Nadine Monfils :: Les vacances d’un serial killer

Nadine Monfils - photo de Dominique TestudSi un jour on vous propose de partir en vacances avec une famille comme la famille Destrooper, fuyez le plus vite possible car votre vie en dépend.

Les vacances d’un serial killer (Belfond Éditions) est une pépite d’humour noir. Quel plaisir de pouvoir lire un très bon polar et de rigoler en même temps ! Qui ne reconnaîtra pas un peu de sa famille dans ce roman et ces personnages qui restent en mémoire ? Mémé Cornemuse vaut à elle seule le détour !

Ce livre devrait être prescrit par les médecins de France, impossible de ne pas retrouver le moral. Son auteur, Nadine Monfils, nous vient de Belgique et habite Montmartre. Elle a écrit une quarantaine de romans dont des perles comme Monsieur Émile, Une petite douceur meurtrière de la Série Noire, et, chez Belfond, Babylone Dream, Nickel Blues ou encore Coco Givrée.

Nadine Monfils est également réalisatrice. Souvenez-vous de Madame Edouard.

Et c’est une artiste photographe…

Allez visiter son site : www.nadinemonfils.com

Elle m’a fait l’énorme plaisir de m’accorder une interview et j’ai hâte de la revoir au salon du livre de Bruxelles, début mars, pour son prochain livre La petite fêlée aux allumettes, chez Belfond Éditions, que je ferai gagner prochainement, et en exclusivité, sur le site du Concierge Masqué.

Très bonne lecture à tous.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous en êtes venue à faire du polar ?
Je suis née dans un chou de Bruxelles. Pour ça que je suis toute petite et que mon mec m’appelle son lutin. Enfance dorée, choyée et  hétéroclite. Entre ma mère en bas, dans un décor de plantes en plastique, de fausse cheminée et de chien crocheté, univers clean et kitch. Et ma grand-mère à l’étage, vrai tripot où, dès le matin, ça picolait, ça fumait et ça tapait la carte. Inutile de dire que je passais le plus clair de mon temps en haut… Garçon manqué, avec une figure de poupée, on m’aurait donné le bond dieu à rhabiller avec tous ses saints, mais je faisais des coups pendables. Études chaotiques, je suis quand même arrivée à devenir prof de morale et à pondre en même temps mon 1er bouquin à 20 ans : Contes pour petites filles perverses illustré par Léonor Fini (réédité depuis, à la Musardine). Mes collègues ont cru que j’avais un homonyme et je ne les ai pas contrariés.

Comment est perçu le polar en Belgique ? Quelle est la différence avec la France ?
Les belges ont été nourris avec Simenon donc, le polar est dans leurs racines. Comme la Trappiste et les frites.

Je vois aussi que vous êtes cinéaste. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette activité et si un tournage de film est prévu pour vous ?
Après avoir fait un court-métrage pour Canal + (avec François Morel, Annie Cordy et JC Dreyfus), j’ai écrit et réalisé Madame Edouard avec Michel Blanc, Balasko, Bourdon, Lavanant, A. Cordy, Rufus, Andrea Ferreol, Bouli Lanners… et une musique originale de Benabar. Il passe actuellement en boucle sur Canal Sat et il existe en DVD (chez Cdiscount, à 2 euros !). C’est un film complètement décalé, humour noir, atypique, dans l’univers de mes livres. Il a été adapté de ma série du Commissaire Léon, un flic qui tricote en cachette depuis qu’il a cessé de fumer. Il confectionne des paletots ringards pour son chien… Cette série va être rééditée chez Belfond en 2012. Le tournage était génial ! Je me suis dit que s’il y avait un paradis sur terre, ça devrait ressembler à ça.

J’en prépare un autre, mais trouver les producteurs et le fric est un métier d’alpiniste. Je suis très tenace… Et mon agent aussi.

Est-ce que votre famille lit vos polars ? Qu’en pensent-ils ?
Oui,  à part ma mère, qui regrette le temps où j’écrivais « des petits poèmes », sauf qu’à 14 ans, mon premier poème parlait du nain d’Arrabal qui regardait la vierge avec son sexe en mains… Elle a du zapper ce détail ! Mais elle va engueuler les libraires quand elle ne voit pas mon livre dans leur boutique !

