Michaël Moslonka :: À minuit, les chiens cessent d’aboyer

Mickaël MoslonkaAvant de vous parler de Michaël Moslonka, je voudrais remercier Pierre Faverolle et son blog Black Novel. Il y a peu de temps, Pierre m’a dit « Richard, il faut que tu découvres cet auteur ! » J’ai suivi son conseil et j’ai bien fait.

A minuit, les chiens cessent d’aboyer est sorti chez Les éditions du Riffle, une maison d’édition que je ne connaissais pas.

Dans ce roman, on s’attache à deux personnages, le capitaine Blacke et la lieutenante Amélie Laribie. L’action se passe, non pas dans une grande ville hyper connu, mais  à Auchel, petite bourgade minière du nord avec son bistrot et ses rumeurs.

Un très bon roman à lire sans modération, je vous le conseille absolument et j’attends une suite avec impatience.

Un extrait du livre :

Le Joker est un bar enfumé malgré la loi. Ici, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, on s’assoit dessus.

Un gars, jeune au demeurant, décrépi par le chômage, entre dans le café-fumoir juste avant Blacke. Il serre la main à tout le monde, même à ce couple, deux femmes – une rousse et une brune – qui fument au fond de la salle et qui n’ont rien des piliers de comptoir habituels. Son tour de serrage de paluches terminé, le péril jeune revient vers les coutumiers regroupés à proximité de l’entrée. Là où le zinc forme un angle droit.

Les habitués du Joker sont une poignée. Tous rougeauds, les pifs énormes, leurs yeux bovins rendus brillants par le trop-plein d’alcool et la ferveur des débats populistes. Il y a une dame avec eux. Petite, grasse. Blonde. Elle s’empiffre de cacahuètes et bavarde en mâchant.

Les silhouettes de tout ce beau monde se reflètent dans la vitre de la devanture. Charmant tableau. Le capitaine insomniaque se fout de cette cène en ch’ti. D’ailleurs, il ne salue personne. Il snobe les soiffards pour s’installer, lui aussi, au comptoir, mais à bonne distance de leur haleine. Pour marquer sa différence.

Pourtant, il ne leur échappera pas.

– Salut l’English !, l’apostrophe la femme.
– Je ne suis pas anglais, rétorque Blacke en posant ses fesses sur le tabouret.
– Hé, hé, hé ! Santé, le Rosbif !, se marre un type, piégé dans la mode vestimentaire des années 80 : pantalon, chemise et veste en jeans bleu clair, santiags en cuir véritable.

Il lève sa bière vers le nouvel arrivant, en signe de ralliement.

– Je ne suis pas un Rosbif, René…

Blacke balance ses répliques, juste pour la forme. Demain ou après-demain, s’il revient à cause des clébards, il aura droit de nouveau à ce catalogue de conneries. Impossible de s’en défaire.

René hausse les épaules. Il s’enfile sa Stella Artois.

– Tant qu’t’es pas Arabe…, rajoute le barman.

Lui, c’est un autre tas de saindoux, de sexe masculin. Il a une bouille bien franchouillarde et il prend un soin tout particulier pour élever son bide à la bière.

Tout en l’observant se rapprocher de lui, Blacke l’agrémente de sa mauvaise humeur.

– J’voudrais bien avoir du sang arabe, rien que pour t’emmerder !

L’autre affiche un air peiné.

– Ce serait pas d’bol, lui dit-il, c’est pas la bonne saison pour les Bougnouls…

Blacke esquisse un sourire de prédateur.

– Qu’est-ce que t’en as à foutre, toi, des Bougnouls, maintenant ? Et même des Jaunes, des Verts ou des Blancs ! Tant que le gouvernement dégage pas tes Rubiconds en charter !

La blonde ramène sa science :

– En vrai, les Bougnouls ce sont les Français ! Les Allemands, ils nous surnommaient comme ça pendant la guerre, la première, j’crois… J’ai vu un reportage là-dessus, sur Arte !
– Ouaip !, approuve le péril jeune. Parce que l’armée française de l’époque c’était comme l’équipe de France de foot : des Noirs et des Arabes, sur toutes les lignes ! Alors, les Boches, ils n’appréciaient pas : ça leur rappelait leur échec dans la colonisation de l’Afrique !
– Dire qu’on dit noir alors que les Noirs, ils sont marron…
– Tiens ? C’est vrai, ça…

Le comique en jeans a essayé de jouer l’humoriste. Il en ressort une réflexion sur la couleur de peau.

