Antonin Varenne :: Le mur, le kabyle et le marin

Antonin VarenneUne interview par IPhone. Original, non ?

Antonin Varenne a réussi à me caler dans son emploi du temps très chargé.

Roman inspiré et soufflé par le témoignage de son père, Pascal Varenne, avant sa mort, Le mur, le kabyle et le marin n’est pas qu’un livre de plus sur l’Algérie. Je vous le dis honnêtement, je n’avais pas aimé son roman Fakirs, auquel je n’avais pas du tout accroché. Je me suis « forcé » à lire son roman suivant et je l’ai dévoré.

Des scènes de combats de boxes comme si on était sur le ring. George dit « le Mur », policier quarantenaire que je trouve attachant, qui cogne comme un vieux roublard et qui, pour se faire de l’argent, met les gants hors boulot pour des mauvaises causes.

Ce roman très noir est une réconciliation entre plusieurs générations. Ce roman est d’une humanité qui nous fait réfléchir après l’avoir lu.

Résumé du livre, avant l’IPhoneview d’Antonin Varenne.

Avril 2008.Tout commence par une superbe scène de boxe. George, dit « le Mur » en raison de sa capacité légendaire à encaisser sans broncher, est un flic quadragénaire usé, fatigué mais obsédé par le ring, George se retrouve face à Gabin, un jeune black de vingt ans, tout frais, plein d’espoir. Ultime combat ou combat de trop pour George ? En tout cas, il va le gagner ce putain de combat. Mais à quel prix. Et c’est le début des emmerdes pour George. Contraint, résigné il va accepter un drôle de marché avec les Pakistanais ; pour une poignée de billets, de quoi satisfaire ses petits plaisirs dans les bras de Mireille, la putain généreuse.

Mai 1957. Pascal Vérini, vingt ans, appelé comme beaucoup de sa génération, part pour l’Algérie comme un rêve de voyage. Vérini, la forte tête, pacifiste convaincu, découvre bien vite la réalité de cette guerre ; d’autant plus qu’il est affecté dans une vieille ferme, un DOP « dispositif opérationnel de protection », là où sévit une équipe de recherche du renseignement par la torture. C’est l’horreur, la barbarie, le quotidien de tous ces jeunes hommes qui n’ont pourtant rien demandé, et surtout pas à être embarqués dans ce merdier. Il y ceux qui vont faire le boulot, le sale boulot, même avec acharnement et zèle. Et puis il y a ceux qui vont réussir à garder un peu d’humanité, s’arrangeant toujours pour ne pas commettre le pire. Parmi lesquels Vérini, fort de ses convictions. Alors bien sûr, des amitiés vont se nouer, il faut bien vivre ensemble. Vivre aussi avec les Algériens, ceux ralliés à la cause française mais aussi les prisonniers. Et l’étrange Rachid, l’énigmatique Rachid auquel Vérini va être attaché sans vraiment trop comprendre la relation qui les unit.

Très bonne lecture et à bientôt.

Parle nous de ton enfance et comment tu en es venu à écrire du polar ?
Mon enfance ? Rien d’anormal, sinon un peu de mouvement, je crois que j’ai habité une trentaine de maisons différentes avec mes parents, dont un voilier.

Quant au polar, je n’en rêvais pas tout gosse. Si j’ai vraiment grandi, ça m’a pris autour de la trentaine, un jour de désœuvrement…

Pour Fakirs, tu as reçu trois prix littéraires, qu’en as-tu ressenti ?
C’était tout à fait inattendu, je crois que ça m’a surtout apporté de rencontrer la clique du polar. Et puis mon nom sur deux jolies liste, Lebrun et Sang d’Encre.

Tu aimes les héros âgés ; dans ton premier roman, Fakirs, un vieux flic mis au rancart dans un service d’archives et pour ton dernier, un boxeur fin de carrière, un kabyle âgé, et un vieux  Verini. Pour quelle raison ?
Le flic de Fakirs a la quarantaine ! Le boxeur aussi. Les deux autres, le Kabyle et le marin, pour le coup ce sont des vieillards… Et Fakirs était mon troisième roman. Dans les deux premiers, aux Éditions Toute Latitude, il y avait déjà des vieux… Et des jeunes… Je ne sais pas, la quarantaine j’imagine que c’est un tournant, la bascule. J’en approche. Les vieux, c’est ce qu’on va devenir et j’essaie peut-être de ma faire la main ?

