Gilles Caillot :: L’apparence de la chair

Gilles Caillot et le concierge masquéEst-ce une apparence ? Je ne pense pas, ce roman est un superbe thriller que j’ai dévoré en quelques jours. Je veux parler de L’apparence de la chair de Gilles Caillot, sorti aux éditions du Toucan.

Après avoir lu énormément de bonnes critiques sur différents blogs, je me suis décidé à le lire. Un vrai et beau coup de cœur. Un thriller mené de main de maître vous menant de fausses pistes en culs de sac pour finir en apothéose. Une vraie découverte. Vous voulez passer un très bon moment de lecture ? Une seule solution : achetez-le vite. Et puis, cerise sur le gâteau, ce roman est directement sorti en poche et, ça, c’est super bien !

Histoire de vous mettre l’eau à la bouche, le pitch :
Sylvie Branetti est hospitalisée en soins psychiatriques depuis  l’enlèvement de sa fille de 12 ans par un tueur qu’elle poursuivait depuis  longtemps. Elle a dû quitter ses fonctions de capitaine de police à la PJ de Lyon.

Cinq ans plus tard, et alors qu’elle a perdu tout espoir de retrouver un jour son enfant, il semble que le tueur ressurgisse. Mais il semble aussi qu’il ait de nombreux points communs avec son psychiatre…

Gilles Caillot est désormais un auteur que je vais suivre, c’est une évidence. Décidément, les auteurs de thriller en France ont de beaux jours devant eux.

Je remercie aussi les Éditions du Toucan de m’avoir fait découvrir cet auteur et j’attends avec impatience et délectation son prochain roman.

Je vous laisse avec Gilles Caillot qui a bien voulu nous éclairer sur son monde d’écrivain. Très bonne lecture et à bientôt.

Gilles, peux-tu nous parler de ton enfance et nous expliquer comment tu es venu à écrire des thrillers ?
Alors mon enfance… Mode psy ON ? Oui ? Alors, allons-y !

Battu, séquestré dans un placard la plupart du temps, nourri avec les restes que les chats ne voulaient plus. Cette période a été terrible ! Je me rappelle qu’à l’âge de dix ans, des pulsions de meurtres m’animaient déjà. J’ai commencé mes expériences sur des animaux (écraser une sauterelle dans une seringue par exemple, enduire de colle un lézard avant d’y mettre le feu, …). J’ai vraiment eu de la chance de m’en sortir indemne.

Vous m’avez cru ? Oui ?! Non ! Petite perle de sueur qui coule le long de ma joue. Ah bon, je préfère.

Je plaisantais bien évidemment. J’ai eu une enfance tout ce qu’il y a des plus tranquilles. Avec une mère aimante, un peu possessive certes mais vraiment aux petits soins pour moi et un père s’occupant de moi dès qu’il en avait l’occasion.

J’ai eu une enfance et adolescence équilibrées, bercées par le sport, les amis, les créations (oui, oui, j’étais déjà hyper créatif, inventant des jeux pour m’occuper) puis mes études m’ont accaparé et je me suis retrouvé dans la vie active avec un diplôme d’ingénieur et un DESS de gestion d’entreprise. Donc comme vous pouvez le constater, aucune place pour l’écriture. Enfin presque… Car à l’âge de vingt-cinq ans, je me suis mis à rédiger des nouvelles d’horreur. Une grosse envie de faire frissonner les autres. Peut-être la pierre angulaire qui ne demandait qu’à servir de support.

En fait, ce qui a déclenché cette passion est la lecture de la trilogie du mal de Maxime Chattam. J’ai été littéralement scotché. Son univers était si proche du mien. J’y retrouvais tout ce que j’avais voulu écrire. Bref, un véritable électrochoc. Suite à cette lecture, j’ai directement embrayé sur l’écriture de l’ange du mal. Thriller cauchemardesque qui a eu son heure de gloire malgré l’intimité de sa diffusion. Depuis l’ange du mal, je n’ai plus arrêté d’écrire. Coucher sur le papiers les mot est un bonheur absolu.

Comment se sont passées tes recherches pour écrire L’apparence de la chair ?
Recherches à plusieurs niveaux mais surtout à chaque fois que j’en avais besoin. Je ne recherche jamais avant d’écrire. Ça fait partie de mon modus operandi d’écriture. De ma façon de produire. Partir d’une envie et surtout ne pas se censurer. Si on travaille trop en amont, le carcan est là, rigide et écrire devient beaucoup moins agréable. Donc pour les recherches, j’en ai fait quelques unes concernant le tirage du tarot de Marseille (pour la scène avec la voyante). J’avais envie d’y apporter de la crédibilité. J’ai donc butiné sur le net et appris à tirer le tarot. Manque plus que ma boule de cristal et un foulard dans les cheveux et le Caillot se transforme en Irma la douce ;)

Pour le reste, assez peu de recherches finalement. Les autopsies n’ont plus vraiment de secret pour moi (j’avais fait énormément de recherches sur ce sujet pour l’ange du mal). La psychiatrie et le fonctionnement du cerveau aussi car ce sont des sujets que j’adore et j’avais déjà un solide bagage préalable.

