Thomas H. Cook :: Au lieu-dit Noir Étang

Thomas H. Cook et le concierge masquéQuand j’ai su que j’allais rencontrer Thomas H. Cook à Toulouse polars du sud 2011, j’étais vraiment intimidé.

En lisant Les feuilles mortes (Série Noire), j’ai été bouleversé par sa façon de rentrer dans la tête de ses personnages et comment il semait le doute en nous. En lisant son dernier livre, Au lieu-dit Noir Étang (Seuil), je me suis fait la réflexion que c’était tout simplement son meilleur.

Petit à petit, il dévoile son intrigue avec cette façon si particulière qu’il a d’écrire, et qui nous touche tous.

Je pense qu’en lisant ses livres, on est capable de reconnaître son écriture car il nous mène par le bout du nez et on se laisse guider comme un enfant a qui on propose une friandise.

Voici un résumé du livre :
Août 1926. Chatham, Nouvelle-Angleterre : son église, son port de pêche et son école de garçons fondée par Arthur Griswald qui la dirige avec probité. L’arrivée à Chatham School de la belle Mlle Channing, prof d’arts plastiques, paraît anodine en soi, mais un an plus tard, dans cette petite ville paisible, il y aura eu plusieurs morts.

Henry, le fils adolescent de Griswald, est vite fasciné par celle qui l’encourage à « vivre ses passions jusqu’au bout ». L’idéal de vie droite et conventionnelle que prône son père lui semble désormais un carcan. Complice muet et narrateur peu fiable, il assiste à la naissance d’un amour tragique entre Mlle Channing et son voisin M. Reed, professeur de lettres et père de famille. Il voit en eux « des versions modernes de Catherine et de Heathcliff ». Mais l’adultère est mal vu à l’époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : « Que s’est-il réellement passé au Noir-Étang ce jour-là ? »

Je voudrais remercier Caroline Aubert des Éditions du Seuil pour son aide et ses choix littéraires toujours excellents. Je voudrais remercier pour la traduction Sandrine à qui je dois beaucoup, et aussi les eXquisMen pour leur travail sérieux.

Et mon dernier mot sera pour Thomas H. Cook que je remercie d’avoir si gentiment répondu aux questions du concierge et qui m’a donné envie de partir découvrir les États-Unis.

À bientôt pour une nouvelle interview.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous en êtes venu au thriller ?
Je suis né dans une petite ville de l’Alabama, qui se trouve dans le sud profond des États-Unis. Je viens d’une famille d’ouvriers et j’ai été le premier dans ma famille à aller à l’université. Ma grand-mère me lisait des articles sur de vrais crimes quand j’avais de l’asthme. Peut-être que c’est de là qu’est né mon intérêt pour le crime. Cependant, j’ai écrit plusieurs romans qui ne sont pas des polars, et certainement pas des « thrillers ».

Le sud des États-Unis est-il une source inépuisable pour le thriller ?
Je ne pense pas qu’ils soient plus une source inépuisable que le reste du pays. Les gens commettent des crimes partout, et partout les gens s’intéressent au crime.

Au lieu dit Noir-EtangComment écrivez-vous ? Le soir, le matin, dans un bureau…
Je commence à écrire tôt le matin et en général j’écris jusque tard dans l’après-midi, ce qui fait une pleine journée de travail. Généralement je ne travaille pas le week-end.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier roman paru le 12 janvier en France, Au Lieu-dit noir-étang, aux éditions du Seuil ?
C’est un de mes préférés parmi mes propres romans. J’aime à dire qu’écrire beaucoup de romans, c’est comme d’avoir beaucoup d’enfants. Pour être honnête, on ne les aime pas vraiment tous de la même façon. Ceci dit, je répète que Au lieu-dit noir-étang est un de mes romans préférés. C’est un vrai mystère dans le sens où il parle autant du mystère de la vie que du mystère d’un crime particulier. Et il y a un vrai rebondissement à la fin.

Les non-dits et les rumeurs font la force de vos romans, comment faites-vous pour obtenir une telle force de narration ?
J’essaie de faire se dérouler mes romans comme se déroule la vie, c’est-à-dire de manière organique. J’essaie de centrer mes romans sur les personnages, plutôt que sur les évènements, ce qui, je pense, pourrait expliquer en partie leur succès en France, par opposition aux États-Unis. Je regarde beaucoup de films français car j’étudie le français, et j’ai remarqué que la plupart d’entre eux sont d’intenses études de caractères. Ils sont exactement comme les histoires que j’écris, des histoires qui comportent, comme tu le dis, des secrets et des non-dits.

