Interview de Greg Olear : Totally Killer

totaly killerD’abord coup de cœur en avril sur le blog, je souhaitais passer du livre à l’auteur. Pour rencontrer Greg Olear, il me fallait me confronter aux grands espaces, seul. J’avais pour cela la monture idéale, le terrible engin. Besoin de personne sur ma Harley Davidson, le masque au vent et les questions dans ma santiag gauche.

Belle rencontre d’un amoureux de la France pour une interview pleine d’humour. Vous serez surpris par son coup de gueule sur l’actualité internationale. Tous ses secrets vous seront dévoilés. Vous verrez les États-Unis avec un autre œil et découvrirez ses futur projets.

Ma mission est finie ici. Déjà, on m’attend ailleurs. Je continue mon grand voyage dans le monde du polar à la recherche de nouvelle interview pour vous rassasier, fidèles lecteurs.

J’allais oublier de remercier le groupe des concierges américains qui m’a reçu aux US.

I’m a poor lonesome cowboy…

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et d’où vous venez ?
Je suis né et j’ai été élevé  dans le New Jersey, un collectif de banlieues dans le corridor New York/Philadelphie, mieux connu pour être le cadre des séries télé Les Sopranos et Jersey store. Heureusement, Madison, ma ville natale, est plus agréable que ces endroits dépeints dans ces séries (bien que je sois à moitié italien et que je puisse comprendre beaucoup de l’argot napolitain que Tony et compagnie utilisent dans Les Sopranos).

Comment vous est venue l’envie d’écrire un polar ?
J’ai conçu l’intrigue centrale de Totally killer – l’agence d’emploi malhonnête –  quand j’étais à l’université. Je voulais écrire un scénario dans la lignée de La firme qui était très populaire à l’époque. Les polars ont des règles spécifiques et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à les comprendre.

Comment est perçu le polar aux États-Unis ?
De tous les genres – science-fiction, romance, et ainsi de suite… – je pense que les polars sont tenus en haute estime par l’institution littéraire. Il y a vraiment de bons auteurs qui ont écrit cette sorte de roman dès le début – Chandler, Hammett, Cain et Poe – et ce genre littéraire continue d’attirer de grands auteurs talentueux. Il y a quelque chose autour de la criminalité qui oblige les bons écrivains à l’aborder.

Je vois très bien votre livre Totally Killer adapté au cinéma,  avez-vous des projets d’adaptation ?
Merci. Je trouve aussi. J’ai un agent qui est en train de tâter le terrain mais les studios américains sont plus intéressés à faire un 4ème Transformers qu’un produit inconnu comme Totally killer.

Il y a deux formes d’écriture dans Totally Killer : comment vous est venue cette idée ?
Elle a évolué au fil du temps. Comme je l’ai mentionné, l’idée principale du livre m’est venue quand j’étais à l’université en 1993.  Au début, il y avait juste Taylor et Asher, puis j’ai ajouté une troisième personne.  J’ai décidé de situer le livre plus particulièrement en 1991 et d’utiliser Todd comme narrateur.

Pouvez-vous nous parler des deux personnages du roman : Taylor Schmidt et Todd ?
Taylor est un amalgame de plusieurs  de mes amies (bien qu’aucune n’ait assassiné quiconque, enfin autant que je le sache !). J’ai conclu que la même sorte d’insouciance qui fait dormir quelqu’un avec presque n’importe qui… serait aussi la rendre plus susceptible de tuer n’importe qui.
Quant à Todd, il y a beaucoup de croisements entre lui et moi. Mais il est plus âgé et plus effrayant et plus obsédant et plus grand… et il aime les Doors plus que moi.

Vous avez suivi des cours de théâtre, aimeriez-vous faire une pièce de théâtre avec le polar comme sujet ?
Je n’ai jamais été intéressé par l’écriture de pièces de théâtre. Je ne sais pas pourquoi. Je préfère les scénarios.

Vous mettez un coup de pied dans la politique de Bush des années 1991 aux USA  dans votre roman, vous vouliez mettre le doigt sur ce qui fait mal dans la politique de votre pays ?
Bush père, n’était pas si mal, c’est Bush fils qui était le problème, il était encore président quand j’ai terminé d’écrire mon livre. Je voulais centrer mon livre sur combien leurs deux présidences avaient été similaires et comme peu de choses avaient changées. Quand Georges W. Bush a été élu, un auteur du Village Voice a dit : « Ce sera huit ans de prospérité de Clinton serrée entre deux récessions de Bush ». Et il avait vu juste !

Je sais que votre prochain livre s’appelle Fathermucker, avez-vous terminé de l’écrire ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
J’ai en effet terminé d’écrire Fathermucker, il sort le 4 octobre aux Etats-Unis. L’histoire raconte 24 heures de la vie d’un père au foyer de deux jeunes enfants, qui apprend lors d’un goûter d’enfants par l’une des mamans, que sa femme a une liaison. Ce n’est pas un polar, bien qu’il y ait un côté détective dans le livre, car ce père essaie de découvrir ce que diable il peut bien se passer.

Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau….)
J’ai deux jeunes enfants, je suis donc à leur merci ! J’écris quand ils sont à l’école. Je préfère travailler le matin. Dans un très bon jour, je travaille de 9 heures à 14 heures. Une fois que j’arrête, je mange, et j’ai fini pour la journée. Je ne peux pas écrire plus longtemps. Je travaille généralement dans la bibliothèque de l’université.

Vous êtes  venu à Lyon pour Quai du Polar 2011, que pensez-vous de la France et de ses lecteurs de polars ?
J’ai toujours aimé la France. J’ai étudié le français au lycée (mais je ne peux  pas vous dire à quel point je le parle mal !) et ma femme et moi sommes allés en lune de miel à Paris, St Rémy de Provence et Nice.  Ma récente visite m’a fait encore plus aimer la France. Les français ont une telle bonne appréciation des choses les plus excellentes dans la vie : de la bonne cuisine, du bon vin, de bons livres, de la conversation. C’est vraiment le genre d’endroit où je me sens bien.

Comment avez connu les éditions Gallmeister ?
Ce sont mes agents qui m’ont décroché un rendez-vous avec eux. Et j’ai eu beaucoup de chance. La traduction de mon livre est excellente et ils ont fait un travail magnifique. De plus, ils sont très cool. J’ai beaucoup de plaisir à les avoir comme maison d’édition.

Si vous deviez nous parler d’un auteur de polar que vous voudriez nous faire découvrir, quel serait-il ?
Megan Abbott n’est pas un nouvel auteur mais elle est formidable. J’aime la façon dont elle se penche sur les différences entre les sexes et joue avec les rôles de genre classique. C’est un très bon écrivain.  Je ne suis pas sûr qu’elle soit éditée en France…
Et
Citizen Vince de Jess Walter est un très bon livre également.

Si vous aviez un coup de gueule sur l’actualité internationale ?
Il y en a trop pour pouvoir les compter ! Mais commençons par celui-là : ça me rend dingue qu’Obama et Sarko n’aient pas été invités au mariage royal !

Et la dernière question du Concierge Masqué : quelles sont vos musiques et chansons préférées ?
J’ai un faible pour Mimi Ferocious, le groupe de ma femme. Dernièrement, j’ai écouté beaucoup de hip hop mash-up, particulièrement All night de Girl Talk. Mais vous ne pouvez pas mal tourner quand vous aimez écouter  Yves Montand, n’est-ce pas ?!

Merci Richard, j’espère revenir bientôt en France !

Interview en anglais traduite par Caroline Vallat.