Interview de Paul Cleave : Un employé modèle

Paul Cleave en compagnie du concierge masquéBonjour à tous,

Me voici  au pays des longs nuages blancs après des heures d’avion. Je ne suis pas venu affronter les All Black au rugby ni faire du surf. Encore que le ballon ovale et la planche n’ont aucun secret pour moi, vous pensez bien ! Non, je suis devant la Cathédrale Square de la plus grande ville du sud, Christchurch, à la recherche de Joe Middleton. Étrange, quand je demande aux passants où je peux trouver ce Joe, ils s’enfuient en courant, levant les mains au ciel et criant : « Paul Cleave !!! »

Bon sang, mais c’est bien sûr ! En plus, je suis impardonnable ;  je l’ai rencontré à Paris le 9 mai dernier lors d’un dîner entre « amoureux du polar », dans un  restaurant de la Bastille (voir la photo au pied de l’interview). Le concierge masqué est gourmand, c’est normal quand on fait du rugby.

Je me lance illico sur les traces de Monsieur Cleave. Après maintes péripéties dont je vous fais grâce, je tombe sur un Maori qui m’apprend : « Paul ? Mais il est reparti en France ! »

Grosse déception, tout ce voyage pour rien ! Et puis une dame âgée vient à ma rencontre et me dit en me tendant une enveloppe : « C’est vous le concombre masqué ?». Je lui réponds que non, moi c’est le concierge masqué. C’est que j’ai oublié de mettre mon masque et que je voulais me faire une petite salade avant d’entendre à la radio qu’en Europe, le légume était devenu l’ennemi public numéro 1. « C’est pareil !» qu’elle me dit. Alors je lui rétorque que non, qu’un concombre ne se sait faire de surf et qu’il ne tiendrait pas deux secondes sur un terrain de rugby, en plus on ne le verrait pas vert qu’il est, ton sur ton sur la pelouse. Elle m’envoie l’enveloppe dans la figure, la vilaine, et retourne à sa petite vie en marmonnant d’acrimonieux apophtegmes contre les grenouilles. Pas compris. N’empêche que si j’étais un concombre, je n’utiliserai pas des mots comme ça, dit donc, la vieille !

Pff, un concombre ! Bref, j’ouvre l’enveloppe et… Mais retrouvons nous après une page de pub masquée. Meuh non, je blague. L’enveloppe contient, vous n’allez pas me croire, une interview de Paul Cleave. Quel homme étonnant, tout de même !

Hop, ellipse à base d’avion et de course à pied me permettant en quelques mots de me retrouver à Nogent Le Perreux. Caroline, traductrice officielle du blog,  m’attend avec impatience pour découvrir l’interview, excitée comme une petite fille le matin de Noël. Elle m’arrache la feuille, la lit fébrilement en m’invitant à entrer. « Installe-toi, ma grand-mère et moi n’attendions plus que toi pour passer à table» me dit-elle sans lever les yeux de l’interview. Faut dire que je n’ai pas mangé depuis la Nouvelle Zélande, quand même. Je m’assoie en lâchant un bonjour absent à la dame de l’autre côté de la table, les yeux absorbés par mon assiette. Enfin par mon reflet déformé  puisqu’une cloche protège l’assiette. Qu’est-ce donc que cette bonne odeur ? Je soulève la cloche pour découvrir… des grenouilles aux concombres. Plus faim, moi. Finalement, je vais plutôt filer à l’anglaise et me payer un bon steak-frites. Je vais pour me lever. Mes jambes ne me portent plus. l’attraction terrestre fait le reste. Je reste cloué à la chaise, les yeux fixés sur ce sourire, celui de la grand-mère, celui de la vieille dame qui m’a tendu l’enveloppe de l’autre côté de la planète…

Bonjour Paul, peux-tu nous parler de ton enfance ?
J’ai vraiment eu une belle enfance, des parents cool et j’ai grandi dans une rue agréable. Beaucoup de mes amis actuels sont des amis d’enfance, ce qui est fantastique. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours voulu être écrivain, j’écrivais beaucoup de nouvelles à l’école.

