Didier Fossey :: Ad Unum

Didier FosseyIl y a des rencontres que l’on n’oublie pas de si tôt. Celle-là en fait partie. Elle s’est déroulée en novembre 2011, lors du festival « Paris Polar », dans le 13ème arrondissement.

Un salon que je ne connaissais pas et qui avait comme cadre la magnifique mairie du 13ème. Et sur un stand, je découvre cet auteur à lunettes qui me fait un large sourire et souhaite la bienvenue au Concierge Masqué. Bon, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas vécu un interrogatoire ni une garde à vue, mais ça aurait pu car sa profession de policier lui aurait permis d’interroger un homme masqué !

Mais arrêtons de plaisanter ! Son dernier livre AD UNUM est une pépite, si vous aimez l’action et le suspense, ce livre est pour vous !!

En voici un résumé :

Paris, février 2011. Le froid, la neige, le verglas. Un délinquant notoire est retrouvé pendu, portant une inscription sur son front : « Ad Unum », dont la traduction signifie « Jusqu’au dernier ». Deux autres victimes ont déjà été découvertes dans les mêmes conditions. Quelles sont les motivations du tueur qui s’avère méthodique et discret ? L’enquête est difficile pour le Commandant Boris Le Guenn et les membres de son groupe, le tueur n’hésitant pas à les impliquer personnellement dans sa descente aux enfers pour arriver à ses fins. Mais tout bon rouage est susceptible d’être grippé. Même si ce ne sera pas sans dégâts.

Le métier de l’auteur (policier) donne à ce roman un ton véridique. On retrouve également du Fred Vargas car les personnages ont des périodes de décompression devant un bon repas. J’ai hâte de retrouver le commandant Boris Le Guenn dans d’autres affaires.

Je vous signale aussi son premier roman, Tr@que sur le Web, paru aux 2 Encres Éditions. Je salue cette maison d’éditions pour cette très belle découverte.

A bientôt pour une nouvelle interview. Je vous laisse avec cet auteur très sympathique et vous souhaite une bonne lecture à tous.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et nous expliquer comment vous êtes venu au polar ?
J’ai eu une enfance plutôt heureuse, je passais le plus clair de mon temps chez ma grand mère en Normandie ; elle m’a donné le goût de la lecture en m’offrant mon premier Jules Verne, L’île mystérieuse. Adolescent, j’étais en pension à Granville à l’école hôtelière, je devais lui écrire au moins trois lettres par semaine ; le weekend elle me faisait corriger mes fautes d’orthographe et de syntaxe. J’adorais ma grand mère. A 15 ans, j’ai annoncé à mon père que je voulais être écrivain, il était policier, il m’a répondu que ce n’était pas comme cela que l’on gagnait sa vie. Vocation détruite dans l’œuf. Il y a cinq ou six ans, ma compagne Frédérique est « tombée », sur des écrits datant de …. Oh la la ! Elle m’a poussé à reprendre l’écriture et voilà !

Vous avez travaillé sur le mythique paquebot France, racontez-nous ?
Oui un grand coup de bol, après l’école hôtelière, j’avais envie de voyages, j’ai intégré l’école d’apprentissage maritime du Havre. Je devais embarquer sur un porte-container « L’atlantic Cognac » et au moment où j’arrive pour l’enregistrement le préposé me dit qu’il y a une place de garçon d’étage à pourvoir en urgence sur « France ». A l’issue deux ans de bonheur, un luxe incommensurable, côtoyer des grands, Dali, Polnareff. Des lieux mythiques, New-York, Rio, à 19 ans, le dernier tour du monde en 73/74, des souvenirs plein la tête, encore aujourd’hui, je m’émerveille.

Ad UnumDans Ad Unum, votre second roman, un tueur emploie tous les moyens pour supprimer tout ceux qui le gênent. Comment vous est venu l’idée (il donne froid dans le dos) ?
L’idée m’est venue d’une phrase d’un de mes collègues (Je suis policier), « Y en a marre, on a même pas fini de taper la procédure que le juge le fout dehors, j’aurais bien la solution mais le pays n’est pas prêt ». Je suis parti dans un délire là dessus, comme quoi il ne faut pas grand chose.

Parlez-nous du Commandant Boris Le Guenn ?
Le Commandant Le Guenn est un personnage de fiction, qui intègre néanmoins les personnalités des différents chefs de groupe que j’ai côtoyés. J’ai besoin que mes personnages soient habités par des gens que je connais. C’est un homme intègre, un meneur d’hommes, un flic à l’ancienne qui s’adapte néanmoins aux techniques nouvelles.

Être policier et écrire du polar est-ce facile ?
Facile, non, pratique oui. Je suis aux premières loges pour la matière première.