Parle-nous de Sylvie Brannetti, que j’ai vraiment adorée.
Sylvie est une femme touchante qu’on a envie de prendre sous son aile, l’aider à porter son fardeau. Brisée, au fond du gouffre mais d’un courage que seule une mère peut avoir. J’avais envie d’exprimer la souffrance endurée par cette femme et montrer son combat pour connaître la vérité. La mettre à nu devant les lecteurs, essayer que ces derniers développent de l’empathie à son égard. Je suis heureux d’avoir réussi.

D’ailleurs, pour tout te dire, cela n’a pas été simple. Pour un homme, se mettre dans la peau d’une femme est loin d’être une sinécure. On est singulièrement différent. Pour tout, tout le temps. Alors, j’essayais de vivre à travers Sylvie en me questionnant sans cesse : et si j’étais une femme, qu’est-ce que je ferais ? Et surtout, qu’est-ce que je ne ferais pas ?

Gilles Caillot - Copyright Les pictographistesLes scènes de cadavres mutilés, m’ont fait fermer les yeux. Comment fais-tu pour écrire ces détails là ?
Ça, c’est la Caillot’s Touch ! (rires). Je suis un adepte des scènes violentes et quelques fois particulièrement sanglantes. Cependant, depuis l’apparence de la chair, j’essaye d’être plus soft dans mes descriptions car même s’il existe un public pour ce genre d’étalage chirurgical et morbide, le reste de mon lectorat pourrait être heurté par certaines scènes que j’ai pu écrire (notamment certaines dans l’ange du mal).

Pour répondre à ta question, je dirai qu’il faut avoir dans son back-ground, une bonne dose de films d’horreur (pendant mon adolescence), quelques gouttes de recherches sur internet et sur les tueurs en série et une pincée d’envie de faire frissonner.

Parle-nous de cette préface de Franck Thilliez. Ça a dû te faire un énorme plaisir ?
Je connais Franck depuis 5 ans. C’est un créatif pur et de surcroît son univers est très proche du mien (est-ce lié au fait que nous soyons tous les deux des scientifiques ? Certainement.)

Même si nos styles, nos histoires, nos envies sont différentes, nous abordons des thèmes assez proches finalement. La chose que nous avons vraiment en commun est l’envie de jouer avec nos lecteurs et de les faire frissonner.

Bref, tu l’auras compris, je l’admire pour son talent, sa gentillesse et sa grande disponibilité. C’est pour moi, le Maître à suivre. Avoir de sa part, une préface, un bandeau et surtout une vraie reconnaissance (parce qu’il a réellement aimé le bouquin) est une très très grande fierté pour moi. Ça m’encourage à poursuivre. A travailler. A devenir peut-être un jour un grand écrivain. En tout cas, c’est de l’énergie en barres !

Parle-nous de tes autres romans pour les lecteurs et lectrices qui ne les connaissentpas ?
Depuis 2006, J’ai écrit 7 ou 8 romans. Les trois premiers (l’Ange du mal, Réminiscence, Lignes de sang) ont été édités par un petit éditeur parisien (les éditions du Polar). Pas de vrais conseils éditoriaux, peu de visibilité, diffusion moribonde, C’était un petit éditeur. Il m’a permis de me faire connaître mais c’est vite devenu insuffisant. Ensuite, j’ai écrit Immondanités et Bas-fond qui n’ont pas trouvé d’éditeur pour l’instant. (Immondanité devait être édité par les éditions du Polar mais je n’ai pas donné suite puisque je changeais de crémerie). Je les ai fait éditer par mes soins pour mes fidèles lecteurs qui me sollicitaient sans cesse sur d’autres titres. Peut-être qu’un jour, ils sortiront mais je n’en sais rien.

Mon grand virage littéraire est celui que j’ai pris avec les éditions du Toucan. C’est une belle maison, à taille humaine qui croit en ses auteurs et qui les défend bec et ongles. Je suis comme un coq en pâte avec eux et j’ai déjà beaucoup de projets avec Damien et son équipe.

Pour les histoires et la chronologie des romans :
L’ange du mal est la première aventure de Massimo Zanetti, mon flic récurrent. C’est un thriller terrible se déroulant sur Lyon. Une chasse au tueur en série démoniaque. Le roman est très trash mais a plu énormément à mes premiers lecteurs.
Réminiscence est la suite directe de l’ange du mal. On y retrouve Massimo Zanetti dans une nouvelle enquête. Cette fois, il aura affaire avec son passé.
Lignes de sang est à l’origine un one shot. C’est un thriller mêlant réalité et virtualité avec une descente dans les bas-fonds d’internet.
Immondanités est la suite croisée de Réminiscence (on y retrouve Massimo Zanetti) et de Lignes de sang. C’est un thriller assez trash mais reste à mes yeux un de mes plus réussis. Une aventure mêlant deux enquêtes pour un final explosif qui laissera Massimo abattu, marqué à jamais.
Les ailes arrachées des anges : c’est la suite d’Immondanités et le retour sur le devant de la scène de Massimo. Une enquête dans le monde pédophile à faire frémir.
– Enfin, Bas-fonds. C’est un one shot. Thriller assez trash qui vous fera voir la vie d’une autre manière. Plus jamais vous ne vous promènerez seul la nuit ;) Pour l’anecdote, c’est également une dédicace spéciale au monde souterrain de lyon et un remerciement à mes amis cataphiles qui m’ont ouvert ces voies.