Blacke secoue la tête, désabusé. Voilà ce que devient la culture dans la bouche du plus grand nombre.

– Sers-moi un rosé, Jean-Paul…

Jean-Paul Tas de Saindoux allume nonchalamment une cigarette devant le flic noctambule. « Son » flic en quelque sorte, puisque celui-ci vient régulièrement, après 22 heures, squatter son bar jusqu’à la fermeture. Son flic, donc, commande un verre, parfois deux. Puis il laisse le temps passer. Des fois, comme ce soir, il s’engueule avec ses clients.

Le gros barman crache la fumée. De temps à autre, il lui fait le coup de la clope. Jamais, il n’a eu d’emmerdements. De son avis, un poulet qui ne défend pas la loi, ce n’est pas normal.

Blacke pousse vers lui une boîte de cigarillos en métal, vide, qui traîne sur le comptoir.

– Pour les cendres…, précise-t-il d’un calme olympien.

Leur numéro est rodé. Chacun le sait, et ils le répètent toujours à l’identique. Avec le même ressentiment, l’un envers l’autre.

Tas de Saindoux secoue à son tour la tête. Nan, ce n’est pas normal ! Un flic qui est pour la liberté, ce n’est pas un vrai flic. Mais pourquoi s’en plaindre, hein ?

Alors, à la place, il tape sur les eurodéputés.

– Y a plus de rosé, ici, depuis qu’les voleurs de Bruxelles, ils ont voulu couper le rouge avec du blanc pour en fabriquer !

C’était il y a plus de huit mois. Depuis, Bruxelles est revenu sur ce projet immoral. Pourtant, la lutte continue chez le bistrotier auchellois. Blacke cherche le rapport entre l’idée de la Commission Européenne et ce refus de servir du vin rosé. Il ne le voit toujours pas.

– Du rosé, pour le Rose-bif !, se marre le comique en jeans.

Là aussi le lien est obscur. À moins qu’il ne soit hermétique aux jeux de mots. Ou à une certaine forme de pensée. Blacke ne s’essaye plus à comprendre, l’exercice est trop périlleux.

– Alors, donne-moi un ballon de rouge, commande-t-il, comme ça je ferai couleur locale…

Après avoir fait parler le roman, mettons à la question son auteur, Mickaël Moslonka.

Parlez-nous de votre enfance  et comment vous êtes venu au monde du polar ?
Mon enfance ? Celle d’un enfant du bassin minier. Les mines étant fermées, j’étais du coup fils d’ouvrier avec une maman mère au foyer qui dans le milieu des années 80 a décidé qu’elle aussi avait sa place dans le monde du travail. Je n’en dis pas plus, je suis très frileux sur ma vie personnelle hé hé

Hop un grand saut dans le temps !

Je suis venu dans le monde du polar en février 2010 quand j’ai re-rencontré Richard Albisser, le fondateur des éditions du Riffle, au salon du livre de La Couture. Je lui avait soumis un manuscrit, un ou deux ans auparavant. Un thriller fantastique. Il m’a dit qu’il ne le publierait pas, mais qu’il appréciait mon écriture. Il m’a parlé de la ligne éditoriale de Riffle Noir et de l’idée des personnages récurrents. Puis m’a proposé de lui écrire un polar… je n’avais jamais écrit de polar, mais j’avais l’idée d’une enquête avec Blacke (personnage que je ressortais d’une nouvelle publiée dans Nocturne, le fanzine – québécois – culte). Cette enquête je la réservais pour un appel à nouvelles pour une anthologie chez Sombres Rets (thème : enquêtes et mauvais genres). Alors, ce fut l’illumination. «  ça ne sera pas une nouvelle, mais un roman cette enquête ! » que je me suis dit, et dans l’heure qui suivait, à ma table d’auteur du salon du livre, je commençai à écrire la première scène du bistrot d’À minuit (le chapitre 2). Je n’ai pas abandonné mon idée de nouvelle chez Sombres Rets et ça a donné une autre nouvelle – sélectionnée et publiée ! – intitulée La mélodie du malheur.

