Interview d’Elisa Vix : Andromicmac

Une auteur qui a du chien, une auteur à la Muse Sauvage, qui écrit quand elle s’ennuie au cabinet et dont les histoires, parfois, prenne Racine au théâtre, bon sang mais c’est bien sûr !

Élisa, Élisa
Élisa réponds-moi à tout
Élisa, Élisa
Élisa souviens-toi surtout,
Enfonce bien tes ongles,
Et tes doigts délicats
Dans la jungle
De mes questions Lisa

Quel plaisir d’accueillir pour cette interview Elisa Vix, prix du polar en 2007 de Montigny-les-Cormeilles pour son premier roman Bad dog. Si c’est pas du prometteur, ça.

Avant de converser allégrement avec Dame Vix, j’aimerais ne pas oublier un petit mot pour les Éditions Krakoen, une maison très particulière dont le catalogue alléchant est à découvrir sur www.krakoen.com

Dites Élisa, je parie qu’on ne vous l’a jamais fait le coup de la chanson de Gainsbourg. Vous savez, j’aime bien chanter dans les escaliers. Ah, voilà mon petit papier avec les questions. Prête ? Allons-y, première question…

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous en êtes venue au polar ?

Une enfance sans histoire. Bonne élève. De l’enfance, je retiens surtout son cortège de dépendances et ce n’est pas un état que je regrette. C’est peut-être pour ça que je me suis très tôt évadée dans la littérature.

Le premier polar que j’ai lu était Les dix petits nègres et je crois que c’est ma mère (prof de Français/histoire-géo) qui me l’avait recommandé. Elle le faisait étudier à ses 5ème (Il y a 30 ans déjà, comme quoi, contrairement à l’idée reçue, le Polar n’était pas estimé par tout le monde comme un sous-genre littéraire). Je ne suis pas à proprement parler « venue au Polar », j’étais curieuse, Agatha Christie était un auteur classique qu’une jeune fille se devait lire, au même titre que les sœurs Bronté, Stendhal, Zola…

Je me suis ensuite intéressée au cinéma et Hitchcock  a été une vraie et réjouissante révélation. Quel dommage de ne pas pouvoir découvrir à nouveau pour la première fois Vertigo ou La mort aux trousses.

Pour vous le polar c’est… ?

Mystère, secret, psychologie, suspense…  Avec un style, c’est mieux.

Bad Dog a été porté au petit écran, sur France 2. Comment avez-vous vécu cette adaptation ?

C’est une fierté et la réalisation d’un rêve d’être adaptée.  Ensuite, il y a la réalité… Contrairement à ce que la production m’avait promis, j’ai été évincée du scénario. L’adaptation m’a déçue (personnages édulcorés, intrigue massacrée, réalisation platounette…). Une adaptation très libre de La Baba-Yaga est en cours de tournage… La série Tango devrait ensuite continuer avec mes personnages, mais des histoires originales.

Parlez-nous de Bad Dog qui, pour moi, a été un vrai grand moment de lecture drôle et noire a la fois ?

Bad Dog est né lors d’un séminaire sur le comportement du chien auquel j’assistais en tant que vétérinaire. Sujet fascinant dont je me suis dit que c’était dommage de ne pas en faire profiter le lieutenant Sauvage (qui existait déjà). J’ai donc introduit dans l’intrigue de mon polar des notions de psychologie canine. Le chien est un animal social très intéressant, un super communiquant. Un chien est capable de reconnaître à ses mimiques faciales si son maître sourit ou est en colère. Ça nous semble banal, mais en fait ça démontre les incroyables facultés d’adaptation et de communication de cette espèce.

Ce n’est pas toujours facile de concilier noirceur et légèreté. On échappe difficilement à la noirceur dans un polar de par le sujet (meurtre, violences…), j’essaie de me cantonner à un humour de situation dans la vie privée du héros, ou à des dialogues amusants lors de scènes moins dramatiques que la découverte d’un corps, par exemple.

Parlez-nous de Thierry Sauvage ce lieutenant de police grognon mais très attachant, devenu un récurrent de vos livres ?

