Interview de Jérémie Guez : Paris la nuit

Paris la nuit de Jérémie GuezSavez-vous ce qu’est une PAL dans le langage du lecteur compulsif ? Avez-vous déjà entendu lors d’un salon littéraire deux personnes discutant les bras le long du corps, chargés par des sacs emplis d’aventures et de plaisirs en pages dire « Si tu voyais ma PAL comme elle est grande » ? Non non, rien de sexuel dans tout cela, juste une « Pile à Lire ». La mienne est énorme. Quand j’ai choisi dans ma PAL Paris La nuit, le roman de Jérémie Guez, je me suis dit : « bon, ça va être vite lu ! » Rien de péjoratif, juste avec l’idée de déjà choisir le roman suivant.

Mais l’agréable récréation est devenue grand plaisir. J’ai été agréablement surpris par le talent que je découvrais au fil de ma lecture. Je peux pas mieux dire,  j’avais l’impression de retrouver  les tontons flingueurs. Je me mouille pas en disant que Jérémie Guez deviendra un grand du polar français. Un premier roman mais un coup de maître.

Abraham, petit dealer du quartier de la goutte d’or, décide de tenter un casse dans une salle de jeux clandestins. Et là, c’est le drame, tout commence  à se dérégler… Paris est magnifiquement détaillé, les dialogues superbement travaillés et chaque personnage bien construit.

En plus, Paris la nuit, quel beau titre pour un polar qui enorgueillit déjà de deux récompenses littéraires (plume spécial du jury et plume d’argent). Fort pour pour un premier roman, non ?

A la fin du roman, la dernière page à peine tournée, je me suis dit qu’il fallait absolument que j’interviewe l’auteur. Contact fut pris et il m’a gentiment répondu qu’il était d’accord.

Hâte de lire le deuxième opus de ce qui deviendra une trilogie parisienne. C’est pour des moments comme ceux là que j’aime le polar. Merci l’artiste !

Jérémie GuezQuels ont été tes auteurs préférés ?
Je suis un gros lecteur de romans noirs depuis tout petit ; gamin j’ai découvert Chandler, Goodis et les anciens. Ça ne m’a plus jamais lâché. J’ai enchaîné sur Ellroy, Bunker… Je n’ai jamais lu beaucoup d’auteurs français. Je me souviens juste de Klotz, qui écrivait de bons bouquins.

Pourquoi avoir choisi Paris pour ton premier roman ?
Je trouve que le nord de Paris est très propice pour faire du noir. Enfant, ça me frappait déjà. Il suffit de regarder Tchao Pantin pour comprendre que c’est la photo qui fait le film.

Et c’est beau, une ville la nuit ?
Je ne sais pas, la seule chose que je voulais c’est que les personnages soient obsédés par les néons et viennent se cramer la nuit, comme des mouches sur une ampoule.

Peux-tu nous parler de ton personnage principal ?
Déjà, le prénom n’est pas anodin. Abraham, c’est le père des peuples ; il a un rôle capital pour les trois religions du livre. En un sens, c’est avec lui que vient la morale religieuse. Et bien voilà, mon Abraham c’est l’opposé, un galérien, qui fait, un jour, un pacte avec le Diable.

Est-ce, pour ce premier roman, le personnage qui a créé l’histoire où l’histoire qui a imposé ce personnage ?
Le personnage, je pense. Parce que je ne voulais pas en faire une victime. Il choisit de faire ce qu’il fait. Je pense que c’est important pour le récit, que ça se sent. Rien ne l’oblige à faire ce qu’il fait, rien. De fait, l’écriture devient plus naturelle ; je ne suis pas obligé de trouver un personnage à la mesure d’une histoire. Il écrit sa propre histoire.

N’as-tu pas peur de tomber dans les clichés dans ton premier roman ?
Je ne pense pas tomber dans le cliché pour la bonne et simple raison que mon bouquin n’est pas une chronique sociétale. Je n’ai pas placé l’action en banlieue mais à Paris (même si c’est dans des quartiers populaires). Et les personnages choisissent, je n’en fais pas des victimes. Je raconte juste une histoire.

Peux-tu nous « pitcher » ton roman ?
C’est l’histoire d’un type… qui décide de faire une grosse connerie et de quitter la petite délinquance pour devenir un voyou. Je n’en dis pas trop parce qu’il est déjà assez court comme ça !

