R.J. Ellory :: Les anges de New York

Les Anges de New York de R.J. ElloryFrank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C’est un homme perdu, qui n’a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d’élite qui, dans les années quatre-vingts, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs. Alors qu’il vient de perdre son partenaire et qu’il est l’objet d’une enquête des affaires internes, Frank s’obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d’une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d’un tueur en série qui sévit dans l’ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu’ajouter à un passif déjà lourd. Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l’histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.

Voici un résumé du roman Les anges de New York qui sort le 15 mars en France. C’est toujours un immense plaisir de lire un nouveau roman de Roger, dont le talent énorme s’affirme de livre en livre.

Il sera au Salon du livre de Paris 2012 le dimanche 18 mars, Porte de Versailles, ne le ratez pas ! Il sera également en tournée en France. Notamment, le 7 avril à la Fnac Rosny.

Il a eu la gentillesse de répondre à l’interview de son concierge préféré, entre deux voyages.

Je remercie Caroline Vallat pour sa traduction, toujours une perfection.

Je vous laisse avec R.J. Ellory et je vous souhaite une très bonne lecture.

Ma première question : comment vas-tu ? Et à quand un passage en France ?
Je vais très bien, merci de me poser la question. Je suis actuellement aux USA pour la tournée promotionnelle de Vendetta qui vient juste d’être publié ici et puis, j’irai en Norvège et dans deux ou trois autres endroits. Je viens en France au mois de mars pour la tournée de mon nouveau livre, Les anges de New York. Je serai en France pour une dizaine de jours et nous allons essayer de visiter autant d’endroits que nous le pouvons durant ce laps de temps.

Comment se sont passées tes recherches pour l’écriture de ton roman, Les anges de New York ?
Comme tu le sais, j’adore faire des recherches quand j’écris un roman. Je suis toujours fasciné par les sujets que je prends et Les anges de New York n’a pas été différent. J’ai vraiment essayé de comprendre ce que c’était que d’être un officier de police new-yorkais dans les années 70 et 80 tandis que la Mafia avait encore un degré d’influence significatif à New York et en même temps, je ne voulais pas faire du roman une œuvre de non-fiction.

Parle-nous de ton personnage principal, Frank Parrish ?
Quand j’ai écrit Vendetta, j’ai essayé de créer un personnage – Ernesto Perezqui était la pire espèce de personne à laquelle je pouvais penser, tout en créant une certaine forme d’empathie et de compréhension à son égard, qui faisait qu’à la fin du livre, il y avait presque quelque chose que vous pouviez aimer chez lui. Avec Frank Parrish, cela a été similaire, mais ici je voulais créer un personnage qui ait une vie personnelle, sa famille, sa capacité à dialoguer avec les autres était vraiment problématique et difficile et pourtant il possédait encore ce formidable sentiment d’intégrité personnelle et un besoin de rechercher la vérité. Je voulais faire de lui quelqu’un qui se soucie des autres alors que personne ne se soucie de lui et de cette façon, faire que le lecteur ait envie de le prendre en sympathie, même si sa vie est un vrai désastre.

Il y a aussi au début du roman la scène de la baignoire qui est extrêmement violente, comment t’est venue l’idée ?
Je voulais vraiment créer une atmosphère et un sentiment spécifiques avec Les anges de New York. Quand j’étais enfant, je me souviens avoir vu des films tels que French connection, Serpico et Klute. Et plus récemment, il y a eu des films comme Seven et The Flock (avec Richard Gere).

