Laurent Guillaume :: Mako

Mako de Laurent GuillaumeOn ne dira jamais le bonheur de lire les blogs et d’y découvrir des auteurs. C’est les polars de Marine qui m’a donné envie de lire Laurent Guillaume. Résultat, j’ai dévoré en quelques jours son roman Mako, disponible en livre de poche. Jugez plutôt :

Dans une voiture banalisée, Makovski dit Mako, roule avec ses deux collègues dans les rues sans âme d’une quelconque banlieue. Son regard perce le ciel à la recherche des étoiles.

Le son de la radio le tire de sa rêverie : une alarme a retenti dans une école du quartier. Mako baisse la vitre, sort le gyrophare et sourit…les affaires reprennent.

Il s’attend à prendre des voleurs en flagrant délit d’effraction, leur courir après et les amener au poste. Un peu d’action quoi ! Mais, arrivé le premier sur les lieux, il tombe sur un homme en plein acte de viol avec violence envers une jeune femme. Cette dernière est prostrée. Son esprit s’est réfugié loin, très loin, là où plus rien ni personne ne peut l’atteindre. Elle est complètement terrorisée et ne comprend pas que c’est son sauveur qui s’approche d’elle pour la rassurer. Lili pousse alors un cri inhumain. Mako baisse la main qu’il avait tendu et murmure « Trop tard…putain trop tard ».

Le lendemain matin, la jeune femme décide de ne pas porter plainte. Le kosovar Vidic Vloran sera mis en examen puis relâché en attendant son procès. Pour Mako, c’est impensable de laisser partir un tel criminel. Et qui pensera à la sécurité de Lili ? Pour lui, l’affaire n’est pas terminée.

 Mako est sorti chez les nouveaux auteurs en 2009. Depuis, Laurent Guillaume a commis quelques indispensables avec une actualité riche ces quelques derniers mois : Les eaux troubles qui vient  de paraitre au Livre de poche, La louve de Subure dans une veine historique et son dernier roman Doux comme la mort à La manufacture de livres dont entend beaucoup parler.

Je vous souhaite, en plus d’une bonne lecture, de bonnes fêtes de Noël.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance ?
C’était une enfance heureuse, j’ai été élevé dans un milieu protégé près de Genève. Mon père était fonctionnaire international et donc j’étais loin, très loin du monde dans lequel  j’allais évoluer par la suite.

Laurent GuillaumeEt comment en êtes-vous venu au polar ?
J’y suis venu sur le tard, car si j’ai toujours été un passionné de lecture, après la bibliothèque verte et le club des cinq, je suis passé au roman d’aventures. Gamin — et comme tout le monde j’imagine —, je me planquais sous mes draps avec une lampe de poche pour dévorer les bouquins de James Oliver Curwood, Jack London, J.RR Tolkien, Jules Verne, Kessel et Hemingway…

Ensuite ce fut, la SF, avec Philippe K. Dick,  Michael Moorcock, Fritz LEIBER etc.

Enfin, comme cela était le fruit d’un parcours qui devait me mener inévitablement au polar, alors que j’étais étudiant, un copain m’a prêté Nécropolis d’Herbert Lieberman. Ce fut une révélation. J’ai dévoré par la suite La nuit du Solstice, Le tueur et son ombre et l’ensemble de son œuvre qui, si elle est parfois de qualité inégale n’en demeure pas moins l’une des plus abouties, à mon sens. À la suite de quoi, ce fut Michael Connely (Les égouts de Los Angeles, Le poète, etc.), Denis Lehane  et George Pelecanos puis la série noire avec les maitres du polar social : Jonquet, Fajardie et Manchette.

Et, comme s’il me fallait faire le chemin à l’envers, je suis passé assez récemment aux précurseurs, ceux qui ont tout inventé. J’entends par là, Dashiell Hammet, Chandler, Chester Himes et celui qui pour moi est le monument, le meilleur de tous : David Goodis.

Et ce que ça aide d’être officier de police pour écrire un roman ?
Pour l’image, c’est un atout et c’est toxique tout à la fois, car on véhicule dans nos livres l’image de la police qui peut être parfois positive, mais qui est le plus souvent délétère. Combien de fois me suis-je entendu dire, avec un soupir : Encore un flic qui écrit ! Comme si nous étions des cumulards et que nous retirions le pain de la bouche des vrais écrivains.