Les romans ou les nouvelles sont comme les individus, ils ont chacun, chacune, leur histoire personnelle.

Pour vous un bon polar c’est quoi ?
Oh ? Un bon polar ? Je dois vous avouer quelque chose : je ne suis pas un lecteur de polars. Si je devais vous parler de mes lectures, je dirais qu’elles vont de Stephen King jusque Kafka en passant, par Dan Simmons, K. Dick, Virgil Gheorghiu, Onfrey, Nietzsche, Lautréamont (découvert, il y a peu) ou encore James Ellroy (un seul titre !). Ou bien la nouvelle vague aussi : Jess Kaan, Olivier Bidchiren, Jonathan Reynolds, Cyril Careau, Valéry Coquant. En polar BD, j’adore les enquêtes de Canardo. Il y a dans ses cases, une noirceur, un côté pathétique de certains personnages, des répliques dignes des Tontons flingueurs et des sentiments tragiques qui me ravissent. Voilà peut-être ce qui fait les bons ingrédients d’un polar… Je ne sais pas trop, en fait. Je crois plutôt que cela dépend vraiment du lecteur. Il n’y a pas de « bon » ou de « vrai » livre. Il y a juste une agréable ou désagréable rencontre entre un lecteur et un livre.

Oh, et j’adore les Comics ! C’est donc un honneur pour moi que d’être interviewé par un super lecteur masqué !

A minuitOn rencontre dans votre roman, À minuit, les chiens cessent d’aboyer, deux personnages très attachants avec deux caractères opposés : le Capitaine David Blacke et la lieutenante Laribi. Pouvez-vous nous en parler ?
Tout d’abord, je suis toujours (agréablement) surpris de lire qu’un lecteur – ou une lectrice – s’est attaché au personnage de Blacke. Car il s’agit d’un personnage désagréable à la base. Il est misogyne, misanthrope, blasé et cynique. Hop, pour lui, c’est fait, le costard est taillé hé hé

Amélie Laribi, sa lieutenante, maintenant.

Elle, elle est femme d’action, positive et un brin nostalgique de sa ville natale – Auchel, où se déroule l’action – qu’elle a quitté enfant pour y revenir une fois gradée.

Pour l’anecdote : je me suis inspiré du roman le Vide de Patrick Senécal, pour la dualité Blacke/ Laribi. La différence : dans le Vide, le personnage lumineux est en arrière-plan. Dans À minuit, Laribi est au premier plan.

L’idée avec Blacke était de montrer les limites du cynisme – qui est l’apanage de notre société actuelle. Amélie Laribi, quant à elle, est cette lueur d’espoir qui nous permet de croire dans les gens et le monde qui nous entoure. D’ailleurs, elle croit en Blacke et n’aura de cesse de le lui démontrer en dépit des claques verbales qu’elle se prend. Bien sûr, le sentiment est réciproque et également paradoxal : Laribi est la seule personne que Blacke respecte alors qu’il la rabroue constamment.

Pourquoi avoir choisi Auchel comme lieu d’action du roman ?
Il faut un décor crédible pour un polar, à mon avis. Et cette crédibilité du décor ne peut exister que si l’auteur connaît ce décor. Soit parce qu’il y a vécu, soit parce qu’il le fantasme. J’ai passé une partie de mon enfance à Auchel, puis à Marles-les-mines, juste à côté. M’en étant éloigné de prêt ou de loin, de diverses manières, j’ai aussi été très nostalgique de ces deux communes, et du bassin minier en général.

Le seul hic, en faisant du polar dans le bassin minier, étant que ça ne prenne pas : le noir du polar sur le fond noir du pays noir (comme est appelé le bassin minier), il y avait là le risque de ne rien voir. D’où les personnalités de Laribi (la lumière dans l’obscurité) et celle de Blacke (les aspérités de son cynisme qui permettent de s’accrocher dans toute cette noirceur ambiante).

Pour l’anecdote : j’ai écris la première partie d’ À minuit alors que je vivais au Québec. Une photo du chevalement de Marles était punaisée au dessus de mon PC.