Le thème commun à travers tous ces films est ce sentiment de tristesse, ce sentiment de désespoir et d’obscurité et je voulais essayer de créer ce même sentiment dans le livre. Dès cette scène d’ouverture, je voulais créer une image terrible et immédiate, un sentiment d’horreur absolue et le rendre très réel et proche de la vérité de ce que ces officiers de police doivent affronter jour après jour. Il est vrai que la vie réelle est toujours beaucoup plus sombre que la vie que nous créons dans la fiction. J’ai passé du temps avec la police et les enquêteurs et j’ai participé à des recherches sur des homicides et des tueurs en série et je peux dire de manière honnête que les choses que se font les gens dans la vraie vie sont bien pires que les choses que vous trouvez dans les livres. J’ai lu des choses sur des crimes commis qui étaient tellement sombres et sinistres que je ne pourrais même pas les écrire ! Je voulais juste que la scène soit comme une gifle que se prend le lecteur. Tout à coup, vous êtes là, dans cette pièce avec ce terrible évènement qui se joue sous vos yeux et vous ne pouvez rien faire. Je voulais vraiment rendre réel pour le lecteur ce que ressent Frank Parrish, et ainsi pouvoir vous donner quelques explications sur les raisons pour lesquelles sa vie personnelle est un tel gâchis.

Tu aimes rentrer dans l’esprit de tes personnages, c’est ta marque d’écriture ?
Oui, absolument. La vie c’est les gens. La vie ce n’est que les gens. Il n’y a rien de plus important ou de plus intéressant dans la vie que les gens. Si vous n’avez pas le temps pour les gens dans votre vie, alors vous n’avez pas le temps de vivre. La psychologie de l’esprit criminel et la psychologie de ceux qui enquêtent sur ces crimes me fascinent et m’intriguent toujours. J’espère toujours créer des personnages qui ressemblent à des gens réels, qu’on les aime ou pas, j’espère toujours les rendre mémorables pour qu’on se souvienne d’eux une fois le livre terminé. Dans beaucoup de romans policiers, il y a des enquêteurs qui ont toujours raison, qui trouvent toujours la bonne réponse, qui font de vagues suppositions, lesquelles s’avèrent toujours être justes. Je comprends que fiction rime avec évasion mais ce n’est pas le genre de fiction que j’aime lire ou que je souhaite écrire. Je veux vous mettre dans la tête des gens et vous faire ressentir qui ils sont vraiment, ce qui est toujours un grand défi pour moi.

Si tu ne devais pas écrire de romans noirs, quel genre de roman aimerais-tu écrire ?
Je pense que j’écrirais des drames humains. J’écrirais des histoires sur les différentes générations d’une famille et la façon dont les gens influencent la vie des autres autour d’eux. Je pense que je graviterais toujours autour de sujets qui me donnent l’occasion de créer autant de personnages réels que possible.

Quels sont tes projet pour l’année 2012 ?
Je vais beaucoup voyager cette année : États-Unis, Canada, Norvège, France, etc. Mais j’ai aussi l’intention de terminer l’écriture de mon livre en cours (The devil and the river qui doit sortir au Royaume Uni en 2013). Je suis sur le point de commencer le livre pour 2014 qui, tel qu’il est pour l’instant, sera un roman basé à Chicago, au début et milieu des années 60 et qui portera sur l’ascension d’un jeune homme à la tête d’une organisation majeure de gangsters.

Mon livre Bad signs, qui est sorti au Royaume Uni en octobre 2011, a été très bien accueilli et mon prochain livre qui s’appelle A dark and broken heart sort au mois de mai prochain.

Je sors aussi un recueil de nouvelles. Je travaille également sur une proposition d’un drame original en quatre parties pour la télévision anglaise. J’espère travailler plus avec mon groupe, sortir et faire quelques concerts et peut-être enregistrer un peu plus de chansons mais tous les trois sommes très occupés et avons des familles, et essayer d’arriver à nous retrouver tous les trois ensemble au même endroit, au même moment pour répéter et écrire des textes est un cauchemar !