On trouve de très belles scènes de boxe dans Le mur, le kabyle et le marin. As-tu une passion pour la boxe ? Peux-tu nous raconter la création du personnage de George.
Je ne connaissais rien à la boxe, je me suis documenté entièrement. George, c’était un personnage qui était dans un tiroir, tout seul, quelques pages écrites sur ce flic minable, boxeur pro raté, qui se mettait à louer ses bras pour se payer des putes. Quand le Kabyle et le Marin ont débarqué, le trio est devenu évident, George est sorti de son tiroir et les a rejoint.

Ton roman dénonce la torture. Ta famille a-t-elle connu cette guerre ?
Mon père, en tant qu’appelé. Le Marin, c’est lui en grande partie.

Tu montres aussi une génération qui refuse de faire la guerre, un vrai dilemme pour les jeunes à l’époque ; c’est ce que tu voulais faire ressentir ?
Je voulais raconter, dans cette fiction, l’histoire de quelqu’un qui ne voulait pas partir, qui n’a pas réussi à l’empêcher et qui a dû résister là-bas. Un témoignage de résistance.

Les cicatrices de la guerre d’Algérie ne sont toujours pas refermés. Pour quelles raisons, à ton avis ?
Trop de culpabilité, de mensonges, d’amnisties et de mauvaise foi, des traumatismes, des nostalgies qui déforment la réalité, des enjeux politiques toujours.

Dans ton livre, tu cites à plusieurs reprises Lepen. N’as-tu pas peur des poursuites ?
Pas du tout. Lepen était para à Alger pendant la Bataille d’Alger et aujourd’hui les témoignages sont indéniables, il en était. Il ne prend même plus la peine de trainer ses accusateurs au tribunal, il a perdu tous les derniers procès en diffamation qu’il a engagés. Le but de livre n’était pas de remettre ça encore une fois sur le sujet Lepen/torture. Le FN fait partie du décor du livre, apparaît comme un élément dans le CV d’un pied-noir tortionnaire en 59 et reconverti à la vie civile en France après 62.

Que pense ta famille de tes romans ?
Ce dernier était difficile à lire. L’histoire de mon père, dans ses détails, personne ne la connaissait. Jusqu’ici on ne m’en veut pas dans la famille, d’avoir levé ce lièvre. Mon père était d’accord et a soutenu le projet en ses débuts.

Antonin Varenne :: Le mur, le kabyle et le marinPeux-tu nous parle nous de ta rencontre avec Viviane Hamy Édition ?
Pour le manuscrit de Fakirs, j’avais eu plusieurs réponses positives. J’ai rencontré un éditeur, puis Viviane, et je n’ai même pas été voir les autres… Ça en dit assez long ?

As-tu des futures projets, un nouveau livre ?
Rien de très concret, une idée, quelques personnages et comme décor une sous préfecture. En ce moment, je construis une maison, je garde ça pour après.

Si tu avait un ou une auteur à nous recommander, ce serait qui ? Et une question à lui poser ?
Sébastien Rutès. Il va faire parler de lui très bientôt, disons dans le Noir. Une question ? Bordel, comment fait-il pour écrire comme ça ?

Si tu avais un coup de gueule sur l’actualité…
Fin du programme nucléaire français. Il y a quelques patrons de ce pays que j’aurais volontiers balancés d’un hélico dans un réacteur de Fukushima, histoire de colmater une brèche, ou de prouver définitivement que le nucléaire est sans danger.

Parle nous de ta façon d’écrire. (le matin, le soir, dans un bureau…)
Si je ne m’y mets pas le matin, je passe à autre chose. Évolution récente, je ne tiens plus compte de mes gueules de bois le matin. Mon écriture semble s’en accommoder.

Et la dernière question du concierge masqué : Ta musique et chanson préférées ?
En ce moment, je découvre Heitor Villalobos…