Christian Rauth :: Fin de Série

Christian Rauth et le concierge masquéComédien professionnel, 30 pièces de théâtre à son actif, 140 rôles au cinéma et à la télévision. Le fameux mulet Auquelin dans Navarro, c’est lui. Loin de lui suffire, il est également scénariste, nouvelliste et écrivain. Vous avez deviné de qui je parle ? Mais oui, bien sûr, de Christian Rauth.

Il m’a surpris le bougre ! Son deuxième roman, Fin de Série, chez Michel Lafon, est vraiment très bon. On voit dans son roman toute l’expérience qu’il a du monde de la TV et du cinéma, c’est une évidence. Avec des personnages que l’on ne peut oublier tellement ils sont attachants : Rob Marin et le lieutenant Plume. Un très bon moment de lecture, j’attends son prochain avec plaisir.

Résumé de Fin de Série :
Séquence 97, une scène ordinaire… enfin presque. Une fois que Lucas Kalou a tiré sur Eddy Ordo, l’interprète du célèbre commissaire Monti, puis retourné son arme contre lui, on s’apprête à faire une deuxième prise. Mais ni la vedette de la série, ni Lucas ne se relèvent… Deux morts sur un plateau, on a rarement vu ça ! Enquête bouclée en trois jours par la DCPJ de Paris, qui conclut à la responsabilité de Lucas Kalou. Le comédien se serait suicidé après avoir éliminé la star qui l’avait publiquement humilié. Rob Marin, l’adjoint de Monti dans le rôle de l’inspecteur Garcia, est indigné : jamais son ami Lucas n’aurait commis un crime pareil. Il décide de reprendre  l’enquête mais il a tôt fait de comprendre qu’entre un tournage et la réalité policière, il y a un monde. Fort heureusement pour lui, le lieutenant Plume, de la SRPJ de Marseille, partage son opinion et lui offre son aide contre   l’avis de sa hiérarchie. Ensemble, ils vont laver l’honneur de Lucas. Commence alors une virée déjantée dans le monde de la télévision et de la police. Les balles sifflent et les coups bas pleuvent. Pourtant il ne leur suffira pas de coincer le coupable, il leur faudra aussi découvrir le responsable. Et là, comme on dit dans les histoires : ça peut venir de haut, de très haut… et même de très loin.

Il a joué le jeu en se dévoilant au Concierge Masqué. Je vous souhaite une très bonne lecture à tous et à la semaine prochaine.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance ?
Je suis né à Paris dans le 20ème arrondissement. Comme dans les années cinquante les loyers n’étaient déjà pas donnés, je me suis vite retrouvé en banlieue quelques mois plus tard.

Pour résumer, dès l’âge de deux ans j’ai vécu l’enfance d’un gosse de parents divorcés, baladé entre les nourrices, les pensionnats, les colos et les grands-parents. Mon grand-père paternel était ouvrier et je passais pas mal de temps chez lui, rue des Maraîchers, face à la voie ferrée de la Petite Ceinture. C’est la raison pour laquelle je l’appelais « Grand-Père-Train ». Quant à ma grand-mère maternelle, elle était concierge boulevard Montparnasse. Concierge… ça vous dit quelque chose ? À l’époque, on ne disait pas encore « Gardienne ». On aurait du ! Car pour entrer la nuit dans cet immeuble, les locataires sonnaient et la réveillaient. La pauvre avait une sorte de poire près de son canapé-lit (pas la place d’un lit dans cette unique pièce)… une poire de bakélite munie d’un bouton pressoir qui ouvrait la porte donnant sur la rue. Une fois dans le couloir de l’immeuble, ces couche-tard criaient leur nom en passant devant la mince porte vitrée de sa loge. Aucune intimité, donc. Des conditions de vie, indignes. Ce souvenir m’a marqué à jamais. Mais toutefois j’adorais aller chez elle, car à quelques centaines de mètres il y avait le Jardin du Luxembourg et son marché aux billes… Et aussi un grand-trottoir idéal pour nos parties de patins à roulettes. (On ne disait pas encore Rollers). Pour rejoindre Montparnasse, ma mère et moi on prenait le métro, celui qui passe au-dessus de la seine à hauteur de l’Institut médico-légal. C’est la raison pour laquelle j’avais appelé cette grand-mère « Grand-Mère-Bateau ».

Fin de sérieComment êtes-vous devenu le comédien que tout le monde connaît ?
Ça, c’est une longue histoire… Disons que tout jeune, j’aimais faire rire les copains et je participais à tous les spectacles de fin d’année, que ce soit en pension ou en colo. Très timide de nature, j’ai vite compris que c’est sur scène que je pouvais oublier cette rougeur qui vous monte au visage.