Front National et racisme, climat actuel dans le nord et dans votre livre. Vous vouliez montrer cette réalité ?
Oui. Quatre fois, oui. Pas seulement dans le nord, mais aussi dans la totalité de l’Hexagone et dans l’air du temps. Et sur la toile également où l’on peut lire dans la rubrique commentaire de billets sur l’actualité des manifestation de ce climat général. Il y a un passage dans le livre, où un personnage poste ses réactions sur des sites internet en rapport avec l’actualité en France et en Europe. Je n’ai rien inventé. Ses réflexions sont celles d’internautes anonymes qui les ont affichées sur la toile. Elles sont véridiques.

Comment se passent les recherche pour vos romans ?
L’inspiration d’abord et l’imagination. Puis je farfouille sur internet. Parfois dans les livres. Pour À minuit, j’ai d’abord écrit en me basant sur mes souvenirs des lieux. Puis je suis parti sur les lieux, j’ai pris des photos et je suis rentré chez moi pour réécrire totalement certaines description. Voire carrément, écrire un chapitre en fonction de ce que j’avais pu découvrir en plus sur place.  Je demande aussi des infos aux membres de ma famille.

Pour le prochain polar, je compte aller à la pêche aux infos auprès d’un policier.

Je crois tout de même que la source la plus judicieuse reste l’imagination. et la propre sensibilité de l’auteur aux gens, à son environnement et à son époque.

Est-ce que votre famille a lu votre roman ? Et si oui, qu’en pensent-ils ?
Ah quand on parle de famille ! hé hé ! Ma sœur, oui. Elle a adoré – mais est-elle vraiment objective ? Ma mère, non LoL Juste la dédicace et les premières pages, c’est tout. Ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser à ce que j’écris. Mais, elle est très fière de son garçon. L’une de mes filleules – 10 ans – n’a jamais mis le nez dans mes livres jeunesses, par contre, elle s’est jetée sur mon polar avec un véritable intérêt. Incroyable. Heureusement, nous l’avons arrêté avant les scènes qui ne sont pas de son âge.

Comment vous est venue l’idée des chiens ?
L’autopsie de l’inspiration d’une histoire, d’un roman est toujours compliqué pour moi. Parce que, comme je m’investis dans une autre histoire, j’oublie presque tout des précédentes. Une sorte de tabula rasa sur laquelle il faudra un jour que je demande à un psy de se pencher hé hé. Bref. Ce dont je me souviens, c’est de la naissance du titre. Je crois que c’est là que tout à commencer. J’étais dans mon lit. Mes neurones, contre mon gré pensaient à cet appel à texte Mystères et mauvais genres, et puis, dehors, des chiens ont commencé à aboyer. Je ne sais plus quelle heure de la nuit nous étions, ni même à quelle heure ils ont cessé leur tintamarre. Toujours est-il que le titre m’est apparu : À minuit, les chiens cessent d’aboyer. C’était d’une évidence et d’une limpidité telle que l’ensemble du scénario s’est tout de suite incrusté en moi avec en (triste) fond : le climat d’obscurantisme de l’après mai 2007.

Pouvez-vous nous parler de votre maison d’édition riffle Noir ?
Ah. Ce n’est pas la « mienne », car je suis publié chez différents éditeurs (Saint-Martin, Sombres-Rets, Ravet-Anceau) même si je dois dire que je m’investis de plus en plus pour elle et pour ses auteurs. Mais même dans le cas d’un investissement plus poussé, je continuerai à proposer mes manuscrits à d’autres maisons d’édition.

Bon, parlons de Riffle Noir J

Il s’agit de l’une des trois collections des éditions du Riffle – une maison d’édition fondée en 2005 par Richard Albisser. La ligne éditoriale de Riffle Noir est de perpétuer la tradition du roman policier dans la veine noir et de proposer à son lectorat des personnages récurrents pour chacun des auteurs (hop, je les cite : Dirck Degraeve, Richard Albisser, Eric Lefebvre, Olivier Hénnion et votre serviteur, cher concierge).

