Interview de Peter May : L’île des chasseurs d’oiseaux

Peter May - L'île des Chasseurs D'oiseauxVoici le retour du concierge masqué tout bronzé de Thaïlande.

J’ai fait connaissance avec Peter May au Havre, lors du festival polar a la plage créé par l’association les encres noires, des bénévoles et amoureux du polar. Et ce fut une bien agréable surprise et une vraie découverte.

Avec six romans à son actif et des héros comme l’inspecteur chinois Li Yan ou le médecin légiste Margaret Cambell, Peter May possède le talent d’écrire des histoires dont le seul problème est qu’on les dévore trop vite, tellement elles sont géniales et attachantes.

Je ne me mouille pas en vous disant que tous ses livres sont de très bons polars. Je vous conseille tout particulièrement son dernier ouvrage, prix des encres noires 2010 du Havre, complètement diffèrent des précédents, qui retourne à ses racines écossaises avec un inspecteur de police d’Edimbourg qui marquera assurément de son empreinte nos mémoires.


Bibliographie

Meurtres à Pékin – Éditions du Rouergue (2005) –  en poche Babel (2007)
Le quatrième sacrifice – Éditions du Rouergue (2006) –  en poche Babel (2008)
Les Disparues de Shanghai – Éditions du Rouergue (2006) –  en poche Babel (2008)
Cadavres Chinois à Houston – Éditions du Rouergue (2007) –  en poche Babel
Jeux Mortels à Pékin– Éditions du Rouergue (2007) –  en poche Babel
L’éventreur de Pékin – Éditions du Rouergue (2008) –  en poche Babel
– et, bien sûr, son dernier livre : L’île des chasseurs d’oiseaux (Éditions du Rouergue)

Je remercie Peter May qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions de concierge et je profite également de l’occasion pour remercier énormément Caroline Vallat pour la traduction de l’interview en anglais, un grand coup de chapeau !!

Peter MayPouvez-vous,  Mr May, nous parler de l’endroit d’Écosse d’où vous venez ? Et quelle a été votre enfance ?

Je suis né et j’ai été élevé dans la ville de Glasgow, la plus grande ville d’Écosse et l’une des plus violentes d’Europe. J’ai grandi dans une banlieue bourgeoise aux abords de la campagne, j’avais donc du temps et de l’espace pour explorer le paysage.

Durant mon adolescence, j’ai joué dans un groupe, d’abord comme guitariste et ensuite comme clavier. Je me suis retrouvé à jouer dans un excellent groupe de soul écossais. J’étais encore à l’école mais nous étions semi-professionnels et je jouais cinq nuits par semaine à travers l’Écosse et le nord de l’Angleterre.

Comment vous est venue l’envie d’écrire du polar ?

J’ai toujours voulu être écrivain. J’ai écrit ma première histoire à l’âge de 4 ans et mon premier roman a été publié quand j’avais 25 ans. Quand j’avais une vingtaine d’années, je travaillais comme journaliste à Glasgow, puis après que mon premier livre ait été publié, je l’ai développé en format télé et je suis parti pour devenir script et producteur. Quand j’ai quitté la télévision en 1996 et que j’ai commencé à travailler sur ma « Série Chinoise », je suis tombé dans le genre du polar un peu par accident. J’ai décidé que l’histoire que je voulais raconter dans le premier livre de ma « Série Chinoise » serait meilleure à travers une enquête au sujet d’un meurtre. Et alors j’ai créé un commissaire de police et un médecin légiste et je me suis coincé moi-même dans ce genre littéraire. Une fois que vous êtes reconnu comme un auteur de polar, votre éditeur et vos lecteurs veulent toujours que vous écriviez le même genre de livres.

Comment se porte le polar en Écosse ? Y a-t-il beaucoup de lecteurs ?

Les polars sont très populaires en Écosse et il y a beaucoup d’auteurs écossais de ce genre littéraire. En fait, l’auteur de polars best-sellers en Grande Bretagne est écossais – Ian Rankin. Et bien sûr, il y a une grande tradition d’écriture de polars en Écosse… Après tout l’auteur de « Sherlock Holmes », Arthur Conan Doyle était également écossais.

Vous avez écrit toute une série (6 livres) qui se passe en Chine et à Houston, parlez-nous de votre passion pour la Chine ?

J’ai visité la Chine pour la première fois au début des années 1980, pas longtemps après la Révolution Culturelle et je suis tombé immédiatement amoureux de ce pays. J’ai même su que j’allais écrire sur ce pays. Mais il a fallu une quinzaine d’années avant que j’écrive le premier livre de ma «Série Chinoise». Le plus grand problème était d’avoir accès à la police du pays. Mais j’ai eu la chance de pouvoir être présenté par un criminaliste américain et avec son renfort je suis devenu le premier écrivain à avoir un plein accès derrière les portes normalement closes de la police chinoise. J’ai continué à visiter le pays à peu près 14 fois, apprenant beaucoup du système judiciaire chinois et étant autorisé dans les salles d’audience, les morgues et les sièges de la police à travers tout le pays.