Alors, une fois mon baccalauréat obtenu, j’ai plongé dans le métier… par la petite porte. J’ai commencé par dire trois mots dans le spectacle d’une jeune compagnie,  puis fait quelques prestations dans une troupe pour enfant, un peu de cabaret (sans succès), du théâtre de rue et même du funambulisme dans une troupe de saltimbanques « Le Palais des Merveilles ». Et puis un jour, le grand metteur en scène Antoine Vitez m’a repéré et m’a engagé au TNP qui à l’époque était revenu s’installer au Palais de Chaillot… De fil en aiguille, les rôles se sont étoffés. Mais bizarrement, je n’étais pas très heureux. Je n’aimais pas trop « les écoles, les tendances, la cour de courtisans autour des maîtres du théâtre ». Alors j’ai monté ma propre compagnie à l’âge de vingt-cinq ans, avec l’idée de défendre les auteurs contemporains. S’en sont suivis quinze ans de créations théâtrales à Paris et partout en France. Puis vers 35 ans, la télévision m’a fait les yeux doux … Et comme les salaires n’avaient rien à voir avec ceux du théâtre et que j’avais une nombreuse progéniture… j’ai choisi de bien gagner ma vie pour élever dignement mes enfants.

… Et Navarro m’est tombé dessus. J’ai signé pour six épisodes… Et on en a fait cent.

Comment vous est venue l’idée d’écrire des polars ?
Un peu comme quand on regarde de bons joueurs de tennis : on a envie de faire comme eux, non ? Moi je lisais les grands auteurs de polars et parallèlement j’écrivais pour le théâtre, la télévision ou le cinéma. Je les ai lu pendant des années pour le plaisir avant de me décider à en écrire un moi-même. C’est Jean Bernard Pouy qui m’a mis le pied à l’étrier, en acceptant que j’écrive un Poulpe. (La Brie ne fait pas le Moine, réédité récemment).

Dans votre roman Fin de Série, vous vous attaquez à un univers qui vous est familier. Avez-vous toutefois été amené à faire des recherches ?
Je n’arrive pas à parler d’un sujet que je ne connais pas. Il en va de même pour les univers. Il faut que je m’imprègne des décors, des êtres humains qui y vivent. Alors quand on a la chance d’avoir vécu des années sur des plateaux de tournage, on se sert de cette expérience pour la faire partager à travers une histoire originale. C’est ce que j’ai fait. Pour Fin de Série, j’ai surtout fait une recherche historique sur la Seconde Guerre mondiale et en particulier les Ukrainiens exilés en Galicie occidentale. (On comprendra pourquoi en lisant mon roman). Sinon, j’ai également été me promener dans les bureaux  de l’Évêché à Marseille… siège de tous les services de police de la région PACA. Il fallait que je connaisse mieux le vrai boulot des flics.

Parlez-nous de vos deux personnages que j’ai beaucoup aimés : Rob Marin et le lieutenant Plume.
Difficile de parler de personnages de romans. Disons que Rob Marin est un acteur de fiction – plus particulièrement de séries policières – que la vie amène à faire une enquête dans la réalité et à devenir, non pas un vrai flic, mais à agir comme un vrai flic. Le lieutenant Plume est lui un vrai flic, avec des vrais problèmes de flic, bien loin des inventions des scénaristes de télévisions. C’est la rencontre en ces deux univers qui va créer du mouvement, de la comédie et de l’émotion… Un duo improbable.

La Brie ne fait pas le moineVous nous l’avez confié, vous avez « commis » un Poulpe, Le Brie ne fait pas le moine aux Éditions Baleine. Pouvez-vous nous en parler ?
C’est comme je le disais plus haut, c’est mon premier roman. Je me suis inscrit dans le personnage créé par Jean Bernard Pouy. Il y avait des règles à respecter : le héros s’appelle Gabriel Lecouvreur et il a un caractère,  un mode de vie bien particulier. À partir de là, je l’ai mis dans un contexte plus personnel… Le sujet m’a été inspiré par le dégoût et la colère qui m’ont envahi quand j’ai découvert l’affaire Dutroux en Belgique.

Le concierge est curieux, quel sera votre prochain roman ?
Je travaille sur une histoire un peu folle. Une histoire d’amour qui tourne mal… Tout le monde connaît ça, c’est vrai, mais là…. Le lecteur ne sera pas au bout de ses surprises comme mon héros, qui a décidé de mourir et de se venger après ! Un mort peut-il devenir un assassin ? Un serial killer ?

Que pense votre famille de vos romans ?
Mes enfants adorent les «conneries» que leur père écrit. C’est une façon pour eux de découvrir une face cachée de leur géniteur.

Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau…)
J’écris le matin. En tout cas, j’invente le matin. L’après-midi, je me contente de travailler et retravailler ce qui a été créé le matin. Ça me prend énormément de temps. Je suis maniaque. Chaque mot a un sens. Et un mot n’en vaut pas un autre. Il faut trouver le bon… et aussi la bonne musique du texte. Bref, un auteur (après l’histoire) c’est d’abord un style.

Une question que je voulais poser depuis longtemps, quel souvenir gardez-vous de votre expérience dans Navarro, d’avoir joué avec Roger Hanin ?
Navarro c’est quinze ans de ma vie… ou presque.

Quel souvenir je garde ? De très bons, finalement. D’abord le sentiment d’avoir appartenu dans les premières années à une joyeuse troupe, une bande de potes heureux de se retrouver pour tourner, heureux d’inventer, heureux d’être dans une série qui marquera à jamais l’histoire de la télévision, en tout cas qui restera dans la mémoire d’une génération de spectateurs ?

Quant à avoir joué avec Roger Hanin, que dire ? On ne se connaissait pas. Au début j’étais impressionné. Je l’avais adoré dans Le Sucre, Le Coup de Siroco, Au Bon Beurre, Le Grand Pardon. Comme il a semblé tout de suite heureux de travailler avec moi, le partage c’est fait avec bonheur. Mais au bout de dix ans… la routine a fait qu’on s’est un peu “perdu de vue”…

Mon meilleur souvenir avec Roger : ce qu’il disait de moi en tant qu’acteur. Quand je jouais avec lui, il était toujours persuadé que « j’en faisais trop ». Puis quand il voyait les rushes ou les films, il revenait vers moi en disant : – « Mais comment tu fais ? C’est impeccable au résultat !  Et moi je lui répondais : -«  Faut en faire beaucoup devant toi ! »  Ça le faisait marrer.

Avez-vous une Anecdote marrante sur un de vos romans ?
Je ne pige pas trop la question. Anecdote à propos de quoi ? De l’écriture ? Des réactions des lecteurs ? Des critiques ?

Alors prenons une anecdote amusante de lectrice. Je me trouvais à dédicacer Fin de série dans un salon du livre et une jolie femme est venue vers moi pour m’engueuler. Elle avait acheté le livre la veille au soir et n’avait pas dormi de la nuit car elle l’avait lu d’une traite sans pouvoir le refermer. Je lui ai dit en riant : « – Où est le problème ? Ça prouve que c’est un bon roman ? » Et elle m’a répondu : mon mari m’attendait dans la chambre pour une partie de jambe en l’air !  Depuis il me fait la gueule ».

Le Théâtre est aussi une de vos passions, pouvez-vous nous en parler ? Et aimeriez-vous faire une pièce qui a pour thème le polar ?
Le théâtre est une passion et cela fait presque quinze ans que je ne suis pas remonté sur scène. Ça me manque. Je vais sans doute y revenir bientôt, vu que la télévision m’oublie un peu en ce moment… Ça me remettra les idées en place.

Quant à écrire une pièce policière, j’en serais bien incapable. C’est un genre périlleux et un peu désuet. Et puis d’autres l’ont fait magnifiquement (comme Le limier).

Quelle est l’actualité nationale ou internationale qui vous énerve en ce moment ?
Pas une actualité. Des dizaines ! Pour faire vite, ce qui m’énerve c’est de voir des ouvriers, des chômeurs, des laissés pour compte, croire que Marine Le Pen va régler leurs problèmes. Ils oublient que le parti qu’elle dirige a tiré sur les ouvriers en trente-six, sur les résistants pendant la guerre et posés des bombes avec l’OAS. La pensée du FN est la descendance de ce cloaque intellectuel.

Christian RauthSur une ile déserte quels livres emmèneriez-vous ?
Tout Simenon, quelques Westlake, Wilt de Tom Sharp. Et un dictionnaire.

Quelle est votre musique préférée ?
Le Jazz. Je ne me lasse pas d’écouter Chet Baker, Stan Getz, Bill Evans…

Si vous deviez être un personnage de roman policier, lequel seriez-vous et pourquoi ?
Difficile à dire. Sans doute John Dortmunder, le héros de Westlake. Ce voyou entouré de bras cassés qui l’entraînent à chaque fois dans des coups tordus persiste à bosser avec ces sympathiques crétins. Tout cela au nom de l’amitié, de la fidélité… et un peu par paresse aussi : pourquoi changer d’amis quand on en a, même avec de gros défauts ?

Un dernier mot pour vos lecteurs et lectrices ?
Un dernier mot ? Des milliers de gens meurent en ce moment pour obtenir leur liberté et le droit de vote. Alors, allez-y ! Votez ! Ne pas voter c’est laisser certains cons le faire à votre place.

Et accessoirement, lisez mes livres…