Peux-tu nous parler de The Whiskey Poets ? L’histoire de ton groupe ?
Il n’y a pas encore beaucoup à dire sur le sujet car le groupe est tout nouveau ! La musique a toujours été l’une de mes grandes passions et j’ai toujours voulu faire quelque chose de créatif dans ce domaine. Adolescent, j’ai joué de la guitare pendant quelques années, mais très mal. Il y a à peu près trois ans, j’ai décidé de reprendre la guitare et je travaille dur pour atteindre un bon niveau. J’ai aussi commencé à écrire des chansons et nous nous sommes réunis avec deux amis pour voir ce que nous pouvions faire ensemble. Nous avons été très surpris de la rapidité avec laquelle nous avons fait des chansons et nous sommes partis dans un studio quelques jours pour enregistrer une version de quatre d’entre elles pour un CD. Nous utilisons maintenant ce CD pour nous faire connaître et espérons donner des concerts live bientôt. Nous avons un petit site sur lequel vous pouvez acheter le CD et nous avons quelques plans pour vraiment commencer à travailler dur dans le domaine du spectacle en 2012.

Si tu devais partir sur une île déserte, quel livre emmènerais–tu ?
De sang froid de Truman Capote.

Quel endroit de New York aimerais-tu nous faire découvrir ?
Oh que cette question est difficile ! J’aime tant de parties de New York : Brooklyn, Greenwich Village, SoHo, Chelsea. New York donne l’impression d’être dans  plein de villes dans une seule ville. New York n’est pas représentatif de l’Amérique, tout comme Londres n’est pas représentatif de l’Angleterre, tout comme Paris n’est pas représentatif de la France. Ce sont d’énormes lieux  cosmopolites qui s’apportent tant de cultures et de nationalités différentes et qui ont leur vie propre malgré tout. La chose que j’aime le plus à New York c’est que je peux aller faire une séance de dédicaces dans une librairie, aller voir un concert et puis aller dîner, et il est encore tôt. Je peux sortir avec des amis et rencontrer de nouvelles personnes, la ville est toujours vivante et éveillée, prête à vous recevoir. J’ai fait une tournée américaine très courte et ça m’a rendu triste de ne rester qu’un jour et une nuit à New York !

Peux-tu nous expliquer cette citation : « La sainteté est aussi une tentation » ?
Ma compréhension de « La sainteté est aussi une tentation » est qu’en essayant d’être un saint, vous pouvez tomber dans le piège de vous dissocier de la réalité, de vous déconnecter de la vie réelle, d’établir des normes de conduite et de comportement pour les autres que vous ne respectez pas vous-même, de porter deux visages du monde. Nous entendons si souvent qu’une personnalité qui nous a toujours paru être une «sainte», peut-être même parfaite, a en fait été corrompue et malhonnête. Donc, pour moi, c’est ce que cela signifie. N’importe qui peut être ouvert à la corruption et à la tentation, peu importe la façon dont on se présente au monde.

As-tu une anecdote sur ton roman Les anges de New York ?
Début 2009, deux jours seulement après qu’Obama a été investi de ses fonctions, je suis arrivé à Washington DC avec une équipe de la BBC. Nous étions là pour faire un bout de documentaire sur mon livre Les Anonymes. J’ai passé une journée avec le FBI, une autre dans les bureaux du Washington Post, mais il y a eu une interview qui s’est démarquée des autres.

Nous avons roulé vers le nord, jusqu’à Fallschurch en Virginie, et j’y ai rencontré June Boyle, une « vétérante », une inspectrice des homicides depuis treize ans. June a été immédiatement charmante et, sur des bancs, près d’une aire de jeux couverte de neige, elle a parlé de sa vie au sein du département de police du comté de Fairfax.

June était l’enquêtrice en chef de la police dans l’affaire des snipers de Washington, l’enquête la plus importante de la Côte Est aussi longtemps que quiconque pourra s’en souvenir. June a été l’inspectrice qui a recueilli une confession de Lee Boyd Malvo, le plus jeune des deux assassins. Elle a passé six heures et demie avec lui. Elle a acquis sa confiance. Elle a fait le nécessaire pour sa nourriture, elle lui a fait envoyer des hamburgers végétariens, des boîtes de raisins secs. Elle l’a fait s’ouvrir à elle, pour qu’il commence vraiment à parler, et avec cette information, l’affaire a obtenu une base solide qui n’aurait jamais été possible d’obtenir sans elle.

