Laura Sadowski :: L’affaire Clémence Lange

Laura SadowskiEn allant cette année à Paris Polar 2011, j’ai découvert le roman d’un auteur dont la lecture m’ont marqué. En lisant L’affaire Clémence Lange, j’ai été touché par l’histoire, au point même de verser une larme.

Laura Sadowski est avocate de métier et possède une écriture qui réinvente le thriller judiciaire. Elle arrive à écrire un huis clos terrifiant qui vous empêche de lâcher le livre avant la fin.

Tiré d’une histoire vraie, ce roman nous montre aussi la dégradation des prisons françaises qui se trouvent hélas maintenant dans le trio de tête en Europe des mauvaises conditions carcérales.

9 juillet 2009 – Nouvelle condamnation de la France pour traitements dégradants envers les détenus systématiquement transférés, mis à l’isolement et fouillés au corps. Selon le rapport d’activité de la CEDH, au 1er janvier 2010, plus de la moitié des arrêts de violation rendus par la Cour Européenne des Droits de l’Homme concernent 4 des 47 pays membres du Conseil de l’Europe : la Turquie, l’Italie, la Russie et la France. Les prisons françaises, déjà couramment qualifiées d’humiliation pour la République, sont-elles également en retard par rapport aux autres pays européens dans l’application des droits de l’homme en milieu pénitentiaire ?

Énormément de solutions sont proposées pour l’amélioration des prisons en France dans le roman de Laura Sadowsi.

Résumé de son livre, L’affaire Clémence Lange :
Maître Nicolas Kléber appartient à cette catégorie de jeunes gens à qui tout sourit : il est beau, brillant et promène à son bras une ravissante créature. Il doit justement la rejoindre dans quelques heures sur les cimes enneigées de Chamonix pour fêter le Nouvel An. Mais, avant cela, il lui faut se rendre à Fleury-Mérogis, où l’une de ses clientes comparaît devant le conseil de discipline. Simple formalité… qui va virer au cauchemar. Car Clémence Lange compte bien faire payer à son avocat la légèreté dont il a fait preuve lors de son procès : elle lui a valu quinze ans de réclusion pour le meurtre de son amant dont elle se dit innocente. Séquestré dans une cellule prototype de la prison, notre fringant avocat va vivre une véritable descente aux enfers…

Je vous laisse avec Laura Sadowski qui a eu la gentillesse de quitter son prétoire pour m’accorder une interview, très bonne lecture à tous.

Première question rituelle, parlez-nous de votre enfance et de votre venue au thriller ?
J’ai eu une enfance studieuse. J’ai aimé l’école et les universités passionnément.

Le thriller recouvre plusieurs genres (le policier, le roman noir, le polar, le thriller horrifique, etc.) mais il est codifié. Comme le roman, il faut des personnages, une intrigue, des péripéties et l’art d’écrire. Mais dans le thriller l’intrigue doit être à suspense et les péripéties doivent être des rebondissements. Le style doit « coller » à l’histoire, ce qui n’est pas toujours vrai dans le roman. J’aime ces règles parce que, c’est le paradoxe, elles procurent une grande liberté dans un cadre rigide. Cette contradiction est la gageure du thriller. C’est grisant à chaque fois de relever le défi.

Pour ma part, j’écris entre autres des « legal thrillers » où le cadre est encore plus codifié, car le genre, venu d’Outre-Atlantique, est déjà éprouvé. Le défi à relever est donc double !

Comment vous est venue l’idée d’écrire ce superbe roman, L’affaire Clémence Lange ?
L’idée est partie d’un fait divers : une séquestration dans une prison. Puis autour de ce fait divers, une situation s’est « brodée » : celle du huis clos entre un avocat et une détenue qui clame son innocence et lui reproche sa mauvaise défense. Ce qui m’a intéressé c’est le renversement de situation. Un avocat qui se trouve accusé et une prisonnière qui devient son « procureur ».

On a du mal à croire que c’est tiré d’une histoire vraie ?
C’est le propre du roman que de rendre crédible l’invraisemblable. C’est ce qu’on appelle « la vérité littéraire », qui est différente de la réalité. Raconter une histoire c’est toujours faire croire que c’est vrai. Ça commence avec le premier conte de fées qu’on vous raconte enfant pour vous endormir.

Vous est-il arrivé de vous dire que vous avez mal défendu un de vos clients ?
Quand on perd une affaire on a un sentiment de culpabilité. Sauf si les faits reprochés sont tels que la seule chose qu’il possible de faire était d’atténuer la peine (limiter les dégâts). Quand on y arrive on est content.