Ceux qui me lisent dans ma famille me trouvent dingo mais ça leur plaît. Par contre mes fils me disent que ça leur fait bizarre d’avoir une maman qui écrit des trucs pareils (pourtant, ils sont pires que moi… et tant mieux !)

Vous habitez dans une ancienne loge de concierge à Montmartre. Ça intéresse le concierge masqué ! Pouvez-vous nous en parler ?
Oui. J’écris derrière mon petit rideau bleu et je vois TOUT ! Les mecs qui longent la haie le soir, avec une nénette, quand leur femme n’est pas là ; ceux qui vont flanquer leurs vidanges (bouteilles vides en belge) dans la poubelle et me font croire que ce sont des petits pots pour bébés… Et comme beaucoup d’acteurs vivent dans la co-pro, je n’ai qu’à m’asseoir sur mon banc pour faire mon casting.

J’adore les vacances mais dans votre dernier roman, Les vacances d’un serial killer, elles virent au cauchemar. Comment vous est venue l’idée de ce roman ?
J’ai passé beaucoup d’étés à la mer du Nord que j’adore toujours, malgré les horribles buildings. Quand on leur tourne le dos, la mer continue à ramener des souvenirs d’enfances entre les vagues. J’ai toujours eu une imagination débordante, entre Alice au pays des merveilles et C’est arrivé près de chez vous. Un joyeux mélange… Je ne sais pas d’où me viennent mes idées. Du diable ou des anges qui s’ennuient sur leur nuage rose ?

J’adore la mémé, une vraie calamité. Pouvez-vous nous en parler pour les lecteurs qui n’ont pas lu votre génial roman ?
Mémé Cornemuse (surnommée ainsi parce qu’elle aime les écossais puisqu’ils ne portent pas de culotte) est entre Carmen Cru et Ma Dalton. En pire. C’est une espèce de cougar, une saute au paf qui adore le sexe et n’hésite pas à liquider ceux qui lui cherchent misère. Faut pas l’emmerder. J’ai eu deux grands-mères assez extraordinaires qui m’ont pas mal inspirée. Celle qui ne vivait pas avec moi est morte à 105 ans. A 104 elle apprenait l’anglais « parce que ça peut toujours servir… » et elle regardait les matchs de foot en disant son chapelet, pour que son équipe préférée « L’Union St Gilloise » gagne, entourée de ses saints lumineux, en sifflant les grands crus entreposés dans sa cave (elle tenait une auberge), mélangés à de la limonade « pour que ça passe mieux »… J’ai une sacrée hérédité !

Que pensez-vous de la situation actuelle de la Belgique ? Il y a de quoi faire plusieurs polars sur le sujet, non ?
L’idée de fonctionner sans gouvernement m’allait bien. Ça va avec l’image surréaliste de mon pays. Et franchement, je préfère ça à un président monté sur talonnettes qui raconte des conneries et brasse du vent. Mais c’est bien qu’on ait enfin réussi à monter une nouvelle structure. Ça rassure tout le monde. Puis notre premier ministre Elio Di Rupo est top avec son p’tit nœud pap’ rouge ! En dehors de ça, c’est un mec gentil et très compétent. Je le sais de source sûre (j’ai deux cousins ministres !)

Comment écrivez-vous ? (le soir, le matin, dans un bureau….)
Beurrée à quatre heures du mat… Non, je blague ! J’écris la journée, derrière mon petit rideau de concierge. L’été je laisse la porte ouverte et les copains passent me faire coucou. Le soir, comme ma cuisine ressemble à un bar, ils viennent boire l’apéro. Une bonne concierge abreuve ses ouailles.

La petite fêlée aux allumettes de Nadine MonfilsLe concierge masqué est curieux, quel sera votre prochain roman ? Quand sortira-t-il ?
Le prochain s’appelle La petite fêlée aux allumettes et sort chez Belfond fin février (pour la foire du livre de Bruxelles). On y retrouvera la vieille, plus infernale que jamais, qui va foutre le bordel au commissariat (elle va se faire engager dans le quota d’handicapés). L’idée de base part du conte d’Andersen La petite fille aux allumettes. Une nana trouve sa grand-mère morte, avec une boîte d’allumettes serrée dans sa main. Elle la garde comme un talisman. Le jour où elle en craque une, elle a la vision d’un meurtre. Le lendemain, elle le lit dans les journaux…