Malgré le fait que le procureur général ait autorisé le procès de Malvo à avoir lieu en Virginie, donnant ainsi la possibilité au jury d’invoquer la peine de mort, les jurés ont réclamé la prison à vie. Interrogée à ce sujet, l’expression de June a changé complètement. « Malvo devrait être mort » répondit-elle, si froidement et d’un ton tellement neutre. « Il y a des gens dans ce monde qui devraient être morts et Malvo est l’un d’entre eux. » À ce moment-là, j’ai réalisé que malgré sa générosité d’esprit, elle était d’abord et avant tout un inspecteur de police, elle avait été témoin de ce que l’espèce humaine a de pire à offrir. C’est un mode de vie, une vocation qu’on ne peut pas laisser derrière soi. De tous les gens que j’ai rencontrés, elle m’a donné le plus grand aperçu des esprits des personnages sur lesquels j’ai décidé d’écrire.

Vers la fin de l’entrevue, je lui ai demandé de résumer sa vie d’enquêtrice criminelle. Elle a souri avec une ironie désabusée, puis elle a sorti deux téléphones portables. Elle en a tenu un dans chaque main. « Celui-ci est mon téléphone personnel, a-t-elle dit, et il ne sonne jamais. Celui-ci est pour le travail, et il sonne tout le temps. » Cette simple démonstration semblait tout dire.

«Je prends un appel, poursuivit-elle, et il y a toujours un cadavre au bout. Ma journée commence quand leur journée se termine. Je sors d’une scène de crime et il y a une fille d’une douzaine d’années dans une benne à ordures, ou alors c’est un délit de fuite ou une dispute conjugale, et même si je suis là, le téléphone sonne à nouveau, et la vie de quelqu’un d’autre prend fin. Après un certain temps, ça vous ronge à l’intérieur.»

Puis nous avons parlé des personnes disparues. Nous avons évoqué les 850.000 rapports de personnes disparues déposés chaque année. Nous avons parlé de la grande majorité des rapports qui ont été résolus, puis du petit pourcentage qui ne l’était pas. Les victimes oubliées.

Et c’est cette conversation qui a donné naissance à Frank Parrish et aux Anges de New York. Les victimes oubliées. Celles qui ne sont jamais retrouvées. L’obsession d’un seul homme à trouver la vérité de ce qui était réellement arrivé à une jeune fille. Une jeune fille qui ne manquait à personne.

Frank Parrish, le personnage principal dans Les Anges de New York, est interrogé par un collègue. « Pourquoi, Frank… pourquoi es-tu si déterminé à découvrir ce qui est arrivé à cette jeune fille ? Pour l’amour du Christ… personne d’autre ne s’en soucie.  » “Voilà pourquoi, répond Parrish, précisément parce que personne d’autre ne le fait.”

Les Anges de New York, cependant, ne porte pas sur la procédure policière. Le sujet n’est pas l’enlèvement d’adolescentes et leur exploitation dans l’industrie du sexe. Il ne s’agit pas de la manière dont ce travail est fait.

Il traite de ces sujets, bien sûr, mais le livre porte vraiment sur les hommes qui font ce travail, un homme en particulier, sur l’effet qu’un tel travail a sur sa vie.

Jusqu’où un homme est prêt à aller pour trouver la justice pour ceux qui ont été oubliés par le reste du monde.

Tu sais, le Concierge est curieux : après Les anges de New York, quel sera le prochain en France ?
Honnêtement, je ne sais pas ! Il s’agit pas de ma décision, mais de celle de mon éditeur à Paris, et je ne pense pas que cela ait encore été décidé.

Le mot de la fin pour tes lecteurs et lectrices de France ?
Je suis très excité par la sortie de mon livre Les anges de New York, et je suis vraiment impatient de revenir en France en mars. C’est toujours tellement agréable d’être en France et j’adore y venir. Les librairies, les lecteurs, les amis que j’y ai sont merveilleux et je me sens très honoré et privilégié d’avoir été accepté si chaleureusement par ces gens formidables.