Quelle est votre vision sur l’état des prisons françaises ?
Épouvantable. Les observateurs internationaux des prisons ne cessent de dénoncer des conditions qui transforment des détenus en bêtes. Ils sortent pires que quand ils y sont entrés. L’Affaire Clémence Lange part d’une situation vraie : à savoir la séquestration de l’avocat par l’héroïne dans une prison en travaux. C’est celle de la rénovation de la plus grande prison d’Europe, celle de Fleury-Mérogis en banlieue parisienne, toujours en cours.

Avocat et romancière, un duo gagnant pour écrire des thrillers ?
En effet, c’est une réelle complémentarité qui peut être efficace. A condition, et c’est là qu’est l’écueil, de ne pas se répéter. De ne pas réécrire toujours la même chose. C’est ce qui me fait redouter d’introduire un personnage romanesque récurent. Il faut avoir le talent d’un Simenon ou d’une Fred Vargas pour éviter d’ennuyer le lecteur, et lui redonner, à chaque fois, le même éblouissement qu’à la 1ère lecture.

Parlez-nous de l’adaptation au cinéma de votre roman ?
Elle est en cours. Je n’ai pas eu de nouvelles depuis l’automne. Mais comme dit le proverbe « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ! »

Parlez-nous des deux personnages de ce huis clos, Nicolas Kléber et Clémence Lange.
Ce sont deux personnages que tout oppose. Ils ne sont pas du même milieu social, n’ont pas eu la même enfance ni le même parcours dans la vie ; ils n’ont pas non plus le même caractère, le même univers intérieur ni le même rapport au monde. Kléber est un conquérant, Clémence est à l’opposé.

Et pourtant le hasard les fait se rencontrer. Mais ce sera une sorte de « rencontre amoureuse » à rebours : elle sera tragique.

Mon personnage est directement inspiré des héroïnes de la tragédie grecque et classique. Elle est la sœur jumelle d’une Antigone ou d’une Bérénice.

Parlez-nous de votre roman : L’Origine du sexe ?
C’est un roman policier (un peu noir aussi) que j’ai voulu classique… jusqu’à la fin. J’ai toujours été fascinée par les mythes. Ils révèlent l’inconscient collectif d’une époque. La nôtre est à l’ombre du mythe de Frankenstein. C’est la singularité de ce roman.

Le concierge Masqué est curieux, quel sera votre prochain roman ?
Je ne veux pas révéler ma prochaine « fabrication » parce que j’aime faire des surprises !

Avez-vous une anecdote sur un de vos romans ?
Oui, pour L’Origine du sexe, j’ai été à quelques reprises agressée verbalement lors de rencontres dédicaces par des « fanatiques » à cause du titre. Il choque. Pourtant quand je l’ai donné, je pensais à L’Origine du monde et à L’Origine des espèces. Mais je suis contente à présent de sa portée subversive.

Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau.. )
J’écris la nuit (quand elle est noire) jusqu’à l’aube. Puis mon autre vie prend le relais. J’écris dans ma chambre, toujours à la même table avec le même stylo, le même papier et le même vieux dico. Ces rituels aident à conjurer l’angoisse de ne pas arriver à coucher correctement sur le papier les idées auxquelles on a réfléchi toute la journée.

Quel est votre auteur de polar préféré ? Et pourquoi ?
Simenon. Mais par forcément celui de « Maigret ». Il fait partie de ces auteurs (Raymond Chandler, James Ellroy, PD James, …) qui ont brouillé la frontière entre roman et roman policier. Grâce à lui (à eux) on peut dire que le roman policier, c’est du roman !

Si vous alliez sur une île déserte, quel livre emporteriez-vous ?
L’Iliade et l’Odyssée d’Homère.

Quel est le fait d’actualité qui vous énerve en ce moment ?
Je suis encore dans l’énervement des « Fêtes ». Je dirais donc : Qu’on ait gavé des oies pour le bien être gustatif des convives, abattu des animaux pour offrir des manteaux de fourrure et continué de prendre la planète pour une poubelle.

Quelles sont votre chanson et musique préférées ?
En ce moment les chansons de Cesária Évora parce qu’elle vient de décéder. C’était une immense artiste et une grande dame.

Quel est votre dernier mot pour votre défense, Maître ? (J’ai toujours rêvé de dire ça à une avocate !!)
J’aurais eu le même rêve à votre place ! Je dirais : « Ne me jugez qu’après m’avoir lue. Et si votre verdict est une condamnation, soyez cléments. Parce ce que c’est fragile, un auteur ».