Thierry Sauvage est un gros macho arrogant autour duquel gravitent des personnages féminins qui ont toujours le dernier mot (normal, non ?). Plus sérieusement, j’ai voulu un héros imparfait, limite antipathique, mais qui s’en prend tellement plein la tronche qu’on finit par éprouver une certaine tendresse pour lui… Je voulais surtout échapper au stéréotype du flic alcoolique malheureux au passé forcément douloureux…

J’ai un jour, dans le cadre du prix intramuros de Cognac, rencontré des prisonniers qui avaient beaucoup aimé le personnage « parce qu’il se trompe tout le temps, comme nous ». C’est un compliment qui m’a touchée.

Comment vous est venu le thème du théâtre pour votre roman « Andromicmac » chez Krakoen édition ?

En allant au théâtre. Andromaque a été une révélation. Tellement intense ! Tous les ingrédients du polar, ou plus exactement du roman noir, sont là, avec des personnages terriblement humains qui passent de l’amour à la haine, de la haine à l’amour,  et courent inexorablement à leur perte.

Comment avez-vous découvert Krakoen édition ?

J’ai rencontré Max Obione, le « chef » historique dans des salons. J’ai trouvé l’idée d’auteurs qui se regroupent pour publier intéressante.

Vos projets : avez-vous un nouveau roman en préparation, si oui lequel ? (Le concierge est curieux !)

J’ai quelques projets dans mes tiroirs, mais rien de concrétisé pour l’instant.

Comment se passe pour vous une journée d’écriture ( le matin, le soir… dans un bureau) ?

J’ai commencé à écrire, comme Conan Doyle, à mon cabinet pour tromper l’ennui en attendant les patients… Je n’ai pas vraiment d’horaire et mon rythme est très irrégulier. Les lieux : chez moi (dans ma chambre) ou à mon cabinet. En fait, cette discontinuité (temporelle et spatiale) me pose de plus en plus problème.

Si vous deviez nous parler d’un auteur de polar, ça serait qui ?
Et si vous aviez à lui poser une question (que je lui poserai dans une future interview) ?

J’ai une grande tendresse pour Fred Vargas. Celle du début, parce qu’ensuite, j’ai décroché. Quelle originalité, quelle petite voix singulière dans ces premiers romans…

« Fred, si tu nous écoutes, laisse tomber ce mollasson d’Ademsberg et écrit nous une nouvelle aventure des évangélistes… »

Une question que je pose à tous les auteurs interviewés : si vous aviez un coup de gueule sur l’actualité nationale ou internationale ?

Découvrir, après tout ce temps (c’est vrai que je suis peu l’actualité, mais je ne crois pas que ça ait fait souvent un sujet au 20 heures), qu’en Tunisie, les libertés étaient à ce point bafouées, ça m’a fait un choc.

Pour vous, le polar féminin est-il reconnu à sa juste valeur ?

Je préfère parler des auteures françaises. Les femmes écrivent autant que les hommes, lisent plus, et le lecteur se contrefiche que le bouquin qu’il dévore soit né de l’imagination d’une femme ou d’un homme, pourtant un manuscrit de roman policier a-t-il autant de chance d’être publié s’il est écrit par un homme ou une femme ? Je n’en suis pas sûre. Il n’y a qu’à voir certaines collections quasi uniquement masculines (Rivages, par ex). De même la veine psychologique, plus volontiers féminine, qui marche bien chez les anglo-saxons (PD James, Ruth Rendell, Elizabeth Georges…) a du mal a s’imposer en France, et ce n’est pas une question de lectorat…

Si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui débute dans le polar ?

En lecture  ou en écriture ? En lecture, commencer par les Maîtres. En écriture, commencer par les Maîtres, identifier le type de polar qu’on aime, penser personnages, bien structurer son intrigue.

Votre musique et chanson préférées ?

Le groupe Muse, du bon gros son, mais qui reste harmonieux.

Dernière question : avez-vous une anecdote amusante sur le monde du polar à nous confier ?

Jérôme Bucy est vétérinaire, comme moi. Je ne le connaissais pas mais j’avais appris par La semaine vétérinaire qu’il écrivait des polars. C’est un peu ce qui m’a décomplexée pour me lancer dans l’écriture à mon tour, moi qui n’étais pas du « sérail ». Et lors de mon premier salon (à Merlieux), je me suis retrouvée, tout intimidée, à côté de… Jérôme Bucy.


Bibliographie

–  La baba yaga – Éditions Odin

Bad dog – Éditions Odin

Andromicmac – Krakoen éditions