Le concierge est curieux, quel est ton prochain projet d’écriture ?
Deux projets sont en cours.

Un premier roman, baptisé pour l’instant Les âmes noires, thriller psychologique qui mettra en scène un pédophile récidiviste et un couple de parents détruits par le viol sauvage et l’assassinat de leur fille. Ma volonté dans ce roman est de pénétrer les âmes (d’où le titre) en essayant de montrer au plus juste les sentiments et ressentiments de l’être humain (la douleur, la vengeance, le désespoir et son contraire, la folie, la trahison). Bref, ce sera une exploration de la noirceur de l’âme. Le mode de narration que j’utilise devrait renforcer cet aspect d’immersion.
Le deuxième projet est un huit clos un peu style slasher (vendredi 13 ou massacre à la tronçonneuse) mais en effaçant tous les aspects gores. Ma volonté est d’axer l’action et l’intrigue sur l’angoisse et le frisson.

Je ne connaissais pas Le Toucan Édition, peux-tu nous en parler ?
Les éditions du Toucan sont une petite maison patronnée par Damien Serieyx. Ex filiale édition de TF1, cette société est devenue indépendante depuis peu.
Damien et son équipe disposent d’un très bon réseau professionnel, ce qui très important pour le placement et le lancement d’un livre. Les éditions du Toucan se sont également attaché les services de quelques très bons auteurs : Jean-Luc Bizien et Christian Ego pour le thriller/polar français, Lisa Unger, Lisa Scottoline pour le polar international.

Comment écris-tu ? (le soir, le matin, dans un bureau ?)
Je n’ai pas d’horaires. J’écris quand je peux, dès que j’ai un petit moment car ma vie est compliquée (6 enfants, un boulot prenant). Donc ça peut être le matin, dans le train, le soir devant la télé ou dans mon lit.

Quelles sont les romans que tu emmènerais sur une île déserte ? Et pourquoi ?
Hum… Marc Levy ? Guillaume Musso ? Non, C’est pas vrai… J’éviterai, au contraire. Je préfèrais prendre des thrillers. Des vrais de vrais. En fait, je pense que je me ferais l’intégrale du thriller français (si un tel recueil pouvait exister). Mais il y a tellement de belles plumes à découvrir que je pense que je resterais sur l’île jusqu’à ma mort.

Quelle est l’actualité qui t’énerve et celle qui te fait sourire ?
Ce qui m’énerve profondément c’est le mensonge et la démagogie. Sous toutes ses formes. La dernière en date concerne la soi-disant hausse du pouvoir d’achat des français. Quand on prend autant les gens pour des cons, ça me donne envie de hurler ma rage.

Pour le sourire, j’ai un peu de mal. Quand on regarde les infos, tout est tellement noir que je me dis que mes romans sont vraiment bien fades à côté de cette déferlante de violence. Oui, j’ai beau me creuser la tête, je n’arrive pas à trouver un truc qui me fasse sourire. P’tain c’est grave !!!

Tu es Lyonnais si je ne me trompe pas, quel endroit de Lyon adores-tu ?
J’adore Lyon. C’est ma ville de naissance et celle dans laquelle je vis actuellement. J’aurai du mal à citer tous les endroits que j’aime. Son côté sombre, peut-être… Les ruelles étroites et les souterrains sont vraisemblablement mes lieux préférés.

Quelles sont ta musique et chanson préférées ?
Pour la musique, j’ai une préférence pour la pop anglaise, le rock et l’acide jazz. Notamment : Linkin’ park, les Red hot, Stereophonics, Jamiroquai, Placebo (une chanson que j’adore est Space monkey) et quelques français (Mademoiselle K, La grande sophie, Zazie et Damien Saez).

Quel est ton film préféré ?
Oups… Plusieurs, je dirai : Seven, le silence des agneaux, Shutter island, Le prestige, Inception, One million dollars baby, Misery, Shining… Bon la liste est un peu longue mais ces films pour moi sont des incontournables.

Quel serait ton dernier mot pour tes lectrices et lecteurs ?
Que ça ne fait que commencer… J’ai encore plein de projets en tête et j’espère vraiment pouvoir les concrétiser sur le papier pour les faire frissonner de plaisir. J’en profite pour les remercier de leurs petits messages qui sont pour moi, une véritable force qui permet de me transcender.