Pour le côté technique, c’est effectivement un avantage, car nos romans sont forcément emprunts de réalisme. Pour ma part, je pense que cela peut-être un piège et que l’intrigue doit demeurer la principale préoccupation d’un auteur de polar avant une pertinence technique qui pourrait devenir sclérosante.

Dans Mako (Livre de poche), vous avez une préface d’Olivier Marchal ce qui est un bel hommage. Pouvez-vous nous parler de cette rencontre ?
En fait Olivier avait lu Mako et il envisageait de le mettre en image en tant que réalisateur. Le projet n’a pas abouti avec lui, même s’il est toujours d’actualité avec d’autres réalisateurs. On s’est rencontré à l’occasion de la première de Braquo. Olivier Marchal est un type extraordinaire, plein de courage et de sensibilité. C’est surtout un battant qui a dû jouer des coudes pour être accepté dans le milieu du cinéma. Dans la littérature, d’autres anciens policiers ont fait de même, je pense en particulier à Pagan.

Comment se passent les recherches pour un livre comme Mako ?
Pour Mako, je n’ai pas eu besoin de faire des recherches, car d’une certaine manière, j’ai décrit ma « maison ». J’ai bossé pendant plusieurs années la nuit en banlieue parisienne en tant que commandant d’une unité d’anticriminalité. Tout cela est du vécu romancé.

Parlez-nous de votre personnage principal, Mako, policier de la BAC ?
Il est un peu la synthèse de plusieurs policiers que j’ai côtoyés au cours de ma carrière. Les flics de la nuit sont différents. Souvent confrontés à la lie, ils sont plus durs, plus cyniques, plus solidaires. Travailler la nuit, c’est faire partie d’un clan… Mes années de patrouille en banlieue sont les plus belles de ma carrière même si tout n’était pas rose. Mako c’est l’essence de la nuit. Je ne cherche pas à le présenter sous un jour favorable, car ce qu’il fait, aucun policier ne devrait le faire. D’ailleurs Mako ce n’est plus un policier, c’est un justicier. En pensant rééquilibrer la balance, il produit un effet de retour très malsain et ce sont ces proches qui en pâtissent. Il est emblématique de tous ces flics pour lesquels j’ai une certaine indulgence, ceux qui ne prennent pas assez de recul par rapport à leur profession, qui pensent être investis d’une mission. C’est honorable, mais très toxique.

Il y a un certain vocabulaire dans la police : chouffe, le crâne… Pouvez-vous nous en parler ?
Comme dans toutes les professions, les flics ont leur jargon, j’aime particulièrement celui de la police qui s’inspire de l’argot parisien, de l’arabe et de tout un tas d’influences diverses. Par exemple, on ne dit pas un type, mais un gazier. Prendre le volant, c’est prendre le cerceau, etc.

Vous avez sorti une suite (une nouvelle enquête du major Mako), Le roi des crânes.
Mako réalise enfin qu’il n’a plus sa place dans la rue. Il franchit un cap que moi-même j’ai franchi par le passé. Il devient enquêteur à la sûreté départementale, dans un groupe spécialisé dans les stupéfiants. Je voulais décrire un monde différent avec des enjeux différents. Souvent les flics de la rue ne comprennent pas les enquêteurs, ils ont le sentiment qu’ils sont parfois trop bienveillants avec les voyous. Certains ressentent même un sentiment d’injustice lorsque ces derniers sont relâchés ou s’en sortent à bon compte. Il y a souvent une césure entre les flics de la rue et les services d’enquête, je voulais faire le lien, car j’ai  un pied de chaque côté.

Le marché de la came, c’est un monde sordide, épouvantable, mais c’est tellement passionnant. Dans Le roi des crânes, on est proche de la réalité de terrain : j’y décris par le menu comment se déroule une enquête même si certains aspects sont paroxystiques, on reste tout de même dans une fiction.