J’ai vu dans votre roman que vous traitiez les concierges de « bignoles », avez-vous une explication à me donner ? (Attention, je vous surveille)
Ah les bignoles, c’est un terme que nous utilisons entre policiers, il n’a rien de péjoratif, c’est très affectueux. Nous adorons les « bignoles », c’est une source inépuisable de renseignements, bien plus que les digicodes, et puis on a toujours droit à notre petit café…

Je vois bien votre dernier roman en téléfilm ? Avez-vous des contacts ?
Non, vous en avez vous ? Je suis preneur.

Selon vous, les profileurs sont-ils l’avenir de la police ?
Oui, l’analyse des comportements du tueur permet d’apprendre beaucoup sur sa personnalité, ses motivations et permet de réduire considérablement les champs d’investigation et d’être efficaces… C’est ce qu’on demande aux policiers, non ?

Parlez-nous de votre premier thriller, Tr@que sur le web ?
Tr@que sur le web est mon premier « bébé », un an pour l’écrire, quatre pour trouver un éditeur. Galère. C’est l’histoire d’un tueur en série qui « recrute » ses victimes féminines sur les sites de rencontre d’internet. L’idée m’en est venue suite à une plainte d’une femme s’étant fait dépouiller de 50 000 euros par un beau parleur, enfin tchateur. Que lui avait-il donc promis ?? L’histoire se passe sur le 13ème arrondissement de Paris, un policier est soupçonné, on y découvre les arcanes des enquêtes de Police, un procureur tatillon, l’IGS et toute l’équipe du Commandant Le Guenn.

Le concierge est curieux : quel sera votre prochain roman ?
Un thriller dans le monde du jeu en ligne et de la schizophrénie, la folie me passionne. En décor principal, le Père Lachaise, en arrière plan une histoire de vols d’objets d’art dans ce cimetière et une histoire d’amour qui finit mal pour un des équipiers de Boris.

Tr@que sur le webParlez-nous de cette maison d’édition que je ne connais pas : Les 2 Encres éditions.
Les 2 Encres, une petite maison d’édition basée au Puy Saint Bonnet dans la banlieue de Cholet. Les livres sont édités avec un système de prévente qui fonctionne bien. Uniquement des femmes, Maud la directrice, Zoé (Chère Zoé) qui s’occupe si bien de ses auteurs, salons, dédicaces, concours, Thérèse qui fabriquait de bien belles couvertures, elle vient de partir à la retraite, Nathalie, directrice littéraire qui bientôt prendra la place de Maud partant aussi à la retraite et Catherine future directrice littéraire. Une bien belle équipe très dynamique. De toutes façons, j’aime travailler avec des femmes.

Comment écrivez-vous ? (le matin ? Le soir ? Dans un bureau ?)
J’ai une écriture compulsive, je n’ai pas d’horaires bien définis, j’écris quand j’ai envie et n’importe où. Je peux passer des heures à écrire. Mon record, 7 heures d’affilée de 22h00 à 05h00 sans m’apercevoir du temps qui passe.

Est-ce que votre famille lit vos romans et vos collègues de travail aussi ? Et que pensent-ils ?
Oui, Frédérique est ma première lectrice, elle lit les pages au fur et à mesure de leur écriture et elle est la seule. Elle me donne son avis et j’en tiens compte. Ma famille et mes collègues ont lu mes romans, ma famille aime bien mais c’est ma famille. Mes collègues trouvent que je restitue bien l’ambiance des services de Police, les dialogues, les doutes et les problèmes des policiers.

Avez-vous une anecdote marrante sur l’un de vos romans ?
Oui, dans Ad Unum, lorsque Cartier échappe à ses tortionnaires, j’ai répété l’action dans mon salon à la campagne pour voir si c’était crédible. Je me démenais tout seul en gesticulant lorsque par la fenêtre j’ai aperçu mon voisin qui me regardait l’air inquiet. Je crois que pour lui, je suis définitivement fou.

Si vous aviez le choix, quel personnage de polar aimeriez-vous être ? (Fantômas, lupin….)
Spaggiari, parce que « Sans haine et sans violence ».

Si vous étiez sur une île déserte, quel livre emmèneriez-vous ?
J’en emmènerai deux, ne vous déplaise, Le tueur de l’Ombre de Claire Favan et Le Magicien de Jean Marc Souvira. Et oui encore des polars.

Quel est le thème d’actualité qui vous fâche actuellement ?
Que les financiers aient mis le monde dans la merde et qu’ils s’en sortent sans problème.

Quel est votre chanson et musique préférées ?
Requiem pour un con de Serge Gainsbourg, ça me va bien. Je veux ça au jour de mes funérailles. J’aime bien Wagner, ça va bien au polar.

Le mot de la fin ?
Quoi ?? C’est déjà fini, Ah ben merde alors !!! Merci Richard.