Peux-tu nous parler de tes projets de livre ?
Oui, deux livres vont suivre. Ce ne sera pas une vraie trilogie mais plutôt un triptyque.

Dès le départ, tu souhaitais offrir un triptyque au lecteur ou est-ce venu au fur et à mesure de l’écriture ?
Dès le début, j’avais plusieurs histoires à raconter, et je ne voulais pas les faire cohabiter de force, les obliger à rentrer dans un même bouquin. Je sais exactement ce qui va se passer dans les deux prochains, au moins dans le deuxième, puisque je l’ai rendu récemment à mon éditeur. En savoir un peu plus ? Ça parlera de boxe… Voilà, je n’en dis pas plus.

Comment écris-tu ?
J’écris d’une manière très bordélique. Pour plusieurs raisons ; la première c’est que j’ai beaucoup de mal à me concentrer, la seconde c’est parce que j’ai beaucoup besoin de travailler les passages. Je suis sûr qu’il y a des types talentueux qui arrivent à se concentrer et à pondre un truc bien du premier coup. Moi j’en suis incapable. Alors j’écris tout le temps. Je prends des notes toute la journée. Dès que j’ai des idées, j’essaye de les foutre sur papier le plus rapidement possible. Et après je me pose des journées entières pour essayer d’en faire quelque chose.

Qu’est-ce que cela t’a fait de gagner les prix littéraires :  plume spécial du jury et la plume d’argent ?
Pour les prix, je suis content. Ce sont les lecteurs qui votent. Ça veut dire que le public a aimé, ça m’honore et ça me touche, puisque je ne m’y attendais pas.

Est-ce que ces prix ont changé quelque chose dans ta façon d’appréhender l’écriture ? Une pression supplémentaire ?
Non, non. J’ai juste été content de les recevoir. J’en profite, parce que ce sont peut-être les seuls que je recevrai !

Que pense ta famille de ton roman ?
Au début, ils ont été surpris ; ils ne savaient pas que j’écrivais. J’appréhendais un peu leur réaction au départ, parce que j’écris quand même des saloperies, mais bon, leur accueil a été bon.

Des saloperies ?
J’écris du noir ; je ne savais pas comment ils allaient accueillir ça. Je me mets à leur place ; personne ne sait que j’écris et ils reçoivent ça… avec la came et tout. Mais bon ils ont pris ça pour ce que c’est, de la fiction, donc ça va.

Pour toi un bon polar c’est quoi ?
Un bon polar, c’est un bon bouquin. Il n’y a pas de formule magique.

Comment as-tu connu La Tengo Éditions ?
Je ne connaissais personne dans le monde de l’édition. Donc quand j’ai fini mon bouquin, je me suis ruiné en impressions, j’ai été à La Poste et je l’ai envoyé à des éditeurs. J’ai eu le temps d’envoyer cinq manuscrits quand La Tengo m’a répondu. Ils ont tout de suite accroché. Pareil pour moi. Je leur ai parlé de mon projet de trilogie. Ils m’ont fait confiance. C’était assez audacieux de leur part, un vrai pari. Ça a commencé comme ça…

Si tu devais nous parler d’un auteur de polar…
En faisant un salon à Mauves, j’ai rencontré Abdel Hafed Benotman. J’avais souvent entendu parler de ses bouquins donc j’en ai profité pour me faire dédicacer Éboueur sur l’échafaud… C’est un putain de bouquin ! Donc voilà, moi qui ne lis jamais d’auteurs français, j’ai réussi à vous en citer un excellent !

Si tu avais une question poser à Hafed…
Une question à un autre auteur de polar : Alors, pourquoi t’écris tous ces trucs dégueulasses ?

Si tu avais un coup de gueule concernant l’actualité internationale ?
On laisse tomber le coup de gueule. Ça m’énerve de voir des types donner leurs avis comme ça, alors qu’on s’en fout. Donc je ne le ferai pas.

Une chanson préférée ?
Putain, je ne peux pas répondre à ça ! J’aime plein de trucs… Une chanson ? Allez, on va dire Ces gens-là de Brel.

Merci d’avoir répondu à mes questions de concierge, Jérémie.