Est-ce qu’un jour on verra vos romans adaptés au cinéma ? Peut-être par Olivier Marchal ?
Le projet est en cours. Une boite de production a acquis les droits de Mako. Olivier était pressenti pour le réaliser, mais il était engagé sur Le gang des Lyonnais. Plusieurs autres noms ont été évoqués, mais rien de concret n’a eu lieu quant à présent. La production a prolongé les droits pour cette année. Il semblerait que le projet finisse par se réaliser. Qui vivra verra.

La louve de Subure de Laurent GuillaumeVous venez de sortir un polar historique,  La louve de Subure en dehors de l’univers que nous vous connaissons. Étonnant, non ?
En fait La louve de Subure est le premier roman que j’ai écrit. Il dormait dans les cartons depuis quelques années quand mon éditeur a jugé bon de l’en sortir pour le publier. Il souffrait de quelques péchés de jeunesse en particulier dans le style. Il est passé dans les mains de Nicolas Grondin, un auteur au talent immense et mon correcteur. Il a fait un excellent travail. J’ai toujours aimé l’histoire antique en particulier l’époque de l’Empire romain. Les personnages de Trajan et Hadrien sont particulièrement intéressants, car s’ils ont été d’immenses et magnifiques fauves politiques et de brillants chefs de guerre, ils n’en étaient pas moins des hommes avec leurs faiblesses et leurs imperfections.  Pouvoir les animer, leur donner la parole, sont des privilèges extraordinaires que peut s’accorder un auteur. Cependant, c’est un travail de numide car la véracité des éléments de l’intrigue et la pertinence du « décor » sont primordiales. Ils impliquent un travail de recherche considérable.

Votre famille lit-elle vos romans et qu’en pense-t-elle ?
Ils sont mes premiers fans et dévorent mes romans avec bonheur. Ils me sont acquis et c’est la raison pour laquelle j’ai besoin d’un regard plus neutre sur ce que j’écris. C’est cependant un grand bonheur quand ils me font part de leur enthousiasme.

Quelles sont vos passions dans la vie ?
Je manquerais d’originalité en mentionnant la lecture, mais c’est cependant un besoin physique pour moi. J’en ai besoin pour rêver, m’évader, pour m’endormir, pour patienter dans une salle d’attente, pour écrire…

J’ai aussi un besoin chevillé au corps de me dépenser physiquement. C’est la raison pour laquelle j’ai pratiqué pendant de longues années la boxe française, la musculation et la course à pied. Je supporte difficilement de sentir mon corps vieillir et je n’ai rien trouvé de mieux pour enrayer le phénomène.

Le concierge est curieux : Comment vous écrivez ? (le matin, le soir, dans un bureau….)
Ayant une activité professionnelle assez prenante, j’écris quand je peux. Parfois le soir, au calme, parfois en journée le weekend. L’essentiel étant que je puisse m’isoler.

N’avez-vous pas eu peur de vous éloigner de vos lecteurs en habitant le Mali ?
C’est un peu le cas, mais j’y suis contraint par mon activité de coopérant auprès du ministère de l’intérieur malien. C’est effectivement frustrant de ne pouvoir échanger avec mes lecteurs, de ne pas voir mes romans en librairie, de ne pouvoir honorer les invitations à des salons littéraires. Cela va prendre fin, car, après 4 années d’expatriation, je reviens m’installer en France. Je vais donc essayer de créer un lien plus tangible entre mes lecteurs et moi

Une chose qui vous énerve dans la vie ? Et pourquoi ?
Il y a tellement de choses qui m’énervent que ce serait impossible d’en dresser une liste exhaustive. Il faut reconnaitre que l’actualité politique, ces derniers temps me donne largement de quoi alimenter mon acrimonie.

Votre film Préféré ?
Heat de Mickael Mann, je suis fan de ce réalisateur ainsi que d’Al Pacino et de Robert de Niro. Les trois dans un même film c’était inespéré.

Votre chanson et musique préférées ?
Pour l’instant, j’écoute en boucle Red eyes and tears de Black Rebel Motorcycle Club. J’aime tous les styles de musique (il m’arrive d’écouter du Rap et de l’électro), mais j’ai tout de même une préférence pour les vieux groupes de rock comme AC/DC, Led Zeppelin, Pink Floyd, etc.

Si vous deviez choisir entre policier et écrivain, lequel choisiriez-vous ?
Écrivain sans hésitation.