Le côté « ça se passe près de chez vous » provient plus de la localisation des auteurs (qui parlent du décors qu’ils connaissent vraiment) que d’une véritable volonté éditoriale. Par exemple, si demain, un manuscrit provenant de Bretagne et situant l’action à Rennes, arrive dans la boîte aux lettres du Riffle pour la collection Riffle Noir, il pourra être publié.

Le Riffle a deux autres collections : Riffle Nord (là, le régionalisme est mis clairement en avant) et Le Riffle, tout simplement, avec une vocation de littérature générale (Poésie, recueils de nouvelles, et aussi des chroniques journalistiques)

Pour vous faire une idée : voici le lien vers le blog de la collection Riffle Noir et celui du site des éditions du Riffle.

Le polar se régionalise pour quelle raison ?
Pour les éditeurs, parce que, j’imagine qu’il existe un lectorat qui en sont de plus en plus friands. Pour les auteurs, parce qu’ils ont quelque chose à dire sur les lieux chers de leur région ou sur leur région elle-même. Et pour les lectrices et lecteurs « du coin », parce qu’il y a un côté proximité qui les intéresse. Il y a aussi pour eux, je pense, le jeu de reconnaître les endroits de l’histoire. Et par plusieurs retours de lecture d’un lectorat n’étant « pas du coin », il y a, je pense, l’envie d’en savoir plus sur la région en question.

Après cela dépend de l’identité (un mot à la mode en ce moment) ou du « chauvinisme » (ce mot ne vient pas de moi, il vient d’un de mes lecteurs hé hé) propres aux régions. Le Nord-Pas-de-Calais s’y prête très bien, à mon avis.

En tant qu’auteur qui compte prendre sa région pour cadre de son prochain polar, je garde deux choses en tête : éviter que le cadre (la région, donc) prenne le pas sur l’histoire en elle-même, ce qui serait dommageable, à mon avis, pour mon univers. De plus, on ne construit pas un cadre local crédible en ajoutant simplement le nom de la ville en en-tête ou en nommant les rues de la ville en question.

Le Concierge est curieux. Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau..)
La curiosité est un très bon défaut cher concierge masqué !!

Je n’ai pas une ligne de travail bien précise. Je tape essentiellement mes textes sur PC, mais j’écris aussi à la main comme La mélodie du malheur écrite et réécrite au crayon à papier, durant mes après-midi québécoises en 2010, sur un carnet. Ce fut un très agréable moment ; d’une part, parce que j’avais l’impression de renouer avec l’essence même du fantastique (et les retours de lecture à son sujet me le confirme) et parce que c’était très agréable cette écriture « papier ». Il y avait comme une symbiose entre le papier, le crayon, l’histoire dans mon crâne et moi-même.

Il y a eu aussi un chapitre d’à minuit, écrit en pleine nuit d’ailleurs, sorti de mon sommeil sur un coup de tête – et d’inspiration ! le « phénomène » symbiose n’y était pas. Il s’agissait plus d’une forme d’exutoire.

Je n’ai pas d’heures particulières d’ailleurs. Ou plutôt, si. Je peux être un mois à écrire le matin. Puis passer au soir pendant des semaines. Par exemple, à l’heure (19 :51) où je réponds à vos questions, j’ai passé ma journée – depuis 7 :30 jusque 18 :30) à écrire un chapitre pour mon prochain polar, alors que pour les chapitres précédents, je me levais vers 5 ou 6 heures.

Je crois que ça dépend de mon humeur, de l’inspiration et de mon emploi du temps professionnel aussi.

Y aura-t-il une suite À minuit, les chiens cessent d’aboyer, et quels sont vos projets littéraires ?
Oui, il y aura une suite. Je travaille dessus actuellement.

Mes projets littéraires ? La suite d’À minuit ;) Après, je compte bien me mettre sur certains manuscrits encore en cours d’écriture, voire inachevé. J’ai des choses – littéraires – à boucler qui ont leurs racines dans mon passé.

Il y a aussi l’écriture d’une nouvelle à quatre mains avec un auteur québécois, Jonathan Reynolds.

Et aussi des ateliers d’écriture, notamment avec un établissement spécialisé (un Sessad) et des adolescents présentant le syndrome d’Asperger, ainsi qu’avec une ou deux écoles primaires du Pas-de-Calais.