Vous avez été nommé membre honoraire de l’association des écrivains de romans policiers chinois à la section de Pékin. Quelle a été votre réaction ?

J’ai eu cet honneur car j’ai réussi à obtenir que «l’association des écrivains de romans policiers chinois» soient invités à rejoindre «l’association internationale des écrivains de romans policiers». Jusque-là, ils se sentaient vraiment isolés du monde. Mais une fois acceptés internationalement, leur approche entière du monde du polar a complètement changé. J’ai eu beaucoup de plaisir à pouvoir les aider parce qu’il y avait un énorme intérêt pour ce genre littéraire en Chine. Et j’ai été extrêmement honoré d’accepter d’être membre honoraire de leur organisation, je suis le seul écrivain occidental à qui a été donné un tel honneur.

J’aimerais que vous nous parliez de Margaret Campbell  et de Li Yan que j’adore !!! Des personnages très différents.

Li Yan est un détective chinois que j’ai créé pour le premier livre de ma «Série Chinoise», Meurtres à Pékin. Il est typique de sa génération, un enfant de la Révolution Culturelle, durant laquelle sa mère a été tuée et son père emprisonné. Mais j’avais besoin d’un point de vue occidental, quelqu’un dans lequel mes lecteurs pourraient s’identifier et à travers les yeux duquel ils pourraient voir la véritable Chine. J’ai donc créé Margaret Campbell, le médecin légiste américain. Li et Margaret sont, en effet, des métaphores de leurs deux pays, profondément associés dans une relation amour-haine qui vient de leurs deux cultures et systèmes politiques complètement différents mais ayant trouvé un moyen pour arriver à travailler ensemble.

Vous avez reçu le prix des lecteurs 2010 «Les ancres noires» au Havre pour L’île des chasseurs d’oiseaux. Vous changez totalement d’univers.  Pourquoi ? Et parlez-nous de votre enquêteur Fin Macleod.

L’île des chasseurs d’oiseaux était un retour à mes racines. Voilà ce que j’étais, un écossais vivant en France et écrivant sur la Chine. Mais j’avais été loin de l’Écosse suffisamment longtemps jusqu’à maintenant pour être capable de regarder en arrière avec une autre perspective. J’ai alors décidé d’écrire sur mon pays de naissance. J’ai choisi l’île de Lewis parce que j’ai vécu sur l’île cinq mois de l’année pendant cinq ans alors que je tournais un film dramatique pour la télé pendant les années 1990… Alors je connaissais l’île et ses traditions plutôt bien. Mon personnage principal Fin Macleod, est typique d’un jeune habitant d’une île, désespéré et voulant quitter l’île le plus vite possible mais se trouvant avoir envie d’y retourner presque 20 ans plus tard. Dans ce cas précis, Fin est inspecteur de police à Edimbourg et il est envoyé sur son île de naissance pour enquêter sur un meurtre qui porte une étrange ressemblance avec un autre sur lequel il a enquêté à Edimbourg. Mais une fois revenu sur l’île, il est forcé à être confronté à beaucoup de choses de son passé et à des connaissances de son enfance, dont l’une est la victime du meurtre.

Si vous aviez un auteur de polar à nous recommander, ce serait qui ?

Un auteur américain qui s’appelle William Kent Krueger qui est l’auteur d’une série de livres sur un shérif qui est à moitié américain. La qualité de son écriture et la complexité de ses personnages sont inhabituels sur le marché américain. Ses livres sont, je crois, traduits en français.

(A voir : http://recherche.fnac.com/ia602623/William-Kent-Krueger)

La question habituelle que je pose à tous les auteurs invités dans ma loge : Vos habitudes d’écriture ? (le soir, le matin, dans le bureau ?)

J’ai besoin de trois ou quatre mois pour développer mes idées et les personnages et faire mes recherches.  Ensuite, j’écris un synopsis très détaillé. Quand je commence à écrire le livre, j’écris très vite. Je me lève à 6 heures chaque matin et j’écris 3000 mots (environ 18 000 signes). Parfois cela peut me prendre 10 à 12 heures par jour. Le livre est fini en 6 à 7 semaines.

Si vous aviez (un coup de gueule) sur l’actualité internationale, ce serait lequel ?

La guerre en Irak.

Est ce que vous avez un nouveau livre en préparation ? Si oui, lequel ?

La suite de L’île des chasseurs d’oiseaux est déjà écrite et sera publiée en France en septembre prochain. Je ne connais pas encore le titre en français mais en anglais c’est The Lewis Man. Je travaille actuellement au 3ème livre de cette trilogie.

Et ma dernière question : quelle chanson et musique aimez-vous ?

Etant musicien dans ma jeunesse, j’aime toute sorte de musique. Bien sûr, j’ai grandi avec les Beatles qui étaient mes héros quand j’étais enfant. Maintenant que je vis en France, j’adore écouter Zazie et Francis Cabrel.

Interview en anglais traduite par Caroline Vallat.