Comment en es-tu venu à écrire des thrillers ?
J’ai toujours voulu écrire des livres d’horreur. J’adore en lire. J’ai commencé à écrire quand j’avais 19 ans et j’essayais d’écrire des livres d’horreur parce que je ne lisais que ça à l’époque. Puis 5 ans plus tard, j’ai commencé à lire ces livres écrits par un profiler du FBI : John Douglas qui écrivait sur les serial killers et j’ai réalisé que c’était bien plus effrayant que des livres d’horreur, c’est pourquoi j’ai commencé à écrire des livres sur des serial killers.

Tous les romans que tu as écrit se passent à Christchurch, pour quelle raison ? Et pour tes futurs romans vas-tu continuer à choisir Christchurch ?
Les livres se passent à Christchurch parce que c’est la ville dans laquelle j’habite. C’est facile pour moi de la décrire, je sais combien de temps ça prend aux personnages d’aller d’un point A à un point B et c’est différent parce qu’il n’y a pas d’autres romans policiers qui se passent à Christchurch.

Parle-nous de ton personnage : Jo Middleton, pour ceux qui n’auraient pas lu ton roman, Un employé modèle.
Joe Middleton est le personnage principal d’Un employé modèle. Il est concierge dans un service de police tout en étant un serial killer. Il a une mère complètement folle, un couple de poissons rouges, pas d’amis et il vit dans un appartement tout petit, bref il a une vie misérable. Il aime tuer des femmes.

Pour toi un bon thriller c’est quoi ?
Dans un bon thriller, il doit toujours y avoir quelque chose d’excitant qui se passe. Ce n’est pas juste une enquête de police sur un meurtre et tout le travail de procédures qui en découle mais c’est un livre auquel on s’attache et qui nous donne envie de tourner les pages. On a envie d’être associé aux personnages. Quand j’écris, je veux vous tirer jusqu’à mon monde où vous pourrez visualiser ce qu’il se passe et où vous pourrez vraiment ressentir quelque chose pour les personnages.

Comment se porte le thriller en Nouvelle Zélande ? Est-ce que d’autres auteurs que toi apparaissent dans le milieu du thriller ? Et si non, pour quelle raison ?
Il y a de nombreux excellents auteurs de petits pays à travers le monde et c’est super parce que dans le passé il semble qu’il n’y avait toujours que des polars anglais ou américains. Peu importe d’où tu viens car si tu sais raconter une bonne histoire, d’autres gens à travers le monde pourront avoir l’opportunité de la lire, comme pour Jo Nesbo par exemple.

un pere ideal de Paul CleavePeux-tu nous parler de ton second livre qui paraît en France en Octobre 2011, Un père idéal ?
Un père idéal  raconte l’histoire d’un homme qui a grandi dans l’ombre de son serial killer de père, qu’il n’a pas vu depuis 20 ans. Quand sa femme est tuée au cours d’un braquage de banque, il va voir son père (qui est en prison) et lui demander de l’aide. Il veut se venger de l’homme qui a détruit sa famille.

Si tu devais pousser un coup de gueule sur l’actualité internationale, ce serait lequel ?
Probablement les prix de l’essence, je ne peux pas croire à quel point ils continuent de grimper !

Quel est ton auteur de thriller préféré ?
John Connolly. Et Michael Connelly aussi.

La question du concierge masqué : comment écris-tu (le matin, le soir, dans un bureau…) ?
J’écris pendant la journée. J’ai un bureau à la maison qui est très ensoleillé, je m’assois là et j’essaie d’écrire 5 à 6 heures par jour. J’allume la chaîne stéréo, j’écoute de la musique et mes chats viennent souvent me rejoindre.

Ton groupe de musique et ta chanson préférés ?
C’est dur. Je passe par des phases. En ce moment, mes groupes préférés sont probablement Arcade Fire, The Killers et Band of Horses mais j’écoute souvent Pink Floyd ou les Rolling Stones, il y a beaucoup de groupes que j’aime.

De ton séjour en France, qu’as-tu aimé ?
Je ne suis resté à Paris qu’une semaine mais j’ai adoré. Ça doit être l’une de mes villes préférées, j’ai vraiment hâte d’y revenir.

Est-ce vrai qu’il t’a fallu 12 ans pour finir ton premier roman ?
Non, le premier livre ne m’a demandé que quelques mois d’écriture mais cela m’a pris 5 ou 6 ans pour trouver un éditeur. Un employé modèle est sorti en France seulement l’année dernière alors qu’en réalité il est sorti en Nouvelle Zélande en 2006.

Interview en anglais traduite par Caroline Vallat.