J’adore ça, les projets littéraires avec les jeunes ! Voilà d’ailleurs ce que cela a donné en 2011. Une nouvelle vraiment réussie (je la loue d’autant mieux que ce sont les collégiens qui l’ont écrite à 80% !), Blessure Noire de son titre, écrite dans le cadre d’un projet de valorisation du bassin minier. Vous pouvez la lire ici :  http://enfantduplacard.pagesperso-orange.fr/BlessureNoire.htm

Si vous aviez un auteur à nous faire découvrir, qui ? Et pourquoi ?
Patrick Senécal.

Ce fut une révélation lors de mon exil au Québec (il est québécois Patrick Senécal). Il n’a pas son pareil pour puiser dans les tréfonds de l’âme humaine, et il est capable d’écrire des romans compléments différents (presque) à chaque fois. Finalement, il met souvent en scène des personnages antipathiques. Et moi qui me voyait refuser mes manuscrits ou nouvelles pour cause de personnages antipathiques, quand j’ai découvert les livres de cet auteur, j’ai soufflé de soulagement : rien n’était perdu !

Bon, et puis, je le dis. La lecture de ses livres est également lié à une fille. Certains livres sont comme certaines chansons, ils racontent quelque chose de notre vie au moment où on les a découvert, ou fait découvrir.

Dans l’actualité, quel évènement vous fait rager ?
Pas mal de choses en vérité. Et elles se sont multipliées depuis 2007, comme la même année, à Argenteuil, en 2007, quand le maire (devinez la couleur politique) envisage d’utiliser du produit répulsif pour virer les personnes sans domicile fixe.

Et en ce moment ? L’interdiction des cantines scolaires aux enfants de chômeurs ; la stigmatisation et la catégorisation des individus pour nous offrir un sentiment de sécurité (et s’offrir un bulletin de vote), ça m’enrage ; l’idée de penser à se débarrasser de la Grèce, comme on le ferait d’un membre gangrené, parce que ça craint au niveau de son économie ; le sort des chibadis ces retraités immigrés considérés comme des fraudeurs par l’Etat dans sa lutte contre la fraude sociale et qui sont juste ignorants de la loi et prisonniers d’un système qui les laisse ignorant jusqu’au moment de la sentence. L’idée même de vouloir s’en prendre aux fraudeurs potentiels dans toutes les couches de la société me défrise. Chacun d’entre nous risquerait d’être donc un fraudeur potentiel. Cela ne peut m’empêcher de penser à l’époque stalinienne de l’URSS où chaque citoyen était un ennemi de l’état potentiel – à lire d’ailleurs Enfant 44 de Tom Rob Smith qui décrit avec efficacité cette ambiance, entre autres.

Cela m’enrage d’autant plus, que les personnes qui pensent cela se croient tellement bien qu’elles se refusent à voir le danger que de telles mesures pourraient – peuvent – impliquer. Sans oublier la souffrance des individus qu’elles nient pour des idées ou pour atteindre leurs propres intérêts.

Et de manière générale quand la bêtise devient méchante, ou quand l’intelligence est utilisée contre les individus, à leurs dépends.

Avez-vous une anecdote drôle sur votre vie d’écrivain ? (sur votre livre ou de la part d’un lecteur)
Des choses drôle sur ma vie d’écrivain ? Sûrement. Peut-être. Je n’en sais rien. En fait, je n’en n’ai pas souvenirs… Car lorsque je suis en pleine écriture, je me montre rabat-joie (cf les premières lignes à cette réponse lol), rébarbatif (quand je ronge une idée, il m’arrive de ne jamais m’arrêter d’en causer), renfermé et irritable, voire de mauvaise humeur ou carrément euphorique. Bref désagréable ou peu agréable pour un sou. Au choix. Et en ce moment, je suis en pleine écriture.

Par contre, j’ai une anecdote émouvante. En fait, j’en ai plein. Ne serait-ce que l’accueil que me font les jeunes quand je me déplace dans les classes pour des ateliers d’écriture, pour leur parler de l’écriture en général, etc. Mais j’en ai très particulière avec l’un de mes lecteurs.