Je reviens par exemple sur d’autres de vos romans : Les feuilles mortes ; Les photos de famille mentent ? Et parlez-nous d’Eric Moore, qui est un des personnages de ce roman.
Eric Moore est un homme qui croit avoir tout ce qu’on peut attendre de la vie. Il a sa propre petite affaire, une femme qu’il aime et qui, il le présume, l’aime. Il a un fils qui a l’air tout à fait normal, un peu lunatique, mais sinon sans rien d’exceptionnel. Puis un jour, sa vie part en morceaux, et il commence à percevoir la fragilité de cet équilibre. J’ai adoré écrire ce livre, et je suis vraiment content qu’il ait eu autant de succès en France, au point que Jean-Pierre Jeunet a pris une option sur les droits pour en faire un film.

Dans Les ombres du passé, on assiste au retour du fils maudit dans sa ville natale avec son terrible passé qui lui tombe dessus. Peut-on apprendre du passé ? C’est un message fort que vous faite passer dans votre roman.
Je pense que le passé est la seule chose dont on puisse tirer des leçons. Je sais qu’on peut apprendre des livres, et de l’expérience des autres, mais je suis persuadé que c’est en regardant dans son propre passé qu’on peut apprendre le plus.

Que pense votre famille de vos romans ? Quelles sont ses impressions ?
Ma femme est ma première lectrice, ma première éditrice et elle contribue plus que quiconque à la création de mes œuvres. Elle possède un esprit étonnant qui peut considérer un livre sous plusieurs angles différents simultanément : l’histoire, puis le passage, puis la ligne, puis le mot. Ma fille a lu plusieurs de mes romans, et elle propose souvent ses points de vue et ses critiques.

Avez-vous une anecdote marquante sur un de vos romans ?
On m’a dit que lors du tournage de Evidence of blood, au Canada, un SDF était venu se balader sur le site de tournage et avait demandé quel film on tournait. Le réalisateur a dit Evidence of blood. Le SDF a hoché la tête, et puis il a dit : « Il ne pourra jamais être aussi bon que le livre. »

Les Feuilles MortesY a-t-il des projets d’adaptation au cinéma de vos romans ?
Il y a actuellement 5 de mes romans qui font l’objet de projets de films : Les feuilles mortes, Instruments of night, Last talk with Lola Faye (qui sera publié en France très bientôt), et Mémoire assassine (récemment publié en France).

Quels sont vos écrivains préférés et pourquoi ?
Je lis n’importe quel livre écrit par Ian McEwan, Julian Barnes, Alice McDermott ou Barry Unsworth.

Vous revenez nous voir cette année pour Quais du Polar 2012, qu’aimez-vous en France ?
Je suis venu en France très souvent, et j’ai visité de nombreuses régions du pays. J’aime la langue, la nourriture, la beauté de la campagne et les gens qui m’ont toujours traité avec une très grande gentillesse. Cela fait un peu plus d’un an que j’étudie le français, et je prends maintenant des cours à l’Alliance Française de New York, aussi, la prochaine fois que je serai en France, c’est-à-dire en mars pour le festival littéraire de Lyon, j’espère que je serai capable de parler français considérablement mieux qu’à Toulouse, il y a quelques mois.

Quel est le fait d’actualité qui vous énerve le plus ?
Le terrorisme et le fanatisme religieux.

Votre film préféré ?
Laissez-moi citer quelques films français que j’adore .

L’horloger de Saint-Paul, Le vieil homme et l’enfant, L’armée des ombres et La Bataille d’Alger. Je pense aussi que Le chagrin et la pitié est un des meilleurs documentaires jamais réalisés

Votre musique et votre chanson préférées ?
J’aime la plupart des genres musicaux : classique, jazz, folk. J’aime les bandes originales de films, aussi. Je n’écoute pas de rap ou de heavy metal.

Si vous vouliez me montrer un endroit que vous aimez aux États-Unis, ce serait lequel ? Et pourquoi ?
Ce serait New York ou Cape Cod. New York est une ville unique pour sa vie rythmée et excitante. Cape Code est un endroit beau et très serein. Ces deux endroits ne pourraient être plus différents mais ils sont tous les deux merveilleux.

Un dernier mot pour vos lecteurs et lectrices de France ?
Mon dernier mot sera pour exprimer ma profonde gratitude pour les lecteurs français qui ont soutenu mon travail. Ils se sont montrés beaucoup plus enthousiastes que mon lectorat américain. Non seulement ils ont acheté de nombreux exemplaires de mes livres, mais ils en ont toujours parlé favorablement dans les journaux, les magazines ou les blogs. Je ne peux les remercier assez, et j’espère réellement que mes livres qui sont sur le point d’être publiés en France pour la première fois rencontreront la même faveur. Je pense que oui, car pour moi ceux qui seront publiés en France dans les années à venir sont parmi mes meilleurs. Alors merci, et vive la France ! (en français dans le texte -ndt)

Merci beaucoup de votre patience, et nous avons hâte de vous revoir à Lyon.