bully qui a traduit les questions, et Christina Pascal qui a traduit les réponses.

Je vous laisse avec l’auteur qui a répondu aux questions du Concierge et je vous dis à bientôt pour une autre interview.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance ? Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
Je suis né en 1954 et j’ai grandi à Knokemstiff, en Ohio, une petite communauté entourée de collines, dans le sud de l’état. Mon père travaillait dans une papeterie à Chillicothe, la ville la plus proche, celle où je travaillerai plus tard. J’ai très tôt adoré lire, mais il n’y avait aucun livre à la maison, juste des magazines, des trucs romantiques ou policiers. J’étais un enfant malheureux, un rêveur, et un étudiant paresseux ; j’ai quitté l’école à 17 ans. J’ai travaillé dans une usine d’emballage de viande et une fabrique de chaussures avant d’être embauché à la papeterie. Quant à comment je suis devenu auteur, vers 45 ans, j’ai juste décidé que j’avais besoin d’essayer de faire autre chose de ma vie avant de casser la pipe. À cette époque, je travaillais depuis 27 ans à l’usine de papier, j’ai estimé que c’était le moment ou jamais. Je ne savais rien faire d’autre, mais j’avais une maîtrise en Anglais (j’avais étudié à l’Université d’Ohio à mi-temps au cours de ma trentaine), et j’ai pensé que je pouvais peut-être apprendre à écrire. J’ai finalement démissionné de l’usine 5 ans plus tard. On pourrait dire que c’était une « crise de la cinquantaine ».

Quelles recherches avez-vous effectuées pour votre roman, Le diable, tout le temps ?
J’ai lu plusieurs livres à propos de serial killers, et j’ai voyagé jusqu’à Lewinston, en Virginie Occidentale, pour poser des questions et jeter un œil aux environs. Comme je suis plutôt familier (et intéressé) par la période pendant laquelle se déroule l’histoire (de 1945 à 1965), ce sont les seules recherches que j’ai faites.

Les destins de vos personnages sont encore présents à mon esprit. J’ai été touché par Arvin, pouvez-vous nous parler de lui ?
Arvin est toujours vivant à la fin du livre, et il semblerait que, peut-être, il cherche une forme de rédemption, mais je laisse son futur au lecteur. Les « happy endings », pour la plupart, me semblent un peu forcées et peu réalistes, bien que je comprenne pourquoi les gens aiment les trouver dans les histoires qu’ils lisent le soir, après une rude journée au bureau, ou au fond de la mine ou que sais-je.

Carl et Sandy forment un couple très spécial… Il existe beaucoup de couples comme eux aux US ? Ils sont terrifiants !
Mon Dieu, j’espère que non ! Le FBI affirme qu’il doit y avoir entre 50 et 75 serial killers sévissant aux US, mais je pense que la plupart travaillent seuls.

La plupart de vos personnages fuient la loi et leur passé. Est-ce cela qui donne sa force à votre roman ?
Et bien je pense que les meilleures histoires (ou en tout cas les plus intéressantes) sont pleines de problèmes, alors oui, peut-être. Et comme quelqu’un l’a dit, je cite : « Des vies heureuses font des histoires ennuyeuses. »

Avez-vous une anecdote à nous faire partager, concernant Le Diable, tout le temps ?
Pas vraiment, mais j’étais presque sans le sou quand mon agent l’a vendu. Tenter de subvenir à ses besoins uniquement par l’écriture est diablement difficile de nos jours.

Je verrais bien votre livre adapté à l’écran ; qu’en pensez-vous ?
Je crois que Le Diable, tout le temps ferait un excellent film, en tout cas meilleur que beaucoup de ce qu’Hollywood sort ces derniers temps. Un ami qui adore le cinéma m’a dit qu’il verrait bien Phillip Seymour Hoffman dans le rôle de Carl et Juliette Lewis dans celui de Sandy.

Le Concierge est curieux : pouvez-vous nous parler un peu de votre prochain livre ?
L’histoire sur laquelle je travaille actuellement se situe dans le sud de l’Ohio, vers l’automne 1918. Il y a beaucoup de violence et d’évènements perturbants dans le livre, mais c’est tout ce que je peux vous dire pour le moment.

Comment, quand et où écrivez-vous ?
Nous venons juste de déménager dans une nouvelle maison, et je travaille encore sur une cabane au fond du jardin qui sera mon bureau, donc pour le moment je réponds à vos questions dans un coin aménagé de mon garage, en attendant que la cabane soit terminée.
Je revois sans arrêt mon planning : pendant plusieurs mois, je vais travailler de 6h à 11h du matin environ, et ensuite je vais changer pour les nuits et travailler de 8h du soir à 2 h du matin. Quant à « comment » j’écris, je m’assois juste sur ma chaise. C’est la chose la plus difficile concernant l’écriture, et ce qui arrête la plupart des gens. Il y a des fois, quand il semble que vous n’écrirez plus jamais une phrase correcte de toute votre vie, nettoyer les fenêtres ou passer l’aspirateur semble bien plus fun que de poser son cul sur cette satanée chaise.

Qui sont vos auteurs favoris ?
Il y en a beaucoup trop pour en faire une liste, mais j’ai une affinité particulière avec les auteurs du Sud, des auteurs comme Harry Crews, Larry Brown, William Gay, Flannery O’Connor, Lewis Norden, Ron Rash, Mark Powell, Wiley Cash, Cormac McCarthy, et Barry Hannah. Ce sont eux qui m’ont probablement le plus influencé. D’autres comme Céline, Orwell, Hemingway, Muriel Sparks, Denis Johnson,… et la liste continue, continue…

Parmi l’actualité internationale, qu’est-ce qui vous trouble et qu’est-ce qui vous fait rire ?
La guerre en Afghanistan est tout en haut de la liste ce qui me rend malade, avec les clowns et les escrocs qui gouvernent le Congrès Américain. Quant à ce qui me faire rire (ou grincer), j’ai beaucoup de mal à comprendre la popularité des stars de télé-réalité, par exemple, les Kardashians ou les people de Jersey Shore. Dans le même lot, l’addiction au téléphone portable et aux SMS et toutes ces conneries, qui font que les gens ont maintenant besoin d’être connectés 7j/7 et 24h/24, surtout aux USA.

Vous êtes venu en France pour Quais du Polar 2012 en mars dernier, quelles ont été vos impressions sur le salon et les lecteurs ?
C’était mon premier séjour en France, je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre. On entend souvent dire que les Français sont grossiers ou distants, mais tous ceux que j’ai rencontrés ont été très amicaux. Participer à une conférence a été un peu dur pour moi, je ne suis pas très bon à ce genre de choses, mais bon…

Votre musique préférée ? Et votre chanson ?
C’est une question à laquelle il est impossible de répondre. J’aime pratiquement tous les genres de musiques, de Monster Magnet à Johnny Dowd en passant par R.L. Burnside et Mozart. Je dirais que ma chanson préférée est Burning the Midnight Lamp de Hendrix.

NDT : Monster Magnet est un groupe de Heavy moderne, Johnny Dowd un chanteur de country, Burnside un chanteur de Blues. Mozart est Mozart…

Votre film favori ?
Encore une question difficile ! On va dire I walked with a zombie de Val Lewton.

Un dernier mot pour vos lecteurs français, qui attendant avec impatience votre prochain livre ?
Merci beaucoup, beaucoup de votre soutien, et soyez patients (je suis lent) !