Vous rendez hommage à Annie Cordy et Adamo dans votre dernier roman. Est-ce par patriotisme ?
Il se fait que mon idole absolu est Brel, que j’adore Arno, qu’Annie Cordy me fait craquer – je trouve que c’est une grande dame, une superbe comédienne et un vrai Spirou – et que mon peintre préféré est Léon Spilliaert, un belge aussi, comme Magritte qui m’attire et m’intrigue (j’en ai d’ailleurs fait un thriller chez Belfond « Coco givrée »). Quant à Adamo, c’est toute mon enfance. Ma mère craquait dessus. Sans doute que les belges parlent au nez de clown que j’ai dans le cœur.

Quel autre auteur Belge de polar aimeriez-vous nous faire connaitre ? Et pourquoi ?
Évidemment, j’aime Simenon et Jean Ray, mais tout le monde les connaît. Je dirais Ghelderode et Thomas Owen, maîtres du fantastique, fabuleux raconteurs d’histoires étranges, malheureusement disparus tous les deux. Thomas fut mon parrain littéraire quand j’avais 15 ans et François Guérif a publié certains de ses textes chez Rivages.

Si vous étiez sur une île déserte, quel livre emmèneriez-vous ?
Pas un livre. Mon chien, Léon qui pique tout. Comme ça, je serais sûre de ne manquer de rien.

Sinon, j’emmènerais les 365 méditations taoïstes qui est mon livre de chevet et quelques bouteilles de Trappistes + des films au cas où je trouverais un lecteur sous un cocotier : La Strada de Fellini, Orange mécanique, tous les Bette Davis et la collection complète de Lynch et JP Jeunet.

Quelles chanson et musique préférez-vous ?
Tout Brel. J’aime aussi Benabar, Chavela Vargas, Hugh Laurie…

J’adore la musique Tzigane, russe, le jazz de la nouvelle Orléans. J’ai eu l’occasion d’y aller avant l’ouragan et écouter jouer les vieux jazzmen noirs dans les caves était un régal !

Quels endroits de la Belgique vous nous conseilleriez de visiter à nous français, en dehors des pièges à touristes ?
Le marché aux puces de Bruxelles, le week-end dans le cœur des Marolles. Il y a une ambiance à tout péter ! J’y ai mon « stamp café » comme on dit chez nous (café habituel), « Chez Line et Willy ». Sinon, le vieux Namur qui est une ville magnifique, celle de Benoît Poelvoorde qui est mon ami et que  je considère comme un immense comédien. Bruges en hiver, quand les canaux sont gelés. Il faut aller vers le musée du folklore, en dehors du centre, là où les dentellières tissent leurs lambeaux de vies, comme des petites araignées. Et Liège, à Outremeuse, là où se balade encore le fantôme de Simenon.

La p'tite auto de NadineJ’ai lu que vous aviez plusieurs chiens et que l’un  d’eux se nomme « Léon », qu’il est « clebstomane » et pique les biffetons dans les poches des invités. Est-ce vrai ?
Oui ! C’est tout à fait vrai ! La première fois qu’il est venu dans « ma loge », il a pique un billet de 5 euros dans la poche de mon mec et me les a apportés ! Si quelqu’un laisse son sac, il le fouille et planque des affaires sous le lit. J’ai aussi Cannelle, une petite chienne qui applaudit (authentique !) et j’avais Émile, l’amour de ma vie de chien, parti l’hiver dernier à 16 ans. Je lui avais consacré un polar à la Série Noire, Monsieur Émile, un thriller barré vu à travers le regard de mon chien qui était pédé (j’ai une affection particulière pour les homos et les travestis) et qui était aussi fétichiste des bottines et complètement zen (il était tibétain).

Dernière question du concierge : avez-vous une anecdote sur un de vos romans ?
Un jour j’ai écris un livre érotique « Peau de papier » un peu comme une lettre que j’adressais au lecteur et où je lui demandais d’aller me chercher un verre de lait. Suite à ça, j’ai reçu plein de cartons de lait ! Après coup, je me suis dit que j’aurais mieux fait de demander un verre de champagne !

Merci pour votre patience et de votre gentillesse et bravo pour votre roman, une vraie réussite.
Merci aussi ! La concierge de la rue Lepic.