J’ai écris deux livres jeunesses. Le premier : L’enfant du placard et la méchante sorcière de l’Est de la rue du Masque (ouf, sacré titre à rallonge ! Parfois je me demande ce qui m’a pris). Le second : Elvis et la fille qui rêvait debout. Tous les deux aux éditions Saint-Martin. Je les ai présentés à tour de rôle lors de salons du livre. Et il y a un salon où je me rends quasiment chaque année. Quand j’y suis allé présenté mon polar, un de mes jeunes lecteurs est venu me voir pour me demander une suite aux aventures de mon héros jeunesse récurent, Elvis. Il était déjà venu me rencontré l’année d’avant (je n’avais aucune nouveauté à ce moment là) pour me faire la même demande. Nous avons échangé sur mes personnages, sur ce qu’il aimerait lire ou savoir dans le prochain, c’était vraiment génial ! Louis (c’est le prénom de mon lecteur) m’a finalement pris en photo et ma voisine de tablée nous a pris à deux avec l’appareil du garçon. Je crois que j’étais aussi aux anges que lui ! Puis lors d’un salon suivant, quelques mois plus tard, sa mère est venu me voir en me disant que son fils était malade mais qu’il me transmettait « ceci ». « Ceci » étant une enveloppe avec la photo prise avec lui à mes côtés – ou moi à ses côtés. J’ai été très touché. Cette photo et cette relation avec Louis, avec mes lectrices et lecteurs par extension (de tous âges), donne tout son sens aux histoires que j’écris et au costume d’écrivain que j’endosse.

Si je devais découvrir Le Nord pour la première fois, quel coin voudriez-vous me montrer ?
Le lac Bleu à Roeux et la place de la bouse à Lille : une place où cohabite les oiseaux, les bouquinistes, les odeurs de vieux bouquins et les joueurs d’échecs.

Si vous étiez seul sur une île, quel livre emporteriez-vous ?
Ah ! ça c’est une question très compliquée. Car je n’aime pas relire deux fois le même livre. L’exception confirmant la règle, il y a deux œuvres que j’ai aimé relire : Le cycle d’Hypérion de Dan Simmons et Le Vide de Patrick Senécal. S’il faut choisir, alors ça serait Le cycle d’Hypérion (il y a quatre tome en poche, c’est possible de les emporter à quatre ?)

Quel votre chanson et musique préféré ?
Aaarg !! Question impossible à répondre ! Je n’ai pas un genre précis (comme pour les livres) et la musique dépend du moment, d’autant que je peux avoir plusieurs « préférées » au même moment.

D’ailleurs, la musique est très présente quand j’écris. Dans ma tête car sinon je n’arrive pas à écrire. Parfois, d’ailleurs elle m’inspire. Pour mon prochain polar, de nombreux titres en inspirent les chapitres. Ça tourne quasiment à la B.O.

Du coup, je vous en livre quelques uns :

Renaud : La teigne, La bande à Lucien

Brassens : la mauvaise herbe

The Animals : House of rising sun

Et Pink Floyd

Par contre, en ce moment, en dérivant sur internet durant l’écriture du prochain Blacke/Laribi, j’ai découvert un petit bijou : Maïa Vidal (Your Kid Sister) ! Je suis conquis !!

Si vous aviez une question à poser à un autre auteur de polar, ça serait qui ? Et quelle question ? (je lui poserais la question sur une prochaine interview).

À James Ellroy carrément !! C’est possible ?

Quel est votre film préféré ?
Désolé, oui sincèrement désolé. Arrêter un seul choix est une chose impossible pour l’individu complexe et paradoxal que je suis – ou pense être. Du coup, je vais vous donner deux réponses, concierge masqué.

The Crow et Le Bon, la Brute et le Truand

Un dernier mot pour nos lectrices et lecteurs ?
Oui. Continuez de lire !

Et pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir mon univers. Hop, voici l’adresse de mon site d’auteur : http://enfantduplacard.pagesperso-orange.fr

Un mot aussi pour vous Concierge Masqué ;)

Grand Merci pour vos questions qui ont rythmé mon périple d’auteur ces derniers quinze jours !

Mais au fait…

Qui êtes vous Concierge Masqué ?